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Iran : la politique de l’UE sur le fil du rasoir

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Le président Chirac et Condoleeza Rice ont évoqué, vendredi à l’Elysée, le potentiel nucléaire iranien. A l’issu d’une réunion d’une heure et demie, ils ont réaffirmé que "la perspective d’un Iran doté de moyens nucléaires militaires est inacceptable". Le président français a surtout rappelé qu’il fallait "poursuivre sur la voie du dialogue initié par l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France". En novembre 2004, cette troïka européenne avait obtenu de Téhéran une suspension des activités d’enrichissement d’uranium, lesquelles peuvent conduire à la production d’armes nucléaires. Cet accord a été rompu en août : l’Iran avait alors rejeté les propositions de coopération globale des Européens et repris son programme de conversion d’uranium à Ispahan. Le 24 septembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) adoptait une résolution sur le programme nucléaire iranien, dont le texte ne demande pas expressément la saisine du Conseil de sécurité à ce stade, mais établit les conditions d’un transfert ultérieur du dossier devant cet organe de l’ONU. Depuis, fidèle à sa stratégie de retardement, le ministère des Affaires étrangères iranien indique que "pour défendre son droit à maîtriser le cycle du combustible nucléaire dans le cadre du traité de non-prolifération, l’Iran est prêt à mener des négociations avec tous les pays de l’AIEA, notamment les trois grands pays européens", sans jamais mentionner une suspension des activités d’enrichissement. C’est dans ce climat de bras de fer, à l’issue incertaine, que se pose la question de l’efficacité de la politique européenne à l’égard de la République islamique.

"Il n’y a pas d’alternative à l’approche diplomatique mise en oeuvre par l’Europe" : d’une même voix, les trois pays européens les plus engagés dans la négociation revendiquent la supériorité de leur politique sur celle des États-Unis. Dans une tribune du Monde, parue le 22 septembre, Philippe Douste-Blazy, Joschka Fischer, Javier Solana et Jack Straw rappellent que "le cas de l’Iran aurait dû être soumis au Conseil de sécurité des Nations Unies il y a deux ans". De fait, l’Europe pratique ce que Tony Blair appelle effective multilateralism, autrement dit, la discipline multilatérale, illustrée par les efforts de la troïka et finalement scellée, en un sens, par le Prix Nobel de la paix, reçu, au nom de l’AIEA, par Mohamed El Baradei. En novembre, la perspective de la signature d’un accord global avec l’Iran avait fait prématurément dire à Jack Straw : "Notre stratégie est la meilleure, et ceux qui prédisaient que nous ne parviendrions pas à négocier, ou que les Iraniens chercheraient à nous diviser, se sont trompés". L’accord prévoyait notamment qu’en échange d’un arrêt immédiat de l’enrichissement d’uranium, l’Europe approvisionnerait l’Iran en équipements et en combustibles susceptibles d’alimenter son programme d’énergie nucléaire civile. Avec, pour horizon, un nouvel accord de coopération économique et politique, ainsi que le soutien de l’UE à l’accession du pays à l’OMC. L’Europe a tant fait preuve de volontarisme que Joschka Fischer a consenti à écrire une lettre à Téhéran pour s’excuser des propos de son collègue de l’Intérieur, Otto Schily, s’interrogeant sur le passé terroriste du président Ahmadinejad... Au stade actuel, tous ces efforts apparaissent vains.

Dans son discours à l’Assemblée générale le 17 septembre, le président Ahmadinejad n’a montré aucun fléchissement, parlant d’apartheid nucléaire et insistant sur l’exercice par l’Iran de ses "droits de développer la technologie du cycle du combustible, sans tenir aucun compte des préoccupations de la communauté internationale". Pour sa part, le représentant de l’Ayatollah Khamenei au Conseil suprême de sécurité nationale a comparé l’offre européenne à l’échange "d’une perle contre un bonbon", augurant du rejet de l’accord par Téhéran. En réalité, les bureaucrates du clergé iranien comprennent bien que les États-Unis ont trop à faire en Irak pour se permettre d’ouvrir un front supplémentaire. De même, l’évacuation de la bande de Gaza par Israël ne laisse-t-elle guère non plus d’ouverture militaire à Tsahal. Dans ce contexte, la médiation européenne masque mal le désarroi de la communauté internationale. Une offensive plus musclée de la part des Américains réveillerait-elle les démons de la discorde transatlantique ? Ou s’agit-il plutôt d’une répartition naturelle du travail, entre une Amérique inspirant la crainte et une Europe proposant le visage alternatif d’un occident médiateur et généreux... Si tel est le cas, le choix pour les mollahs est simple : pourquoi feraient-ils des concessions à l’Europe, alors que Washington continuerait à viser un changement de régime ? Accoutumé aux contextes conflictuels, le régime a à sa disposition des moyens policiers et militaires capables de faire face aux situations les plus critiques à court terme. Fort de ses excédents d’hydrocarbures en période de hausse rapide des prix, et de la neutralité des Russes et des Chinois au Conseil de sécurité, l’Iran peut tout à fait encaisser un nouveau train de sanctions internationales. Européens et Américains sauront-ils harmoniser leurs arrière-pensées à temps ?

Pourquoi les Iraniens veulent-ils la bombe ?

Si le pays n’a pas à craindre une éventuelle pénurie d’énergie, c’est l’importance de ses réserves qui le pousse à développer un programme nucléaire civil, voire militaire. Deux raisons : d’une part, le sentiment que le pays est littéralement encerclé par des puissances perçues comme fondamentalement hostiles (bases US en Irak, Koweit, Arabie Saoudite, Bahrein, Qatar, EAU, Oman et Afghanistan, Turquie laïque, Pakistan sunnite et nucléaire, et puis Israël...) D’autre part, les sites pétroliers iraniens sont concentrés et vulnérables, car principalement situés à proximité de l’Irak, ou sur des plateformes offshore dans le Golfe arabo-persique. L’Iran perçoit de 20 à 30 milliards de dollars par an des revenus du pétrole, et est un pionnier de la stratégie de court terme du revenu (et donc de prix élevés) au sein de l’OPEP. Déjà, cette manne pétrolière inespérée avait contribué, par la multiplication des prêts sans intérêt consentis aux catégories protégées chères à l’entourage national-islamiste du président Ahmadinedjad, à multiplier les électeurs conservateurs. Il y a donc consensus à Téhéran pour forcer la main des occidentaux et doter l’Iran d’une bombe atomique, dont Américains et Français furent les premiers maîtres d’oeuvre à l’époque du Shah. Notons que l’émergence d’un compromis acceptable avec Téhéran en matière nucléaire mettrait Iraniens et Israéliens du même côté, dans une commune opposition à une émergence de l’Arabie Saoudite et de l’Egypte dans le nucléaire.

cf. Vers un axe Iran-USA ?


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