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Accueil du site > Actualités > International > Iraq : la corruption mine la sécurité bien plus que les attentats

Iraq : la corruption mine la sécurité bien plus que les attentats

 Bagdad, pour fêter la « journée d’indépendance nationale » vient d’offrir les premières concessions gazières et pétrolières aux compagnies étrangères. Ainsi, un cycle commencé en 1972 avec la nationalisation des réserves iraquiennes, vient de se clore. On a les shows qu’on mérite : le concours a été diffusé en direct par la télévision nationale. Cependant, pour l’instant sur les six concessions proposées une seule a trouvé preneur. Le consortium formé entre la BP et la chinoise CNPC. Pourtant le cahier des charges n‘est pas trop encombrant : le seuil de production exigé est similaire à la production actuelle, qui est, pour des raisons évidentes, très bas. Sans doute, les 31 compagnies pétrolières présentes à l’appel d’offre et qui attendent avec impatience le pactole de plus de 110 milliards de barils veulent se donner le temps de négocier les conditions « hors contrat ». Dans un environnement de sables mouvants, où l’ensemble des acteurs avance avec une extrême prudence, ce n’est pas la recrudescence des attentats qui les freine mais le monde interlope des « taxes informelles », des pots de vins à l’infini, des pressions et des exigences de multiples agences, toutes actives, toutes gloutonnes et aux demandes contradictoires. 

Selon Trasparency International, l’Iraq est le troisième sur la liste « des pays les plus corrompus », juste après la dictature birmane et le non-Etat somalien. Les bénéfices de ces pratiques dans l’armée, censée remplacer celle des Etats-Unis, sont si importants qu’aujourd’hui il faut payer au moins cinq cent dollars pour être « engagé » comme simple trouffion. Selon Alia Nusaif, parlementaire faisant partie du comité anticorruption de l’assemblée, des milliards de dollars sont chaque année perdus à cause de ces pratiques, qui vont, c’est un euphémisme, dans le sens d’une économie irrationnelle. Ce même comité anticorruption, créé pour répondre à plus de 12 000 plaintes contre l’administration, vient de publier une liste des ministères les plus corrompus : défense, intérieur, économie et finances, éducation, santé, etc. D’après les dires d’ Alia Nusaif, rapportés par la BBC, le comité n’a pu « gratter qu’en surface ». Lutter contre la corruption se révèle un sport dangereux. Madame Nusaif est bombardée de poursuites, ce qui semble un moindre mal : la semaine dernière, un autre membre de ce comité a été assassiné dans la rue à Bagdad. 

Le pactole que le gouvernement iraquien propose aux compagnies pétrolières implique des « manques à gagner » faramineux, et dont personne ne veut mettre une croix dessus. D’après le général David Walker qui, en 2006 présentait son rapport au sénat américain au comité de la « stratégie nationale pour une victoire en Iraq », la corruption dans le secteur des hydrocarbures était « gigantesque » : 10 % du pétrole raffiné et 30% du pétrole importé disparaissent des circuits officiels pour rejoindre le marché noir et la réexportation frauduleuse, surtout via la Turquie. Suivant l’exemple iranien, les potentats locaux branchent des pipe line personnels sur les terminaux, cela diminuant de près de 40% les arrivages à la destination finale. Quant aux dépôts stratégiques, à Kirkuk ou à Bayji entre autres, ils sont devenus des « supermarchés de la trêve » : alliés et ennemis se retrouvent pour percevoir leur dîme. Les ponctions sont universelles : les chefs de bandes kurdes et turkmènes, la mafia du pétrole, les militaires, Al Quaida, tout le monde se nourrit sur la bête. 


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20 réactions à cet article    


  • morice morice 1er juillet 2009 11:13

    excellente analyse : le pays ne tiendra pas après le départ des américains et ne tient déjà pas : les chars qu’on a vu défiler ont été l’objet d’une opération d’escroquerie dont j’ai raconté ici le détail... le gouvernement est pourri jusqu’àl a moelle et la police va faire défection dans les semaines à veniir : c’est le CHAOS qui attend l’Irak, le CHAOS !


    • miwari miwari 1er juillet 2009 12:29

      Merci la « première démocratie du monde » d’avoir apporté le bonheur aux Irakiens et un avenir radieux.

      L’Irak est laissé dans un chaos indescriptible et la première victime sera comme d’habitude le peuple, mais ça, c’est le dernier souci des néo cons.


      • ASINUS 1er juillet 2009 13:34

        yep le top depart pour l explosion est donné , m sadr a réequipé ses troupes
        et au moin deux clans sunites ont une « facture » a regler avec le ministre de l interieur
        et celui de la justice , la bastin generale est pour demain, il est meme pas sur que les americains retranchés dans leurs bases n auront pas de pertes, celui qui circuule librement est celui qui occupe rééllement le terrain


        • Karacal 1er juillet 2009 19:07

          Très bon papier... Les américains ont foutu un enorme bordel et pour n’avoir plus de pertes et renforcer leurs troupes en Afghanistan, ils se barrent en laissant le pays à feu et à sang... Et y’en a toujours qui les défendent !!!


          • ASINUS 1er juillet 2009 20:00

            je suis persuadés et pas le seul « cf blog militaire us et brit »que les pertes us ne vont pas cesser , des bases supposent des perimetres securisés donc des gardes statiques et des patrouilles la casse vas reprendre pour peu qu elle n ai jamais céssée, 16 ce mois ci


          • ZEN ZEN 1er juillet 2009 19:52

            Hallucinant !
            Cette analyse rejoint ce que j’avais lu par ailleurs
            Hallucinant aussi le commentaire de mcm...


            • ASINUS 1er juillet 2009 19:57

              bonsoir mcm vous voudrez bien vous rappeler que nous avons echappé de peu
              a l amgot , je suis né dans une region truffée de tombes us mon respect pour les gi
              de 1944 ou de falloudja est le meme mais surement pas pour les dirigeant et les buts de guerres de 1944 et de l irak .




              mes commentaires sur l irak sre veulent pour la plupart technique outre qu a mon sens
              la guerre doit etre la continuation du politique cohérente je persiste a modestement penser qu elle a été conduite en dépis du bon sens et par une equipe « civile » plus préocupée de prevarications que de stabilité geopolitique , vous etes ataché a l existence d israel pensez vous serieusement que la naissance d une deuxieme republique islamique chiite vas contribuer a sa securité ?


              • ZEN ZEN 2 juillet 2009 12:36

                Bonjour, Mr Koutouzis
                Dommage que votre article n’ait pas eu la fréquentation qu’il méritait , relégué en bas de la une
                J’apprécie en général vos points de vue
                Je me suis permis de relayer votre papier ici, à ma manière
                Objection, votre Honneur ?
                Bien à vous


                • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 2 juillet 2009 13:46

                  Objection aucune, et je vous remercie.


                  • philbrasov 2 juillet 2009 16:04

                    comme quoi y a une léger mieux sur les détournements pétroliers...

                    avant c’était 100% pour la clique a SH, aujourd’hui c’est que 30%.

                    Quand au degré de corruption ma fois, c’est guère pire que toutes les anciennes colonies SOVIÉTIQUES de la Caspienne.
                    vieille tradition locale.


                    • ASINUS 2 juillet 2009 17:01

                      @philbrasov vous auriez fait un pietre medecin consoler de la peste en décrivant le cholera


                      • philbrasov 2 juillet 2009 18:42

                        bof du papier pour ne rien dire

                        votre premier ministre est aujourd’hui a BAgdad, pour signer de juteux contrats...

                        tout rentre dans l’ordre....
                        faut pas noircir le tableau plus qu’il n’a été pour d’autres pays musulmans, type Algérie....
                        je comprend que cela vous emmerde que tout rentre dans l’ordre...

                        qq attentats, et alors, ils adorent çà....s’entretuer....

                        cela leur passera...


                      • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 2 juillet 2009 20:07

                        Que voulez-vous dire par « ils » ? Vous devriez lire l’ITV de Sarkosy : « Jamais il ne faut se raidir. jamais il ne faut se bunkériser, jamais il ne faut détester... Plus ça va et plus je pense que le sectarisme est le pire défaut ». Pour moi, « ils » que je côtoie quotidiennement ce sont des peuples en souffrance, aux quels on laisse très peu d’alternatives. En Iraq, pratiquement aucune. Vous êtes sans doute comme Monsieur Jourdain, vous faites du racisme sans le savoir. Et que dire de votre « bof ». On voit bien que l’Autre n’existe pas pour vous...


                      • philbrasov 2 juillet 2009 20:24

                        votre angélisme est confondant.....
                        bien sur que des populations souffrent, et sans doute les plus pauvres.....
                        vous avez une solution a part les soustraire de leur coraneries....

                        entre mon cynisme réaliste et votre angélisme, l’irak trouvera sa place question de temps....

                        de la a parler de chaos.....faut rien exagérer.

                        le Kurdistan est plutôt tranquille et le sud apaise....
                        on peut pas en dire autant du temps de SH....
                        bonne guerre irakienne......7/10 et finalement très peu de morts..... sur 6 ans....


                        • Reinette Reinette 5 juillet 2009 18:59
                          Guerre en Irak, puissances émergentes : les dépenses militaires explosent


                          L’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) révèle dans son rapport annuel une augmentation mondiale des dépenses militaires de l’ordre de 45% en 10 ans. Les Etats-Unis restent les plus gros dépensiers.


                          http://www.liberation.fr/monde/0101574202-guerre-en-irak-puissances-emergentes-les-depenses-militaires-explosent


                          A lire aussi, un entretien avec Christophe Saint-Martin, responsable de la commission Armes à Amnesty International.


                          • ladhraa ladhraa 5 juillet 2009 19:03

                            @koutouzis

                            Eh oui le pillage continue le massacre des iraquiens ne va pas s’arrèter leur malheur est dans leur terre qui recèle du pétrole et du gaz et les états vautours en profitent le coup de départ a été donné par les néo-cons avides de sang et de pétrole dont ils ne font aucune différence et ce peuple sensé vivre normalement est fractionné en groupuscules à chacun son maitre venu de l’extérieur et le cycle est maintenu grace à ses marionnettes politiciennes revenus dans leur pays pour se venger de leurs concitoyens .


                            • Reinette Reinette 5 juillet 2009 19:33

                              Arnaque & Enfumage : « Pétrole contre nourriture »

                              http://www.un.org/french/Depts/oip/


                              • Reinette Reinette 5 juillet 2009 20:09

                                Au delà des accusations de soutien au terrorisme que semblait privilégier W. Bush dans ses attaques contre Saddam Hussein, les observateurs ne pouvaient s’empêcher de poser la question de la volonté de contrôle américain de l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde.



                                en 2002


                                L’ancien directeur de la CIA, R. James Woolsey, n’avait pas caché sa vision du conflit en déclarant au Washington Post que « La France et la Russie ont des compagnies pétrolières installées en Irak. Ils ont donc des intérêts dans ce pays. Il faut leur expliquer que si elles favorisent un changement de régime en Irak, nous ferons de notre mieux pour leur garantir qu’un nouveau gouvernement et les compagnies américaines travailleront étroitement avec elles  ».


                                Bannies du pays de S. Hussein, les compagnies pétrolières américaines lorgnaient avec insistance du côté de Bagdad et la théorie d’un conflit dont l’enjeu serait le pétrole était séduisante en raison de sa simplicité brutale. 11% de la production mondiale sortait de l’Irak, sans compter les 112 milliards de barils de pétrole de réserve que contiennaient les sous-sols du pays, ce qui plaçait l’Irak au 2e rang mondial, juste derrière l’Arabie Saoudite...

                                Car la situation économique des grandes pétrolières américaines n’était pas rose. Il suffisait de lire à l’époque les nouvelles financières du Wall Street Journal pour s’en convaincre. Les trois plus grosses compagnies mondiales Exxon Mobil Corp, Royal Dutch/Shell et ChevronTexaco publiaient leurs résultats financiers pour le 3e trimestre 2002. Exxon Mobil annonçait une baisse de bénéfices de 17% (à 2,64 milliards de dollars), Shell également (à 2,24 milliards) mais c’est Chevron Texaco qui avait été le plus durement touché avec une annonce de pertes de 904 millions de dollars.


                                Parallèlement, les craintes d’une invasion de l’Irak faisaient remonter le cours du baril à 27,40 US$. Rien d’étonnant, donc, à ce que des rencontres discrètes aient commencé entre des représentants de compagnies pétrolières et des leaders de l’opposition iranienne en exil.
                                Faisal Qaragholi, ingénieur pétrolier et dirigeant à Londres d’une branche du Congrès National Irakien avait indiqué que « nos politiques pétrolières devront être décidées par un gouvernement en Irak élu par le peuple. » Puissante monnaie d’échange pour un changement de régime.
                                Ahmed Chalabi, chef du Congrès National Irakien avait pour sa part clairement signifié sa préférence pour la création d’un consortium américain qui exploiterait les forages pétroliers. Et des représentants du Département d’État américain devaient rencontrer Chalabi pour discuter de l’avenir pétrolier du pays.


                                Vasselev, du ministère des relations étrangères russe, déclarait « De plus en plus de personnes pensent que les actions des États-Unis sont motivées par leur désir de contrôler les réserves de pétrole irakiennes ».
                                Mais les intentions russes étaient loin d’être claires. Une augmentation du prix du baril favorisait la Russie. Par contre, l’Irak lui devait encore entre 7 et 10 milliards de dollars pour la fourniture d’armes lors du conflit contre l’Iran et Lukoil, la plus grande compagnie pétrolière russe, avait signé une entente de 23 ans pour l’exploitation des gisements pétrolifères du sud irakien.


                                Ce n’était un secret pour personne que le gouvernement américain préparait activement l’« après Saddam Hussein ». Depuis son discours à la nation du 11 septembre 2002, le président américain ne cachait pas son intention de le remplacer par un gouvernement plus sensible à ses visées politiques et économiques.
                                Mais Ari Fleischer, porte-parole de la Maison Blanche, démentait toute volonté américaine de s’emparer du pétrole irakien. Dans une entrevue au New York Times il expliquait : « Le seul intérêt des États-Unis dans la région est d’assurer la paix et la stabilité, pas la production pétrolière ».


                                Philip K. Verleger Jr, conseiller du Conseil sur les relations étrangères renchérissait en indiquant qu’une tentative de contrôle du pétrole irakien serait « un pari économique de proportions énormes ». En effet, les différents experts chiffraient à cinq milliards de dollars sur trois ans le coût de la reconstruction du pays, dévasté par 20 ans de guerre, et la remise en opération de tous les forages abandonnés depuis la guerre contre l’Iran.



                                L’Arabie Saoudite considèrait que les États-Unis voulaient faire de l’Irak leur station-service particulière. La France avait été obligée de nier catégoriquement l’information diffusée par le quotidien saoudien Asharq al-Awsat que Paris et Bagdad négociaient un éventuel changement de régime pacifique au profit de Qussay Hussein, le fils du dirigeant irakien.

                                Aux États-Unis, des analyses de la situation commencaient faire surface. L’Atlanta Journal-Constitution s’interrogeait sur les visées impérialistes américaines en Irak et citait le rapport Stratégie nationale de sécurité : « Les États-Unis auront besoin de bases militaires en Europe de l’Ouest, en Asie du Nord-Est et au-delà ainsi que d’accès temporaires pour le déploiement de troupes ». Des voix s’élèvaient aussi pour dénoncer l’attitude du président américain qui souhaitait que ce qui soit bon pour son pays le devienne pour la planète.




                                Les victimes de ces grandes manœuvres stratégiques seront, une fois de
                                plus, les populations.

                                4.1.2 Bilan humain pour les Irakiens




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