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Itamaraty 2009

Le Brésil a connu une année mouvementée sur le front diplomatique.

J’ai choisi de façon arbitraire de décliner cette actualité en quatre parties distinctes.

Toutes emblématiques, ces affaires auront eu une répercussion importante dans la gestion des affaires diplomatiques du Brésil. 

I- Le cas Battisti

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 Ecrivain de polars et ancien membre d’un groupe terroriste d’extrême gauche actif en Italie durant les « années de plomb ». Condamné en 1988 par contumace en Italie pour quatre assassinats qu’il a toujours nié avoir commis, Cesare Battisti s’est enfui au Brésil en août 2004 pour échapper à une extradition.

Il a été arrêté en 2007 à Rio de Janeiro.

Le 14 janvier 2009, le ministre brésilien de la justice Tarso Genro a donné un avis favorable à l’octroi à Battisti du statut de réfugié politique, en justifiant sa décision par une « crainte fondée de persécution » dans son pays. Le 27 janvier, l’Italie rappelle pour consultations son ambassadeur au Brésil.

Rome, qui soupçonne le gouvernement Lula d’accointances avec les mouvements d’extrême gauche, n’a pas montré la même hargne à l’égard de la doctrine Mitterand. Le Président Français s’était engagé à ne pas extrader les activistes italiens ayant rompu avec la violence.

La Cour suprême du Brésil (STF) doit prochainement trancher sur la décision d’extradition.

En cas de refus définitif, cette affaire d’Etat pourrait avoir des répercussions sur les échanges économiques entre l’Italie et le Brésil.

Qui l’emportera la realpolitik ou la démagogie ?

 

 II- L’affaire Paula Oliveira

L’affaire commence le 9 janvier 2009, lorsque une jeune femme brésilienne de 26 ans affirme avoir été victime d’une agression raciste à la gare de Zurich-Stettbach.

Des néo-nazis auraient gravé au couteau le sigle SVP (parti d’extrême droite suisse) sur son corps après l’avoir frappé. Plus grave, enceinte de jumeaux, elle aurait même fait une fausse couche dans les toilettes de la gare suite à cette agression.

Branle bas de combat au Brésil, Globo s’empare de l’affaire. Les images du corps tailladé et d’un ventre de femme enceinte tournent en boucle sur toutes les chaines de télévision, l’opinion publique est sous le choc, les politiques ne tardent pas à réagir.

Le ministre des Affaires étrangères Celso Amorim, demande à la Suisse une enquête « complète et transparente ». Le chargé d’affaires de l’ambassade suisse est convoqué au ministère, on parle même de porter plainte à l’ONU si le caractère « xénophobe » de l’agression était confirmé.

La police zurichoise qui mène l’enquête a de forts soupçons. Les résultats commencent à tomber, l’institut médico-légal révèle que Paula n’était pas enceinte au moment de la supposée agression.

Premiers doutes. Confirmés par les déclarations contradictoires de la jeune fille. Les entailles superficielles se trouvent dans des régions du corps qu’elle a pu atteindre elle-même, on penche pour la thèse de l’automutilation. Thèse finalement confirmée par Paula : elle a tout inventé.

Au-delà du fait divers, n’a t-on pas assisté à un cas d’école en matière de diplomatie et de politique étrangère ?

Le chef de la diplomatie ne doit jamais céder aux pressions de l’opinion et des médias. Ce sera la leçon qu’aura sans doute retenu le ministre des Relationsextérieures, Celso Amorim.

 

III- Excommunication collective

Foto : Alexandre Severo/JC Imagem

Rappel des faits :

Enceinte de jumeaux à la suite d’un viol, pesant à peine 33 kilos et mesurant 1mètre 36, une fillette de 9 ans ne pouvait mener sa grossesse à terme sans mettre sa vie en danger, les médecins ont donc en toute logique conseillé l’avortement.


Un acte tout à fait légal dans un pays ou l’avortement est interdit sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.

L’archevêque de Recife, mgr José Cardoso Sobrinho, lui, ne l’entendait pas de cette oreille et a rappelé que "la loi de Dieu est au-dessus de n’importe quelle loi humaine. Alors, quand une loi promulguée par des législateurs humains est contraire à la loi de Dieu, cette loi n’a aucune valeur".

L’archevêque avec l’appui du Vatican a décidé d’excommunier la mère de la fillette, ainsi que de l’équipe médicale ayant pratiqué l’avortement.

Le beau père qui violait la fille de 9 ans ainsi que sa sœur de 14 ans depuis 2006 n’a pas été excommunié. D’après mgr Sobrinho, "Le viol est moins grave que l’avortement".

Le chef de l’Etat brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva a critiqué l’excommunication de l’archevêque de Recife, "déplorant profondément en tant que chrétien et catholique qu’un évêque de l’Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur".

Cette affaire qui opposait l’archevêché de Recife à une partie du gouvernement, dont le ministre de la santé et le président brésilien, Luiz Lula da Silva a désormais pris une dimension internationale.

L’impact médiatique et la polémique engendrée par cette affaire ont aussi suscité des débats au sein de l’Eglise catholique.

Ainsi la Conférence nationale évêques du Brésil (CNBB) a rejeté, vendredi 13 mars, l’excommunication.

Le dimanche 15 mars sentant le vent tourner, le président de l’Académie pontificale pour la Vie Mgr Rino Fisichella se fend d’une tribune compassionnelle à l’égard de la fillette.

Même si propos de Lula ont probablement irrité le pape, il n’est à présent plus question d’aller dans le sens d’une crise diplomatique entre le plus grand pays catholique et le plus petit Etat du monde.

Il est évident que le président brésilien a, sur cette question délicate, déjà remporté la bataille de l’opinion internationale.

 

 IV- Sean Goldman

 

Lorsque l’on se connecte du Brésil sur facebook on voit apparaître sur la droite une petite fenêtre avec la photo d’un papa avec son enfant.

« Atençao Brasil : aidez ce papa dévasté à faire revenir à la maison son fils enlevé de son pays. » Nous dit en substance le message qui accompagne la photo. Les curieux seront gentiment renvoyés sur ce lien :

http://www.bringseanhome.org/index_port.html

De quoi s’agit-il ?

D’une affaire banale de divorce qui tourne mal ?

Oui, mais c’est aussi une affaire d’Etat entre deux grands pays, les Etats-Unis et le Brésil.

Cette dispute internationale pour la garde d’un enfant n’est sans doute ni la première ni la dernière.

Tout commence par une belle histoire d’amour. Lorsqu’ils se rencontrent, David Goldman est mannequin assez connu, Bruna Bianchi, est étudiante dans l’une des plus grandes écoles de mode de Milan.

Ils tombent amoureux et vivent leur passion en Italie, jusqu’à ce que Bruna tombe enceinte, ils décident alors de rentrer aux Etats-Unis, dans le New Jersey.

Bruna et David convolent en justes noces et cinq mois plus tard, Sean voit le jour.

Seulement voilà, pour Bruna le New Jersey ce n’est ni Rio, ni Milan, la réalité la rattrape et l’ennui aussi.

De-là naitront des disputes, des malentendus et beaucoup d’amertume.

On en déduit que le couple se déchire un peu plus tous les jours jusqu’au jour où Bruna décide de rentrer avec Sean au Brésil. Le mari est confiant, ce sont les fêtes et elle a besoin de prendre l’air.

Erreur monumentale. Elle ne reviendra plus jamais aux Etats-Unis, Sean non plus.

Une semaine plus tard Bruna demande la garde de l’enfant à la justice brésilienne.

David de son côté obtient de la justice américaine le retour immédiat de l’enfant aux Etats-Unis.

Cette décision fondée sur la convention internationale de La Haye déclare que la garde ne peut être obtenue dans le pays où l’enfant a été enlevé.

La partie adverse, elle, se base sur deux articles de cette convention. L’article 12 qui ordonne le retour de l’enfant, sauf s’il est prouvé que l’enfant est déjà intégré dans son nouvel environnement, et l’article 13 que nous verrons plus loin.

De plus, la décision doit avoir lieu moins d’un an après le déplacement, dans le cas contraire cela peut-être un motif de refus. Le juge Fédéral brésilien Jorge Maurique conclura que l’intérêt supérieur de l’enfant est de rester au Brésil.

Parade de la partie américaine, l’exception n’entre pas en ligne de compte puisque le père a entamé la procédure dans les cinq mois qui ont suivi l’enlèvement, donc dans le délai stipulé par la convention.

 

Ce n’est pas perdu, le justice brésilienne, habituée des longues procédures, riposte et invoque l’article 13, qui dit que le juge n’est pas tenu d’ordonner le retour s’il est prouvé qu’il existe un danger pour la santé de l’enfant, d’ordre physique ou psychologique.

En ce basant précisément sur cet article le tribunal de Justice de Rio prononcera le divorce et accordera la garde de l’enfant à Bruna. Considérant ainsi que le retour de Sean après tant d’années passées au Brésil pourrait lui causer un préjudice moral. D’une pierre deux coups.

A la fin de l’année passée un drame s’ajoute à un autre, Bruna, qui s’est remariée avec un avocat, meurt quelques heures après l’accouchement de sa fille.

De complexe l’affaire est devenue inextricable.

Le beau père avocat sera de la partie. Il réclame la garde définitive de Sean pour des raisons socio-affectives.

Le gouvernement ne peut rester les bras croisés, il s’agit d’un enfant américain.

La diplomatie s’en mêle. Le département d’Etat ouvre les hostilités avec la talentueuse Hilary Clinton. Elle évoque longuement l’affaire dans une interview. David est selon elle protégé par les lois internationales et en tant que père biologique a le droit d’obtenir la garde de l’enfant.

Cela a déjà été évoqué à l’occasion d’une rencontre avec son homologue, Celso Amorim.

Cette question fut également au menu des discussions, le 14 mars à Washington, lors de la première rencontre entre Obama et Luis Inacio Silva.

Les américains sont bien conscient d’avoir affaire à un géant, le Brésil ce n’est pas Cuba et le cas Sean Goldman ne sera pas une redite de l’affaire Elian Gonzales.

 

 Sources : Folha, Veja, Epoca, Afp, Reuters, Globo News, La Tribune de Genève.


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1 réactions à cet article    


  • phiconvers phiconvers 25 avril 2009 21:01

    Le titre est aguichant mais le contenu un peu insipide. Cela manque de colonne vertébrale, un peu comme la diplomatie brésilienne, d’ailleurs.

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