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Accueil du site > Actualités > International > Japon : crainte et tremblement

Japon : crainte et tremblement

Lorsqu'il voit un ciel gris à l'horizon, le pessimiste est déjà trempé.

Pendant la catastrophe, les affaires continuent.

Mais le monde n’a pas seulement entamé la réflexion sur le drame qui est en train de se nouer au Japon.

Alors qu’on commence à évoquer plusieurs dizaines de milliers de morts, la Bourse de Tokyo s'est écroulée de près de 14% en séance aujourd'hui, au moment où les problèmes de la centrale nucléaire de Fukishima s'aggravent.

Un véritable vent de panique s'est levé sur le marché maintenant qu’il est admis que le niveau de radioactivité devient dangereux pour la santé.

"C'est une vente panique, et pas seulement chez les investisseurs étrangers. Tout le monde veut se débarrasser de ses actions", a expliqué un responsable économique.

Il faut savoir que les entreprises de BTP avaient bondi au lendemain du tsunami grâce aux perspectives des grands travaux nécessaires à la reconstruction du nord-est du Japon. La bourse n’a pas d’états d’âme.

Mais ce matin, ils viennent de chuter de 15% en moyenne.

L'immobilier est aussi lourdement touché. On parle de descentes vertigineuses de l’ordre de 20 %.

La catastrophe a drastiquement réduit l'approvisionnement électrique dans la région de Tokyo, peuplée de 35 millions d'habitants, où des entreprises ont suspendu partiellement leur production pour réguler la demande.

Comment vont travailler les grands sièges des multinationales ? Comment vont fonctionner les ordinateurs de nos chers cambistes et de nos traders ?

Toyota, premier constructeur automobile nippon, a annoncé lundi son intention de suspendre l'ensemble de sa production au Japon au moins pour quelques semaines. Il faut mesurer l’impact de cette seule annonce pour s’apercevoir que la situation est absolument hors de contrôle.

La région de Sendai est un centre industriel important non seulement pour l'électronique, mais aussi les télécommunications et les machines-outils. Sony a gelé l'activité de sept sites, la plupart dans le nord-est.

La flotte de pêche, qui est un atout important pour l’approvisionnement du marché japonais, est durement touchée. Les ports sont en grande partie détruits. Les prix à la consommation vont s’envoler.

Cela signifie à court terme, une plus forte dépendance vis-à-vis des marchés étrangers, et, donc, une consommation plus forte de devises.

Par ricochet, le Japon, déjà frappé par une crise rampante depuis des années, va voir ses capacités d’autofinancement quasiment réduites à zéro.

Les agences de notation vont se régaler.

L’outil de production est endommagé de manière durable. Les ouvriers, cadres et techniciens vont avoir des difficultés à se rendre sur leurs lieux de travail à cause de la pénurie de l’électricité.

Le trafic ferroviaire, inopérant dans le nord-est, est très perturbé à Tokyo. La compagnie East Japan Railways, qui transporte les banlieusards dans leurs entreprises, n'a pas été en mesure d'assurer plus de 20% du trafic.

C’est donc un pays entier qui va vivre sous perfusion internationale en attendant une hypothétique reconstruction.

Celle-ci ne pourrait avoir lieu que si les centrales pouvaient redémarrer dans les jours qui viennent. Ce qui semble une vue de l’esprit, au regard des informations dont nous disposons.

L’utilisation de l’eau de mer pour le refroidissement des réacteurs vient de les condamner.

Le pire du pire n’est pas l’hypothèse d’une réplique majeure, qui serait déjà une catastrophe aux conséquences incalculable sur un territoire déjà ravagé.

Si le Japon ne parvient pas à enrayer la dégradation de ses centrales nucléaires, ce sont des portions entières du territoire japonais qui deviendront inhabitables pour des centaines d’années.

Le combustible utilisé, le MOX, est le cauchemar des scientifiques. Il deviendra le nôtre.

Car, à des degrés divers, le monde entier sera frappé par les vagues d’un tsunami économique.

Soit le nationalisme japonais incite à rapatrier massivement ses capitaux pour participer à la reconstruction, soit « l’univers impitoyable » de la haute finance quittera Tokyo pour migrer ailleurs.

Imaginer les conséquences si la mégalopole japonaise, l’une des places économiques majeures de la planète, devient un désert, n’est tout simplement pas à la portée des économistes.

Le secteur bancaire mondial vacillera avec, à la clef, des prêts plus chers aux pays en voie de développement, des suppressions d’emploi dans les pays industrialisés.

Les capitaux se précipiteront vers les valeurs refuge et délaisseront l’outil de production et l’investissement.

Le cours des matières premières va connaître une hausse sans précédent. Le pétrole, déjà en hausse suite aux révolutions dans le monde arabe, va continuer à grimper.

Durant ce temps, les pays voisins et émergeants, dont le grand cousin chinois, vont pouvoir se tailler des parts de marché somptueuses et vendra plus cher sa production.

Du moins le croient-ils ! Car qui pourra encore acheter leurs productions ?

Quant à demander aux fonds d’investissement et aux spéculateurs un geste citoyen dans ces moments dramatiques, cela relève du fantasme.

Bref, ce qui se joue actuellement au Japon n’est pas seulement l’avenir d’une population entière, c’est, qu’on le veuille ou non, l’avenir d’un certain monde, d’un certain modèle de société.

La misère et la ruine engendrées dans le monde par l'implosion japonaise provoqueront des bouleversements politiques majeurs auxquels nos sociétés ne sont pas préparées.

À propos de politiques, l’indécence d’Europe Écologie dans ce moment dramatique le dispute à la stupidité.

Qu’il faille sortir du nucléaire est une affaire entendue pour certains politiques. Mais ils peinent à nous expliquer comment on peut faire dans les trente années qui viennent, délai incompressible pour un changement radical d’approvisionnement et de consommation énergétique.

Il aurait été judicieux d’anticiper, mais ce n’est pas maintenant qu’il faut entamer le débat. Trop tôt ou trop tard ! L’heure est à l’urgence, aux réponses rapides.

Dans des sociétés où le moment est aux économies, le prix à payer pour cette catastrophe naturelle et technologique sera sans commune mesure avec nos capacités d’intervention.

Pendant ce temps, certaines révolutions s’achèvent dans des bains de sang.

En Libye, la résistance, à qui l’on avait promis monts, merveilles et représentation diplomatique, voit poindre à l’horizon les tourelles des chars du pantin de Tripoli.

La guerre civile recommence en Côte d’Ivoire, avec un risque non négligeable de contamination aux pays voisins.

Nous, en France, on en est à se poser des questions cruciales : Qui va remporter la prochaine édition de Top Chef ? Marine Le Pen devait-elle se rendre sur l'île italienne de Lampeduza pour parfaire son bronzage ?

Et, question subsidiaire, pourra-t-on se rendre encore chez son coiffeur lorsque le litre de gasoil passera la barre d'1 euro 50 ?


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8 réactions à cet article    


  • Ariane Walter Ariane Walter 15 mars 2011 11:17

    Tout ça, parce qu’ils ont installé des centrales nucléaires au bord du Pacifique, les pieds dans la cour de récré des tsunamis éventuels.
    Sinon, malgré la violence du tsunami et du tremblement de terre, ce serait déjà terminé. la reconstruction recommencerait.
    Qui est responsable ?
    Le savoir ne sauve personne mais ne pas le savoir est faire preuve d’une indulgence coupable


    • Kakapo Sam Lowry 15 mars 2011 14:24

      Je crois que vous avez bien saisi l’ampleur des enjeux auxquels nous allons tous être confrontés.
      Malheureusement...


      • BOBW BOBW 15 mars 2011 15:29

        Et le Résultat de la « Magnifique » privatisation sur leur centrale nucléaire ??


        • ZEN ZEN 15 mars 2011 16:37

          _Japon : la catastrophe nucléaire avait été prévue _______

          «  A moins que des mesures radicales ne soient prises pour réduire la vulnérabilité des centrales aux tremblements de terre, le Japon pourrait vivre une vraie catastrophe nucléaire dans un futur proche. » Cet avertissement est tiré d’un article paru le 11 août 2007 dans le quotidien International Herald Tribune/Asahi Shimbun (l’article est à lire ici). Son auteur est le sismologue Ishibashi Katsuhiko, professeur à l’université de Kobe (sa biographie est à lire ici).
          _Ishibashi Katsuhiko faisait partie du comité d’experts chargé d’établir les normes sismiques des centrales nucléaires japonaises. Il en avait démissionné pour protester contre la position du comité. Il estimait que les recommandations fixées par le comité étaient beaucoup trop laxistes._En d’autres termes, le professeur Katsuhiko avait prévu ce qui est en train de se produire à la centrale de Fukushima. Il avait prévenu les autorités de son pays que les centrales japonaises souffraient d’une
          « vulnérabilité fondamentale » aux séismes. Mais ses avertissements ont été ignorés tant par le gouvernement que par Tepco (Tokyo Electric Power Company), premier producteur privé mondial d’électricité, qui exploite un tiers des centrales nucléaires japonaises, dont celle de Fukushima...
          ." (Mediapart)


          • Marianne Marianne 15 mars 2011 17:01

            Comme vous, j’ai essayé de faire la liste des impacts, considérables, à la fois sur le Japon et sur nos économies. Le coûts des dégats matériels est estimé semble-t-il à 135 milliards, mais cela ne doit pas compter le coût de reconstruction ? Ni le coût de prise en charge de la population qui doit être logée, ravitaillée, soignée,... ?
            Ce coût sera en partie subi par des sociétés d’assurance et de réassurance (combien ? Impact sur nos économies ?)

            Sans compter non plus, s’il y a catastrophe nucléaire égalant ou dépassant Tchernobyl, les dégats de santé au Japon mais aussi dans d’autres pays que le nuage traversera !


            • Marianne Marianne 15 mars 2011 17:23

              D’après le Crédit Suisse, la facture représenterait 170 à 180 milliards de dollar (3,4% du PIB du Japon). Mais que recouvre exactement « la facture » ?
              Le Japon va devoir emprunter à l’étranger ou faire de la création monétaire impliquant une forte dévaluation du Yen. Jusqu’ici, même si la dette publique était très élevée (200% du PIB), elle était financée à 95% par les japonais (fonds d’épargne postaux, comme le livret A), donc insensible aux marchés, aux agences de notation, à un faible taux d’intérêt voire nul. Mais cela va changer ...
              Voir cet article : http://www.challenges.fr/actualites/monde/20110315.CHA4120/les_couts_engend res_par_le_seisme_restent_imprecis.html


              • velosolex velosolex 15 mars 2011 18:32

                Le 11 Septembre sera bientôt juste comparé à un petit accident de l’histoire à coté de ce séisme sans précédent.
                A l’heure présente, on s’attache juste au présent, tétanisés. Les euphémismes font florès pour tenter de masquer la réalité des choses.
                On parle de « fissure » pour une faille de huit mètres sur la paroi d’enceinte.
                Maintenant le tsunami dérive dans le ciel, au gré des vents, au petit malheur la chance.
                 A peine un de ces réprésentants du lobby nucléaire est-il monté au front, tachant de rassurer la population, assurant qu’on maitrise les choses, qu’une information catastrophique le fait déglutir et s’éponger le front.
                D’accord, ça ne sert à rien de dire « on vous l’avait dit », on est bien tous dans la même galère. La globalisation ne sera pas seulement économique.
                Le malheur sera lui aussi global.
                Il n’y a plus de nouveau monde, d’iles où se cacher, de continent vierge où l’on pourra recommencer notre exploitation des ressources, en se moquant des conséquences.
                A force de repousser sans cesse la frontière, on a fait le tour du monde.
                Tout de même éreintant d’entendre hier soir Allègre, face à Cohn-Bendit, certifier que le France maitrise à fond le problème, que l’on a rien à craindre, contrairement aux pays voisins, car la France ne serait pas sur une zone sismique. ( pour information, le Morbihan, où j’habite, et qui n’était absolument noté comme une zone à risque potentiel, a connu un tremblement de terre de magnitude 5,4 en 1982 !)
                Incroyable d’entendre de pareilles âneries, non démenties par Cohn-Bendit, qui ne doit pas connaitre son sujet à fond, car le bassin rhodanien est une zone reconnue à risque, bien que sous-évaluée.
                Sur France 5, Yves Calvi à invité une brochette d’atomistes convaincus. Un seul écologiste pour tenter de modérer l’’idéologie toujours dominante, à peine déstabilisé. L’un d’’eux défend le nucléaire en comparant le nombre de morts dus à la silicose, oubliant que le nombre d’irradiés et de victimes ne peut être comptabilisés, les pathologies étant souterraines, et devenant morbides sur plusieurs années. Du reste, au- delà de l’homme, c’est tout le monde vivant qui sera affecté ( aberrations génétique, surfaces impropres à tout mode de vie.....)
                Il y a vingt cinq ans, le ministres se relayaient pour nous persuader que la france serait épargnée par le nuage radio actif, et qu’on pouvait bouffer les salades, et boire du lait sans risque. Fatal aveuglement, ou intérêts économiques bien compris ?
                 Les Japonais pensaient qu’aucune lame ne dépasserait les huit mètres. Ce sont les même lois de la probalité qui poussent parfois un type à appuyer un pistolet sur sa temple, à ce fameux jeu de la roulette russe (une seule balle dans une barillet de huit loges)
                Cette culture qui s’en remet à la statistique et aux risques niés, car rentrant dans des probalités infimes, est maintenant à l’agonie.
                 Enfin, on pourrait le croire, comme on a cru que le krach économique déboucherait sur un nouveau monde.
                Les prédateurs sont toujours aux commandes, encore un peu plus goinfres, toujours plus obèses.
                Ah oui, c’est vrai, l’économie.
                Des robots continuent d’émettre des ordres de vente et d’achat, sur des temps plus courts que le battement d’aile d’un papillon.
                Ils peuvent très bien continuer à fonctionner dans un monde sans papillons, sans hommes.


                • Ariane Walter Ariane Walter 16 mars 2011 09:27

                  Je ne peux vous dire à quel point je suis bouleversée par ce qui arrive et écoeurée comme vous par ces charognards de lobbyistes nucléaires. L’article de Wesson était un scandale et qu’Agoravox l’ait mis en tête d’édition n’est pas à leur honneur. Qu’ils le publient certes, comme une opinion mais en tête de gondole, ça fait mal.
                  J’ai écrit un article en réponse qui n’est pas passé.
                  Il est vrai que j’appelais un chat un chat et wesson un vendu à une cause perdue.

                  Mais que de morts à venir, que de désespoirs !
                  Ah ! Le nucléaire !
                  Qu’au moins que cette tragédie serve à l’éradiquer de nos vies !.

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Paul Lémand


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