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K comme Kamikaze

Chaque fois qu’un attentat Kamikaze est commis quelque part à Alger, le nombre de morts et de handicapés à vie se compte par dizaines. Il faut dire que les « tangos » ne lésinent pas sur les moyens : pas moins de sept tonnes de TNT ont été utilisées lors des derniers attentats du 11 décembre contre le siège du Conseil constitutionnel à Ben Aknoun et celui de l’ONU à Hydra, des quartiers pourtant hautement sécurisés.

Les déflagrations ont été d’ailleurs telles que les vitres de plusieurs immeubles se trouvant à plus de 2 km à la ronde des lieux des drames avaient volé en éclats. Ressenties au début comme une secousse tellurique, ces explosions ont provoqué un émoi terrible au sein de la population algéroise. De mémoire d’homme, de telles explosions n’ont jamais eu lieu à Alger même aux pires moments du terrorisme, c’est-à-dire durant les années 93-98 lorsque celui-ci était à son apogée.

Il est vrai qu’il est difficile, voire impossible, de prévoir ce genre d’actes entrant dans ce qu’on a l’habitude de qualifier de guérilla urbaine ni d’empêcher leur survenue. Il ne faut pas avoir peur des mots et appeler un chat un chat : en Algérie, le terrain de la guerre que les tangos imposent depuis une quinzaine d’années maintenant au peuple algérien s’est déplacé des maquis vers les villes, principalement Alger. Cela est la conséquence logique de leur réorganisation et de leur affiliation à El Qaida d’Oussama Ben Laden. Pour plus d’impact médiatique, on ne se contente plus d’un berger qu’on égorge par-ci ou d’un vieillard sans défense qu’on abatte par-là. On ne fait plus dans la dentelle, si j’ose user de cette expression, mais on déploie tous ses moyens humains et logistiques pour des opérations suicides au cœur même d’Alger. Et c’est ce qui rend encore la lutte antiterroriste plus difficile à mener. Ce n’est pas l’absence de motivation ou le manque de compétence de la part des différents corps de sécurité qui, faut-il le rappeler encore, payent un lourd tribut à ce terrorisme, qui expliquent cette recrudescence des actes terroristes, mais c’est plutôt l’instrumentalisation à des visées politiques, dans un sens ou dans l’autre, de ce phénomène qui en est la cause.

Tout se passe en une fraction de seconde, le mécanisme de l’explosion étant réglé à l’avance ou actionné par le kamikaze lui-même lorsque ce dernier estime qu’il est s’est déjà trop rapproché de sa cible. C’est ce qui explique d’ailleurs que, souvent, les policiers de faction et autres personnes de sécurité qui se trouvent à l’entrée de ces institutions de l’Etat comptent parmi les premières victimes. La plupart du temps, ils sont déchiquetés et, d’eux, on ne retrouve que des lambeaux de chair éparpillés çà et là.

Et malgré cela, il se trouve des gens, pour ne pas dire carrément des partis politiques, qui appellent les Algériens non pas à plus de vigilance et à plus de persévérance dans la lutte antiterroriste, mais, comble de l’ironie, à soutenir encore plus la fameuse charte de réconciliation nationale. Le peuple algérien est sommé en quelque sorte de tendre l’autre joue pour une énième gifle de la part des tangos. Et il lui est interdit de broncher. Rien que ça. Et ça c’est révoltant.

La charte de réconciliation nationale avait pourtant fixé un délai, une date limite au-delà de laquelle les "égarés" qui ne veulent pas revenir au droit chemin seront pourchassés impitoyablement et ramenés de là où ils sont, morts ou vifs. Malheureusement rien de tout cela n’est advenu. Et le terrorisme continue ou reprend de plus belle. C’est selon. C’est, pour schématiser, l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide ou en tout cas ça y ressemble. Cela dépend de la ligne de démarcation à partir de laquelle on juge ce phénomène : pour le commun des Algériens ce n’est qu’un "changement dans la continuité" d’un terrorisme des plus barbares avec son lot quotidien de corps déchiquetés et de véhicules calcinés et pour l’homme politique il s’agit du dernier quart d’heure d’un terrorisme toujours résiduel. On dirait que l’homme de la rue, celui qui est toujours ciblé, et l’homme politique bien peinard dans sa résidence surveillée ne voient pas les choses de la même façon ni du même œil.

Mais cela émeut-il outre mesure les hommes politiques de voir les corps des Algériens déchiquetés ? Cela les émeut-il vraiment de voir une mère pleurer à chaudes larmes son fils disparu dans des conditions atroces ? Ceux qui continuent contre vents et marées à appeler à la réconciliation nationale sont-ils vraiment sincères ? Le sont-ils aussi quand ils relancent leur machine de propagande en faveur d’un troisième mandat présidentiel à "Seif El Hadjadj" ? (1) Ou n’agissent-ils pas dans ce sens que dans le seul but de voir les choses perdurer ? Il est légitime de se poser ce genre de questionnement quand on sait qu’une situation de "ni guerre ni paix" est largement profitable à ceux qui aiment bien nager dans les eaux troubles de la République. Et ce genre d’individus, n’en doutons pas, pullule au sein et tout autour du pouvoir. Nous le disons en toute franchise : les Algériens ont en assez de quinze ans de terrorisme, de larmes et de sang. Ils aspirent à une vie paisible et sereine, à une paix réelle et durable. Ni plus ni moins. Est-ce trop demander ?


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7 réactions à cet article    


  • Gazi BORAT 28 décembre 2007 12:07

    @ l’auteur

    « Il faut dire que les »tangos« ne lésinent pas sur les moyens.. »

    Pourriez vous éclairer les lecteurs d’Agoravox sur l’appellation « TANGOS » que l’on applicait aux Islamistes durant ces meurtrières années quatre vingt dix ?

    Si votre explication est du même ordre que la mienne, elle est extrèmement révélatrice sur le « panier de crabes » qu’a été l’Algérie durant ces sinistres années et sur le jeu trouble qu’ont pu jouer vrais et faux « barbus » et vrais et faux « défenseurs de la démocratie »..

    gAZi bORAt


    • caramico 28 décembre 2007 12:23

      A mon avis, les hommes politiques Algériens se foutent comme de leur premier milliard des corps déchiquetés.

      La seule faon pour lutter contre le terrorisme, c’est le partage des richesses. Et à ça ils ne sont pas près.


      • Gazi BORAT 28 décembre 2007 16:20

        Pour un peu plus de nuances sur le sujet, un éclairage de Salima Mellah, journaliste algérienne et collaboratrice à Algeria watch...

        L’histoire des « tangos » y est racontée dans ce texte, qui fait de l’histoire de l’Algérie de ces dernières années un véritable roman noir...

        http://www.algerie-tpp.org/tpp/pdf/dossier_19_mvt_islamiste.pd

        gAZi bORAt


        • Gazi BORAT 29 décembre 2007 11:36

          @ CALMOS

          Je tente un nouvel essai :

          http://www.algerie-tpp.org/tpp/pdf/dossier_19_mvt_islamiste.pdf

          gAZi boRAt


          • Gazi BORAT 29 décembre 2007 11:49

            Concernant une version du terme « Tango » qualifiant les islamistes et en l’absence d’une version de l’auteur, je vous livre celle-ci :

            CITATION : page 59 du lien cité dans post précédent

            " Un exemple de cette dernière méthode a été révélé en 1998 par un journal italien : un certain lieutenant Farid avait réussi dès 1992 à s’infiltrer parmi des jeunes de la Casbah et à créer son propre groupe en simulant une fuite lors d’une arrestation.

            Un an plus tard, il fit partie des dirigeants nationaux du GIA, car il avait montré son efficacité dans l’activité subversive, notamment le recrutement d’hommes (dont de nombreux autres agents du DRS) et l’approvisionnement en armement.

            Une fois son réseau mis en place, il aurait fait tuer des policiers, magistrats et fonctionnaires par des hommes convaincus de se battre pour la bonne cause.

            Dans une étape suivante, il monta des opérations dans lesquelles les combattants furent tués, il divulgua les caches d’armes et d’hommes et finalement lorsque ce « faux » groupe ne devait plus servir, il distribua à ses hommes près de deux cents paires de chaussure de sport de la marque « Tango », inconnue en Algérie.

            Ainsi rendus facilement repérables par des forces de sécurité bien informées, les membres de ces groupes se sont laissés abattre comme des lapins.

            FIN de CITATION

            Sans commentaire..

            gAZi bORAt


          • Gazi BORAT 29 décembre 2007 15:41

            @ l’auteur

            « Reconciliation »

            Ce qui semble vous déranger, au-delà de la réprobation légitime de ces attentats, me semble être la politique de réconciliation amorcée par Bouteflika, et qui devrait aboutir à une relance démocratique de la vie politique algérienne.

            D’autres pays, avant l’Algérie, ont mis en place avec succès une politique de réconciliation après une situation de guerre civile.

            La France notamment, qui a levé les interdictions de séjour et condamnation frappant les activistes de l’OAS, n’a pas vu son territoire ravagé ensuite par les bombes..

            Contexte occidental me direz-vous ?

            Le Liban, de même et avec succès, a mené une politique de réconciliation dans les années quatre-vingt-dix.. La guerre civile n’en a pas été relancée pour autant et les évènements tragiques que ce pays a connu récemment avec l’assassinat de Rafiq Harriri sont plus dû à l’ingérence syrienne dans la politique locale qu’aux conséquences de cette recherche d’une concorde nationale..

            De même la Turquie, où l’armée avait décrété l’état de siège après les coups d’état de 1971 et 1980, a, à chaque fois et en rendant le pouvoir aux institutions civiles, libéré les prisonniers politiques incarcéré durant la période de suppression des libertés démocratiques..

            La Turquie n’en a pas été dévastée pour autant..

            Pourquoi en serait-il autrement dans le cas de l’Algérie ?

            gAZi bORAt


            • fouadraiden fouadraiden 31 décembre 2007 02:53

              les régimes arabes sont en train de vous vider de votre substance tandis que vous passez votre temps à d’improbables dissertations sur une disposition présidentielle ni qu’a d’autre intérêt que de nous rappeler combien Bouteflika, à l’instar des autres dirigeants arabes, demeure un esbroufe.

              chaque jour nous payons cher notre inadéquation au monde contemporain .

              en plus de subir l’hégemonie occidentale ,la guerre civile nous mine.

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