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Accueil du site > Actualités > International > Karadzic le caméléon : poète, psychiatre nationaliste et gourou

Karadzic le caméléon : poète, psychiatre nationaliste et gourou

Radovan Karadzic, ancien leader des Serbes de Bosnie, présentait ce lundi sa défense au tribunal pénal international de La Haye. Face aux 11 charges auxquelles il doit répondre (génocides, enlèvements, meurtres, non respect de traités de guerre, nettoyages ethniques), l’homme se tient seul, n’exprimant ni culpabilité ni remords. Après des années de cavale, puis de boycott du procès, l’heure est enfin venue pour le bras droit de Milosevic d’être confronté à ses juges.

Poète médiocre

Karadzic, dont le nom restera certainement associé aux massacres perpétrés en Bosnie dans les années 90 est aussi un homme à multiples facettes. Né dans le Monténégro de l’après guerre, il arrive à Sarajevo l’année de ses quinze ans, et y suit des études de médecine. Pendant cette période estudiantine, il s’essaie aussi à la poésie, un domaine où il reste, selon les dires de ses proches de l’époque « médiocre ». Ses réceptions attirent les intellectuels qui mangent et y boivent. Mais l’élite de la capitale tend à le rejeter, voire même à se moquer de ses talents limités et de sa paresse. Des débuts qui ne sont pas sans rappeler l’incursion ratée d’Hitler dans le monde de la peinture.

Velléités d’élite

Dès la fin des années 60, l’idéologie nationaliste serbe fait son chemin dans l’esprit de Karadzic. Il continue néanmoins ses études de médecine psychiatrique, en Bosnie, puis aux Etats-Unis. Fortement attaché à son pays, il y retourne après son passage aux USA, pour travailler dans une clinique psychiatrique de Sarajevo. L’un de ses collègues d’alors confirme que ses velléités d’amitiés littéraires sont toujours omniprésentes. il flatte les poètes et écrivains, mais ne parvient toujours pas à être pris au sérieux.

Republika Srpska

Et quoi de mieux pour forcer le respect que la politique ? Gorgé de ses idéaux nationalistes, il fonde en 1990 le parti démocratique serbe (SDS). Un timing qui tombe à pic, puisque l’année suivante voit éclater la Yougoslavie. De ce morcellement renaissent les vielles rancœurs territoriales, historiques, ethniques et religieuses de la région. Au milieu de cette « poudrière » des Balkans, les serbes tirent vite leur épingle du jeu, et autoproclament la République Serbe de Bosnie, avec Karadzic aux commandes. Ambitieux et expansionnistes, les serbes veulent une région bien à eux, et rien qu’à eux. Un raisonnement qui mène au nettoyage ethnique le plus grave depuis la seconde guerre mondiale, et qui vise cette fois les musulmans et croates.

Dragan Dabic

A la fin de la guerre, les institutions internationales enquêtent sur les exactions commises, et des pistes mènent rapidement à Slobodan Milosevic (mort d’une crise cardiaque avant la fin de son procès), Ratko Mladic (toujours en fuite), et au fameux Radovan Karadzic. Ce dernier échappe pendant des années au mandat d’arrêt international en se réinventant, une fois de plus. Cette fois c’est la tunique et la longue barbe des gourous new-age que revêt Karadzic, qui change aussi de nom pour faire bonne mesure. Dragan Dabic, comme il se alors appeler, pratique les médecines alternatives, jusqu’à 2008 où il est arrêté.

Quand on contemple la vie de cet homme, on ne peut s’empêcher d’être surpris. Il semble en effet qu’il n’a pas eu une seule existence, comme le commun des mortels, mais plusieurs, chacune très différente de l’autre. Et cette capacité à « se réinventer », son collègue de la clinique psychiatrique de Sarajevo l’avait remarquée dès la fin des années 1970. Alors que s’ouvre enfin un procès qui devrait durer deux ans et qui a réunit plus d’un million de pages de documents, on assiste à une énième renaissance de Karadzic : cette fois en homme de droit, qui aurait agi pour la défense de son peuple, une cause « juste et sacrée ».


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14 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 2 mars 2010 10:21

    Lorsque le premier soldat de l’armée de libération entra dans le camp de Sobibor, il cria : » C’est terminé, vous êtes libre, Hitler a perdu la guerre ! ». 60 ans plus tard, après les horreurs du Darfour, de la Bosnie, du Kosovo, de l’Afghanistan et j’en oublie… Je me dit que finalement Hitler a belle et bien gagné sa guerre car il nous a appris à accepter et banaliser l’horreur ! J’en arrive parfois à me demander si avec ce genre de chien enragé il ne faut pas des loups ….


    • rastapopulo rastapopulo 2 mars 2010 22:18

      Est ce vraiment profond comme vérité ?

      Les serbes était de farouches adversaires des nazis, et les fascismes n’auraient pas vu le jour sans soutiens financiers extérieurs (MI5 et Morgan pour Mussollini, Ford et Warburg pour Hilter,...).

      Ensuite le rôle des services secrets sont vraiment louche dans cette guerre.

      Comme d’habitude l’open society de Soros aura eu une antenne en Yougo avant un conflit. Les faux massacres du début authentifiés par Magdelein montre la tendance kosovar des anglosaxons. Une énorme base qui emploie 30 % de la population active du Kosovo a été construite directement après au Kosovo.

      Bref magouille et compagnie ! Qui sait si Karazic est un fou, un agent double ou pauvre type prit dans le tourbillon des jeux d’influence entre les atlantistes et les prorusses, voir les 3 à la fois ?


    • Traroth Traroth 2 mars 2010 15:30

      Ah bon, il est mort d’une crise cardiaque, Milosevic ?

      Personnellement, je me souviens qu’il disait qu’on était en train de l’empoisonner, puis il est mort peu de temps après. Ensuite, il y a eu une autopsie, dont on a dit très fort que les résultats seraient bientôt connus. Mais à part une vague déclaration, ils n’ont jamais été publiés, à ma connaissance.

      Ce n’est pas que je sois très fan de ce tyran, mais il faut éviter inconsidérément des versions très douteuses d’évènements importants.


      • Georges Yang 2 mars 2010 16:58

        Karadzic est loin d’etre un saint mais Tudjman et Itzebegovic auraient du aussi se retrouver sur les bancs d’un tribunal


        • DIMEZELL 2 mars 2010 20:05

          Karadzic est un fou, il suffit de l’entendre parler de ses visions de Sarajevo qui brûle comme d’une prophétie.
          Karadzic est un lâche qui s’est caché, masqué , dérobé à ses responsabilités avec la bienveillance des autorités françaises.
          Les massacres de Bosnie programmés par les Serbes et mis en oeuvre par des petites mains nourries de culture traditionnelle violente à l’égard de leurs voisins constituent une première en Europe depuis la seconde guerre mondiale et nous avons laissé faire !

          Les Serbes portent l’entière responsabilité de cette guerre qu’ils souhaitaient, qu’ils ont mis en oeuvre en tirant au quotidien sur la population ouverte d’une ancienne ville olympique et une bonne partie de l’opinion serbe de Serbie regrette de ne pas avoir pu réaliser la Grande Serbie.
          Le désir d’autonomie d’abord et d’indépendance ensuite des Bosniaques entre autres se comprend parfaitement quand on voit la manière des Serbes de tout dominer en Yougoslavie.
          Quand on pense que Raco Mladic est encore en fuite, toujours avec la bénédiction de la France , c’est écoeurant.
          Ce procès est une nécessité, il faut en profiter pour ouvrir le dossier et dire la réalité, rappeler Srebrenicka !


          • draggi 4 mars 2010 10:08


            Quand je lis ce genre de commentaires je ne peux pas rester sans rien dire. Les serbes portent l’entière responsabilité de cette guerre, alors pourquoi on a jamais condamné la Serbie ? On diabolise Milosevic avec des sois disant plan d’extermination, d’appel au génocide (champs des merles 1989) ? Tout ça n’est que désinformation, Milosevic n’était qu’un petit chef mafieu, il voulait garder l’intégrité de la Yougoslavie, il disposait alors de l’armée grâce à Tito qui avait équilibré les pouvoirs entre chaque entité (économie pour les Slovènes & croates, défense pour les Serbes ...) afin de garder cet ensemble bancale debout. Enfin on oubli que la Yougoslavie aurait dû se désagréger à l’époque de Tito toujours au départ du Kosovo en 1974 ou celui-ci avait finalement entériné l’autonomie de la province pour étouffer les sécessionnistes. L’opinion serbe n’a jamais rêvé ni même parlé de la grande Serbie, certes on a réveillé les démons nationalistes, mais on ne peut pas comparer le nationalisme Serbe, Croate ou Kosovar au fascisme Hitlérien.
            http://math.unice.fr/ coppo/mythes.pdf


          • draggi 4 mars 2010 10:14

            Le mythe du Mémorandum
            L’instrumentalisation du fameux Mémorandum de l’Académie serbe des sciences et
            des arts (SANU) relève de la même logique manipulatrice. Ce texte alarmiste datant
            de 1986 fut plutôt bien accueilli en Occident à sa sortie, puis présenté, au cours de la
            décennie 90 comme un programme d’expansion grand-serbe justifiant « scientifiquement
             » la pratique du nettoyage ethnique8. A cet égard, il est significatif que les médias
            n’aient prêté aucune attention à la parution en 1998 d’un document (tout à fait officiel
            celui-là) de l’Académie des sciences d’Albanie, intitulé « Plate-forme pour la solution de
            la question nationale albanaise », qui concluait que « l’aspiration légitime de tous les
            Albanais est celle de l’unification de tous les espaces ethniques en un seul Etat national
             ». Une « aspiration » que l’UCK tentera d’imposer, par la violence, au Kosovo en 1998-
            99 puis en Macédoine en 2001. « Je suis étonné que l’opinion publique occidentale jadis
            si sensible au mémorandum de l’Académie serbe n’ait pas du tout réagi à cette plateforme
            albanaise » constatera amèrement l’écrivain macédonien Ante Popovski9. Une des
            raisons de cette indifférence de l’opinion pourrait bien être, justement, que les médias
            occidentaux n’en ont jamais parlé ...


          • draggi 4 mars 2010 10:18

            Le mythe de Milosevic
            Un aspect déterminant de la mystification de l’opinion occidentale dans l’affaire yougoslave
            aura été l’extraordinaire mythe répulsif érigé et entretenu autour de la personnalité
            de Slobodan Milosevic. A tel point que le politologue Aleksa Djilas a pu déclarer en 1999
            au magazine autrichien Format : « J’ai été un critique acéré de Slobodan Milosevic depuis
            que j’ai entendu parler de lui pour la première fois en 1984, lorsqu’il n’était qu’un
            dogmatique secrétaire du parti à Belgrade, mais en Occident il est tellement démonisé,
            que la plupart du temps, je ne peux presque pas le reconnaître ». Pendant des années, le
            dirigeant serbo-yougoslave sera systématiquement dépeint sous les traits d’un monstre
            de cynisme assoiffé de pouvoir, alors que sa sympathie initiale pour le sort des Serbes
            du Kosovo - qui s’estimaient maltraités par la nomenklatura albanaise alors au pouvoir
            dans la province, et menacés à terme de disparition - était en réalité sincère10. Car le
            phénomène de diabolisation de Milosevic, bien qu’ayant atteint son apogée lors de la
            guerre du Kosovo de 1999, remonte à une époque bien antérieure à cette période. Il
            trouve son origine à la fin des années 80 lorsque dans un contexte d’effondrement général
            du système communiste à l’Est, Milosevic est parvenu à consolider son pouvoir, en
            permettant à la Serbie morcelée depuis 1974 de recouvrer une souveraineté effective sur
            ses provinces autonomes de Voïvodine et du Kosovo. Il n’est pas dans notre intention
            de disimuler les aspects les plus troubles du régime de Milosevic (notamment les liens
            occultes qu’il a pu entretenir avec les milices paramilitaires d’Arkan), mais de mettre en
            lumière la construction médiatique par laquelle un homme de pouvoir autoritaire - mais
            pragmatique et initialement plutôt bien disposé à l’égard de l’Occident - a pu apparaître
            aussi longtemps comme l’archétype du dictateur anti-occidental.


          • DIMEZELL 2 mars 2010 20:07

            Les Corses, les Basques, les Bretons....ont le droit au respect de leurs nations, de leurs langues de leurs cultures.

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