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Accueil du site > Actualités > International > L’Afrique du Sud : pays modèle ?

L’Afrique du Sud : pays modèle ?

Alors que l’Afrique du Sud participe ce dimanche à la demi-finale de la Coupe du monde du rugby face à l’Argentine, retour sur l’évolution politique du pays depuis la chute de l’Apartheid.

Même en vacances l’intérêt pour la chose politique n’est jamais loin... J’ai eu la chance de découvrir cet été, avec un certain émerveillement et au cours d’un séjour suffisamment long et hors des sentiers battus du tourisme industriel pour commencer à bien l’appréhender, un fabuleux pays : l’Afrique du Sud ! Ses paysages immenses, majestueux, sublimes... Sa faune et sa flore sauvages, protégées, préservées... Ses déserts, ses montagnes, ses côtes, ses forêts, sa brousse... Ses cultures... La « nation arc-en-ciel » me paraît un excellent exemple de ce qu’il est possible de faire - et de longue date de surcroît ! - pour défendre la nature et l’environnement, sans nuire (bien au contraire !) au développement économique, à l’agriculture, à l’industrie minière. L’Afrique du Sud a compris à quel point son espace naturel représente une richesse incommensurable, pour le tourisme en premier lieu évidemment, mais pas seulement. Même pour la population cela paraît aller de soi, être intégré dans les comportements quotidiens, relever de la conscience d’un bien commun partagé, en un mot « culturel ».

Je ne suis pas naïf et je ne dis pas qu’il n’y a pas de problèmes, mais voir l’homme, l’agriculteur et l’éleveur, cohabiter « naturellement » et de façon intelligente avec des espèces telles que des lions, des éléphants, etc., qui plus est dans des conditions climatiques parfois difficiles, laisse songeur. Surtout lorsqu’on entend en rentrant certains débats sans fin quant à la réintroduction de quelques ours en France...

D’un point de vue sociétal, je suis aussi assez admiratif du pays de Nelson Mandela : comment il a su gérer dans le calme la fin de l’apartheid et la transition démocratique, comment il a effectué son travail de réconciliation nationale tout en préservant le devoir de mémoire, comment il a fait le pari du développement économique pour le bien de l’ensemble de la population. Comment cela a déjà permis l’émergence d’une classe moyenne noire. À quel point il a poussé le souci de l’égalité, par exemple en étant encore l’un des rares pays au monde, et bien évidemment le seul en Afrique, à accorder aux couples de même sexe le droit de se marier (en avance pour le coup sur la société civile, contrairement à la France soit dit en passant) !

Là non plus, je ne dépeins pas un tableau idyllique : à côté (à peine quelques mètres ou dizaines de mètres parfois !) de manifestations insolentes d’une extrême richesse, j’ai aussi vu bien sûr l’extrême pauvreté des bidonvilles (les « townships » et leurs baraques en tôle ondulée de quelques mètres carrés, parfois une simple bâche en plastique...). Tout comme je me suis senti en relative insécurité dans les grandes villes telles que Johannesburg, Durban ou Le Cap hors des zones protégées (sentiment renforcé par les murs d’enceinte, les clôtures électrifiées et les annonces sans ambiguïté des sociétés de gardiennage - « réponse armée » ! - autour de la quasi-totalité des maisons, quelle qu’en soit la taille). Ou comme je peux comprendre le point de vue de certains jeunes blancs qui se sentent sacrifiés et se voient contraints d’émigrer pour pouvoir étudier, victimes paradoxales d’excès égalitaristes, le balancier étant sans doute allé trop loin vis-à-vis de cette génération. Et ces grèves dans la fonction publique et l’éducation où les comptes se règlent à coups de couteau...

Mais j’ai vu de l’autre côté les efforts déployés par le gouvernement pour résorber la pauvreté, à l’image de ces multiples chantiers de construction de logements décents, de petites unités de deux ou trois étages maximum : là encore, l’intelligence de ne pas commettre les mêmes erreurs qu’avec les grands ensembles de nos banlieues dans les années 60... Et, même si j’ai évolué dans des cadres plutôt privilégiés, j’ai ressenti aussi une société relativement apaisée, où les gens semblent se respecter entre eux et heureux de vivre ensemble.

Au final, tout cela produit des résultats spectaculaires, ne serait-ce que sur le plan économique : à elle seule, l’Afrique du Sud représente plus du tiers du PIB de l’Afrique sub-saharienne et les trois-quarts du PIB de l’Afrique australe ! Le pays accueillera la Coupe du monde de football en 2010 : voilà une belle reconnaissance internationale du chemin parcouru en moins de vingt ans et un encouragement à persévérer dans la voie équilibrée, moderne et dynamique choisie. Alors, un modèle ? Sans angélisme, je crois que oui, et à certains égards pas seulement pour d’autres pays du continent africain !


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7 réactions à cet article    


  • sergio 15 octobre 2007 19:30

    Bravo pour cet article , ceux qui ont eu la chance de visiter ce pays ne peuvent qu’approuver. Les détracteurs en chaise longue qui ne quittent leur bureau que pour un voyage organisé - pour ne pas dire orienté- devraient varier leurs lectures. Certes tout n’est pas parfait, mais ce pays qui a su faire taire ses rancoeurs pour oeuvrer au développement d’une nation qui porte bien son nom d’arc en ciel mérite beaucoup de respect.


    • sys 16 octobre 2007 09:40

      A l’époque de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud j’étais persuadé que cela finirait en bain de sang, car je ne voyais pas comment certains pouvaient accepter de perdre autant de privilèges et d’autres n’allaient pas chercher à se venger de tant d’injustices passées.

      Il y a quelques années, j’ai aussi mené un tel voyage dans l’espoir de comprendre par quel miracle ce pays a pu éviter une telle catastrophe.

      C’est évidemment très simplificateur, mais en effet, comme vous le soulignez, l’essor économique a été tel que toutes les communautés y ont finalement trouvés leur compte. C’est je pense, la principale raison de ce miracle. La culture Sud africaine, cette histoire bien trop longue de conflits et d’injustices et le charisme d’un Nelson Mandela ont bien évidemment largement contribué aussi.

      Je vous rejoins tout à fait sur cette « intelligence Sud-Africaine » concernant leur relation à la nature et leur environnement. Nous avons beaucoup de choses à apprendre !

      Bravo pour cet article !


      • Dalziel 16 octobre 2007 10:26

        A l’époque de la fin de l’apartheid en Afrique du Sud j’étais persuadé que cela finirait en bain de sang...

        C’est loin d’être fini, mon pauvre ami. Les épurations ethniques en Yougoslavie, ce fut soixante-dix ans après l’invention du pays.

        Or, l’Afrique du Sud n’en est encore qu’à la première génération (génération Mandela) de l’après-apartheid, celle qui se faisait des illusions.

        Les nouvelles générations noires, constatant que loin de se rapprocher du niveau de vie des Blancs, elles stagnent dans le marasme (taux de chômage : + de 40 %, en constante augmentation du fait de l’arrivée des jeunes sur le marché du travail), croiront obtenir dans le sang, ce que la négociation et les urnes étaient (évidemment) incapables de leur procurer...

        Entre 1990 et 2006, le pays a passé du 86e au 121e rang dans l’indicateur du développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement...

        La moitié de la population se trouve au-dessous du seuil de pauvreté, la criminalité pulvérise tous les records établis ailleurs sur la planète, et les Blancs conscients quittent le pays à un rythme qui s’accélérera toujours davantage.

        Ce pays est une bombe à retardement. Le bain de sang, ce sera dans les quinze ans qui viennent. Vous vous souviendrez de moi, quand le moment sera venu... Dalziel... Comme dans la série « Inspecteurs associés », si ça vous dit quelque chose.


        • Act 16 octobre 2007 11:30

          Bravo pour cet article sur l’intelligence sud-africaine et les succès. N’en déplaisent aux jaloux sclérosés. Vous auriez pu évoquer la place des femmes en politique, la diplomatie pacifique, le code éthique des entreprises et investissements à l’étranger, la lutte contre le mercenariat...On ne peut évidemment pas tout dire mais les pincipaux dirigeants Sud-Africains dont principalement Thabo Mbeki sont de brillants humanistes.

          Cela dit les défis à surmonter restent énormes : sida, violence, éducation et intégration économique. Pour le reste, c’est beau, dynamique, créatif, ouvert.


          • Dalziel 16 octobre 2007 12:15

            ...la place des femmes en politique, la diplomatie pacifique, le code éthique des entreprises et investissements à l’étranger, la lutte contre le mercenariat...

            Ca, c’est bon pour faire bicher les intellectuels blancs, mais pour embobiner les frustrés, noirs, des townships, il faudra présenter une bien autre copie.


          • Internaute Internaute 16 octobre 2007 12:47

            L’Afrique du Sud tient encore le coup parceque les blancs sont suffisamment nombreux. Jetez un coup d’oeil sur la Rhodésie voisine. Lâchés par les anglais, ils ont dû laisser le pouvoir à la majorité noire. Les fermiers se sont fait pourchasser, voler et assassiner par les hordes noires. Bien entendu, pas un seul bien-pensant ne s’est indigné de la chasse au blanc. Aujourd’hui la Rhodésie s’appelle Zimbawe, a sombré dans la misère la plus profonde et l’inflation la plus importante du monde. Ils viennent maintenant faire la quête à l’ONU auprés des bonnes âmes européennes. Nul doute que nos ONG iront louer leurs qualités innombrables que les méchants européens n’ont jamais voulu reconnaître.

            Le cas de l’Afrique du Sud n’est pas rose non plus et montre à quel point une mauvaise propagande peut avoir d’influence. Les africains du sud se sont eux-même suicidés politiquement, en toute démocratie. Un référendum a été fait où 61% des blancs ont voté pour leur fin. Résultat, ceux qui avaient assez d’argent sont partis en Autralie acheter des fermes dans le Queensland. Les autres ont perdu tous leurs avantages et finiront chassés au coupe-coupe dans l’indifférence générale.


            • timeli 17 octobre 2007 15:14

              @DALZIEL Tout juste, mais visiblement c’est plus politiquement correcte de rever eveillé et de penser que tout le monde s’aime en Afrique du sud.Pour info mon ancien Patron sud af lorsque je bossais en Afrique de l’ouest m’a un jour déclaré que si il met les pied dans un train de banlieua joburg, il est mort 3 minutes après a cause de sa couleur.Ce boss était adhoré par les Ghanéens qui bossait dans notre équipe............

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