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L’Afrique subsaharienne

Côte d’Ivoire : Bonjour tristesse...

Libreville 1969. « Gabon d’abord ! », tel était le slogan du candidat unique, Bernard M’Bongo (avant de devenir Omar M’Bongo après sa conversion à l’Islam) à la présidence de la jeune république gabonaise à la suite de la mort de son « père fondateur » Léon M’Ba. La décolonisation n’a pas été suivie d’épisodes douloureux. Les « Blancs », au milieu des nombreuses ethnies qui composent la population du Gabon - Eschiras, Bapounous, Fangs, Pahoins, M’Pongwés, Bamilékés, Pygmées etc. - formaient ce groupe de « Gabonais d’adoption », parfaitement intégré à la vie locale aussi bien à Libreville et Port-Gentil que dans les villages de l’intérieur, inscrits sur les listes électorales gabonaises.

Certains diront que ce passé a des relents racistes cachés, qu’il masque un néocolonialisme irréductible par la position dominante des Blancs dans l’économie et les différences de niveau d’éducation. Ce type de discours est bien connu, il masque le désir de faire une bonne conscience au moindre coût, quand ce n’est pas l’attitude d’intellectuels réduits au : « Je dénonce donc je suis ! ».

Les centres-villes administratifs et commerçants, les lotissements africains et européens formaient un ensemble qui permettait aux différents modes de vie de coexister sans heurts et favorisait le brassage des populations.

Le Gabon riche de ses matières premières - bois, pétrole, minerais de fer, de manganèse, d’uranium etc. - et de ses usines de transformation, développait ses infrastructures et des programmes appropriés pour l’éducation et la santé. L’avenir était porteur d’un mieux vivre pour sa population, fondé sur le développement de l’éducation, l’assistance médicale, le commerce... L’exploitation pétrolière naissante était la promesse de devises fortes. Mais la ligne d’horizon restait la Côte d’Ivoire, pays dont l’urbanisation agissait comme un aimant sur les esprits, paradigme du développement.

L’implosion qui se produit aujourd’hui à Abidjan aurait été inimaginable pour ces « Gabonais d’adoption » de la première décennie de l’indépendance. Un mauvais scénario de science-fiction, tant ils croyaient que le gap culturel qui séparait les Blancs des Noirs allait se réduire et disparaître. Les couples mixtes n’en étaient-ils pas les premières manifestations ? La gabonisation des emplois qualifiés était en marche. Tout n’était pas pour le mieux dans le meilleur des mondes - René Dumont écrivait (1962) que l’Afrique était mal partie, le Congo ex-belge avait perdu Patrice Lumumba et Fulbert Youlou portait des soutanes de couleur qui annonçaient des jours difficiles -, mais ce monde africain semblait sur la voie du développement, il suffisait de regarder du côté d’Abidjan.

Or le ver était dans le fruit, mais personne ne le voyait : l’explosion démographique. On peut dire que les puissances européennes ont su quitter (se débarrasser...) de leurs possessions coloniales en Afrique avant que cette explosion démographique ne rende impossible toute gestion - tant du point de vue de l’urbanisation que de l’éducation ou de la santé. La situation actuelle en Côte d’Ivoire - comme dans la plupart des pays africains - résulte de l’incapacité des gouvernements de contrôler ces masses de « jeunes » qui ont entre 15 et 25 ans, parce qu’il leur est impossible de les éduquer et de leur donner du travail. La bombe qui explose aujourd’hui en Côte d’Ivoire contre les Blancs, ce n’est rien d’autre que cette bombe démographique. Le choix du gouvernement ivoirien de les instrumentaliser pour consolider son pouvoir - qui trahit ainsi son origine démocratique - contribue à accroître la crise.

Les Blancs sont en effet la cible toute désignée de ces jeunes « patriotes », qui peuvent ainsi piller, casser, violer... en toute impunité ; ils s’entretueront dès qu’ils en auront fini avec les Blancs, mais de cela le pouvoir n’a que faire !

Le double monopole, le monopole militaire et le monopole fiscal, a rappelé Stephen Smith dans « Négrologie  » est la caractéristique première d’un Etat de droit. On pourrait ajouter à cette déclaration que ce double monopole ne peut exister sans une classe moyenne forte. Elle seule peut apporter, grâce à la croissance économique qu’elle génère, une prise en charge de ces jeunes, de ce surplus démographique, et faire jouer des soupapes de sécurité pour que leur violence ne mette pas en danger tout le corps social.

En Côte d’Ivoire cette classe moyenne se structurait aujourd’hui autour des dix à quinze mille Blancs que le Président a vu quitter le pays sans regret. C’est la chute annoncée d’un Etat qui perd le double monopole des armes et de la fiscalité, suivant un principe d’entropie africain déjà hélas observé ailleurs : Sierra Leone, Liberia, ex-Zaïre, Mozambique, Angola, Rwanda etc.

Après avoir assuré le rapatriement des Blancs, nous assisterons impuissants à une régression programmée de la classe moyenne noire (ou métis) de la Côte d’Ivoire, à la déliquescence de l’Etat ivoirien, avant que d’autres grands bouleversements pleins de crimes et d’horreurs conduisent au chaos.

Le chaos serait-il la seule alternative en Afrique subsaharienne à l’apartheid et au ghetto ? La forme africaine du totalitarisme ?


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2 réactions à cet article    


  • pascal 18 avril 2007 11:41

    Le plus gros probleme en Afrique , ce sont d’abord les dirigeants qui sont plus preoccupés à détourner l’argent qu’à venir en aide aux populations . Une fois que la population , souvent jeune , qui a une envie de vivre pleinement et de voyager , commence à se revolter , une seule solution reste : c’est la faute des blancs ! ben voyons ! regardons les resultats au Zimbabwé , demain la cote d’Ivoire sera dans la meme situation, et sans doute la plupart , pour ne pas dire tous , les pays africains .


    • jltisserand 19 avril 2007 07:14

      Bien d’accord avec l’article et le 1er commentaire mais Il faut aussi reconnaitre et surtout ne pas oublier qu’en Afrique, lors du partage entre les colonisateurs, les frontieres tracees n’ont absolument pas tenu compte des populations ; En conséquence, certaines ethnies se retrouvent dispersées sur 2, 3 ou 4 pays. Ceci, en certaines circonstances, n’étant pas non plus fait pour apaiser.

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