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L’Afrique, version « continent de demain »

L’Afrique, version « continent de demain ».

 

Beaucoup de colloques (*) sont organisés sur l’Afrique.

On y entend parler en boucle des mêmes choses : - demain, le développement ( sans qu’on entende les orateurs dire ce qu’ils mettent dans le mot « développement ») , - demain, la bonne « gouvernance » ( sans que les orateurs osent dire que ce sont ceux-là mêmes qui sont au pouvoir -et qui assistent souvent aux colloques ou qui les financent- qui devraient mieux gouverner ou qu’ils devraient céder la place à d’autres), - demain, la lutte contre la corruption (sans que l’on désigne les corrompus et les bandes qui prospèrent à partir du système -même remarque-). « Demain » … depuis 50 ans. Toujours « demain » avec la nouvelle expression « l’Afrique continent de demain ».

Dans ces « forum », « colloques » et autres lieux distingués, on croise toujours les mêmes invités, venant des mêmes institutions, qu’on entend répéter les mêmes litanies. Et qui sont souvent ceux qui, étrangers ou compères locaux, profitent en définitive du non développement, de la mauvaise gouvernance, et de la corruption.

 

C’est lassant.

 

Pourtant les choses sont simples.

L’Afrique a été colonisée, entre autres, parce que son sol et son sous-sol pouvaient produire des richesses dont les étrangers avaient besoin. Et parce que les employés locaux qui extrayait les richesses étaient vraiment peu chers. Comme les esclaves, qu’ils étaient parfois. Et qui, dans la réalisation de projets (nécessaires à l’exploitation coloniale), dont on vantait la grandeur, mouraient en grand nombre, tant les conditions imposées étaient irrespectueuses des droits de l’Homme.

La colonisation s’est faite par la force militaire directe ou par la menace (avec la signature d’ « accords » signés par les vaincus ou ceux qui étaient en passe d’être défaits par les armées coloniales, en vie d’autoriser l’occupant à être chez lui … sur le territoire des autres).

 

Là où la décolonisation a été octroyée, elle a été soigneusement préparée et le pouvoir (politique) a été transmis à des individus « sûrs ».

C’est que les richesses africaines continuaient à être nécessaires aux sociétés étrangères.

 

En revanche, les dirigeants politiques locaux, non choisis par le colonisateur, qui s’étaient mis en tête de penser aux intérêts de la population, incluant les plus démunis, furent remplacés par des individus « sûrs », après que certains furent parfois purement et simplement tués.

Les technologies nouvelles et la mise sur le marché de nouveaux produits créèrent sans cesse plus de besoins, parmi lesquels celui de disposer des richesses recherchées et trouvées encore dans le sous-sol africain.

 

Ce qui fait que la domination des Africains a continué à être « nécessaire ». Et s’est poursuivie. Non pas évidemment sous la forme coloniale, avec le gouvernement direct par les Européens pour le compte des sociétés commerciales diverses d’exploitation des richesses et du commerce.

Mais de manière plus subtile. Domination organisée de manière telle que les dirigeants africains furent mis en situation d’obéir aux mêmes. Avec deux missions : premièrement celle de signer ce qu’on leur disait d’accepter ; deuxièmement celle de manipuler leurs concitoyens en leur faisant espérer des jours meilleurs ou celle de les mater si ces derniers émettaient des doutes ou des plaintes. 

 

La nouvelle technique (douce) de subordination repose (comme partout, notamment en Europe (*), sur la mise en place de certaines techniques et pratiques financières simples. Qui engendrent le reste.

 

L’argent nécessaire au « développement » est obtenu par des dons ou par des prêts, en contrepartie de l’ouverture du continent aux entreprises étrangères (lesquelles d’ailleurs sont souvent celles qui encaissent l’argent des emprunts). Il s’agit d’un piège, aux prolongements complexes, dont il est techniquement compliqué de se libérer, et dont on redoute d’ailleurs de sortir quand on se rend compte qu’on s’est fait « avoir »..

 

Par ailleurs beaucoup de dirigeants africains sont installés et / ou maintenus au pouvoir et sont bien rémunérés (en mettant le pays en coupe réglée à leur profit et à celui de leur famille et de leurs amis, et en touchant des commissions) pour faire fonctionner le système. Et autour d’eux, l’argent de la corruption ruisselle, corrompant à son tour, et fabriquant ce faisant des métastases qui étendent la maladie (et rendent plus difficile la thérapie).

 

En Afrique comme ailleurs (*), les électeurs croient voter pour leur avenir. Ils votent seulement (quand il y a des élections) pour désigner ceux qui mettront en application les plans d’ajustement structurels, et qui seront récompensés pour ce faire.

C’est pour cela qu’être élu en Afrique constitue, encore plus qu’ailleurs (puisqu’en Afrique la finance et le commerce offrent, moins qu’en Europe ou aux Etats-Unis, de débouchés pour s’enrichir) un jackpot qu’il ne faut pas rater. Qui explique que l’on fasse bourrer les urnes après que l’on a éventuellement envoyé ses supporters tuer les groupies des concurrents (ou qu’on demande à un puissant ami d’envoyer ses troupes pour donner un coup de main).

 

La thérapie qui s’impose ne nécessite pas d’avoir fait de longues études.

 

1/ Elle passe par l’institution d’une ou de plusieurs banques publiques africaines. Avec l’arrêt immédiat des emprunts contre le paiement d’intérêts. Et avec l’arrêt de l’engagement de déréglementer la finance et l’économie.

 

2/ Elle passe aussi par le remplacement d’un bon pourcentage des élites, qui ont vécu du système, et qui ne peuvent changer ni de mentalité ni de culture. Et par la mise en place de mécanismes (*) mettant tout citoyen à même de déclencher une procédure pouvant conduire à la ruine tout homme politique qui se mettrait à nouveau dans une situation de conflit d’intérêt.

 

Ensuite, la politique n’étant plus déterminée par les plans d’ajustement structurels, elle pourra l’être à nouveau par le peuple (*) .

Les hommes politiques risquant gros s’ils utilisent leurs fonctions à des fins privées, pourront plus facilement réfléchir à l’intérêt général et au respect des droits des êtres humains. En commençant par celui de manger à sa faim, de pouvoir se soigner, de pouvoir envoyer ses enfants à l’école.

 

Mais avant, ce qui paraît être de simples retouches …

  • emprunter désormais à une banque contrôlée politiquement par l’Etat au taux déterminé par l’Etat, sans autre contrepartie que de veiller à l’intérêt général, à l’emploi, et au niveau de vie des 90% de la population) et
  • permettre aux citoyens de désigner des politiques pouvant choisir et modifier la politique

… s’analyse en réalité en une révolution de grande ampleur.

 

Changement ni de droite, ni de gauche, mais bouleversement de l’ampleur de la « Révolution » de 1789 en France.

Parce qu’il faudra décoller les politiciens des intérêts privés des tiers et des leurs.

Parce que la minorité qui perdra … perdra beaucoup.

Et qu’elle ne renoncera pas sans réagir. Violemment.

 

Marcel-M. MONIN

m. conf. hon. des universités

docteur d’Etat en droit.

ancien représentant du Haut Commissaire des Nations-Unies pour les Réfugiés à la Commission des Recours des Réfugiés.

 

(1) Ce qui n’est pas nouveau sur les terres africaines. Quand le colonisateur belge s’est installé au Congo, il a institué des d’impôts (par exemple sur les habitations), puis il a exigé qu’il que ces derniers soient payés en monnaie. Comme les populations n’avaient aucun argent, elles ont été forcées de travailler pour les étrangers pour pouvoir s’acquitter du paiement de l’impôt. Ce qui fut une idée astucieuse et efficace pour se procurer, en dehors du concept de l’esclavage, de la main d’œuvre « forcée » à bon marché. Laquelle sortait de son sous sol, les richesses … qui partaient pour assurer aux étrangers leur mode et leur qualité de vie .

 

(*) v. sur « Agoravox » notre exposé sur « pouvoir économique et pouvoir politique : pour la séparation des pouvoirs ». 


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1 réactions à cet article    


  • leypanou 6 mars 08:52

    C’est ce que tout individu qui a un minimum de culture (géo)politique devrait savoir, car vous avez bien résumé là l’escroquerie intellectuelle de toutes ces aides au développement !

    Il est certain qu’après plus de soixante ans de pseudo-indépendance, aucun pays d’Afrique n’a vraiment décollé !

    Vous auriez pu aussi parler du franc CFA et de ses conséquences sur l’économie des pays l’utilisant.

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