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L’Aide publique au développement des pays du G8 : un marché de dupes

C’est par sa résolution numéro 2626 que l’Assemblée générale de l’ ONU décida, en 1970, de porter l’aide publique au développement(APD) à 0,7% du produit intérieur brut(PNB) des pays développés. Cette résolution stipule :"chaque pays économiquement avancé accroitra progressivement et s’efforcera particulièrement d’atteindre, au milieu de la décennie au plus tard, un montant minimum en valeur nette de 0,7% de son PNB".
 
Trente ans plus tard, soit trois décennies après, le constat est amer et que ce taux n’a jamais été atteint par l’ensemble des pays développés, malgré leurs nombreuses déclarations d’intention, sinon par quelques pays Nordiques. Ce constat est d’autant plus amer que la quasi-totalité des anciennes puissances coloniales ne soit pas encore parvenue à porter ce taux à 0,7% de leur PNB, cinquante après les indépendances africaines.
 
Seuls les pays Nordiques sont parvenus à atteindre ce taux. Les raisons majeures résident dans la longue tradition social-démocrate connue par ces pays pendant près d’un demi-siècle, dont le plus célèbre fut celle d’Olof Palme en Suède ; mais il y a aussi le fait que ces pays n’ont pas eu des colonies et n’ont jamais manifesté des visées hégémoniques pour le contrôle du monde ou d’une partie de celui-ci.
 
En l’an 2000, ayant fait un constat d’échec sur l’APD des pays développés, la même institution lança les "Objectifs du Millénaire pour le Développement"(OMD) pour 2015, avec entre autres pour objectif, d’amener, encore et toujours, les pays développés en retard, d’atteindre cette fois-ci, ce taux de 0,7% de leur PNB.

A cinq ans de cette échéance, il est pratiquement acquis que l’OMD sera un sérieux et cinglant revers pour la communauté internationale, d’autant que le monde doit dorénavant faire face à d’autres défis, toujours plus nombreux et complexes, qui nécessitent des gros moyens(problèmes environnementaux, terrorisme, immigration, etc). Même, Mr Baki Moon, le Secrétaire général de l’ONU, a reconnu explicitement que l’OMD risque d’être un échec.
 
Données et tendances de l’OCDE

Pour 2008, l’APD a atteint 119,8 milliards de dollars contre 103,4 milliards en 2007, soit une hausse de 10,2%. Comparée au transfert des fonds des migrants ,qui était de l’ordre de 337 milliards de dollars en 2007, l’APD est trois fois moins.

En chiffres absolus, ce sont les Etats-Unis qui restent les plus grands contributeurs avec 26 milliards de dollars, suivis de l’Allemagne avec 13,9 milliards, la perfide Albion avec 11,4 milliards, la France avec 10,9 milliards et enfin, le Japon avec 9,3 milliards. La Corée du Sud a fait son entrée dans le groupe des pays donateurs.

Quant aux pays qui ont accru leur contribution, il y a la Grèce (+26,9%), le Royaume-Uni (+24,1%), le Portugal (+21,1%), l’Espagne (+19,4%) et les Etats-Unis (+16,8%). Par contre,ceux qui sont parvenus à porter le taux de leur APD au-délà de 0,7% de leur PNB, on retrouve : la Suède (0,98%), le Grand-duché de Luxembourg (0,92%), la Norvège (0,88%), le Danemark (0,82%) et les Pays-Bas (0,80%). La France se classe à la onzième place.

En 2009, toujours selon l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), les apports nets d’APD consentis par les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE ont légèrement augmenté en termes réels (0,7%) pour totaliser 119,6 milliards de dollars, représentant 0,31% de leur PNB cumulé. L’APD a augmenté de +6,8% en termes réels, hors allègements de dettes.

Les apports nets d’APD bilatérale vers l’Afrique se sont élevés à 27 milliards de dollars, soit une progression de 3% en termes réels par rapport à 2008.

L’APD nette cumulée des quinze pays membres du CAD appartenant à l’Union Européenne (UE) a légèrement diminué (-0,2%) pour tomber à 67,1 milliards de dollars, soit 0,44% de leur PNB global.

Toujours en 2009, l’APD nette a augmenté en termes réels dans les sept pays du CAD membres de l’UE suivants : Belgique (+11,5%) ; le Danemark (+16,9%) ; le Luxembourg (+1,9%) ; le Royaume-Uni (+14,6%) et la Suède (+7,4%).

Elle a fléchi dans les pays suivants : l’Allemagne (-12%) ; l’Autriche (-31,2%) ; l’Espagne (-1,2%) ; la Grèce (-12%) ; l’Irlande (-18,9%) ; l’Italie (-31,1%) ; les Pays-Bas (-12%) et le Portugal (-15,7%).

Les plus généreux, par le volume de leur aide, ont été : les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon. Cinq pays, seulement, ont pratiquement ,à mi-parcours, dépassé le taux de 0,7% du PNB fixé à savoir : le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède. Soit, 3 pays Nordiques et 2 pays du Benelux.

Les estimations font ressortir les apports prévus de l’APD pour 2010, au prix de 2009, à 126 milliards de dollars, soit près de 6 milliards de dollars de plus qu’en 2009. En pourcentage du PNB pour 2010, elle devrait atteindre 0,32%. Ce qui est loin de l’objectif intermédiaire pour l’an 2010, qui est d’atteindre 0,56% ; et encore plus loin de celui de l’OMD pour 2015, fixé à 0,7%.

Pour 2010, l’OCDE estime que certains pays atteindront ou dépasseront même cet objectif, notamment la Suède, qui affiche avec 1,01%, le rapport APD/PNB le plus élevé du monde, le Luxembourg (1%), le Danemark (0,83%), les Pays-Bas (0,8%), la Belgique (0,7%), le Royaume-Uni (0,60%), la Finlande (0,56%), l’Irlande (0,52%) et l’Espagne (0,51%).
 
L’APD de la France et de la Belgique

Pendant les années 1960, l’APD de la France est restée au-dessus de 1% du PNB, pour retomber après aux alentours de 0,35%, vers les années 1970. Elle est remontée jusqu’à à 0,50%, début 1980, à l’arrivée des socialistes au pouvoir, pour retomber ensuite, en dessous de 0,40% vers les années 2000.

En outre, le taux affiché est sujet à caution car, pour son calcul, on s’est évertué pendant des années d’y intégrer l’effort budgétaire de la France en faveur de ses Départements et Territoires d’Outre-mer (DOM-TOM).

D’ailleurs, cet artifice est utilisé par nombre de pays développés dans la détermination de ce taux en y incluant, le montant de l’allègement de la dette. Ce que fustigent certains mouvements associatifs, de par le monde, qui estiment que le montant de l’allègement de la dette ne devrait pas être pris en compte.

Le moins que l’on puisse dire est que c’est la stratégie adoptée par les pays de l’OCDE, qui consiste à biaiser le calcul de manière à gonfler artificiellement ce taux, afin d’être "en phase" avec le taux de 0,7%.

En Belgique aussi, en 2007, ce débat a eu lieu au Parlement, entre partisans, notamment le Mouvement Réformateur (MR),et adversaires, en l’occurrence le Parti socialiste (PS) et le Centre de Démocrate Humaniste (CDH), de la prise en compte du montant de l’allègement de la dette dans le calcul de l’APD. Les partisans de cette politique se réfugient derrière les critères de l’OCDE qui "obligeraient" tous les états membres à inclure les remises de dettes dans le calcul de l’APD, afin de comparer les montants des différents pays.

En clair, les impératifs d’harmonisation de calcul de l’OCDE priment sur toute autre considération... et permettent ainsi à ces pays de s’approcher davantage du fameux taux. D’ailleurs, ce sont surement les impératifs de calcul qui doivent être à la base de la décision du Conseil national suisse ( Parlement) de ne pas porter à 0,5% du PNB d’ici 2015, leur APD.

En définitive, les pays riches feraient oeuvre utile et amende honorable en prenant l’exemple de la Norvège, qui a annulé, en 2006, totalement ses créances vis-à-vis des 5 pays du Tiers-monde, d’autant que la quasi-totalité de celles-ci ont été contractées sous des régimes autocratiques et despotiques. En outre, les dettes doivent être comptabilisées à leur valeur réelle, et non plus à leur valeur nominale, et que le montant annulé ne soit pas inclus dans le budget de l’APD. Enfin, il serait aussi intéressant qu’un audit soit diligenté sur ces dettes afin de tirer au clair l’utilisation qui en a été faite.

Au-délà de ce débat, le plus important dans ce cas précisément, est plutôt le contenu de l’APD ainsi que l’efficacité des programmes et des projets sur le terrain. Toutefois, cela ne peut pas occulter que près d’un demi-siècle après les indépendances en Afrique, l’APD a été un échec, au point que certains auteurs la trouve tout simplement "fatale" et demandent carrément leur suppression.
 
D’ailleurs, même l’ancien Commissaire Européen à la Coopération et à l’Aide Humanitaire, Mr Louis Michel, a admis, lors du Sommet Afrique-Europe à Lisbonne en décembre 2007, que :"l’APD ne répond plus à la réalité ni aux aspirations et aux défis qui se posent à l’Afrique comme à l’Europe." D’où, l’impérieuse et urgente nécessité de repenser, de fond en comble, la notion même d’aide ainsi que de son contenu.

Ceci est d’autant plus vrai que certains pays du G8, comme l’Italie, se plaisent à organiser le Sommet des pays riches, pendant qu’ils durcissent leur législation en matière d’immigration -délit d’immigration-, qu’ils réduisent drastiquement leur APD, qu’ils tolèrent l’existence des milices d’extrême-droite pour "traquer" les étrangers, comme cela fut le cas le week-end du 10 janvier 2010 à Lozarno, où la " chasse" aux immigrés a fait 67 blessés et un millier d’entre eux a dû quitter la région. Derrière ces événements, la maffia calabraise a été nommément citée. 

On interdirait à ces pays, par exemple, d’organiser des réunions du G8 ou du G20. On aurait ainsi interdit à l’Italie d’organiser , en juillet 2009, le Sommet du G8 de L’Aquila, au lendemain du terrible tremblement de terre qui avait secoué cette ville. Comme quoi, la misère et la souffrance des autres peuvent servir de marche-pied à certains hommes politiques en mal de renommée.

Enfin, il ne serait pas vain de rappeler que la crise financière internationale a démontré que, s’agissant de ses intérêts, l’Occident ne lésinent pas sur les moyens pour sauver du naufrage son économie, en y injectant des sommes faramineuses pour sa relance.

Le contraste est saisissant et la différence cinglante, entre "l’aumône" de l’APD et les sommes colossales dépensées par les pays riches pour résorber cette crise qui a frappé de plein fouet le "coeur" du système capitaliste. L’assainissement du seul secteur bancaire, en vue de le débarrasser des actifs toxiques, a nécessité plus de 100 milliards de dollars, ,soit plus de 100 fois, le montant de l’APD que l’Occident alloue aux pays du Tiers-monde, un demi-siècle après les indépendances africaines.

N’est-ce pas un marché de dupes ?

MAYIFILUA N’DONGO
ONG"DEDQ" et "CEFOTED"

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2 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 5 juin 2010 09:28

    à l’auteur

    L’APD est-elle un dû ?
    Avant de se plaindre de sa modicité, il faudrait tout d’abord démontrer que l’APD passée et actuelle a eu des effets directs positifs en matière de développement.
    Cela est loin d’être prouvé.
    Et l’on peut penser que les pays se développent « malgré » l’APD et non pas « grâce à » elle.

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