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L’Allemagne et l’Union européenne

L'Allemagne fait partie des six pays fondateurs ce la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), signé en 1951, premier pas vers l'Union européenne (1). Non seulement elle est l'un des États fondateurs mais elle en est l'élément central. En effet, un des buts de la Communauté était de «  neutraliser  » le charbon et l'acier et, par là, l'industrie de l'armement, notamment allemand. Et de rendre impossible un nouvel affrontement entre les anciens belligérants européens de la Seconde guerre mondiale.

En complément, pour préserver l'unité de la partie occidentale de l'Allemagne (zones occupées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France) tout en évitant un pouvoir fort centralisé, les alliés occidentaux ont soutenu la Loi fondamentale (Grundgesetz), constitution qui a donné naissance à la République fédérale allemande (RFA) en mai 1949. La zone occupée par l’Union soviétique est devenue la République démocratique allemande en octobre 1949 (RDA). Et l'« Accession de la RDA à la zone de validité de la Loi fondamentale de la RFA » a eu lieu en 1990.

L'Allemagne et l'Union européenne

Pendant les années qui ont suivi la fin de la Seconde guerre mondiale, l’Allemagne (RFA) s'est reconstruite, a retrouvé son honorabilité, a repris sa place dans le concert des nations, atteint la prospérité économique, et la puissance du mark. L'unité européenne a avancé grâce à un certain équilibre entre la force économique de l'Allemagne, limitée politiquement par son passé récent, et la force politique (membre du Conseil de sécurité de l'ONU) et militaire (dont le nucléaire), de la France plus faible économiquement.

Dans un esprit proche de celui des années cinquante et de la mise en place de la CECA, pour que l'unité allemande ne se fasse pas au détriment de l'unité européenne, la monnaie européenne a été mise en place (discussions sur l'Union économique et financière commencées bien avant la chute du mur, notamment en 1989 entre François Mitterrand et Helmut Kohl). L'effet n'a pas été celui escompté car l'équilibre a été progressivement rompu en faveur de l'Allemagne.

Ce n'est pas l'Allemagne qui a été attachée à l’Union européenne mais la politique de l'Union européenne qui a été rattachée à la politique allemande de l'euro-mark.

L'Allemagne n'est plus le pays vaincu, à moitié détruit et moralement discrédité. Avec le temps, l'histoire s'estompe. Le personnel politique qui a connu la Seconde guerre mondiale disparaît peu à peu, laissant la place à des politiques qui ont une histoire bien différente. La période des dialogues plus ou moins égalitaires entre chanceliers allemands et présidents français s'épuise peu à peu.

L'Allemagne et l'Union européenne

Helmut Kohl, chancelier de 1982 à 1998, qui a mené et l'unification allemande et la naissance de l'euro, est le dernier chancelier né avant la Seconde guerre mondiale (1930). Les suivants sont nés en 1944, Gerhard Schröder, chancelier de 1998 à 2005 et en 1954, Angela Merkel, chancelière depuis 2005. De plus, Angela Merkel a un autre passé, bien que née à Hambourg, elle a grandi et vécu jusqu’à la chute du mur en Allemagne de l'Est (RDA). De même que Joachim Gauck, né en 1940, actuel président de la République.

On a, longtemps, parlé du rôle moteur du binôme franco-allemand dans la conduite du projet européen (Charles de Gaulle – Konrad Adenauer, Valérie Giscard d’Estaing - Helmut Schmidt, François Mitterrand - Helmut Kohl), on parle beaucoup plus depuis quelque temps des couples Merkozy ou Merkhollande. Car, logiquement, l'Allemagne, consciente de sa supériorité économique, n’a cessé de vouloir assumer un rôle politique plus important. Et, comme l'a reconnu Michel Sapin à Yanis Varoufakis, « La France n’est plus ce qu’elle était » (2). Peut-être aurait-il pu dire aussi : « Les présidents français ne sont plus ce qu'ils étaient  ».

L'acceptation par l'Allemagne des conditions posées par David Cameron, quel que soit le résultat du prochain référendum britannique, montre bien que le gouvernement allemand, fort aujourd'hui de sa réussite économique, a choisi l’entente libérale germano-britannique plutôt que la construction d'une Europe solidaire, aussi imparfaite fût-elle.

L'Union européenne est en panne sur bien des plans et l'accord euro-britannique, entériné ou non lors du référendum, est une avancée vers le détricotage de ce qui existait de solidarité au niveau européen. Le libéralisme prôné par l'Allemagne peut paraître bon pour elle, même s'il n'est pas toujours bon pour tous les Allemands, il n'est pas nécessairement bon pour la les autres États membres de la zone euro.

C'est ce libéralisme qui explique, en bonne partie, le traitement différencié réservé au petit poussé vers le Grexit ou la totale soumission et le soutien apporté au encore plus libéral maître-chanteur, « retenez-moi ou je fais un Brexit !  » .

Malheureusement, les voix des chefs d’État ou de gouvernement ou celles des présidents européens, l'Union européenne ne manque pas de présidents, (du Parlement européen, du Conseil européen, de la Commission européenne, du Conseil de l'Union européenne) ont été discrètes face au Grexit. Elles ont été beaucoup plus nombreuses pour crier à la «  catastrophe  » en cas de Brexit et donc à soutenir les exigences de David Cameron, y compris la possibilité pour le Royaume-Uni de mettre son nez dans la zone euro sans en faire partie et sans contrepartie. Tout en gardant «  le chèque britannique », depuis 1984, pour lequel la France est d'ailleurs le principal contributeur, entre 1,3 et 1,7 milliard d'euros, soit environ 27 % de son montant global (3).

C'est à la mesure de la politique libérale de l'Allemagne et non obligatoirement de l'intérêt des Allemands qu'il faut regarder les difficultés actuelles dans lesquelles se débat l'Union européenne.

Avec plus de 81 millions d'habitants dont 7,9 millions d’étrangers (parmi lesquels les Turcs, 1,5 millions, devant les Italiens, les Polonais, les Russes, les Grecs...), l'Allemagne est le pays le plus peuplé de l'Union européenne, elle en est aussi la première puissance économique. Au niveau mondial, elle est le pays ayant le plus grand excédent commercial, le premier pays exportateur, la deuxième destination d'immigration la plus prisée après les États-Unis…

Cette suprématie allemande était politiquement évidente et assumée lors de la négociation entre la Grèce et l'Union européenne avec la place prise, au vu de tous, par Wolfgang Schäuble. Elle est tout aussi évidente quand les ministres français, Manuel Valls, Michel Sapin ou Emmanuel Macron, vont directement à Berlin sans passer par Bruxelles pour faire avaliser leur «  devoir  » budgétaire… Ou quand Angela Merkel se déplace et négocie en Turquie, notamment sur la reprise des négociations pour l'adhésion à l'Union européenne. Elle est tout aussi évidente, quoique plus discrète dans la répartition des postes importants au niveau de l'administration européenne de Bruxelles (4). Ou dans le nombre de députés exerçant des responsabilités importantes, 26 pour la France, 28 pour le Royaume-Uni, 29 pour l'Italie et 59 pour l'Allemagne (5).

Si la prééminence de l'Allemagne sur bien des points est indiscutable, elle n'est pas suffisante pour entraîner, sans discussion, les autres États de l'Union européenne, pour promouvoir une véritable politique commune, dessiner un avenir commun. L'Union européenne ne peut avancer avec un seul moteur. L'Allemagne a besoin d'un ou de plusieurs moteurs auxiliaires aux intérêts éventuellement différents pour promouvoir une position commune de l'Union européenne à la suite de discussions et d'éventuels compromis. A défaut, sa suprématie la voue à des positions qui ne peuvent être, consciemment ou inconsciemment, que nationales et ressenties comme unilatérales, plus ou moins imposées et inadaptées à la situation d'autres États membres. Conduisant à un certain isolement d'un côté et, de l'autre, à la montée d'oppositions, de rancœurs qui risquent d'amener des régressions nationalistes dans un certain nombre d’États. Et finalement à mettre en danger l'Union européenne, rejetée de plus en plus par des fractions importantes de la population, des partis politiques et finalement par des gouvernements.

C'est ce qu'on peut constater avec la politique économique à l'échelle de l'Union européenne adoptée sous la forte influence du gouvernement allemand qui, depuis des années, n'arrive pas à faire redémarrer la croissance. Et qui, avec ou sans le Brexit (1), met sérieusement en danger l'avenir de l'Union européenne.

1 – Article précédent : Le Royaume-Uni et l'Union européenne.

2 - Le Monde 23/08/15

3 - Le rabais britannique est-il encore justifié ? Rapport d'information n° 603 (2010-2011) au nom de la commission des affaires européennes, déposé le 14 juin 2011.

4 - Jean Quatremer : Berlin, nouvelle capitale de l’Europe, Libération, 20/10/14.

5 - Euractiv 17/03/15.

L'Allemagne et l'Union européenne

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5 réactions à cet article    


  • Le p'tit Charles Le p’tit Charles 27 février 09:15

    L’euro, n’est que le mark déguisé, tout les économistes le savent..Le système économique de l’UE, repose sur la santé de l’Allemagne...Le résultat est plus de chômage et de pauvres donc une aberration que de vouloir y rester.. ?


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 27 février 09:16

      La seule chose vraie dans ce texte, c’est que les contribuables français payent des chèques de rabais à des pays plus riches qu’elle. Pour le reste, c’est la rhétorique habituelle sur l’ UE, la paix, la prospérité, la solidarité, toussa, toussa.


      ** L’Union européenne n’a pas été faite pour la paix, mais pour la guerre, il suffit de voir dans combien de conflits, depuis la Yougoslavie et l’Afghanistan, les pays européens sont embarqués.

      ** Le couple franco -allemand est une légende urbaine. Le vrai couple est issu de l’ Alliance germano américaine pour le 21e siècle, signé en 2004. 

      Explications en français sur le pseudo couple franco allemand. .


      ** L’euro non plus n’est pas d’origine européenne. Il a été décidé en juin 1965 à Washington. Pourquoi une monnaie commune ? Pour enlever aux gouvernements la capacité à mener des politiques monétaires et budgétaires keynésiennes, pour sortir leur pays de la crise.

      C’est l’inventeur de l’euro lui- même, Robert Mundell, qui l’explique : une fois les élus neutralisés, permettre une politique socialement réactionnaire, genre Tchatcher, et « envoyer les Etats providence aux égouts », voilà les buts politiques réels de l’euro.
      D’où la longue liste des « réformes structurelles » actuelles.


      ** Pourquoi ruiner les peuples européens ? Et pourquoi ruiner la Russie ?
      Pour éviter que ne se constitue un ensemble économique géant, l’ Eurasie, qui plomberait définitivement l’économie américaine et leur dollar en perdition. Et mettrait fin à leur domination sur le monde. Si on ne comprend pas cela, on ne comprend pas pourquoi l’ UE et Nuland ont soutenu les néo nazis de Kiev... ?! 
      Tout cela est expliqué en détail dans « le Grand Échiquier de Bzrezinski ».

      • Daniel Roux Daniel Roux 27 février 09:31

        Les étasuniens sont à la politique ce qu’ils sont aux peuples et à l’économie, une chambre de torture.

        L’intérêt évident de l’Allemagne serait de s’associer étroitement avec la Russie. C’est ce que les étasuniens ne veulent à aucun prix quitte à déclencher une autre guerre. C’est exactement ce qu’ils ont fait en fomentant un coup d’état en Ukraine.

        La voie du progrès serait que l’UE secoue ses chaînes envers les Etats-Unis. Hélas, c’est impossible pour quelques temps encore tant ces derniers ont adroitement œuvré. Ils ont suivi la même politique que l’Angleterre : Diviser pour régner.


        • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 27 février 11:45

          @Daniel Roux
          Je ne crois pas qu’il y ait une autre Union européenne, débarrassée de la tutelle US, un jour...

          Parmi les 28 pays européens, il y a des pays qui sont tournés « naturellement » vers les USA, comme l’Angleterre ; d’autres vers la Russie, par leur histoire ou leurs intérêts bien compris ; d’autres comme le Portugal ou l’Espagne sont tournés vers l’ Amérique du sud ; ou la France vers les pays francophones ; d’autres vers les pays de la Méditerranée ; d’autres encore qui sont allergiques à tout rapprochement avec la Russie pour d’autres raisons etc ...


          Bref, le jour où ce machin se défait, chacun reprendra ses billes et retournera à ses anciennes relations.
          Comme disait De Gaulle « On ne fait pas d’omelette avec des œufs durs ».
          C’est à dire qu’on ne fabrique pas « un peuple nouveau » avec 28 cultures ancestrales, 28 langues, 28 peuples et 28 histoires aussi différents que les pays européens...

          Faute d’ignorer ce fait, tous les Empires dans l’ histoire se sont effondrés.
          De l’ Empire romain, à l’Empire austro Hongrois en passant par les empires coloniaux, obliger des peuples sans les consulter à avoir les mêmes lois, la même monnaie, ça finit toujours par tourner vinaigre....

        • César Castique César Castique 27 février 14:57

          « L’Allemagne n’est plus le pays vaincu, à moitié détruit et moralement discrédité. Avec le temps, l’histoire s’estompe. Le personnel politique qui a connu la Seconde guerre mondiale disparaît peu à peu, laissant la place à des politiques qui ont une histoire bien différente. »



          Mais sa propension à l’hégémonie n’a pas varié d’un poil, par rapport à 1914 et à 1945. Souvenons-nous de ce qu’écrivait Gustave Le Bon, à la fin fr 1918, dans « Hier et Demain - Pensées brèves » (éditions Flammarion, 1918) :


          « Guidée seulement par la raison, l’Allemagne aurait vu que, sans combats et par la simple extension d’une puissance industrielle due à sa richesse houillère et à son éducation technique, elle imposerait son hégémonie à l’Europe. Dominée par son rêve d’ambition mystique elle ne le vit pas.  » P. 22


           «  Le rêve d’hégémonie de l’Allemagne ayant pris une forme religieuse restera pour l’Europe une source de conflits prolongés. » P. 16


          « Les futures tentatives d’hégémonie industrielle de l’Allemagne seront aussi redoutables que son rêve d’hégémonie militaire. » P. 107 :

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