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Accueil du site > Actualités > International > L’après-Mobutu, la RDC en avant vers la démocratie

L’après-Mobutu, la RDC en avant vers la démocratie

Que dire après ces multiples transitions ? Il y a eu une élection au suffrage universel, elle a fait grandir le pays et lui a donné une impulsion vers la démocratie. Nous ne parlons pas encore de liberté, mais c’est un grand pas. Les Congolais ont élu leur président démocratiquement.

Election au suffrage universel

Il s’agit d’un fait rare en Afrique, excepté en Afrique du Sud, voire au Sénégal. Les autres pays essaient tant bien que mal de convaincre que leurs élections sont démocratiques. La question d’ailleurs n’est pas là. Il s’agit de voir où va (l’ex-Zaïre) la RDC, République démocratique du Congo.

Joseph Kabila est le premier président à avoir été élu au suffrage universel direct en RDC, à l’issue d’un second tour, le 29 octobre, qui l’a opposé à Jean-Pierre Bemba. Joseph Kabila est le premier président de la IIIe République du Congo, il soulève donc de nombreux espoirs parmi les 56 millions de Congolais qui aimeraient enfin pouvoir sortir d’une décennie sinistre et noire. Une guerre civile, qui a duré de 1998 à 2003, a enterré près de quatre millions d’individus et en a déplacé plusieurs milliers. Trois ans d’une transition farfelue a plongé la RDC dans une situation de ruines.

La RDC est un Etat en faillite ; corruption généralisée, économie en banqueroute, pillage de ses richesses par ses voisins et par des firmes étrangères, atteintes à la liberté d’expression et à la liberté de la presse... On pourrait estimer que les trois-quarts des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté, et plus de mille Congolais décèdent chaque jour de maladies (notamment du sida et du paludisme) et de malnutrition. Environ 30% de la population aurait accès à des structures de soins. Le pays ne satisfait pas divers besoins, parmi lesquels : eau courante, réseaux d’assainissement, électricité, infrastructures...

Joseph Kabila, âgé de trente-cinq ans, est bien le premier président démocratiquement élu de la République démocratique du Congo ; il a prêté serment en décembre 2006, à Kinshasa, devant de nombreux confrères africains et chefs de gouvernement. A la fin du mois, après diverses consultations, il a nommé Antoine Gizenga, au poste de Premier ministre de son tout premier gouvernement de la troisième République de RDC. Le Premier ministre de la RDC veut aller vite, mais à défaut d’avoir toutes les réponses des différentes tendances, il doit temporiser avant de constituer son gouvernement.

La formation du nouveau gouvernement dans l’expectative

Antoine Gizenga, le Premier ministre, doit retarder ses consultations pour des « raisons techniques ». D’après Adolphe Mozitu, le secrétaire national du Parti lumumbiste unifié (Palu) qu’Antoine Gizenga a créé en 1964, le chef du gouvernement doit attendre que les bureaux de la Primature soient prêts.

Les prévisions et spéculations sur la constitution du nouveau gouvernement vont bon train. Les observateurs s’interrogent sur la marge de manœuvre d’Antoine Gizenga dans la conduite des affaires publiques, dans un environnement politique majoritairement sous influence du chef de l’Etat. Le Premier ministre devra faire face aux « mandarins » d’avant qui risquent d’opérer leur retour, voire qui lui seront imposés comme ministres de la majorité AMP [Alliance pour la majorité présidentielle, car faisant partie de la cour du président Kabila. Antoine Gizenga va devoir former un gouvernement de large coalition et se battre contre les clivages partisans. Il devra aussi préserver le soutien des bailleurs de fonds internationaux qui ont financé pendant la transition (2003-2006) plus de la moitié du budget de l’Etat.

Parmi deux des principales ex-rébellions de la dernière guerre de 1998 à 2003 : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) d’Azarias Ruberwa a souhaité faire partie du gouvernement Gizenga ; l’Union pour la nation (UN), soutenant le candidat malheureux à la présidentielle Jean-Pierre Bemba, ne fera pas partie de l’équipe gouvernementale. L’UN a levé l’option de rester dans l’opposition forte, républicaine et critique. De son côté, Jean-Pierre Bemba a annoncé à la mi-décembre son intention de briguer un siège de sénateur à Kinshasa, ville dans laquelle il est très populaire, lors des élections sénatoriales qui auront lieu le 16 janvier.

Combien faudra-t-il de membres pour qu’il y ait réellement un gouvernement représentatif ? Les bailleurs de fonds internationaux souhaitent un gouvernement resserré. Or ils risquent d’être déçu, si monsieur Gizenga doit faire plaisir à toutes les tendances. Aura-t-on un gouvernement pléthorique ? Joseph Kabila a accompagné l’ordonnance de nomination d’Antoine Gizenga d’une lettre dans laquelle il lui demande de respecter, dans la composition de son gouvernement, les principes de « représentativité nationale » ainsi que les « critères de compétence, d’honorabilité, de crédibilité et d’intégrité ».

Engagements d’antoine Gizenga sur la constitution du gouvernement

Antoine Gizenga, ancien vice-Premier ministre de Patrice Lumumba, destitué et emprisonné en 1964, est un homme de principes. Il joue enfin un rôle politique majeur et ceci après vingt-cinq ans d’exil et seize ans d’opposition aux régimes de Mobutu puis de Kabila père et de Kabila fils. Il est rentré en RDC en 1992, après un exil en URSS, en Angola et à Brazzaville, il a siégé au Parlement de transition de 2003 à 2006, mais il a refusé de participer au gouvernement de transition.

Il a la lourde tâche de constituer l’équipe qui va devoir s’attaquer aux vastes chantiers de reconstruction du pays. De fait, Antoine Gizenga avait déjà averti en décembre que « les pillards, sanguinaires, corrompus et autres sont exclus d’office ». Il s’oppose par principe à l’entrée au gouvernement de personnalités de l’entourage du président Kabila citées dans des rapports parlementaires sur les contrats miniers opaques ou dans ceux de l’Onu sur le pillage des ressources naturelles de la RDC. La fermeté du chef du gouvernement rencontre l’assentiment d’une forte majorité de Congolais, qui souhaitent voir enfin leur pays rompre avec les anti-valeurs des régimes précédents.

Antoine Gizenga, quatre-vingt-un ans, doyen des hommes politiques congolais, était arrivé en troisième position, après Jean-Pierre Bemba, au premier tour de la présidentielle de juillet, avec 13,06% des voix. A la suite de ce bon score, il avait signé, avant le second tour, un accord avec la coalition politique de Kabila, l’AMP, l’assurant de son soutien en échange de la promesse que le poste de Premier ministre irait à un membre de son parti.


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11 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 3 janvier 2007 10:55

    bon article , je souhaite de tout coeur que le congo RDC renoue avec la paix et la prospérité, d’autant plus que j’ai un fils adoptif natif de Kinshasa et je serais rassuré de savoir qu’il puisse un jour revoir son pays natal sereinement .Il est anormal qu’un pays doté de tant de ressources naturelles soit aujourd’hui aussi pauvre et délabré ,comme trop de pays africains qui ont hérités de populations hétérogènes à l’intérieur de frontières tracées jadis par les puissances coloniales et qui souffrent des guerres civiles , de la famine , des catastrophes climatique et maintenant du Sida . Même si les nouveaux maitres du congo RDC sont loin d’être exemplaires , le simple fait de faire cesser les guerres serait un soulagement pour la population .


    • Comité Cicéron 3 janvier 2007 13:10

      C’est la seule chance que l’Afrique s’en sorte : que ses gouvernements arrivent à endiguer la corruption et à se mobiliser pour le développement économique.

      En effet, l’Afrique n’a pas besoin du reste du monde pour s’en sortir : elle y arrivera si elle met fin à ses guerres civiles et aux querelles de persones au sommet. Elle y arrivera si elle redevient enfin fière de son destin et de son âme !

      Cela n’est pas facile : l’Europe s’est auto-détruite au XXe siècle, la Chine avait fait de même au XIXe... puisse l’Afrique ne pas s’engaer dans cette voie au XXIe siècle !


      • Antoine Christian LABEL NGONGO Christian LABEL NGONGO 3 janvier 2007 14:01

        Je partage vos avis à tous les deux et j’espère vraiment que les dirigeants de ce continent feront un effort considérable en pensant aux intérêts du peuple, plutôt qu’aux leurs.

        L’Afrique peut s’en sortir, encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens avec ses dirigeants.


        • PhEndx (---.---.84.59) 4 janvier 2007 02:09

          Je pense comme vous, mais ce n’est pas gagné, car, malheureusement, j’ai l’impression que ce qu’il manque aux pays de l’Afrique Subsaharienne, ce sont des sentiments de conscience nationale, de « patriotisme », pour simplifier. Sincèrement, je pense qu’une fois que les habitants des différents pays auront le sentiment d’appartenir à une entité nationale unique et indivisible, une cohérence nationale émergera alors et sera propice à montrer le chemin d’un début de développement autonome.

          C’est comme cela que ça c’est passé partout ailleurs au cours de l’Histoire pour les civilisations humaines qui ont été prospères et viables, et c’est comme cela que ça se passera pour l’Afrique. Mais je pense qu’il faut être patient : les pays Africains sont en effet relativement « jeunes », puisqu’ils sont passés instantanément de l’état de colonies à l’état officiel de pays indépendants et souverains... 45 petites années pour gérer un modèle démocratique, sans apprentissage, c’est court, sachant qu’il a fallu aux Européens et plus largement aux occidentaux plus d’une centaine d’année pour trouver le bon dosage des ingrédients démocratiques... après pas mal de tâtonnements et de retours en arrière ! La première étape consisterait d’ailleurs, au niveau des populations, à ne plus raisonner en termes ethniques (aussi bien lors des échéances démocratiques que dans la vie économique et culturelle de tous les jours), ce qui ne sera possible que lorsqu’émergeront ces fameux sentiment « nationaux ». Mais c’est un peu l’histoire de l’oeuf et de la poule.


        • Comité Cicéron 3 janvier 2007 21:17

          Alors vive l’Afrique libre ! Il paraît que les Chinois investissent beaucoup en Afrique, espérons que cela apporte du positif, car les investissements européens n’ont pas toujours été très équilibrants.


          • PhEndx (---.---.84.59) 4 janvier 2007 01:46

            Je pense qu’il faut être réellement « innocent » pour imaginer ne serait-ce qu’un seul instant que les investissements chinois puissent apporter du positif à l’Afrique. Ils ne feront que piller un peu plus à leur profit ce continent. Avec, en outre, certainement davantage de mépris pour les populations locales que n’en ont eu les européens. La Chine ne fait pas dans le social ni dans l’humanitaire, mais joue son intérêt économique et son immense besoin en matières premières. Rien d’autre.


            • Antoine Christian LABEL NGONGO Christian LABEL NGONGO 4 janvier 2007 23:26

              Vous avez raison sur le principe, mais qui aurait pu penser quand les européens ont décidé de prendre en main les affaires des Etats africains que ces derniers allaient tourner aussi mal ? Je vais être optimiste, voir un doux naif, de croire que les choses vont s’améliorer, de toute façon au point où nous en sommes aujourd’hui, l’Afrique Noire est mal partie et l’espérance et l’espoir ne peuvent être que les seules options à souhaiter.


            • PhEndx (---.---.238.51) 5 janvier 2007 14:43

              Non, vous n’êtes ni un doux naïf, et il faut être optimiste de toutes façons, mais je suis de mon côté convaincu que l’Afrique s’en sortira, mais l’échéance sera plus ou moins longue. Je ne pense pas que ce soit la génération d’aujourd’hui qui en profite. La solution n’est pas facile à diagnostiquer, car les économistes expliquent beaucoup mais prédisent peu (mal, en tout cas...), mais des signes encourageants apparaissent tels que l’émergence du micro-crédit,... La zone de stabilité en Afrique Subsaharienne aujourd’hui est l’Afrique centrale et les pays de la CEMAC. Et la BEAC me semble assez dynamique (et les niveaux de recrutement pour y entrer sont élevés, signe externe - mais théorique, cependant - de la compétence des personnels qui y travaillent).

              Toute une génération d’hommes politiques (plus ou moins arrivés et maintenus au pouvoir par la force) est en train de quitter la scène, et il sera intéressant que le virage soit bien négocié avec les jeunes générations, de manière à ne pas reproduire les erreurs du passé qui ne feraient qu’accumuler le retard du continent. De ce point de vue-là, des signaux intéressants semblent venir de la République Centrafricaine, espérons que rien ne vienne entraver cet espoir. Du côté de la RDC, c’est moins clair. Pour les autres pays de la zone CEMAC, et même pour le Cameroun, qui a pourtant une structure politique/ethnique interne normalement plus stable, wait and see.


              • ben (---.---.121.15) 5 janvier 2007 20:43

                J’apprécie l’article, qui me permet d’avoir un eclaircissement sur la vie politique d’un pays pour lequel j’ai enormement de sympathie, mais je me permet de mettre en doute la transparence de ces éléctions. Je vais m’avancer, mais mes nombreux amis congolais (certains se qualifient encore de zaïrois) en veulent beaucoup au clan Kabila, et estiment que le père et le fils ont fait enormement de mal au pays. Certainement pas autant que Mobutu mais bon. Dans ce cas, je trouve etonnant qu’une personne qu’on me presente comme fortement décriée, et qui traîne la mauvaise réputation de son père, soit élue par le peuple. Je m’interroge sur d’éventuelles pressions. Touours est-il que l’existence de ces éléctions est deja une avancée extraordinaire, en esperant que ca fasse avancer le pays et inspirer d’autres contrées africaines.


                • Antoine Christian LABEL NGONGO Christian LABEL NGONGO 6 janvier 2007 00:07

                  Oh Oui que le ciel vous entende, du moins que les dirigeants arrêtent de mettre à genoux leur propre pays, ainsi les choses iront bien.


                • Act (---.---.243.218) 10 janvier 2007 03:34

                  L’auteur de cet article est un sacré plaisantin qui a entraîné dans sa suite (chute) ses lecteurs non avisés. Au delà du style décousu et incohérent qui part d’une situation apocalyptique au portrait du premier ministe en passant par le premier président soi disant démocratiquement élu, le fond est pitoyable. La RDC est extrêmement loin d’être sortie de l’ornière. Le pays (si on peut l’appeler ainsi) est totalement destructuré et ses habitants pataugent dans une indescriptible misère. L’obscurantisme et la violence sont les modes de gouvernance systématiquement appliqués par le régime Kabila et les chefs de guerre qui représentent « l’opposition ». La RDC est soumise à une coupe réglée de ses matières premières dont seul le peuple congolais ignore les retombées positives. Les négatives sont connues : massacres, viols, déportation, abêtissement... Les chefs de guerre qui contrôlent des portions du territoire tout comme le « gouvernement central » de Kabila sont tous à la solde des puissances occidentales et d’Israel qui par le conseil de sécurité interposé assurent leur main mise sur les mines.

                  Comme depuis les années 50/60 et l’assassinat de Lumumba, les Occidentaux se servent de l’ONU pour piller et détruire ce pays. Les moyens mis en oeuvre sont sans limites tellement le gain à tirer du « scandale géologique » est faramineux. Le contingent onusien est le plus important actuellement déployé et la mission civile est tout aussi importante. Il fallait contraindre les Congolais à aller choisir entre la peste et le choléra. Au passage le seul homme politique congolais digne de ce nom a été écarté et sali dans les médias (Etienne Tsisékédi). La mobilisation a été telle que tous les médias occidentaux ont été requis pour défendre cette cause d’intérêt vital. Mais pour qui ? Voter pour quoi ? Comment ? Ces questions évidemment personne n’en parlera.

                  Monsieur Label something, SVP faîtes un effort la prochaine fois. Ce n’est pas un jeu et le Congo ce n’est pas n’importe quoi. Cette terre à une histoire, une culture, une puissance et un potentiel extrêmement riches. Trop d’innocents y ont déjà laissé leur peau et le pire reste à venir.

                  « L’élection » de Kabila est une pure escroquerie occidentale tout comme celle de d’Eilen Johnson (la coorompue de Harvard) au Libéria devant Georges Weah. Le Congo, plus qu’un scandale géologique est un insupportable scandale humain. Celui de la prédation de ses richesses qui a entrainé le génocide Rwandais (1 millions de morts) et déjà causé le massacre d’autant de Congolais. Ayons honte d’être naïfs ou de fermer les yeux.

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