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Accueil du site > Actualités > International > L’armée de terre russe en Géorgie : vers l’efficacité (...)

L’armée de terre russe en Géorgie : vers l’efficacité retrouvée

Le retour à la Guerre Froide, évoqué à l’occasion du conflit de haute intensité en Géorgie, s’est clairement manifesté dans la présentation des événements, tant de la part d’acteurs politiques que des médias, occidentaux ou russes, avec des prises de position partisanes impliquant de déformer, de négliger, ou d’occulter certaines réalités. Ainsi, cette crise régionale aux répercussions internationales, est-elle considérée fragmentairement plutôt que dans un cadre global résultant de vingt ans d’évolution de la Russie, heartland de l’ex-URSS, sans tenir compte de sa nouvelle doctrine militaire. Les observations très critiques, voire condescendantes, sur les capacités des forces armées de Moscou, et en particulier des troupes terrestres, s’inscrivent dans cette logique dont les conséquences ont déjà recommencé d’empoisonner les relations entre l’Ouest et le Nouvel Est. De façon caricaturale, il est expliqué que les Russes doivent uniquement leur victoire à une écrasante supériorité numérique et matérielle, à une puissance de feu sans commune mesure avec celle que pouvaient leur opposer les Géorgiens. La réalité est différente.

Moscou a-t-elle tendu un piège à Tbilissi ? A-t-elle favorisé le pourrissement d’une situation complexe en Abkhazie, Ossétie et Ajara ? Les composantes militaires russes se sont-elles organisées plusieurs semaines auparavant pour attaquer la Géorgie ? Vladimir Poutine et le premier cercle de ses conseillers ne sont pas des enfants de cœur. Ils n’ont probablement pas intercédé pour calmer les ardeurs belliqueuses des séparatistes d’Ossétie du Sud. Mais ils n’ont sans doute pas non plus parié sur une opération d’ampleur de l’armée géorgienne. La rapidité de l’intervention russe, quelques heures après le déclenchement de l’offensive géorgienne est dépeinte comme la preuve d’une machination visant à provoquer une action violente de Tbilissi. C’est oublier que le District militaire du Nord Caucase est tenu de disposer d’unités mobiles de réaction immédiate (unités légères : aéroportées, aéromobiles, de forces spéciales) ou de déploiement rapide (unités lourdes à même d’être engagées dans les plus brefs délais) en raison des menaces qui pèsent sur la région. Ce District militaire englobe en effet la République du Daghestan, où sévit la guérilla tchétchène depuis 1999, la République d’Ingouchie, dans laquelle sont aussi présents les activistes islamistes, et la République de Tchétchénie... S’ajoute que si Moscou avait préparé une intervention de longue date, Washington, par le biais de ses services de renseignement (ne serait-ce que l’imagerie satellite) aurait prévenu Mikheil Saakachvili, le président géorgien, sans délai. Or, les forces géorgiennes se déploient en nombre seulement entre le 6 et le 7 août (12 000 hommes : deux brigades d’infanterie avec chacune un bataillon mécanisé et de l’artillerie, l’essentiel de la brigade d’artillerie, le bataillon indépendant de chars, ainsi que la brigade du génie), et non pas dans une posture défensive, mais offensive. Dès le 6 août, les canons et obusiers de la brigade d’artillerie, ainsi que les mortiers lourds des deux brigades d’infanterie pilonnent Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud, par intermittence.

Le bataillon de « maintien de la paix », basé à Tskhinvali selon des accords, constitue la seule force russe en Ossétie du Sud. Des responsables de l’Otan, indiquent que, le 7 août, les unités russes du District militaire du Nord Caucase ne sont pas prêtes à être engagées, alors que, dans l’après-midi, les Géorgiens s’emparent déjà de positions importantes sur les hauteurs boisées qui entourent Tskhinvali. De là, ils peuvent diriger des tirs d’artillerie, ouvrir le feu avec des snipers, contre la ville, contre les rebelles ossètes et les soldats russes du bataillon de maintien de la paix. A ce moment, les seuls véhicules blindés russes en Ossétie du Sud sont une poignée de BMP-2 en appui du bataillon russe. Les éléments des cinq bataillons motorisés de la 19e Division de Fusiliers motorisés, de la 58e Armée russe, entrent dans le tunnel de Roki, qui conduit de Russie (plus précisément, de République d’Ossétie du Nord) en Ossétie du Sud aux environs de 11 heures, le matin du 8 août. Ce groupement de manœuvre opérationnel, équivaut à une brigade renforcée. Même s’il faut plusieurs heures aux Russes avant d’être à même d’engager cette formation homogène, sa mise sur pied, avec célérité, en alignant pour l’essentiel des soldats professionnels (et non des conscrits ou, alors, sous contrat) représente un progrès considérable par rapport aux improvisations désastreuses de la première guerre en Tchétchénie. Pourtant, les Russes agissent là aussi dans l’urgence.

Les pannes de plusieurs véhicules compliquent la progression. Cependant, même si leur nombre est insuffisant, plusieurs engins de soutien, notamment des BAT-2 de génie et dépannage, participent à l’opération. Ils semblent bien mieux intégrés au sein du groupement que par le passé. En cela, l’armée russe évolue, alors que le ratio de ses véhicules de combat et de ses véhicules de soutien a toujours été de loin inférieur aux standards de l’Otan. Si les défaillances mécaniques témoignent de la vieillesse et de l’usure des véhicules, considérer l’ensemble de l’armée russe à l’aune de ceux-ci est une erreur, tout comme déduire que l’absence de matériels perfectionnés au sein du groupement témoigne d’une volonté de dissimuler les déficiences des équipements modernes. La 58e Armée - et les unités qui en dépendent - est une formation qui mène pour l’essentiel des opérations contre la guérilla tchétchène. La doter avec des armes d’une technologie beaucoup plus avancée n’est donc pas crucial. Comme le veut la nouvelle doctrine militaire russe paraphée par Vladimir Poutine en 2000, en tant que Décret n° 706, la modernisation des armées russes est en cours. Cependant, le volume des forces, les bouleversements qu’implique cette modernisation (la professionnalisation des personnels), les difficultés budgétaires, font qu’il s’agit d’un travail de longue haleine. Au nom du pragmatisme et de la notion d’économie des moyens qui caractérisent cette nouvelle doctrine, le rééquipement des unités du District militaire du Nord Caucase n’est donc pas une priorité.

En termes de corrélation des forces, concept cher aux stratèges de la grande époque soviétique, les chars T-62, T-72, les quelque T-80, ainsi que les véhicules de combat d’infanterie BMP-2 et véhicules de transport de troupes MT-LB, BTR-70 et BTR-80 sont appropriés face aux adversaires locaux, potentiels ou avérés, à condition d’être engagés avec les tactiques adéquates, en sachant que celles-ci ne compensent pas le manque criant d’ergonomie (intérieur des blindés de transport trop étroit, inconfortable) et la vulnérabilité mortelle de ces engins (blindage des BTR, MT-LB et BMP insuffisant contre des tirs de roquettes antichars, contre les mines et autres IED, système de chargement automatique sur les T-72 et T-80 très mal conçu, avec un stockage des munitions à bord qui laisse peu de chances de survie à l’équipage en cas de pénétration d’un projectile ennemi... Les tankistes russes, sur T-72 et T-80, semblent d’ailleurs avoir combattu en Géorgie en n’emportant qu’un minimum d’obus, uniquement dans le carrousel du chargement automatique afin de limiter les risques d’explosion interne). L’absence des plus récents chars, VCI ou VTT au sein du groupement de la 19e Division de Fusiliers motorisés n’est pas synonyme d’impéritie. L’armée de terre russe ne fonctionne pas sur le modèle de l’armée américaine, simplement parce qu’elle n’en a pas la richesse. Elle se voit donc contrainte d’optimiser les moyens à sa disposition. Ce qu’elle accomplit avec une redoutable efficacité depuis la seconde guerre de Tchétchénie. Elle l’a fait, face aux chars géorgiens, dont certains T-72 avaient pourtant été rétrofités par des entreprises occidentales... Enfin, il aurait été tactiquement contre-productif de rattacher des unités dotées d’un matériel plus moderne au groupement de la 19e Division et des autres unités du District militaire du Nord Caucase engagées, alors que les officiers et éléments de ces formations ne sont pas familiarisés avec lesdits matériels, avec les tactiques pour les utiliser idéalement.

Certains font remarquer à juste titre, que, confrontés à des soldats entraînés, avec des armes beaucoup plus moderne, la victoire russe n’aurait pas été aussi décisive. Toutefois les Russes n’ont pas affronté un tel adversaire. Selon le concept de corrélation des forces cité plus haut, les équipements de la 19e Division de Fusiliers motorisés, puis des nombreuses autres unités qui participent à l’intervention, sont équivalents (voire supérieurs, par le biais de l’expérience des personnels) à ceux qu’alignent les Géorgiens, et en cela, suffisants pour s’emparer de l’initiative, la conserver, et battre l’armée géorgienne. Quelques unités de Tbilissi résistent, mais, dans l’ensemble, la plupart battent en retraite, en abandonnant leur matériel dans la crainte des raids aériens russes, chaînes de commandement et logistique rompues, dans l’affolement, talonnées par les unités de Moscou, menacées de voir les rares axes de repli coupés par des opérations héliportées. Tactiquement et opérationnellement, en dépit d’indéniables problèmes, les Russes se révèlent très supérieurs aux Géorgiens, provoquant l’effondrement de leurs unités. Quant à affirmer que les matériels russes sont forcément médiocres car obsolescents, car datant de la Guerre Froide, c’est omettre que les « modernes » M1A2 SEP Abrams sont les héritiers directs des M1 Abrams conçus... dans les années 1970, tout comme le programme des véhicules de combat d’infanterie et de cavalerie M2 et M3 Bradley... Il en va de même pour les Leopard 2 et Marder allemands, etc. Les doctrines qui présidaient à la conception des engins soviétiques et occidentaux étaient différentes. Aujourd’hui, l’armée de terre russe (tout comme l’armée de l’air et la marine) n’a d’autre choix que d’aligner le matériel fabriqué pendant cette époque révolue. Les Occidentaux ne sont pas logés à meilleure enseigne : les coûts de développement de nouveaux chars de bataille, de nouveaux véhicules de combat d’infanterie, d’automoteurs d’artillerie, leur fabrication, leur mise en service, sont prohibitifs. Aussi, l’armée russe n’est-elle pas plus « arriérée » que les armées occidentales. Elle s’adapte.

Des rumeurs font état de l’engagement d’hélicoptères de combat Kamov Ka-50 et Ka-52. Puisque ceux-ci ont déjà servi en Tchétchénie, elles n’ont rien de fantaisistes. S’il est confirmé que des Black Shark et Alligator ont volé au-dessus de l’Ossétie du Sud, et peut-être de l’Abkhazie et de la Géorgie, alors il sera démontré, non seulement que Moscou possède du matériel perfectionné, récent, mais, aussi, qu’il est utilisable. Au cours du conflit, la Russie met également à contribution ses vénérables Mil Mi-24 Hind et Mil Mi-8 Hip. Les massifs Hind semblent avoir été beaucoup utilisés contre les positions de l’artillerie géorgienne. Ces hélicoptères appartiennent à la 58e Armée, ainsi qu’à la 4e Armée aérienne, elle-même attachée au District militaire du Nord Caucase. Son efficacité, dans un premier temps, est moins probante que celle des troupes terrestres et de la marine. Ses chasseurs – alors qu’elle dispose d’intercepteurs Su-27 Flanker et de chasseurs-bombardiers Mig-29 Fulcrum – ne protègent pas le groupement de la 19e Division de Fusiliers motorisés lorsque celui-ci sort du tunnel de Roki. Les pilotes géorgiens en profitent pour attaquer les colonnes de véhicules russes. Leur Su-25 paraissent remporter quelques succès, détruisant plusieurs blindés. Toutefois, la menace que représentent les intercepteurs de la 4e Armée aérienne, les moyens de défense antiaérienne intrinsèques au groupement de la 19e Division (automoteurs ZSU-23/4, bitubes ZU-23/2 montés sur MT-LB) donnent de l’air aux éléments russes.

Cette erreur, qui ne peut s’expliquer que par l’impréparation de la 4e Armée aérienne, aurait pu avoir des conséquences catastrophiques. Elle s’inscrit dans la liste des lacunes révélées par l’intervention en Ossétie du Sud. Outre les imperfections fâcheuses dans la coopération interarmes avec la force aérienne, les insuffisances dans le domaine du recueil de renseignement tactique ont considérablement gêné l’action des troupes terrestres. Faute de moyens de reconnaissance efficaces - en l’occurrence les drones - des éléments russes sont tombés dans des embuscades. Grâce à leur expérience et à leur maîtrise tactique, les soldats de Moscou sont parvenus à se sortir de ces mauvais pas avec des pertes relativement faibles. Elles auraient pu être considérables. Toujours en raison de la pauvreté en moyens de renseignement tactiques, les Russes semblent avoir éprouvé des difficultés à neutraliser les positions d’artillerie géorgiennes, d’où l’emploi probable des Mi-24 pour les repérer et les attaquer. Les tirs de contre-batterie de l’artillerie russe ne portent pas leurs fruits systématiquement, alors qu’il apparaît que les Géorgiens ne prennent aucune précaution dans le déploiement de leurs batteries, négligeant de façon ahurissante le camouflage. A l’instar des Géorgiens, les Russes ont aussi d’importants soucis avec leurs systèmes de transmissions. En cela, les hiatus quant aux moyens de reconnaissance sont moins prégnants, dans la mesure où il ne sert à rien de disposer d’UAV (drones) si les renseignements obtenus grâce à eux ne peuvent être interprétés, exploités, plus ou moins en temps réel, avant d’être communiqués diligemment aux unités qui en ont besoin. Mais cela ne doit pas masquer la nécessité d’acquérir des UAV tactiques, surtout que les entreprises russes en produisent, en exportent. Il s’agit même d’une priorité : les moyens de renseignement sont des multiplicateurs de force qui contrebalancent l’obsolescence des matériels.

La victoire de Moscou se manifeste à tous les niveaux militaires : tactique, opérationnel et stratégique. A ce niveau, elle a su gagner la guerre de l’information en piratant les sites web officiels géorgiens, en obtenant le soutien massif de son opinion publique, lui redonnant une fierté dont Vladimir Poutine est devenu le chantre, en s’imposant face à l’Occident, et surtout, face aux Etats-Unis. L’armée géorgienne n’était assurément pas en mesure de damer le pion à l’armée russe en accumulant les actions stupides (comme de vouloir prendre le contrôle de Tskhinvali avec une colonne blindée/motorisée, tirer aveuglément sur les civils dans la capitale d’Ossétie du Sud ou, encore, ne pas bloquer la sortie du tunnel de Roki...), mais la configuration du terrain aurait pu lui permettre d’infliger bien davantage de dégâts aux Russes. Au lieu de cela, elle s’est volatilisée, abandonnant de nombreux chars, véhicules blindés, automoteurs d’artillerie et armes légères en parfait état. S’ajoute que les forces russes ont adopté une attitude modérée dans leur riposte, respectant bien davantage que par le passé les populations civiles. La 58e Armée, dont la réputation est entachée par des affaires de corruption et les exactions commises en Tchétchénie, a présenté un autre visage que celui que connaissent les Occidentaux et les Russes eux-mêmes. Les officiers des unités russes semblent avoir veillé à parfaitement contrôler leurs hommes, à contrôler les séparatistes d’Ossétie du Sud. Les considérations humanitaires n’ont pas sans doute pas primé, il s’agit plutôt de la volonté du Kremlin d’apparaître comme irréprochable. Quoi qu’il en soit, le comportement des forces terrestres russes au combat, et dans un contexte compliqué, témoigne d’un professionnalisme qui est une véritable révolution, et de capacités militaires retrouvées, capacités qui iront en s’améliorant, indépendamment du vieillissement des armes et d’une modernisation lente.


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27 réactions à cet article    


  • cogno1 28 octobre 2008 12:39

    Moui... parler de conflit de haute intensité... je n’en suis pas sur.

    Ensuite, concernant l’armée rouge, je vais être clair.
    Elle est sous équipée, elle a du mal à s’équiper, toute la chaine de sous traitant de l’industrie d’armement ayant été annihilée avec l’URSS, elle se relève difficilement de sa chute, et c’est toujours principalement une armée de conscription.
    J’ajoute que le budget militaire Russe est à des année lumières de celui des USA. Parler dès lors de guerre froide relève à mes yeux d’une propagande éhontée ou de la mauvaise foi.


    • Laurent Touchard 28 octobre 2008 13:50

      "Conflit de haute intensité", l’expression est techniquement juste ; elle présente une guerre dans laquelle deux Etats (ou plus) s’affrontent du fort au fort, avec des moyens lourds qu’ils engagent massivement (par rapport aux moyens dont ils disposent) : l’engagement entre de nombreux éléments des forces du District Militaire du Nord Caucase, la Flotte de la Mer Noire russe et l’essentiel de l’armée géorgienne (ses forces terrestres, aériennes et navales, ainsi que des éléments de sa garde nationale), alors, c’est un conflit de "haute intensité" (à l’inverse, par exemple, du conflit entre le Pérou et l’Equateur en 1995, qui peut être qualifié de "basse intensité", car bien qu’impliquant deux Etats, ceux-ci ne mettent en ligne, de part et d’autres, que des moyens réduits par rapport à ce qu’ils disposent)...


       La désignation "L’Armée Rouge" n’existe plus depuis 1946. C’est une erreur occidentale de l’appeler ainsi, notamment due à la propagande occidentale, car cette désignation est plus "sexy" que la véritable, à savoir, "Armée soviétique". A partir de 1991, elle est nommée "armée russe", tout simplement. Continuer à l’appeler "Armée Rouge", alors que cela ne correspond plus à aucune réalité politique, c’est ni plus ni moins qu’une attitude inconsciente dans l’esprit "Guerre Froide"...

       L’armée russe est effectivement, pour l’essentiel, sous-équipée. Ses personnels sont encore pour l’essentiel des conscrits. Cependant, cette tendance s’inverse, à l’image de la 2e Division Blindée de la Garde et de la 5e Division de Fusiliers Motorisée de la Garde qui ont été rééquipées avec du matériel moderne. Ces deux divisions sont basées dans des régions où il est justifié de disposer d’armes perfectionnées. D’autre part, les soldats professionnels sont de plus en plus nombreux au sein des forces armées russes. Ce qui signifie que les conscrits sont encore très nombreux. Mon propos n’est pas de dire le contraire, mais de souligner la professionnalisation des forces qui se met lentement en place depuis 2000, et qui, plus le phénomène s’accentue, est quelque chose de totalement nouveau. Avant les années 2000 (grosso modo, la seconde guerre de Tchétchénie), l’Armée russe était l’héritière parfaite de l’Armée soviétique ; seuls les officiers faisaient carrière, avec quelques rares (proportionnellement aux effectifs) sous-officiers. Aujourd’hui, de plus en plus de sous-officiers sont des professionnels, ainsi que de nombreux hommes hommes du rang. Ce n’est pas seulement une révolution militaire, mais également sociologique.

       

      Le budget militaire de la Russie est à des années lumières de celui des Etats-Unis. Mais en quoi cette différence colossale dans les crédits alloués aux forces armées est LE critère pour affirmer que les tensions entre les Etats-Unis (et plus généralement « l’Ouest » politique) et la Russie (le Nouvel Est) ne sont pas réelles ? D’autant que la Russie a toujours été économiquement très en-deça des capacités américaines et occidentales, ce même pendant les pires périodes de la Guerre Froide. Ces problèmes économiques expliquent d’ailleurs en partie la conception des matériels soviétiques : désignés pour être produits massivement, à moindre coût, d’utilisation simple pour des soldats à l’instruction parfois défaillante (dans les années 1980, beaucoup d’entre eux comprenaient très mal le Russe, et la proportion de Slave dans les unités se réduisait, ce qui impliquait la présence de nombreux conscrits d’ethnies du Caucase, de Sibérie...), avec néanmoins des capacités de combat raisonnables. L’Union Soviétique était économiquement à la traine, ce qui n’a nullement empêché l’URSS et l’OTAN (plus alliés) de s’affronter pendant plus de quarante ans...

       

      Aujourd’hui, les tensions entre un « bloc » pro (ou proche) américain et un « Nouvel Est » sont ravivées. Elles concernent par exemple la question de l’équilibre nucléaire : la doctrine de « destruction mutuelle assurée » (MAD ; si l’un des protagonistes déclenche le feu nucléaire, alors, il sera certain d’être lui aussi rayé de la carte, ce qu’on appelle aussi « l’équilibre de la terreur ») est rendue caduque depuis que George Bush et ses conseillers ont choisi de se retirer du traité ABM en 2002. A moyen terme, cela peut signifier une relance dans la surenchère nucléaire, la recherche d’alliance qui ne se justifiaient a priori pas, et un retour à l’importance de la géopolitique, avec tout ce que cela implique en termes de confrontations éventuelles. Possibilités de confrontations renforcées par la nécessité de contrôler, ou au moins, d’exercer une influence sur les pays qui disposent de ressources naturelles énergétiques. Ces tensions s’expriment ostensiblement dans les ventes d’armes effectuées par la Russie à des pays clairement hostiles (ou susceptibles de l’être) aux Etats-Unis. Du matériel de qualité que fabrique le nouveau complexe militaro-industriel russe (à deux vitesse : celui qui représente une masse de travailleurs considérable, qui est en déliquescence et réformé plus ou moins chaotiquement afin de le faire disparaître, et celui qui est à même de rivaliser avec les industries d’armement occidentales) équipe de plus en plus les armées chinoises, indiennes, syriennes... Et certaines armes russes sont supérieures à celles du complexe militaro-industriel américain. Enfin, les tensions entre les deux « blocs » s’expriment par le biais des opinions publiques, avec une façon de voir « l’Autre » qui est redevenue très négative après une brêve période d’état de grâce. Exemple parmi d’autres : de nombreux russes sont convaincus que le Koursk a été coulé par des sous-marins américains...

       

      Mon article n’a pas pour but de vanter ou de dénigrer l’armée de terre russe, mais juste de constater qu’en dépit de lacunes évidentes, elle a remporté la victoire en Géorgie. Cette victoire, la Russie ne l’a pas obtenue sans effort.


    • aeonys aeonys 28 octobre 2008 17:12

      Tres interessant articles


    • jay 28 octobre 2008 13:38

      Parler de nouvelle guerre froide est probablement exagéré, mais cela n’a pas grand chose à voir avec les budgets respectifs des USA et de la Russie.

      @ l’auteur : je suis grosso_modo d’accord avec votre analyse des capacités militaires russes. Et notamment sur le fait qu’elles sont adaptées à leurs besoins. Que Saaka... ait été mal conseillé par les "occidentaux" ne fait pour moi pas de doute. Mais j’ai été stupéfaite par sa non utilisation du tunnel de roki. Il parait inconcevable qu’il n’ait pas été une cible prioritaire. Si vous avez des idées sur le pourquoi de cette décision je serais heureuse de les lire. (l’incompétence de tous les conseillers militaires ne me semble pas crédible, je ne suis pas une spécialiste du hardware mais la difficulté opérationnelle non plus).


      • Laurent Touchard 28 octobre 2008 14:38

         De même au sujet de la question des budgets, comme je l’ai expliqué dans ma réaction précédente. Au sujet de l’idée de Guerre Froide, je suis parfaitement d’accord : parler de Guerre Froide comme d’un contexte avéré, avec ce que cela impliquerait en menaces immédiates pour la paix mondiale serait exagéré. Pour ma part, je considère néanmoins qu’il y a un retour vers une situation de guerre froide, que nous sommes sur le chemin vers cette situation sans pour autant l’avoir (encore) atteinte.

         C’est encore plus marqué en Russie : la plupart des reportages et documentaires sur la guerre en Ossétie du Sud sont stupéfiants dans leur façon de présenter les Occidentaux, alliés des Géorgiens. Le contenu de cet article du Monde http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/10/21/la-guerre-en-georgie-entre-au-musee-a-moscou_1109329_3214.html est emblématique d’un état d’esprit qui se développe de plus en plus en Russie, dans l’indifférence occidentale. Si cet état d’esprit continue d’être cultivé (parfois à raison), les conséquences seront dangereuses pour la stabilité relative que nous connaissons actuellement.

         A propos de l’offensive géorgienne, au jour d’aujourd’hui, et sans éléments pour remettre en question cette conviction, je suis persuadé que Saakachvili a agi de son propre chef, sans recevoir le moindre encouragement occidental (et en particulier américain). Ou alors, Washington souhaitait-elle provoquer sa chute ? J’en doute. Cette offensive a été lancée alors que l’armée géorgienne, de la bouche-même des instructeurs américains sur place, n’était pas prête à une telle action. Opérationnellement, les erreurs se sont accumulées, y compris les plus ahurissantes, à commencer par la non-neutralisation de la sortie du tunnel de Roki.

         Sa destruction pouvait poser problème, faute de charges de démolition adaptées, mais les Géorgiens avaient la capacité de l’obstruer, ne serait-ce que temporairement, et d’en couvrir le déboucher, en positionnant des chars, de l’artillerie, de façon à en interdire la sortie, ou alors, au prix de pertes considérables. Il ya cependant une rumeur russe qui fait état d’un raid des forces spéciales géorgiennes pour tenter d’interdire ce point de passage. D’après cette même rumeur, l’opération aurait échoué grâce à l’intervention des Ossètes du Sud. Mais jusque là, rien n’est venu le vérifier.

         De toute façon, même si la sortie du tunnel de Roki avait été bloquée, cela n’aurait pas empêché l’intervention russe, depuis l’Abhkazie, par la mer Noire, ou encore, par le biais d’opérations héliportées (hasardeuse durant les premières heures puisque la 4e Armée Aérienne a eu des difficultés à s’emparer du contrôle des airs et que la Défense Antiaérienne géorgienne avait quelques moyens - même si limités - à sa disposition). Elle aurait juste été plus compliquée (mais pas hors de portée des Russes) et donc, retardée de quelques heures.

         Deux prochains articles évoqueront le déroulement de l’offensive (avec des sources occidentales, russes et géorgiennes), et les capacités militaires géorgiennes (tout n’était pas à jeter).


      • aeonys aeonys 28 octobre 2008 17:04

        L’acces au tunnel passait par une zone sous controle ennemi. Le tunnel etait bien une cible prioritaire : les Georgiens pensaient avoir le temps de l’atteindre et d’en prendre le controle sans le detruire afin de pereniser leur controle.

        Il ont rencontres plus de resistance que prevu sur le terrain et les soldats georgiens ne se sont pas montres a la hauteur des attentes du commandement (peur de mourrir, etc.) Bref ils ont perdu du temps et le commandement russe a eu le temps de reagir et de foncer vers le tunnel (plusieurs exercices avaient deja ete prepares dans cette perspective du cote russe).

        Voici les informations dont je dispose depuis Tbilissi.

        Bien a vous

        Aeonys


      • Laurent Touchard 28 octobre 2008 18:41

         

         Merci pour ces informations.


         En effet, le plan initial géorgien consistait vraisemblablement à bloquer la sortie du tunnel de Roki après avoir pris le contrôle de Tskhinvali. Pour s’emparer de la capitale d’Ossétie du Sud, les Géorgiens pilonnent la ville avec leurs pièces d’artillerie lourde, et des lance-roquettes multiples, puis, ils lancent une colonne de chars, soutenue par de l’infanterie mécanisée et motorisée dans la ville. Les chars semblent très vite avoir été coupés de l’infanterie mécanisée et motorisée, devenant alors très vulnérables aux groupes d’Ossètes du Sud, qui eux, profitent du terrain favorable à la défense. Le fer de lance de l’offensive géorgienne s’émousse alors dans des combats urbains, jusqu’à ce qu’il soit incapable de capturer la ville, puis de se ruer vers la sortie du tunnel.

         


      • Internaute Internaute 28 octobre 2008 15:51

        Article intéressant, qui montre bien que la qualité des soldats a compensé l’utilisation de matériels pas toujours au top. Dans la guerre, l’énergie et le moral du combattant valent plus que les millions de dollars. On le voit bien en Irak où les soldats US n’osent pas sortir de leur bunker.

        Cependant et bien que vous montriez les faiblesses de l’appuis aérien, j’aurais aimé avoir plus d’info sur un fait troublant. 4 appareils russes ont été descendus et pas des moindres. Si mes souvenirs sont bons, 3 Su-27 et un Tu-160 a été abattu. Cet appareil est supposément l’équivalent du B1 américain. Comment se fait-il qu’ils aient subi de telles pertes ? Est-ce que cela signifie qu’ils n’ont pas de missiles anti-radar ? Il font pourtant beaucoup de publicité sur l’efficacité de leurs missiles.


        • aeonys aeonys 28 octobre 2008 17:09

          Les russes disposent de materiel assez pointu qu’ils aiment a montrer mais en l’occurence, leur budget ne leur permet pas d’emmener ce type de materiel sur le front :
          Il prefere s’en servir comme dissuasion car cela leur couterait trop cher d’en equiper leur unites.

          Pour ce qui est de l’Irak, cela a peu a voir :
          l’entrainement des soldats americain et leur philosophie de la guerre est differente. de plus les americains sont surveilles poru ce qu’ils font donc souvent ne font rien ou font appel a des contracteurs.
          Alors que les russes se conrefichent de ce quon dira d’eux puissent qu’ils repliqueront par 25 fois plus d’articles de propagande inverse sur leur territoire national.
          les deux conflits ne sont donc pas comparables.

          Aeonys


        • Laurent Touchard 28 octobre 2008 18:05

           Les pertes aériennes officiellement reconnues par Moscou s’élèvent à quatre appareils abattus : trois Su-25 Frogfoot (selon la désignation OTAN) et un Tupolev Tu-22M3R Backfire de reconnaissance électronique (Le Tu-22M3R est une plateforme ELINT - Electronic Intelligence). Dans la presse anglo-saxonne, spécialisée ou non, la destruction de cet avion est souvent mise en avant pour souligner l’absence de drones au sein des unités engagées en Ossétie du Sud. C’est une erreur : les missions imparties à un drone de reconnaissance tactique sont de loin différentes de celles qui sont confiées à un appareil de reconnaissance électronique. Les Américains disposent d’un avion équivalent, le RC-135 Rivet Joint.


           Sa destruction aurait été provoquée par un missile 9K37M1 Buk-M1 selon la désignation russe, ou SA-11 Gadfly selon celle de l’OTAN. La Géorgie a acquis ces systèmes d’armes auprès de l’Ukraine, et certains spécialistes russes considèrent que pendant le conflit, les trois (ou quatre) batteries en service dans l’armée géorgienne étaient servies par des opérateurs ukrainiens, ou du moins, que le personnel était encadré par des Ukrainiens. Cela ne semble pas impossible dans la mesure ou les Géorgiens ont reçu cet armement seulement à partir de juin 2007.


           Outre ces quatre appareils abattus dans les premières heures de l’engagement russe, trois autres auraient encore été détruits par la suite (pertes non-reconnues par les autorités russes) : un Su-24MR Fencer E de reconnaissance, un bombardier Su-24M Fencer D (équivalent du F-111 américain qui n’est désormais plus en service) et un autre avion d’assaut Su-25 Frogfoot. Ces avions détruits seraient à mettre au tableau de chasse de deux batteries de 9K33M3 Osa-AKM (SA-8B Gadfly). S’ajoutent trois Su-25 auraient quant à eux été endommagés par des missiles sol-air à très courte portée (SATCP ou MANPAD - Man Portable Air Defense ; des missiles anitaériens légers pouvant être tirés à l’épaule).


           Qu’il s’agisse de quatre ou de sept appareils perdus, ces pertes sont lourdes (surtout en ce qui concerne le Tu-22M3R) au regard de la briêveté du conflit. La défense antiaérienne géorgienne était probablement la composante militaire de Tbilissi la plus efficace, notamment grâce aux instructeurs ukrainiens (ou au moins à la formation qu’’ils dispensèrent aux Géorgiens). A l’inverse, les systèmes de contre-mesures électroniques dont disposent les avions russes se sont révélés défaillants car trop anciens.

           

          La Russie dispose de plusieurs missiles antiradars : Kh-25MP, Kh-31, Kh-58E, mais ils ne semblent pas avoir été utilisés. Les forces aériennes russes ont été incapables de s’assurer de la "suppression" du réseau antiaérien géorgien du fait de graves lacunes dans le renseignement et la guerre électronique (la localisation des points névralgiques de la défense antiaérienne de Tbilissi...).


        • Lapa Lapa 28 octobre 2008 18:24

          On dirait du Morice.


          Bravo l’ex armée rouge a réussi à mettre en déroute des voitures de police, et des paysans à leur frontière. Quelle avancée depuis la Tchétchénie ! Bravo à eux.

          L’efficacité est retroyvée (celle de 1968 où les chars pouvaient aller se promener à Prague, ou celle de 1956 à Budapest je suppose que l’auteur parle de ce genre d’efficacité) Avec un peu de chance, la glorieuse armée russe atteindra la porte de Bercy d’ici 15 jours. Bonheur. C’est dommage on a démantelé toutes nos bases de l’est. pas visionnaire ce Sarkozy ^^



          • Laurent Touchard 28 octobre 2008 19:02

             Un article géorgien, parmi d’autres, qui parle des "voitures de police" géorgiennes :
            www.georgiatoday.ge/article_details.php

             Les T-72 SIM-1 qu’alignaient les Géorgiens étaient plus performants que ceux dont disposaient les Russes, car non-modernisés. La défense antiaérienne géorgienne s’est révélée particulièrement efficace.

             Comparer l’armée géorgienne a une armée de paysans incapables, relève du cliché. Cliché qui d’ailleurs est méprisant à l’encontre des dits-Géorgiens. Avant le conflit, la croissance économique en Géorgie était importante, ce qui lui a, entre autre, permis d’augmenter dans de fortes proportions son budget de la défense.

             Voir aussi ici :
            www.mod.gov.ge/2007/downloads/The_Strategic_Defence_Review(www.mod.gov.ge).pdf
            (En pdf, deuxième partie en anglais)


          • Laurent Touchard 28 octobre 2008 19:24

             Pour ce qui est de l’aspect "politique", j’ai souhaité répondre par un commentaire distinct.

             Je ne m’extasie pas quant à l’efficacité de l’Armée russe. Je constate des faits, puis je les analyse à la lumière de ce qu’est la pensée militaire russe, de ce qu’est la pensée militaire "otanienne" et j’en déduis que, oui, l’armée russe retrouve son efficacité. Difficilement, mais sûrement.

             Ce n’est pas en dénigrant la Russie, en considérant ses voisins - alliés ou favorables à Moscou - exclusivement comme des paysans illettrés que l’on ira vers une paix mondiale stable. Cela vaut pour tous les niveaux : du citoyen au décideur politique. Et il faut arrêter de considérer que parler de questions militaires, réfléchir sur le sujet, signifie être un belliciste forcené, agent de propagande en faveur de tel ou tel "camp".

             Quant à dire qui est responsable de ce conflit, c’est d’abord la bêtise. Et au bilan, ce sont les civils qui ont le plus trinqué, qu’ils soient Ossètes du Sud ou Géorgiens.


          • ouallonsnous 28 octobre 2008 19:49

            Ca pourrait être du Morice, mais c’est du Touchard bien documenté et bien écrit comme du Morice ou beaucoup d’autres auteurs sur Avox ; quand à ta prose LAPA, c’est bien du LAPA qui n’a pas évolué depuis Mac Carthy, peut-être bien encore avant ?


          • ASINUS 28 octobre 2008 21:02

            yep comparaison injurieuse s il en est l auteur non seulement semble savoir de quoi il parle mais
            ne se hasarde pas a des extrapolation fumeuses ou concordants avec sa vision du monde, comparer
            la loghoré du professeur avec cet article étayé relatant et exposant des faits ou precisant quand il ne sont
            pas confirmés prouve simplement monsieur lapa qu en plus d etre sectaire vous ne savez pas lire, nonobstant je vous sait gré de m avoir permis en vous contredisant de presenter mes compliments
            a l auteur


          • armand armand 28 octobre 2008 19:12

            Le simple rappel des performances (ou non-performances) techniques doit s’accompagner d’une analyse politique. C’est comme se contenter de comparer la Reischwehr décrépite de la République de Weimar à la Wehrmacht de l’état nazi...
            Que les Russes aient fait des progrès depuis leurs premières débacles en Tchétchénie, soit. Plus parlant encore que la qualité des soldats, leur franc-parler et le dégoût exprimé par plusieurs d’entre eux devant les taches qu’on leur impose.
            Mais la nature fascisante du régime poutinien ne fait aucun doute : culte de la personnalité, glorification de la force, menaces et rodomontades, parti au pouvoir qui gouverne par l’intimidation... tout y est. Sans parler de la mafia au pouvoir qui a récupéré son clan d’oligarques et les nourrit grassement.


            • Laurent Touchard 28 octobre 2008 20:03

               Votre avis sur la nature dictatoriale du régime russe, je la partage. Comme vous le dites, tout est là : culte de la personnalité, glorification de la force...

               Cependant, je ne suis pas d’accord pour ce qui est de l’obligation d’une analyse politique. Le thème de cet article porte sur les capacités militaires des forces terrestres russes dans le cadre de l’intervention russe en Géorgie, sans rentrer dans le champ des considérations "pour" ou "contre" la Russie, en évoquant néanmoins la fissure qui s’élargit entre opinions publiques occidentales et russes.


            • ASINUS 28 octobre 2008 21:06

              bonsoir armand un peu de fierté retrouvée peut etre l ue et l otan truchement us s etant joyeusement
              essuyés les pieds sur leur pays ces dernieres decades , viendras le temps ou ils realiseront qu etre
              gouvernés par des prevaricateur tendance Duce c est cher payé la fierté retrouvée


            • Iren-Nao 29 octobre 2008 02:12

              @ Armand

              Je crois bien que la Russie post Eltsinienne avait bigrement besoin d’etre reprise en main par un type comme Poutine qui a surement fait un tres bon boulot pour son pays.

              Que ses manieres ne plaisent pas aux droitdelhommiste belants de nos merveilleuses contrees citoyennes ou l’abus est inconnu est une autre histoire.

              Ces cons de Russes auraient du se laisser bouffer tout cru par le monde occidental dont les resultats sont devant nos yeux emerveilles.

              En attendant, ce sont nos voisins a nous democraties irreprochables fideles toutous de l’OTAN.

              Bien a vous

              Iren-Nao


            • minidou 29 octobre 2008 14:47

              "Le fossé s’élargissant entre opinion publique russe et occidentale"... ? S’agissant des médias, oui force est de constater le retour du "péril russe"...S’agissant des opinions publiques, je serais moins formel...Je constate que sur la plupart des quotidiens français ouvertement pro-géorgiens (de Libé au Figaro en passant par Le Monde) les commentaires des internautes etaient offusqués d’un tel parti pris, et soulignaient pour beaucoup l’incroyable tour de force que celui de transformer l’agresseur en victime. Je n’ai pas l’impression que les opinions publiques soit aussi clivées que ce commentaire voudrait le dire.


            • Yannick Harrel Yannick Harrel 28 octobre 2008 23:52

              Bonjour,

              Article fort intéressant.

              J’aurais toutefois une question à poser à l’auteur de celui-ci : Saakachvili a-t-il oui ou non dirigé une partie des opérations ou a-t-il laissé ses généraux prendre en main la campagne militaire ?

              Cordialement 


              • Iren-Nao 29 octobre 2008 02:14

                @ l’auteur

                Mr Touchard, votre article est excellent, bon boulot.

                J’attend la suite avec interet.

                Cordialement

                Iren-Nao


                • Pierre Pierre 29 octobre 2008 08:29

                  Question à l’auteur de l’article.  La non utilisation de matériél performant et les importantes pertes d’avions russes au début des combat ne s’expiquent-elle pas aussi par leur ignorance de l’existence de missiles anti-aériens perfectionnés du coté géorgien ? Les Russes auraient mal estimés les capacités de défense des Géorgiens.


                  • Annihilator 29 octobre 2008 11:13

                    La Russie aujourd’hui n’est pas l’etat avant 15 - 20 ans. à présent elle n’est pas faible. On n’oublie pas que l’Europe a un besoin de l’Russie et ce beucoup change la situaton - http://uk.youtube.com/watch?v=MOhck4tJTro


                    • CAMBRONNE CAMBRONNE 29 octobre 2008 11:15

                      BONJOUR à l’auteur et bravo .

                      Voila un article et des commentaires très pros . Nous avons été victimes depuis la chute de l’empire soviétique d’une propagande visant à traiter l’armée russe comme quantité négligeable . Reportages sur les brimades , sur les cimetières de bateaux , sur les sous marins nucléaires rouillés , etc .

                      Il y avait du vrais mais pas que ! La Russie a toujours eu une armée différente des armées occidentales . Plus riche en effectifs , souvent moins bien équipée, elle n’en est pas moins une force avec laquelle il a toujours fallu et il faut encore compter .

                      Les Russes sont patriotes à un point que l’on a du mal à imaginer dans nos pays ramollis . Poutine est extrèmement populaire dans toute la population .
                      Sur le plan des matériels les russes ont du bon matériel qui leur est adapté . Pour avoir "suivi" les armées du pacte de Varsovie dans les années 80 je connais bien leurs faiblesse (élèctronique, transmission mais leurs forces ; bons avions , bons chars très rustiques et qui rendent les services attendus .

                      Merci donc à l’auteur de tenir des propos professionnels sans vouloir minimiser ou gonfler la valeur de l’armée russe et surtout sans la réduire à une armée bourbaki des temps modernes comme cela se fait dans la plupart des médias .

                      Bien cordialement


                      • Proudhon Proudhon 1er novembre 2008 18:27

                        Voir cet article du réseau Voltaire :

                        http://www.voltairenet.org/article157947.html


                        • Charles Bwele Charles Bwele 2 novembre 2008 20:44

                          @ Laurent Touchard (l’auteur),

                          Remarquable article (explications + détails). Je partage entièrement le fait que contrairement aux armées de l’OTAN, celle russe ne verse guère dans une approche trop technocentrée. Je dirais même que la rusticité des équipements et des stratégies, avec une moindre sensibilité psychologique aux pertes, permettent encore à l’armée russe de "véritablement combattre". La 58ème armée russe a également eu la chance que l’armée géorgienne, de plus en plus formatée par un enseignement américain mais toujours largement soviétisée, ne pouvait donc mener une guerre plus irrégulière et peut-être bien plus menaçante pour une armée conventionnelle de type russe.

                          Je reviendrais sur cet aspect des choses dans quelques semaines avec en plus l’aspect cybernétique du conflit russi-géorgien que j’avais abordé dans La Russie cyberpirate la Géorgie et Déclaration de cyberguerre.

                          Restez donc à l’écoute de mon blog Electrosphère ou de mes articles Agoravox. smiley En espérant vivement vous relire régulièrement.

                          Amicalement smiley

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