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Accueil du site > Actualités > International > L’assassinat des Guéi, le FPI et la dignité des Yacouba

L’assassinat des Guéi, le FPI et la dignité des Yacouba

 Quand on assassine un homme, sa femme et ses gardes, sur la base d’une accusation dénuée de fondements, on s’en amende à jamais devant la conscience universelle. Quand on tue froidement un ancien Chef d’Etat qu’on accuse de fomenter en pyjama un bien imaginaire coup d’Etat, on a à jamais marqué sur son propre front le sceau du Malin. Quand on met dans la tête d’un quasi vieillard à genoux, suppliant qu’on lui garde la vie et hurlant son innocence, une balle de revolver, on doit bien avoir à la place du cœur une pierre de granit. N’est-ce pas le pedigree du déshonneur qu’atteignirent les escadrons de la mort du Front Populaire Ivoirien, ôtant sans la moindre raison valable la vie au Général Robert Guéi, à sa femme Rose Doudou Guéi, à leurs domestiques et à leur garde rapprochée lors des événements du 18 au 19 septembre 20002 ? On n’aura jamais fini de comprendre comment le Front Populaire Ivoirien peut se soustraire au devoir de repentance qui est la condition de l’émergence d’un renouveau moral effectif pour la conscience morale collective des Ivoiriennes et des Ivoiriens. On n’aura jamais fini de comprendre comment et surtout pourquoi ceux par qui la brutalisation outrancière de la scène publique ivoirienne est venue sont les derniers à répondre présents au festival de la réconciliation vraie, à cette indispensable ouverture de la voix du cœur sans laquelle la paix demeurerait un vain mot en Côte d’Ivoire, alors même qu’elle a vocation à transfigurer le comportement des habitants conscients des idéaux universels qui présidèrent à l’avènement postcolonial de ce grand pays. On n’aura jamais fini de comprendre par quel singulier retournement intérieur le FPI se cabre aujourd’hui dans une posture victimaire, allant même avec son secrétaire général adjoint par intérim, Dano Djédjé, jusqu’à demander « à qui le FPI doit demander pardon » ? Notre propos ici consistera à montrer que le FPI ne saurait se regarder fièrement dans le miroir au regard du double forfait politique et humain commis par ce parti contre le Général Guéi Robert, son épouse et le peuple Yacouba ; ensuite, nous montrerons comment le peuple Yacouba, au moment d’inhumer les Guéi, donna au demeurant à la Côte d’Ivoire une leçon de dignité qu’il importe au plus haut point de méditer ; enfin, il s’agira d’établir la profondeur symbolique du discours de Guillaume Soro le 17 août 2013 à Gagnoa sur ce devoir de repentance que le FPI, premier agresseur entre tous, doit urgemment assumer pour la relève effective de la nation.

I

Quand les tueurs avérés des Guéi se débinent…

 J’ai lu avec désarroi et indignation un encart du journal Notre Voie n°4497 du mercredi 21 août 2013, sous la plume sibylline d’un certain Jean Josselin, tonton-flingueur de l’idéologie FPI :

« Maintenant que Gbagbo n’est plus au pouvoir et que Soro et son camp tiennent en main, les rênes du pouvoir, cela depuis deux ans, le mystère sur ces morts, surtout l’assassinat de Guéi attribué à Gbagbo, devrait être levé. Plus personne ne peut empêcher, par des manœuvres dilatoires, la manifestation de la vérité sur ces questions. »[1]

 A bien comprendre l’extrait qui précède, le FPI prétend trois choses ahurissantes. La première chose est que les conditions de la mort du Général Guéi relèveraient encore du mystère. La deuxième chose est que l’attribution de l’assassinat de Guéi à Laurent Gbagbo est une fiction de Guillaume Soro. La troisième chose est que la vérité sur la mort de Guéi n’ayant pu être faite sous Gbagbo, il faut la faire sous le pouvoir Ado-Soro. Interrogeons-nous sur la première affirmation : peut-être le Général Guéi se serait-il suicidé avec son épouse et ses proches ? Peut-être le Général Guéi et son épouse, y compris son aide de camp et sa garde rapprochée se sont-ils mutuellement trucidés ? Ou alors, peut-être, suggère le FPI, que le Général Guéi, son épouse, le capitaine Fabien Coulibaly et consorts auraient-ils été victimes de balles perdues issues du conflit qui opposait dans Abidjan la rébellion du MPCI de Guillaume Soro et les FANCI de Laurent Gbagbo ?  Interrogeons-nous sur la seconde éructation du plumitif amnésique du FPI : mais qui a donc revendiqué dès les premières heures l’assassinat du Général Guéi ? Enfin, pour le troisième point, demandons-nous : pourquoi huit ans de pouvoir n’ont pas suffi à Gbagbo pour se dédouaner juridiquement et publiquement de l’assassinat des Guéi et pourquoi deux ans devraient permettre au couple Ado-Soro de dédouaner le même Gbagbo ? Le FPI, décidément, excelle à tuer les mouches à coups de hache.

 Toutes ces questions paraissent pourtant superflues au regard des faits que voici. Dès la matinée du 19 septembre, les sieurs Lida Kouassi Moïse, Alain Toussaint, et l’ensemble de la direction du Front Populaire Ivoirien afirmaient sur tous les médias du monde que le Général Guéi avait été tué pendant les combats, au moment où il s’apprêtait à se rendre à la télévision nationale ivoirienne pour proclamer sa reprise du pouvoir contre Laurent Gbagbo. Les ministres et communicateurs du FPI assumaient donc l’assassinat du Général Guéi comme un acte de représailles de leur camp contre le putschiste Guéi qu’ils considéraient unanimement comme un ennemi mortel abattu comme tel.

 Mieux encore, le capitaine Anselme Séka Yapo, ex-aide de camp de Madame Gbagbo au moment des faits, aujourd’hui aux arrêts en 2013, a clairement reconnu ces derniers mois son rôle direct dans l’exécution sommaire du Général Guéi, dont on sait qu’il fut manu militari extrait de la Cathédrale d’Abidjan où il croyait avoir trouvé refuge sous l’aile d’un homme de Dieu, avant d’être abattu comme un chien et jeté en pâture sur les bords de la voie publique, au lieu dit La Corniche d’Abidjan. Les ordres que le Capitaine Séka a exécutés, envers M. et Madame Guéi, étaient loin d’être ambigus. Il a agi sous l’impulsion des Gbagbo. Déterminé à faire de la répression du coup d’Etat de septembre 2002, une nuit des longs couteaux qui lui permettrait de se débarrasser d’un maximum d’ennemis réels ou potentiels, le pouvoir FPI, des médias internationaux au sang-froid de la troupe, avait décidé d’assumer sans fards ni retenue quelconque le tragique des temps de guerre. La concordance entre les faits et les discours du FPI n’établit-elle pas à jamais sa responsabilité indéniable dans l’assassinat du Général Guéi et de sa femme ? Ni mystère, ni ambiguïté ne sauraient recouvrir ce que tous les Ivoiriens et la communauté internationale savent de longue date : c’est le FPI qui a assassiné les Guéi et il l’a publiquement revendiqué. Il faut et il suffit maintenant qu’il l’assume !

II

L’assassinat de Guéi, le FPI, et la dignité exemplaire des Yacouba

 L’évidence de la responsabilité criminelle du FPI dans le sanglant trépas des Guéi innocents n’est donc plus une matière à enquête ni discussion. Elle est une donnée élémentaire et préalable de l’analyse. Ne faut-il pas davantage s’intéresser à la manière dont après quatre années d’un abominable séjour en morgue, le Général Guéi fut enfin inhumé dans sa terre natale de Gouessesso-Kabacouma ? Il importe au plus haut point ici de dire que c’est parce qu’ils connaissaient les assassins frontistes du Général Guéi que les Yacouba, son ethnie d’origine, ne voulaient surtout pas les voir plastronner à ses funérailles. Celui qui tue quelqu’un, dans nos traditions africaines, doit avoir l’ultime probité de ne surtout pas venir à son deuil, sinon alors, il le tuerait deux fois. Ayant abattu le corps, il viendrait tourmenter l’âme, en salissant le cercueil du mort du contact ignominieux de sa main coupable. Pire encore, lorsque le crime a été commis de façon délibérée, et même pas en légitime défense, l’auteur du forfait a trente-six mille raisons de se tenir à mille lieues du mort, car il mérite lui-même, ni plus, ni moins que la mort, si l’on s’en tenait à la terrible loi du Talion. Ayant donc délibérément tué les Guéi, le FPI de Gbagbo pouvait-il se présenter à leurs obsèques sans faire profil bas ? L’une des révélations de taille de Guillaume Soro lors de son meeting historique du 17 août 2013 à Gagnoa vient précisément éclairer ce drame d’une inestimable lumière : il a fallu, nous apprend Guillaume Soro, que la crème de la Côte d’Ivoire supplie le peuple Yacouba afin que la vue du visage assassin de Gbagbo fût tolérée lors des obsèques du Général Guéi en sa terre natale de Gouessesso-Kabacouma. Il aura fallu, entre autres médiations, que le Sénoufo Guillaume Soro, fasse jouer la corde sensible des alliances traditionnelles qui le lient aux Yacouba, pour que le patriarche des lieux, contrit de douleur mais digne et noble d’âme, accède à la requête de tolérer que le Président de la République d’alors, Laurent Gbagbo, en vertu même de sa fonction d’Etat, accompagne sa victime Robert Guéi en sa dernière demeure.

 Ce faisant, les Yacouba, ces descendants noirs de Jacob, patriarche d’Israël, ces israélites des montagnes de l’Ouest ivoirien qu’il nous urge de connaître et de comprendre en profondeur, nous ont donné une élégante leçon de dignité citoyenne, que Guillaume Soro nous a invité à méditer pour l’élévation de l’Afrique moderne. Quelle est donc cette sagesse Yacouba ? Elle comprend trois leçons. La première est que lorsqu’on vous tue un homme, il n’est pas nécessaire de tuer tous les autres pour que justice soit faite. La vengeance promet rarement une ère de justice. La deuxième leçon est que les intérêts de la république, et notamment les fonctions qui s’y rattachent, méritent d’être pris en considération primordiale quand il faut en particulier réconcilier la nation. C’est cela l’entente de la res publica, bien commun des Ivoiriens. Enfin, la troisième leçon est que quand la mort a failli détruire un peuple, il lui faut la force du pardon pour retrouver la fécondité de la vie, car le pardon instaure une nouvelle naissance, en redonnant à tous les coupables repentants, la possibilité inouïe de mieux faire, voire de refaire autrement la Cité, dans la justice, la vérité et la paix. Pourquoi le FPI continuerait-il de faire fi de la hauteur et de la dignité des Yacouba en 2013 ? Qu’est donc le FPI pour défier la conscience universelle ?

 Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Geneviève Bro Grébé, Odette Lorougnon, Alain Toussaint, Affi N’guessan, Lida Kouassi Moïse, Anselme Seka Yapo, et consorts, il est temps, mesdames et messieurs, de solennellement demander pardon pour le Front Populaire Ivoirien au peuple Yacouba ! Il est temps, mesdames et messieurs, de débarrasser la conscience collective de la Côte d’Ivoire du plus abominable crime d’Etat qui y ait jamais été commis ! Il est temps de prendre pleinement conscience de votre responsabilité initiale dans la descente aux enfers de la Côte d’Ivoire ! Et ce ne sera que justice. Ainsi seulement s’ouvriront et se déverseront à jamais sur la Côte d’Ivoire, les tonneaux à cubage illimité de la Grâce…



[1] Jean Josselin, « A propos de la mort du Général Guéi. Soro raconte des histoires », in Notre Voie du 21 août 2013, p. 2

 


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1 réactions à cet article    


  • MoiMême 26 août 2013 12:32

    Du grand n’importe quoi.

    Et puis, on aimerait que vous appliquiez le même acharnement à identifier les assassins de toutes ces innocentes familles ivoiriennes assassinées entre Septembre 2002 et mi 2011 dans tout le nord et l’ouest de la Côte d’Ivoire... vous savez, dans la zone contrôlée exclusivement par Ouattara, Soro et leur sbires.

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