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Accueil du site > Actualités > International > L’autre 08 Mai 1945

L’autre 08 Mai 1945

En ce 08 Mai 2014, La Chaine Parlementaire (LCP) vient de diffuser l’excellent documentaire de Yasmina Adi, l’Autre 08 Mai 1945.

Alors que la plus meurtrière des guerres s’achève à Berlin, par la capitulation de l’Allemagne nazie, accompagnée de nombreux célébrations dans toute l’Europe, il en est tout autrement dans l’Algérie française où va se dérouler un massacre à Sétif et d’autres villes de l’Est algérien (Guelma, Kharrata).

Le souvenir du 8 Mai 1945 met le feu dès qu’on l’évoque. 

Ce fut, selon les mots de l’historien Jean-Louis Planche, le « plus grand massacre de civils dans l’histoire de la France contemporaine ».

Dans ce documentaire, Yasmina Adi va montrer comment de l’espoir d’une liberté va naître l’un des plus grands massacres de l’Histoire, une violente répression de la part des autorités françaises, qui fera des milliers de victimes. Historiquement, ce 8 mai 1945 marque un point de non retour qui débouchera 9 ans plus tard sur la guerre d'Algérie. C'est ce que montre L'autre 8 mai 1945 - Aux origines de la guerre d'Algérie

Pour ce faire, elle a mêlé images d'archives françaises (déclassées en 2005), anglaises et américaines, de nombreux témoignages d'historiens et de protagonistes français et algériens, et le récit d'un reporter de guerre américain, le premier arrivé sur place. Elle est allée à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui ont vécu et subi cette répression. Elle donne donc la parole aux témoins français et algériens.

Enfin ce document permet de restaurer la mémoire de cet autre 8 mai 1945, et comprendre un peu mieux les débats qui secouent régulièrement les historiens et hantent la société.

Sétif, Mardi 8 Mai 1945

Au départ, le 8 Mai 1945, les habitants de Sétif et Guelma fêtent en cortège la victoire sur l’Allemagne nazie – rappelons que 150 000 Algériens avaient été enrôlés dans cette guerre - , et certains Algériens en profitent pour exprimer leur désir d’indépendance.

Dès 8 heures du matin, une foule estimée à environ 10.000 personnes était rassemblée devant la mosquée de la gare. Puis elle entamait son élan rue des Etats-Unis pour se diriger vers le centre-ville, rue Georges Clémenceau... Pacifiques, dépités et désarmés, les paisibles manifestants scandaient des slogans de paix et de liberté. « Indépendance », « Libérez Messali Hadj », « L’Algérie est à nous ». Ils s’étaient donnés pour consigne de faire sortir pour la première fois le drapeau algérien.

Ces manifestations avaient été organisées par le PPA (Le Parti Populaire Algérien) à travers les principales villes algériennes. À Sétif donc, l’événement prend une tournure dramatique. « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien », ordonne le préfet de Constantine. Le matin du 8 mai, la police tire sur les manifestants, précédés par des scouts venus déposer des gerbes de fleurs au monument aux morts de la ville. Le soir, à Guelma, sans attendre, le sous-préfet (socialiste) André Achiary fait tirer sur la foule.

De pacifiques, les manifestations deviennent violentes, embrasant tout l’Est algérien. L’administration coloniale fait intervenir l’armée. Des milices se créent et participent également à la répression : manifestants fusillés sommairement par centaines, femmes violées… L’aviation mitraille et bombarde les villages de montagne. De la baie de Bougie, le croiseur Duguay-Trouin bombarde les villages de la montagne kabyle. À Périgotville, près de Guelma, on fusille tous ceux qui savent lire et écrire. Des prisonniers fusillés sont jetés dans les gorges de Kherrata. Parmi eux, Rabah Hanouz, membre de la Ligue des droits de l’homme, et ses trois enfants. Plusieurs milliers sont internés et condamnés.

Le 9 mai, à Sétif, ce sont 35 Algériens qui ont été abattus parce qu’ils ne savaient pas qu’un couvre feu avait été établi.

Le 8 mai 1945 fut donc un mardi pas comme les autres en Algérie. Les gens massacrés ne l’étaient pas pour diversité d’avis, mais à cause d’un idéal. La liberté.

À la fin de ces événements sanglants, le général Duval, commandant en chef des forces françaises en Algérie, assurait alors : « Je vous ai donné la paix pour dix ans. » Le 1er novembre 1954 débutait la guerre d’Algérie !

Quel bilan sur ce 08 Mai 1945 ?

Le bilan officiel établi à l'époque s'élève à 1 500 morts algériens et 110 européens ! Les nationalistes, eux, ont avancé le chiffre de 45 000 morts, un chiffre repris par l'ambassade des États-Unis.

Les chiffres donnés par les Français à l'époque sont largement sous-estimés. L'ampleur exacte de cette répression qui a duré cinq semaines a été dissimulée. Des villages entiers ont été réprimés avec des moyens militaires.

D’autres témoignages…

Un témoin, Ahmed Semchedine, résume : « Au matin, ils se sont mis à tuer, le maire à leur tête, à tuer jusqu’au dégoût. » A Aïn Abessa, Laouamen Aïssa décrit trois mois de « nettoyage » : « Ils sont venus la nuit, ont emmené les hommes, les ont tués. »

Fatima, née en 1920, a vu son père, ses deux frères, son oncle torturés et assassinés, « attachés à un arbre, dépecés et donnés en morceaux aux chiens »

Ces faits ont donc longtemps été niés ou minimisés, côté français,

Le drame est passé ina­perçu dans l’opi­nion métro­po­li­taine. Le quo­ti­dien com­mu­niste L’Humanité assure alors que les émeutiers étaient des sym­pa­thi­sants nazis ! Il faudra atten­dre le 27 février 2005 pour que, lors d’une visite à Sétif, M. Hubert Colin de Verdière, Ambassadeur de France à Alger, qua­li­fie les « mas­sa­cres du 8 mai 1945 de tra­gé­die inex­cu­sa­ble. » Cet événement cons­ti­tue la pre­mière reconnais­sance offi­cielle de sa res­pon­sa­bi­lité par la République fran­çaise.

________________________________________________________________________

L'Autre 08 Mai 1945, Aux origines de la guerre d'Algérie, Yasmina Adi, documentaire à voir et à revoir.

Sétif 1945 : Histoire d'un massacre annoncé, de Jean-Louis Planche, à lire.

 


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17 réactions à cet article    


  • Henri Diacono 9 mai 2014 09:32

    Bravo de revenir sur ce drame (évoqué ici il y a deux ans) qui aurait du servir d’avertissement à plus d’un politique français ou d’un colon en Algérie. Seul Mendès France qui avait arrêté la Guerre d’Indochine, et entamé des négociations avec la Tunisie et le Maroc qui conduiront ces deux pays à leur indépendance, aurait pu éviter les monstruosités de la Guerre d’Algérie. Las, il fut trahi par ses pairs (de gauche) sous la pression du lobby « Algérie française » et contraint à la démission. Et comme il fallait s’y attendre la France toujours aussi avare et silencieuse lorsqu’il s’agit d’évoquer ses erreurs et ses meurtres (ici en l’occurrence un véritable massacre), a attendu près de 70 ans pour en faire état sur une chaine de télévision confidentielle  ! Pas mal pour une nation qui crie envers et contre tous et depuis toujours, son adhésion totale aux droits de l’Homme. Il faut remarquer qu’à l’époque le Général de Gaulle était pratiquement au pouvoir en France.


    • Pere Plexe Pere Plexe 9 mai 2014 11:45

      Il en va ainsi des dates peu glorieuse pour la nation.

      Occultées par les officiels elles le sont aussi par les médias.

      Le 17 octobre 1961 en est sans doute l’arche type.


    • Henri Diacono 9 mai 2014 10:41

      J’ajouterai qu’à la même époque et toujours sous les ordres de De Gaulle, la France a longuement bombardé Damas faisant des centaines de de morts et réprimé des mouvements d’autonomie au Liban.


      • tf1Groupie 9 mai 2014 13:45

        Merci pour ce rappel (je n’ai pas pu voir ce documentaire).


        • scylax 9 mai 2014 14:02

          Cet article ne respecte pas la rigueur d’un historien académique, car bourré d’approximations. Mais surtout il a la malhonnêteté d’oublier les 101 français tués dans des conditions ignominieuses (le sourire kabyle, les parties dans la bouche, les femmes violées post mortem, etc...). c’est cette sauvagerie qui explique la sauvagerie de la répression (et ne l’excuse pas).


          • OMAR 9 mai 2014 16:16

            Omar33


            @scylax

            Oui, c’est vrai, 101 algériens pieds-noirs (et non pas français) ont été aussi assassinés..
            Mais de là à se venger en assassinant plus de 450 fois plus d’algériens, ce n’est plus de la sauvagerie.
            C’est de l’innommable...

            Et juste hier, la 3 diffusait un film sur la rafle du « Vel d’Hiv » de juillet 1942.
            C’est bien de se rappeler de cette crapulerie...

            Mais bizarrement, rien sur les algériens parqués sur ce même site horrible 20 ans plus tard...

            De nos jours, un bougnoule ne vaut toujours pas un youpin....

          • Jean 9 mai 2014 18:21

            infect commentaire de scylax comme à son habitube, ainsi le (supposé ???) meutre de 100 personnes justifie celui de milliers d’autres dans la population civile ?


          • Allexandre 10 mai 2014 10:31

            Vos interventions sont toujours aussi malhonnêtes. Tout mort à déplorer est catastrophique, mais 101 morts contre 45000 vous avouerez qu’il y a une disproportion condamnable. A l’heure où la comptabilité des morts fait force de loi pour certains, je ne peux laisser passer votre commentaire d’une rare indécence.


          • Rincevent Rincevent 9 mai 2014 19:07

            @ Omar 33

            Autant que je sache les pieds noirs étaient français ! L’Algérie était divisée en départements comme la métropole : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9partements_fran%C3%A7ais_d%27Alg%C3%A9rie

            Pendant la campagne d’Italie, à Monte Cassino, un adjudant se distingue : il est cité quatre fois et décoré de la Médaille Militaire. Quand il apprendra ce qui s’est passé à Sétif il basculera complètement. Il s’appelait Ben Bella…


            • OMAR 9 mai 2014 19:49

              Omar33


              @Rincevent

              Juste pour vous.

              Si au départ, la majorité des colons était composée de français, elle devint ce mélange de méditerranéens d’origine divers : espagnoles (après la guerre d’Espagne), maltais, italiens(surtout sardes et siciliens), etc... 

              Ils étaient considérés par les algériens comme des « roumis » (de Rome) mais plus prosaïquement de gawri ou gware...

              Après la 1ère génération, une grande parti d’entre-eux parlait l’algérien et la pataouète...

              La France métropolitaine divisa ce peuple en deux collèges.

              Le premier concernait les algériens ( ou pieds-noirs) d’origine européenne ainsi que les...chrétiens et avaient les mêmes droits que les citoyens français de la métropole.

              A cette catégorie de nababs, s’ajouta la communauté juive algérienne, grâce aux scélérats décrets « Cremieux ». (E.Macias, P. Bruel ou E. Zemmour sont algériens de souche, mais s’habillent de la fourberie...).

              Le second collège regroupait les « indigènes » gérés par ce barbare et inhumain « Code de l’Indigénat ».
              La différence des collèges ? exemple : lors des élections, une voix du premier collège vaut cinq voix du second.

              Et si la France considérait l’Algérie comme un prolongement naturel de son sol, jamais elle n’aurait tester ses bombes atomiques au Sahara..

              Quant à Ben Bella,un citoyen plutôt marocain qu’algérien, il a effectivement participé à la guerre de libération de l’Algérie, mais ce sont les services spéciaux français, sous les directives de De Gaulle, qui ont tout fait pour le placer à la tête de l’état algérien.
              Mais ceci est une autre et longue histoire.

            • Werner Laferier Werner Laferier 9 mai 2014 20:55

              Encore un massacre commis par le despote gaulliste, De gaulle, tyran homophobe (décret Mirguet) , bourreau des agéeiens, en France, les algériens balancés dans la Seine ou Shoah par balle en Algérie, test d’armes nucléaire au Sahara, relations avec des tyrans comme Franco, Mao, Ceausescu ou l’URSS, dictature sur mesure pour de Gaulle (la V ieme république), omniprésence dans les médias et culte de l’uniforme et de la personnalité, volonté de restaurer la monarchie ect...)
              C’est ce tyran qu’on vient présenter aux démocraties comme un homme de vertu ?
              La France Gaulliste est une honte, c’est ce qui a permis le soulèvement du peuple en 11968 contre le dictateur, Poutine tombera de la même manière, pour une Europe stable.


              • OMAR 9 mai 2014 23:40

                Omar33


                Werner :« ...le soulèvement du peuple en 11968... ».

                Werner, vous qui venez du futur, dites nous, comment J.W Bush a-t-il organisé le 11/9 ?
                 

              • Onecinikiou 10 mai 2014 00:12

                @ Werner,


                De Gaulle est admiré par une immense majorité de français, et leur avis est diamétralement opposé au vôtre. Vous ne représentez rien ni personne, sachez-le. 

                D’ailleurs, est-on seulement français lorsque l’on arbore ostensiblement comme emblème les drapeaux des Etats-Unis et de l’Union européenne... ?

                Un colonisé de l’esprit, voilà ce que vous êtes.

              • Allexandre 10 mai 2014 10:36

                Vous dites n’importe quoi et vous ne compreniez rien à la politique gaullienne. Vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez. Êtes-vous Pied-noir pour éprouver une telle haine à l’égard de de Gaulle ? Je comprendrais mieux : !!


              • Rincevent Rincevent 9 mai 2014 22:20

                @ Omar 33

                Pour vous mais aussi pour les « z’otres »

                Je vous remercie de vos précisions mais je connaissais déjà tout ça. Dans les vagues successives de colons vous en oubliez une importante, la deuxième, des Alsaciens-Lorrains de 1870 qui n’avaient pas voulu devenir allemands lors du rattachement des départements alsaciens et de la Moselle à l’Allemagne.

                Je vous laisse volontiers vos appréciations sur la communauté séfarade de l’époque et ses descendants. S’il est vrai que le décret Crémieux a mis de l’huile sur le feu, il semble assez évident qu’il s’agissait de diviser (les communautés juives et arabes) pour mieux régner. Un classique.

                Le maintien en l’état du deuxième collège a été évidement, en plus d’une injustice, une erreur fondamentale qui en a poussé beaucoup dans les bras d’un FLN qui, au début, était loin de faire l’unanimité. Pour le Sahara, il n’était effectivement pas « français » faisant partie des Territoires du Sud, pas considérés comme départements.

                J’ai lu attentivement l’article de votre dernier lien, aucune trace d’une quelconque intervention des services spéciaux français dans la carrière de Ben Bella… à part son arrestation en détournant un avion civil marocain en 1956, bien sûr.


                • OMAR 9 mai 2014 23:28

                  Omar33


                  @Rincevent

                  J’ai écrit que les premiers colons étaient français, et je pense que les alsaciens le sont.
                  Alors si vous appréciez les particularités, en voici une parmi d’autres, la Société Sainte-Genevoise s’était spécialisée dans l’expédition vers l’Algérie (Sétif...) de tous les....bâtards français qui lui tombaient sous la main..
                  Cherchez ce qu’ont entrepris les St-Simoniens, à leur tête un certain Barthélemy Prosper Enfantin,

                  Pour l’Adjudant marocain Ben Bella, c’est le général De Gaulle qui l’avait programmé en juin 1958 pour sa mise au pouvoir planifiée dans un proche avenir, en contreparties territoriales et politiques. 

                • Rincevent Rincevent 10 mai 2014 01:05

                  @ Omar 33

                  Concernant le recrutement de colons les ficelles sont toujours les mêmes pour tous les pays, on y expédie ce qu’on ne veut plus voir en métropole. Les anglais aussi ont structuré leur vaste empire comme ça (des fils cadets sans héritage en passant par les condamnés politiques jusqu’aux forçats droit commun).

                  Ben Bella « programmé » par De Gaulle ? Hypothèse intéressante. Après tout, à l’époque, quelles étaient les préoccupations françaises en cas d’indépendance de l’Algérie ? Surtout garder un pied au Sahara, pour le pétrole bien sûr ( les américains et les italiens guettant notre départ) mais aussi pour la base d’essais nucléaires de Reggane (elle ne fermera qu’en 1967). Pour ça, il fallait bien un interlocuteur en face, Ben Bella ou un autre…

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