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L’Axe Djouba-Bangui : Gagner la Paix ou Périr par l’Arme du Virus Sida

Après plus de vingt ans de guerre civile soldée par plus de 3 million de morts et près de 4 million de déplacés, le Soudan ne semble pas prêt de renoncer à son alliance avec l’instabilité politico-sociale comme mode de gestion de son patrimoine national. Avec ses 120.000 barils de brut par jour, le Soudan se classe troisième puissance productrice de pétrole de l’Afrique sub-Saharienne après le Nigeria et l’Angola. Il n’est pas surprenant que l’addiction à la manne pétrolifère ait sonné la fin brutale du banquet d’indépendance du sud Soudan dont Salva Kiir et Riek Machar occupaient la table d’honneur en valeureux commensaux.

L’éruption de la violence endémique partie de Djouba a contracté une pigmentation ethnico-tribalique sur fond de rivalité de contrôle des champs de pétrole gisant dans les bassins de Muglad et Melut. Autant à Djouba qu’aussi bien à Bangui, en passant par Kidal, on assiste à une surenchère des tensions soci-identitaires portées par l’instabilité généralisée et la déliquescence progressive des institutions de l’Etat. L’anarcho- tribalisme trempé souvent dans le fiel du fanatisme religieux contribue à l’effritement de l’Etat dans ces zones d’instabilités socio-politiques. Autant dire que l’axe Djouba-Bangui-Kidal est devenu le centre de contrôle avancé du printemps de l’instabilité en Afrique sub-sahariennne. Un charnier à ciel ouvert de la renaissance africaine !

La propagation de ces foyers de “no-man’s land” ou de “non-droit”, repose aujourd’hui l’indispensable volontarisme politique du continent africain pour gérer ses crises internes. Non seulement, le projet d’une mise sur pied de la force africaine en attente de l’Union Africaine pour prévenir les conflits ne se fait que trop attendre. Mais aussi, il y a urgence de palier au déficit de forces de maintien de la paix sur le continent face à la multiplication des foyers de tensions sur le continent. Quoique 80% des forces de maintien de la paix des Nations Unies soit déployée dans près de sept zones de conflit en Afrique, il s’avère que la demande est toujours en hausse. La Centrafrique, le Mali et le sud Soudan ne cessent d’inviter au déploiement rapide de plus de troupes pour donner restaurer la paix et la sécurité. Ce vide institutionnel en cas de conflits socio-identitaires ou politiques sur le continent renvoie la responsabilité de protéger vers les instances Onusiennes ainsi que les organisations sous-régionales. Celles-ci sont appelées de plus en plus à occuper la fonction de “laboratoire moral” des Etats en faillite.

L’urgence du renforcement ainsi que la disponibilité des forces de maintien de la paix trouvent paradoxalement en l’instabilité politico-sociale endémique un contre-poids limitant. Une double menace à la paix et à la sécurité internationale. D’abord, une érosion rapide du personnel de la défense nationale dans certains pays en raison de la propagation rapide de la pandémie du VIH/Sida. Ensuite, la propagation et la permanence des zones d’instabilité deviennent des foyers de diffusion de maladies sexuellement transmissibles. La conjonction de ces facteurs limitants met à nu la vulnérabilité institutionnelle des forces armées à remplir, dans le long terme, leur mission de paix sans succomber aux menaces de la destabilisation de l’institution militaire par le virus du sida. Les troupes de maintien de la paix ne peuvent gagner le pari de la paix lorsqu’elles stationnent en permanence dans ces “no-man’s land” au risque de l’auto-destabilisation par les vecteurs des maladies contagieuses.

Du reste, la correlation entre securité et maladies infectieuses n’est pas nouvelle. Déjà dans l’antiquité, une attention particulière était accordée au fait qu’une crise majeure de santé comporte des ramifications profondes pour la sécurite nationale. Une telle prise de conscience était d’autant plus vivace que l’antiquité classique avait porté son onction sur Apollo, le dieu des épidémies. En temps de paix comme de guerre, Apollo veillait sur les virus mortels de la cité. Aujourd’hui, la lutte mondiale contre le sida a aiguisé une conscience aiguë sur la menace contre la sécurité que représente le virus du VIH/sida. Cependant, la notion que les zones d’insécurité et d’instabilité constituent potentiellement des ports de diffusion de la pandémie du sida reste encore peu explicitée à l’attention publique. En plus, les facteurs d’insécurité, combinés aux infections épidémiques, comportent un effet boomerang tant sur le personnel des missions de maintien de la paix que sur la population civile. Le virus mortel accompagne souvent le personnel militaire surtout quand les conscrits dans l’armée proviennent de zones où la prévalence du VIH est très élevée. Les zones d’insécurité et d’instabilité prolongées se transforment à terme en corridors de maladies contagieuses.

Le virus du sida a mis à nu la vulnérabilité institutionnelle des forces de défense sur les théâtres des opérations de maintien de la paix. En temps de paix, les maladies sexuellement transmissibles sont de l’ordre de 2 à 5 fois plus élevées dans l’armée comparativement aux populations civiles. Et en temps de conflit, elles sont 50 fois plus élevées qu’en temps de paix. Quoique la défense nationale observe une fidélité muette sur le taux de prévalence au sein des troupes, quelques indicateurs fiables sont disponibles pour notre analyse. Les forces de défenses de l’armée Sud Africaine font l’aveu que le taux d’infection du sida parmi son personnel militaire est plus élevé que le taux normal de la population civile. En Afrique du Sud, 7 parmi 10 cas de décès dans l’armée est relatif au sida. L’Afrique du Sud est un important pourvoyeur de troupes pour le maintien de la paix, notamment au Soudan. On sait que la prévalence parmi les pays de la communauté des pays de l’Afrique Australe varie entre 15 et 30%. En 2008, 55% des forces armées du Zimbabwe était seropositive. L’Ouganda enregistre un taux de 66% de seropositivité de ses forces armées, contre 60% en République Démocratique du Congo. L’armée Ugandaise a perdu plus de soldats en raison du sida qu’en deux décennies de guerre contre l’armée de Joseph Khony. En 2012, l’armée du Sud Soudan enregistrait un taux de seroprévalence de l’ordre de 5%. En 2013, on a enregistrait 156.000 nouveaux cas d’infection du VIH/Sida au Sud Soudan.

C’est dire que les zones de conflits violents et d’instabilité sont potentiellement des incubateurs de maladies contagieuses. Les épidémies couplées aux instabilités sociales sont autant une menace pour la paix sociale que pour les troupes de la paix elles-mêmes. La survie de l’institution militaire est aussi fonction de la maîtrise rapide des conflits violents et de l’éradication diligente des foyers d’instabilité.

Narcisse Jean Alcide Nana, International Security Studies.
 

Notes

- Lindy Heinecken, “The Threat of HIV/AIDS to the South African Armed Forces,” in International Relations and Security Network, 31 May 2012

- Lindy Heinecken, “The Potential Impact of HIV/AIDS on the South African Armed Forces : Some Evidence From Outside and Within,” in African Security Review, 18 (2), 2009, pp.60-77

- Rupiya M. (editor), The Enemy within : Southern African Militaries’ Quarter-Century Battle with HIV and AIDS, Institute for Security Studies, 2006


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2 réactions à cet article    


  • cedricx cedricx 2 janvier 2014 17:30

    En temps de paix, les maladies sexuellement transmissibles sont de l’ordre de 2 à 5 fois plus élevées dans l’armée comparativement aux populations civiles. 


    Ah oui ? et quelles en sont les raisons ?

    • claude-michel claude-michel 3 janvier 2014 09:38

      La planète est en train de pourrir par sa connerie..son pétrole..et tout le reste.. ?

      l’Afrique terre de convoitise sera notre cimetière à tous... !

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