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L’élection présidentielle du 24 juillet 2013 aura-t-elle lieu ?

Après le chapitre "La feuille de route", voici le chapitre "Sortie de crise" qui a bien du mal à s’achever à Madagascar. Le processus électoral commence très mal et les citoyens malgaches ne sont pas assurés d’élire leur prochain Président de la République le 24 juillet 2013 comme prévu.

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La situation politique à Madagascar se délite de jours en jours…

Le Président autoproclamé Andry Rajoelina et le Premier Ministre Omer Beriziky ne se parlent plus. Certains candidats à l’élection présidentielle souhaitent se désister. D’autres candidats, réunis en collectif, viennent de refuser ce 1er juin 2013 de reconnaître la légitimité de la Cour électorale spéciale (CES).

Un important "conclave" (réunissant certaines autorités du pays) s’est tenu le 3 juin 2013 au centre de conférence international d’Ivato pour statuer sur le devenir électoral de Madagascar mais ses conclusions, maintenues encore secrètes, ne devraient pas être rendues publiques avant le 6 juin prochain et sont déjà rejetées par la plupart des candidats car considérées comme anticonstitutionnelles).


Reprenons le fil depuis septembre 2011

Lors de mon dernier article sur le pays (le 16 septembre 2011, il y a presque deux ans), j’avais senti un léger vent d’optimisme avec l’adoption, par toutes les parties en présence, y compris la communauté internationale représentée par la SADC, de la "feuille de route" pour remettre sur les rails une démocratie malgache qui n’a jamais été vraiment présente depuis l’indépendance du 26 juin 1960 et qui a volé en éclat lors du putsch du 17 mars 2009 qui a vu l’arrivée au pouvoir du jeune Andry Rajoelina et l’exil de Marc Ravalomanana, l’ancien Président de la République qu’il a "chassé" du pouvoir.

Cela fait maintenant plus de quatre ans que la situation provisoire perdure, beaucoup de monde a d’ailleurs intérêt à ce que ce provisoire perdure, mais cela fait quatre ans que le pays s’effondre dans la ruine économique et sociale, alors que le pays était déjà parmi les plus pauvres. Depuis quatre ans, il n’y a plus d’investissement, les fonds étrangers ont été retirés par protestation contre le coup d’État et la situation humanitaire dans certaines régions sont alarmantes.

L’idée générale de la feuille de route du 16 septembre 2011, c’était de donner les conditions générales pour organiser de nouvelles élections, sincères, reconnues, fiables, libres. Une élection présidentielle et des élections législatives. En attendant, un gouvernement d’union nationale gère les affaires du pays.

Mais l’attente risque d’être toujours aussi longue qu’avant.


Que s’est-il passé depuis le temps ?

Toute conciliation doit nécessairement passer par les partisans des trois anciens Présidents de la République, à savoir Didier Ratsiraka (76 ans), l’ancien amiral putschiste du 15 juin 1975 au 27 mars 1993 revenu démocratiquement au pouvoir du 9 février 1997 au 6 mai 2002, Albert Zafy (85 ans), le premier Président élu librement, en fonction du 27 mars 1993 au 5 septembre 1996, destitué car jugé trop autoritaire, Marc Ravalomanana (63 ans), en fonction du 6 mai 2002 au 17 mars 2009, et évidemment par les partisans de l’actuel Président de la Haute Autorité de Transition, Andy Rajoelina (39 ans), au pouvoir depuis le dernier coup d’État.

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Si le vieux professeur Albert Zafy s’est un peu éloigné du processus (le conseil des ministres du 29 mai 2013 vient de lui octroyer un véhicule 4x4 au titre de son statut d’ancien chef de l’État !), les autres "mouvances" (Ravalomanana, Ratsiraka et Rajoelina) sont très actives dans les discussions, et je n’évoque pas les quelques deux cents partis politiques qui existent, ou tentent d’exister, dans le pays.

Didier Ratsiraka, qui avait utilisé la force armée pour refuser sa défaite électorale face à Marc Ravalomanana en 2001 et 2002, s’était exilé en France et avait été condamné à dix ans de prison par contumace, mais Andry Rajoelina lui a permis de revenir sur le sol malgache le 24 novembre 2011.

Marc Ravalomanana, lui, est toujours en exil en Afrique du Sud (le Président sud-africain Jacob Zuma suit le dossier avec attention), et n’a reçu aucune autorisation pour revenir à Madagascar malgré de nombreuses annonces de retour (l’avion transportant son épouse Lalao et sa belle-fille a même fait le trajet le 27 juillet 2012 mais n’a pas eu l’autorisation d’atterrir ; il a dû se poser à Bangkok avant de retourner à Johannesburg). Il risque toujours d’être arrêté dès son arrivée à Madagascar. Cela ne l’a pas empêché d’organiser depuis l’Afrique du Sud plusieurs meetings où ses discours ont été retransmis en direct sur écrans géants. Son fils Maïka a réussi à atterrir à Madagascar le 28 mai 2013.

Les deux frères ennemis, qui furent tous les deux maire de Tananarive (la capitale), se sont cependant rencontrés aux Seychelles 24 juillet 2012 pour fixer le calendrier électoral et admettre implicitement leur non participation mutuelle à l’élection présidentielle.


Un nouveau gouvernement depuis 2011

Après un appel à candidatures (quinze personnalités se sont portées volontaires), Omer Beriziky (62 ans), de la mouvance Zafy, a été choisi pour succéder au général Camille Vital le 29 octobre 2011 comme Premier Ministre, et le nouveau gouvernement a été installé le 21 novembre 2011.

Le calendrier électoral fut enfin proclamé par la Commission électorale nationale indépendante pour la transition (CENIT) le 1er août 2012 (soit un an après la signature de la feuille de route !) et la date du premier tour de l’élection présidentielle fut fixée au 3 mai 2013 et celle du second au 3 juillet 2013 (loi organique n°2012-015 du 1er août 2012).

Mais cette date n’a pas été respectée. Le 5 février 2013, à l’issue d’une réunion de la CENIT, l’élection présidentielle fut repoussée au 24 juillet 2013 (pour le premier tour) et au 25 septembre 2013 (pour le second tour), date également prévue pour les élections législatives (les élections communales sont prévues, quant à elles, au 23 octobre 2013).

Du côté des élections législatives, il y a eu beaucoup de difficulté pour constituer les dossiers de candidature en raison d’une grève des greffiers, car les candidats devaient fournir leur casier judiciaire et dans certaines circonscriptions, aucun candidat n’avait réussi encore à constituer son dossier à la mi-mai 2013.

Mais le plus important est évidemment l’élection présidentielle.


Rajoelina joue à l’Arlésienne

Après avoir fait plané un long suspens de plusieurs mois, Andry Rajoelina a annoncé le 15 janvier 2013 qu’il ne serait pas candidat à l’élection présidentielle et qu’il avait pris sa décision le 12 mai 2010 : « Depuis 2009, j’ai proposé une solution pour ne pas être candidat. ». Marc Ravalomanana avait également renoncé à la candidature dès le 14 décembre 2012.

Mais loin de calmer le jeu, Andry Rajoelina voulait remettre en cause le calendrier électoral en organisant les élections législatives avant la présidentielle (ce qui fut refusé par la plupart des mouvances). Sur RFI le 16 janvier 2013, il a annoncé qu’il ne serait pas non plus candidat aux législatives et qu’il songeait avant tout à l’impact sur la reconnaissance internationale (l’avenir économique de Madagascar dépend essentiellement de l’aide internationale) : « Je redeviendrai simple citoyen dans sept mois (…). Cela ne m’empêchera pas d’être aux côtés du peuple malgache (…). Je reviendrai. ». Il n’a donc pas exclu un retour pour l’élection présidentielle de 2018, comme la diplomatie française lui avait suggéré.

N’hésitant pas à prendre ses rêves pour des réalités, Andry Rajoelina en a profité pour déclarer : « Il y a deux personnes, un homme qui a beaucoup souffert mais qui a gagné son combat, Nelson Mandela, et puis, du côté européen, pourquoi je ne serais pas le De Gaulle malgache ? ».

Concrètement les candidats à l’élection présidentielle devaient déposer leur dossier du 8 au 28 avril 2013. Parmi les conditions, celle d’habiter à Madagascar depuis six mois, et celle de démissionner d’éventuelles responsabilités gouvernementales (l’expression exacte est floue : "mandat public"). Les démissions devaient avoir lieu avant le 24 mai 2013 (soixante jours avant l’élection).

Le résultat de cet appel à candidature est désastreux. En tout, sur quarante-neuf candidatures enregistrées, quarante et une ont été validées par la Cour électorale spéciale (CES) le 3 mai 2013 (la liste complète ici).

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(Illustration de Tananews).


Coup de théâtre : Rajoelina candidat !

Et la surprise de taille, c’est que …Andry Rajoelina est finalement candidat, au mépris de toute solution d’apaisement : « Je me suis dit que c’était une élection libre, donc, pourquoi je ne me présenterais pas ? Maintenant que la Cour électorale spéciale a validé la candidature de tout le monde, il faut laisser au peuple malgache choisir celui ou celle qui dirigera la destinée de Madagascar. ».

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Car la CES a également validé la candidature de Lalao Ravalomanana (Lalao Rakotonirainy), l’épouse de l’ancien Président de la République qui était revenue à Madagascar récemment, et aussi celle de Didier Ratsiraka, l’ancien Président, malgré les conditions de séjour sur le sol national, expliquant que « leur absence sur le territoire malgache résulte de faits et circonstances indépendantes de leur volonté, les empêchant de jouir de leur droit fondamental de rentrer dans leur pays natal, quand bien même ils ont maintes fois manifesté expressément leur désir et volonté de retourner à Madagascar ». Avec une telle considération, Marc Ravalomanana aurait pu également être candidat.

La candidature de l’ancien Premier Ministre Camille Vital (60 ans), actuel ambassadeur à de Madagascar à Genève depuis le 28 juin 2012, a elle aussi été validée malgré son absence du pays car « l’ambassade (…) n’est que le prolongement du territoire malgache ».

Parmi les autres (nombreux) candidats, on peut citer la présence de Roland Ratsiraka (46 ans), actuellement en mission en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, ancien candidat à l’élection présidentielle du 3 décembre 2006, ancien maire de Tamatave et neveu de l’ancien Président, un autre ancien Premier Ministre, Roindefo Monja (48 ans), un ancien Président du Sénat, Guy Rajemison Rakotomaharo (63 ans), qui avait été limogé le 28 juin 2012 de son poste d'ambassadeur à Genève car il avait annoncé son intention de se présenter, le Président du Conseil Supérieur de la Transition, le général Dolin Rasolosoa, et l’actuel maire (par intérim) de Tananarive, Edgard Razafindravahy, qui avait été préféré à Camille Vital par les militants de TGV (le parti d'Andry Rajoelina).

Il y a aussi trois ministres actuels, Pierrot Rajaonarivelo (67 ans), Hajo Andrianainarivelo (46 ans) et Tabera Randriamanantsoa, ainsi que sept anciens ministres, Jean Lahiniriko (60 ans), dont le domicile a été saccagé le 1er juin 2013 par une foule en colère à cause d’un fait divers sordide (Jean Lahiniriko était également candidat à l’élection présidentielle du 3 décembre 2006), Robinson Jean-Louis (61 ans), Julien Razafimanazato, Alain Tehindrazanarivelo (53 ans), Fleury Rabarison Lezava, William Noelson et Benjamin Radavidson Andriamparany.

Parmi les candidatures qui n’ont pas été retenues, on trouve même un directeur de recherches du CNRS de Montpellier (Stephan Narison).


Pléthore de candidatures

Certains ont, depuis la validation de leur candidature, souhaité se désister mais la CES n’a pas encore statué sur leur cas. Il s’agit notamment de Dolin Rasolosoa, Tabera Randriamanantsoa et d’Edgard Razafindravahy (investi le 7 avril 2013 par la mouvance Rajoelina).

Le nombre de candidats promet donc une élection complexe, confuse, sans débat réel, et sans beaucoup de clarification sur les enjeux nationaux, d’autant plus que d’un point de vue purement matériel, des fonds risquent bien de manquer dans l’organisation d’une élection incontestable.

Il est question depuis plusieurs semaines d’un bulletin unique comportant la totalité des candidats selon l’ordre tiré au sort par la CENIT le 8 mai 2013, et les électeurs devront cocher celui de leur choix, mais faire apparaître quarante et un noms n’est pas aisé et les risques d’erreurs peuvent se multiplier au moment du dépouillement (bulletin unique qui serait imprimé à Copenhague aux frais d’une organisation sud-africaine).

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La candidature d’Andry Rajoelina a été contestée par la mouvance Ravalomanana dès qu’elle a été connue. Il est clair que Marc Ravalomanana aurait été candidat s’il avait su que Andry Rajoelina le serait. Mamy Rakotoarivelo, pressenti également pour être le candidat de la mouvance Ravalomanana, n’a pas décoléré le 3 mai 2013 : « Nous ne comprenons pas comment le nom d’Andry Rajoelina a pu apparaître comme par miracle alors qu’il ne figurait pas sur la liste des personnes ayant déposé leur dossier de candidature. (…) Maintenant, nous allons tout faire pour que Marc Ravalomanana rentre le plus vite possible à Madagascar. ».

Le grand nombre de candidatures favorise évidemment Andry Rajoelina et détruit toute possibilité de fédérer les forces d’opposition.


Urgence électorale

Le 31 mai 2013, Béatrice Atallah, la présidente de la CENIT, qui réclame sans cesse un budget pour assurer la sécurisation du processus électoral, a déclaré que la CENIT était prête à 90% dans l’organisation de ces élections.

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Espérons que cela monte rapidement à 100% après les conclusions du "conclave" du 3 juin 2013 : il est plus que temps que Madagascar retrouve un gouvernement démocratique et reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. Selon la Banque mondiale le 3 juin 2013, l’aide extérieure a baissé de 30% depuis 2009 et s’est focalisée sur des programmes humanitaires de court terme.

La classe politique malgache est complètement irresponsable et pense peu à l’intérêt général, ce qui désole bon nombre d’intellectuels malgaches. Le changement climatique a renforcé le nombre de catastrophes naturelles, que ce soient les cyclones ou la sécheresse qui engendre une famine de plus en plus préoccupante.

Soixante-dix mille enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de malnutrition. Les associations humanitaires ne peuvent pas faire face et le gouvernement est quasiment absent. Un programme massif pour l’eau devrait être décidé en urgence pour sauver certaines populations. Quatorze millions de Malgaches (sur vingt et un millions !) sont en dessous du seuil de pauvreté, c’est 10% de plus qu’en 2008.

Et pendant ce temps, quelques insouciants palabrent sans arrêt dans quelques palais nationaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 juin 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La feuille de route adoptée.
Un putsch en bonne et due forme.
Le prix du sang.
Et si cela s’était passé en France ?
La nouvelle Constitution malgache.
L’actuel gouvernement malgache.
Liste des candidats à l’élection présidentielle.


 


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1 réactions à cet article    


  • tektek93 tektek93 5 juin 2013 14:34

    Bonjour

    Ne pensez vous pas que la SADC (en clair : l’Afrique du sud et Marc Ravalomanana ) est pour beaucoup dans les ennuis qui accablent Madagascar et les Malgaches ?

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