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L’État palestinien, le soulèvement arabe et les politiques internationales

Mahmoud Abbas demande officiellement l’adhésion de son pays aux Nations unies. En s’opposant à cette demande, le président américain déclare depuis la tribune de l’Assemblée générale que les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens constituent le seul et unique chemin pour parvenir à la paix au Proche-Orient. Tandis que David Cameron, le premier ministre britannique s’associe à la position américaine, le président français Nicolas Sarkozy propose un statut « d'État observateur »pour les Palestiniens, offrant un calendrier d'un an pour parvenir à « un accord définitif » de paix avec Israël.

Un veto américain au Conseil international de sécurité contre l’adhésion de la Palestine à l’ONU est fort probable. Depuis les années quatre-vingt, les États-Unis l’ont utilisé plus de cinquante fois pour empêcher l’ONU de condamner Israël. Cette politique américaine de Double standards  ne fait qu’éroder davantage la crédibilité de Washington comme médiateur impartial dans le processus de paix au Proche-Orient. Des journaux américains, dont le New York Times, mettent en garde Washington qui commence à perdre sa position en tant que seul parrain des négociations entre les Palestiniens et les Israéliens. Washington a déclaré son soutien aux peuples arabes révoltés pour la liberté. Mais, il semblerait, selon son attitude, que les souffles de cette dernière s’arrêtent aux frontières de la Palestine, puisque les négociations sont le seul moyen qui mène à la paix. Les Palestiniens ont recouru à l’Assemblée générale des Nations unies, car ils ont trouvé que deux décennies de négociations n'ont pas abouti au retrait des troupes israéliennes de la Cisjordanie, ni à stopper la colonisation. Le président dans son discours à l’AG a admis que son administration a échoué à combler l’écart entre les deux parties, a dit  Maen Rashid Areikat, le représentant palestinien à Washington. Il admet que l’administration américaine a fait des efforts, surtout avec la nomination de George J. Mitchell Jr. comme envoyé spécial dans la région et les discours de Mr. Obama lui-même, dont son discours au Caire, mais l’élan de sa présidence, marquée depuis le début, comme étroitement liée aux Israéliens et leurs partisans, surtout au Congrès, a poussé les palestiniens à plaider leur cause devant le plus grand forum international.

Depuis la création de l’État hébreu, les déterminants internes jouent un rôle important sur les décisions américaines concernant le conflit israélo-palestinien. Daniel Levy, un ancien négociateur israélien, considère que les États-Unis ne peuvent pas trouver une issue tant qu’ils restent enchaînés par les calculs de la politique intérieure. Par conséquent, dans une région susceptible d’exploser rapidement, avec une solution qui semble lointaine, tant que les États-Unis sont paralysés, d’autres puissances vont prendre le relai. Une analyse qui trouve son écho dans les propos d’Alain Juppé, le chef de la diplomatie française : les États-Unis ne peuvent plus réagir seuls dans le dossier des négociations pour la paix au Proche-Orient, une approche collective est nécessaire. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies devraient y avoir un rôle direct, ajoute-t-il.

 Une nouvelle donne régionale qui accroît les pressions sur le gouvernement israélien. Autrement dit, la demande palestinienne et les évolutions dans les pays arabes le mettent dans l’obligation de déclarer clairement sa volonté de reprendre les négociations et de montrer qu’Israël veut rendre aux Palestiniens ce qui leur appartient. Cependant, il préconise de ne rien changer sur le terrain, car, pour Israël, la meilleure solution est de ne rien faire ou d’éviter tout compromis avec ses adversaires. Le statu quo dans le dossier israélo-palestinien profite sans doute au parti dominant ; Israël continue son occupation des territoires palestiniens et sa politique de colonisation qui élargit ses frontières, et les États-Unis, en promettant d’utiliser le veto, jouent le garant pour une seule partie et sapent les aspirations légitimes des Palestiniens.

Aux États-Unis, on s’interroge pour savoir à qui va profiter l’attitude de l’administration américaine. Dans un article publié dans the Atlantic, Steve Clemons est favorable à l’idée que le discours d’Obama va assurer la montée en flèche de la popularité du Hamas et la légitimation de la violence comme moyen pour les Palestiniens d’arriver à leur fin, il va montrer encore une fois que les pacifistes et modérés, comme le président Abbas, n’obtiennent rien même s’ils jouent le rôle de « bon Palestinien » qui ne répond pas aux humiliations sur les check points israéliens et dans les réunions du Conseil de sécurité. Certes, on ne sait pas encore si une telle analyse est déjà abordée dans les réunions du Conseil de sécurité nationale d’Obama.

Il y a un manque de volontarisme total dans la déclaration de George J. Mitchell Jr. et Hillary Clinton lorsqu’ils disent que leur pays ne peut pas vouloir la paix plus que les Israéliens et les Palestiniens eux-mêmes. Des propos similaires à ceux de l’ancien secrétaire d’État Colin Powell sur le processus de paix. Ce dernier a déclaré quelques mois après l’arrivée de G. W. Bush à la Maison-Blanche : « Nous, nous ne pouvons pas atteindre la paix, si les parties concernées eux-mêmes n’ont pas la volonté de la faire ». C’est inexact, le rôle de la communauté internationale, et en particulier celui des États-Unis demeure incontournable parce qu’il y a de fortes pressions internes sur les institutions politiques israéliennes et palestiniennes qui les empêchent de parvenir à un deal. Le président Obama n’a pas encore compris qu’une grande partie de la population en Israël est contre le retrait des territoires palestiniens, elle est défavorable à un règlement juste du conflit, ce qui n’est pas acceptable pour les Palestiniens. Pour cela, Les États-Unis et les autres membres permanents du Conseil de sécurité ou le Quartet doivent réagir pour éviter toute dégradation de la situation au Proche-Orient.

Au-delà du facteur des pressions internes, il y a également les lobbies du « business de paix au Moyen-Orient », les Think Tanks et les marchands d’armes aux États-Unis qui ne veulent pas un règlement immédiat ou qui influencent les décisions sur le processus de paix dans cette région compliquée. How Not to Play Peacemaker : Ten Reasons Why Europe Should Reject the Palestinian Statehood Bid at the United Nations, ou dix raisons pour lesquelles l’Europe devrait rejeter la demande palestienne, dans un article publié par Amos Yadlin et Robert Satloff dans Foreign Policy et cité par The Washington Institute for Near East policy (WINEP), un Think Tank américain très influent sur la politique israélienne des Etats-Unis, comme réponse à Martti Ahtisaari et Javier Solana qui ont conseillé l’UE à prendre une position pro-palestinienne (Ten Reasons for a European 'Yes', New York Times, 16. 09.2011). Yadlin et Satloff considèrent que le conseil des ex-dirigeants européens constitue un exemple de deux hommes expérimentés offrant de mauvais arguments et ignorant des réalités déplaisantes :

1. Un « oui » européen ne jouera pas en faveur de la solution de deux États ;

2. La demande palestinienne ne va pas protéger les investissements européens dans le futur État palestinien ;

3. Le recours à l’ONU ne va guère aider le président Abbas dans ses efforts pour développer son État ;

4. Le « oui » européen n’éviterait pas aux pays européens d’être accusés d’hypocrisie ;

5. Le soutien à la demande palestinienne, n’est pas le prix à payer pour maintenir des relations étroites avec l’Arabie Saoudite ;

6. Un vote européen en faveur des Palestiniens ne facilite pas la tâche d’Obama pour faire des pressions sur Israël ;

7. L’initiative palestinienne ne renforcera pas la légitimité d’Israël ;

8. un vote en faveur des Palestiniens ne protégera pas l’État hébreu de la Cour pénale internationale ;

9. La violence palestinienne ne sera pas moins probable ; 

10. Enfin, le « oui » signifie que l’Europe reconnaît bilatéralement l’État palestinien.

L’idée essentielle de leur raisonnement est de montrer l’initiative palestinienne comme une menace aux négociations pour la paix et de défendre les politiques du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en renvoyant la responsabilité de la situation actuelle sur le gouvernement du Kadima alors dirigé par Ehud Olmert. Ahtisaari et Solana accusent à tort Netanyahu d’avoir sapé les négociations à cause de l’expansion constante des colonies. Son gouvernement n’a pas approuvé des nouvelles constructions dans la Cisjordanie. Selon le Bureau central des statistiques, le nombre d’unités construites sous le gouvernement actuel (2830) constitue la moitié de celles qui ont été approuvées sous le gouvernement précédent (5126), disent-ils. Les auteurs négligent deux points très importants :

1- En continuant sa politique de colonisation, l’actuel gouvernement de droite a sapé toute occasion de poursuivre les négociations,

2- Quelques jours après la demande palestinienne, Netanyahu a ordonné de construire des nouvelles unités dans la Cisjordanie, ce qu’il va encore amplifier les frontières d’Israël. 

L’Europe, si elle soutient la demande palestinienne, ce n’est pas par crainte d’être accusée de mener une politique de « deux poids deux mesures », comme le prétendent les deux experts du WINEP, mais parce que c’est une tendance dans la politique étrangère de l’Union européenne de se distinguer relativement de celle des États-Unis en ce qui concerne le conflit au Proche-Orient, car la cause palestinienne demeure centrale dans la plupart de pays arabes. Elle cherche sûrement à consolider ses intérêts nationaux, dont la sécurité des approvisionnements énergétiques, renforcement des relations avec des pays-clés comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, se prémunir du terrorisme djihadiste et favoriser le développement des échanges commerciaux avec ses partenaires. 

Un ‘oui’ européen ou international risque-t-il de raviver le virus des politiques arabes dont les soulèvements populaires voulaient se débarrasser, c’est-à-dire détourner l’attention des peuples arabes vers des problèmes régionaux au lieu de se concentrer sur les crises internes ? Il est difficile dans le contexte actuel de penser que les nouveaux régimes ou même les anciens recourent à l’instrumentalisation des sentiments de colère contre les politiques américaines et israéliennes pour accroître leur popularité. Pendant plusieurs décennies, la cause palestinienne a été manipulée par les leaders arabes pour justifier leur maintien au pouvoir, ils prétextaient que la nation était confrontée à un danger externe, incarné par Israël et l’impérialisme, ce qui a rendu intolérable toute réclamation d’ouverture politique. Nulle voie n’est plus forte que celle de la bataille, les questions du développement politique et économique ont été reportées. D’autres pays ont été épargnés des critiques de la part des Occidentaux, soit en raison du pétrole, soit parce qu’ils ont signé un accord de paix séparé avec l’État hébreu. Le soulèvement arabe change la donne, dorénavant il faut travailler sur tous les fronts, un développement politique et économique simultané avec des positions plus dures à l’encontre d’Israël. Les changements qui viennent de se produire en Tunisie, Égypte, Lybie, Maroc, Yémen, Jordanie et Syrie, ont remodelé les rapports de forces dans la région et déstabilisé les alliances traditionnelles. Bien que « les démocraties » émergentes risquent d’être occupées par des défis internes comme la reconstruction des institutions politiques et la relance économique, il est fort probable qu’elles mènent une politique étrangère plus soucieuse des revendications de leurs peuples. En d’autres termes, réviser les fondements de leurs politiques extérieures pour répondre à l’opinion publique pro-palestinienne, ce qu’il va probablement changer la dynamique politique dans la région.

Israël en se vantant d’être la seule oasis de démocratie au Moyen-Orient, a dévoilé son agenda non démocratique vis-à-vis du soulèvement arabe. Pendant des décennies, il a tiré sa légitimité et le soutien international en prétendant être un pays démocratique entouré par des voisins antagonistes et autoritaires, mais en voyant le régime de Moubarak secoué par des millions d’Égyptiens sur la place Tahrir (la place de la libération), il a exhorté Mr. Obama de protéger son allié égyptien. Benjamin Netanyahu a prouvé qu’il était favorable à conserver le statut quo quel qu’en soit le prix, et qu’il était profondément opposé au renversement d’un chef d’État autoritaire avec lequel il a entretenu une bonne relation. Bref, il est possible de dire que traiter avec un régime démocratique pose beaucoup plus de difficultés qu’avec un régime autoritaire qui ne donne aucune importance à l’opinion publique dans son pays. 

 Il s’avère qu’Israël est de plus en plus isolé dans le nouvel contexte régional, et les dirigeants israéliens doivent reprendre les négociations avec les Palestiniens et travailler pour réinstaurer les relations avec l’Egypte et la Turquie, d’après Leon E. Panetta, le secrétaire américain à la Défense. Il semblerait que Washington et Tel-Aviv ne soient plus les seuls à écrire l’histoire du Moyen-Orient, les Palestiniens prennent leur destin en main, ainsi que d’autres peuples arabes, la Turquie s’impose comme un acteur régional incontournable à côté de l’Iran. Ce sont les caractéristiques d’un système régional qui se cristallisent en attendant la fin des crises en Syrie et au Yémen.


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2 réactions à cet article    


  • TyRex TyRex 27 octobre 2011 10:59

    Les USA ont utilisé 40 fois leurs droits de véto en faveur d’Israël depuis 1949... et sans oublier qu’Israël est la cinquième puissance nucléaire. Tant que les USA seront les alliés d’Israël ils n’auront rien à craindre.


    • Dohia 27 octobre 2011 11:39

      Il n’y aura pas de paix tant les sionistes (qui se disent haut et fort, mais à tort, juifs) ne rendront pas la Palestine aux Palestiniens, et retourneront d’où ils viennent , c’est-à-dire en particulier l’Europe et les pays d’Afrique du Nord.

      Avant 1945 et que les sionistes n’envahissent la Palestine et créent illégalement ce qu’ils considèrent un Etat mais qui n’est en fait qu’une colonie basé sur le génocide d’un peuple tout entier, les Palestiniens, de différentes confessions, vivaient en parfaite harmonie. Alors je ne vois pas pourquoi et comment, les Palestiniens pourraient négocier avec ces enfants du Diable qui n’ont aucune notion des mots paix, respect, justice (et j’en passe).

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