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L’ethnicisation du pouvoir, gage de garantie de sécurité en RD Congo

Si le fait de s’entourer de ses proches et des amis de la famille, quelle que soit leur compétence, constitue une certaine garantie de sécurité pour les tenants du pouvoir, il peut aussi opposer un frein à la construction totale de la paix dans le pays, quelle que soit la bonne volonté des dirigeants.

En RD Congo , comme dans bon nombre de pays africains, les noms de famille constituent un indicateur important pour situer la provenance et l’origine d’une personne. A la simple mention de votre nom, les gens parviennent à déterminer vos origines : Sud-Kivu, Province Orientale, Shaba, Bas-Congo, etc. Comme les différentes nominations aux postes politiques se passent dans les médias publics et privés, les personnes ne sont pas souvent surprises d’entendre que tel conseiller du président en matière de sécurité ou que le chef d’état-major de l’armée sont originaires de la même province ou du même village que le président ou que n’importe quel responsable politique.

C’est devenu coutumier : les gens comprennent que tel ou tel dirigeant politique ou responsable gouvernemental s’entoure de ses proches pour conduire les programmes politiques du pays. Il en va de sa sécurité, disent-ils.

Depuis l’indépendance de la RD Congo, ex Zaïre, s’entourer de ses proches pour exercer le pouvoir, c’était comme une chose ordinaire et compréhensible, afin de garantir sa sécurité et d’exercer son pouvoir sans peur.

Cette situation s’est amplifiée pendant le règne de Mobutu : la majorité de personnes qui gravitaient autour de lui provenaient de l’Equateur, sa province natale. Il en va de même de la plupart des officiers de l’armée qui sont originaires de sa province.

D’ailleurs, compte tenu de la longévité de son pouvoir, même la langue parlée dans sa province, le lingala, l’une des quatre langues nationales de la RD Congo, a été valorisée plus que les autres langues nationales, et les étrangers qui débarquaient à cette époque au Zaïre savaient que c’était le lingala la seule et unique langue pour tous les Congolais.

Même les personnes vivant à l’étranger, comme elles le disent, pensent toujours que tous les Congolais parlent le lingala, et pourtant la plus grande partie de la population parle le swahili. Tout ceci parce que le pouvoir de Mobutu, entouré par ses proches et membres de sa famille, qui parlaient en plus le lingala, avait imposé cette langue au sein de tous les corps militaires et toutes les administrations du pays.

A l’époque de Kabila le père, originaire du Katanga, province parlant swahili, c’était la même chose : la langue swahili avait tendance à s’imposer dans le pays, au sein de l’administration publique. Tout ceci montre à quel point les différents pouvoirs en RD Congo furent caractérisés par une ethninicisation des relations humaines.

Les différentes rébellions qui ont combattu le pouvoir en place à Kinshasa ne sont pas restées neutres dans ce phénomène : les différentes composantes des groupes armés étaient fonction de l’origine et de la provenance des hommes, notamment le RCD Goma qui était composé essentiellement par le noyau des Congolais d’origine tutsi , le MLC de Jean-Pierre Bemba, actuel vice-président, essentiellement composé des personnes originaires de l’Equateur ; le PPRD, le parti de Joseph Kabila, l’actuel président de la République, composé essentiellement des personnes originaires du Katanga, sa province natale.

Au moment du partage du pouvoir politique, les mêmes tendances ont subsisté, surtout que ce sont les anciens rebelles qui sont actuellement au pouvoir. La présidence et les différentes vice-présidences sont composées essentiellement des personnes issues de mêmes provinces que leurs chefs.

Le problème est que cette situation est vraiment bien admise par la majorité des Congolais, qui prétendent que le pouvoir n’est durable que s’il est noyauté par les hommes de confiance, c’est-à-dire les proches de la famille du dirigeant.

Cependant, même si les compétences de ces personnes ne sont pas à remettre en cause, et malgré la bonne volonté des dirigeants, et malgré le soutien sans faille que la communauté internationale apporte à ces différentes composantes politiques au sein du gouvernement, la méfiance est souvent de mise parmi les tenants du pouvoir.

Certaines personnes ont souvent tendance à croire qu’elles sont marginalisées parce qu’elles ne se retrouvent pas dans ce pouvoir. Et même si elles peuvent bénéficier de quelque poste de responsabilité, elles estiment toujours qu’en RD Congo, il existe deux pouvoirs : l’un est officiel, connu de tous les peuples et de la communauté internationale, et l’autre est occulte, et réel, et ce pouvoir est souvent aux mains des plus proches et des membres de la famille du dirigeant.

D’ailleurs, ne dit-on pas que le vrai pouvoir est réel quand l’on détient la sécurité, l’armée et les finances ?

Parfois, certains chauffeurs des dirigeants, ou leurs domestiques, sont mieux considérés que certains conseillers, parce qu’ils fournissent des informations précieuses à leurs chefs et sont souvent cousins ou beaux-frères du dirigeant.

Cette pratique, s’entourer des plus proches membres de sa famille, est perçue comme normale, du plus grand au plus petit ; même dans les différentes provinces, les gouverneurs, les responsables urbains ou les chefs des quartiers ont acquis les mêmes habitudes de se faire entourer de leurs proches pour garantir leur pouvoir.

La population congolaise se demande d’ailleurs souvent, malgré les moyens considérables que la communauté internationale met à la disposition de la RD Congo pour sa stabilité, si la consolidation de la paix est possible dans ce pays où l’exercice du pouvoir est fondé sur les affinités ethniques. Les élections tant attendues par la population pourront-elles jeter de nouvelles bases pour une nouvelle RD Congo aussi longtemps que cette réalité n’aura pas disparu dans ce pays ?

Les perdants aux élections pourront-ils comprendre qu’ils ont perdu et abandonné le pouvoir aux gagnants en estimant qu’ils ne sont pas exclus du système dominé par une certaine ethnie, un clan ou une province ?

Si les élections constituent pour la majorité des Congolais une voie de sortie de crise et de consolidation de la paix, la plupart des dirigeants politiques estiment que les élections constituent le moyen le plus facile et le plus simple de les écarter du pouvoir.

C’est pourquoi les violences ne cessent de se répéter, et deviennent cycliques dans le pays, malgré la présence importante de la communauté internationale.

Source : Kilosho Barthélemy Covalence Genève


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8 réactions à cet article    


  • Antoine Diederick (---.---.211.198) 17 octobre 2006 11:01

    Bonjour,

    Ne pensez-vous pas (comme moi) qu’il aurait fallu installer la nouvelle capitale a Kisangani pour des raisons historiques, géographique et y placer l’adeministration et le pouvoir.

    Ensuite créer un Conseil Consultatif des Ethnies et enfin avoir un parlement opératif ?

    Tout n’est pas joué en RDC ....pas encore regretterons les plus douleureusement meurtris pas cette terrible guerre civile.


    • Antoine Diederick (---.---.211.198) 17 octobre 2006 11:03

      décidement mes doigts « ripent » sur le clavier....

      Vous aurez rectifié mes erreurs orto....merci !!


    • Godefroid (---.---.209.23) 17 octobre 2006 12:03

      Félicitations cher Kilosho. Tu as une vision claire de la question congolaise. C’est dépuis un certain temps que je cogite sur la réfondation de l’Etat congolais. J’aurai besoin d’échanger avec toi en peu plus ; Godefroid


      • (---.---.31.168) 17 octobre 2006 18:56

        Monsieur l’auteur,

        Je n’ai pas l’impression que vous voyez bien le problème.

        Quand vous dites : « les compétences de ces personnes ne sont pas à remettre en cause, »

        Le problème est justement là : Les personnes au pouvoir par leur simple nom de famille ne le sont pas par leur compétence. Elles sont donc nulles à leur poste et le pays ne fonctionne pas. LEUR COMPÉTENCE EST À REMETTRE EN CAUSE.

        Deuxième point qui vous échappe visiblement et qui est fondamental : Quand vous mettez un « petit frère » à un poste, vous ne pouvez ensuite rien lui demander. Car il vous désobéit en se disant : Je suis son frère, s’il n’est pas content, qu’est-ce qu’il peut me faire ?

        Ce que je vous dis est du vécu : J’ai passé ma coopération française au Congo-Brazza. smiley

        On a l’impression que vous ne chercher pas à nous dire la vérité : Et pourtant il le faut.


        • (---.---.31.168) 17 octobre 2006 18:58

          pardon « chercheZ »


        • tal (---.---.20.233) 19 octobre 2006 14:19

          Ethnicisation, ethnicisation !

          En France, (chez nous) ce vieux pays patrie des Droits de l’Homme, est-ce vraiment différent, bien que moins visible ? Le pouvoir n’est-il pas quasi-exclusivement aux mains d’une caste ? Le milieu social ne constitue-t-il pas « de facto » une race ?

          Les énarques ne peuvent-ils pas être vus comme une race ?

          Bien sûr on objectera que c’est différent, que l’enseignement est ouvert à tous, et que dans son principe, la laïcité garanti l’égalité des chances, que l’ont soit issu de la bourgeoisie, ou de la populace, et bla-bla-bla...

          Ces questions, peuvent constituer aussi un sujet de réflexion

          Sinon il faut bien évidemment lutter contre cette ethnicisation du pouvoir, en Afrique comme ailleurs, car ce continent n’est pas le seul a posséder des « ethnies » tant au sens génétique du tèrme, que social.


        • Godefroid NSEBA (---.---.82.166) 19 octobre 2006 16:31

          Bien cher Barthélemy,

          Félicitations pour cette analyse fort intéressante. Licencié en sciences politiques et administratives, il a toujours été de ma conviction que tant qu’il n’y aura pas d’Etat-Nation dans notre pays, il sera difficile d’aller de l’avant, de nous développer. Car non seulement cet état d’esprit prend pied au niveau national ; il est malheureusement répandu même au niveau provincial(phénomène nord/sud au Katanga par exemple)voire local. Nos entreprises au Katanga sont tombées, en partie, à cause de cette pratique honteuse de gestion. Voilà pourquoi j’ai toujours été contre ce que l’on appelle abusivement « Associations culturelles » ; puisqu’il s’agit en réalité des associations tribales. Celles-ci ont dévié de leur vraie mission,pour se transformer en véritables creusets du TRIBALISME dans notre pays...Nos futurs Dirigeants ont donc du pain sur la planche pour permettre à notre pays de sortir de ce bourbier.


          • Irdan Bogdonovic (---.---.65.218) 5 novembre 2006 11:56

            Merci pour ce site si intéressant.

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