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L’Europe vue par le Monde

En toute franchise et sans langue de bois

Le ministère des Affaires Etrangères, le secrétariat d’état chargé des Affaires Européennes et la Fondation Schuman ont organisé au quai d’Orsay un colloque "l’Europe vue par le monde".

Le colloque ouvert par les ministres Kouchner et Lellouche s’est articulé autour de 2 tables rondes. "L’Europe en 2010 : quelle place dans la gouvernance mondiale ?" et "le monde a-t-il besoin de l’Europe d’aujourd’hui ; le point de vue des puissances émergentes".
 
Les acteurs.

Jean-Dominique Giuliani président de la Fondation Schuman, Dominique Moîsi conseiller de l’Ifri, Stefano Silvestri directeur de l’Institut des Affaires Internationales de Rome, organisaient les échanges entre Simon Sarfaty du Centre d’Etudes Internationales et Stratégiques de Washington, Elie Barnavi ancien ambassadeur d’Israel à Paris, Antoine Sfeir directeur des Cahiers de l’Orient, Mikhail Zygar chef du service politique de la revue "Russian Newsweek", Brave Ndisale ambassadeur du Malawi auprès de l’U. E. , Sergio Amaral ancien ministre du développement du Brésil, Cui Hongjian directeur à l’Institut Chinois des Etudes Internationales, Siddharth Varadarajan rédacteur en chef de "the Hindu", et Mehmet Ali Birand rédacteur en chef de C.N.N. Türk.
 
L’analyse gouvernementale

Le ministre B. Kouchner en ouverture du colloque a réagi à l’actualité européenne pressante :"l’Europe existe, elle a des atouts". "Tout accomplissement (ce qui a été fait en Europe) exige un accomplissement plus grand, selon les paroles d’Albert Camus " ("le gouvernement économique tant attendu qui se dessinera à Bruxelles", espèrance du ministre).

Reprenant les paroles de Robert Schuman "la paix en Europe n’est pas une fin en soi mais un moyen pour une fin plus grande", le ministre a reconnu : "nous avons les institutions mais il faut inventer les politiques". "Les barrières des certitudes nationales doivent sauter. Il faut affirmer la nécessité de l’Europe".

Le secrétaire d’état P. Lellouche après avoir rappelé les propos visionnaires de Robert Schuman le 9 mai 1950 a souhaité que "le sentiment d’autosatisfaction s’arrête". Certes la paix est là et c’est essentiel. Certes l’Europe représente 1/3 du P. I. B. mondial. L’Union ne connait plus les" dévaluations à répétition". Mais le "projet initial doit être repensé", pour "assurer la survie d’un modèle social original", pour les 500millions d’européens. "La rente de situation s’achève". De "nouveaux pôles existent". "La crise a agi comme un formidable accélérateur". Face à "un grave danger de déclassement. . . ("une croissance molle"), un sursaut est à entreprendre d’urgence". La présidence française du 2ème semestre 2008 a montré la voie, mais "la dynamique s’est essoufflée".

3 faux débats sont à éviter:le fédéralisme(l’Europe ne sera pas fédérale avec "l’affirmation du rôle d’un Conseil Européen et de la présidence stable") ;les institutions("ni solution magique ni obstacle", elles sont" un moyen de prendre des décisions". "Le sommet de l’Eurogroupe" en cours montre qu’une" convergence des politiques économiques, la surveillance mutuelle des engagements budgétaires et des déficits publics", sont possibles) ;la suradministration ("par exemple la mise en place de notre service européen pour l’action extérieure. Qui nomme qui ?Qui contrôle qui ?Qui représente qui ?. . . Pendant ce temps la définition d’une politique de l’Europe à l’égard de la Russie, de la Chine, ou des sanctions contre l’Iran se font attendre".

Alors que l’Union Européenne est attendue, Le monde juge l’Europe

Les Etats-Unis ne s’intéressent pas à l’Union Européenne en tant que projet mais pour l’action car il y a des urgences. Persuadés que le monde unipolaire est fini, les U. S. A. ont besoin d’alliés disponibles, capables et pertinents avec une imbrication politique, économique , militaire des problèmes. La présidence française de l’U. E. en 2008 a permis de prendre le relais des U. S. A. en fin de mandat de Georges Bush et en pleine élection américaine(crise de Géorgie, mise en place historique du G20 par le président Sarkozy). La crise actuelle est totale. Le président Obama invite l’Europe à un partenariat stratégique. Simon Sarfaty insiste bien :"proposez, le président Obama vous suivra".

La Russie ne veut pas être oubliée par l’Europe. Dans l’"approche Poutine" initiale il n’y a pas d’Union Européenne. La Russie tisse des liens avec les grandes puissances européennes(la vieille Europe Rome, Paris, Berlin). Les élites russes sont eurosceptiques. Les ex pays de l’est communiste ont un parti pris contre l’ex U. R. S. S. Avec la crise économique on se fait d’abord des amis ailleurs, en Chine, en Amérique Latine. Mais très vite on se rend compte qu’il n’y a pas de substitut à l’Europe. Les russes sont pragmatiques. Avec la crise, les valeurs reviennent et" les valeurs de la Chine et de l’Amérique Latine ne sont pas identiques aux valeurs de l’U. E". La Russie a besoin de l’U. E. pour sa modernisation" affirme Mikhail Zygar. Il considère que l’U. E. est maintenant perçue comme une entité par le ministre des Affaires Etrangères, qui a aussi poussé à la réconciliation avec la Pologne.

Israël qui est une création de l’Europe (le sionisme étant une invention européenne), considère que les U. S. A. sont une vraie puissance alors que l’Union européenne est incapable de peser sur les affaires du Proche-Orient. La France, l’Allemagne, la Grande Bretagne méritent considération mais pas l’U. E. Et pourtant l’Europe est le principal partenaire commercial d’Israel, et 75% des israéliens veulent entrer dans l’U. E. Ce qui fait dire aux palestiniens qu’Israel est vraiment un corps étranger au Proche-Orient.

Pour le Monde Arabe, l’U. E. est un agrégat. L’Union pour la Méditerranée n’est plus un projet crédible :"l’Italie a boudé, l’Espagne a pleuré, l’Allemagne a tapé sur la table". Cependant l’U. E. travaille avec l’Union Africaine

Au Brésil, les investissements européens sont essentiels. Le Brésil est proche de l’Europe par le welfare state et le Mercosur s’est inspiré de l’U. E. Mais la nouvelle puissance c’est la Chine dans de nombreuses activités (fer, infrastructures, automobile). L’U. E. est le grand partenaire du passé, la Chine le grand partenaire du futur.

Pour la Chine, la déclaration Schuman crée une union de valeurs , de culture. Les valeurs de l’U. E. sont des valeurs universelles, chrétiennes et démocratiques. Dans les médias chinois le mot défi est le premier mot. Et il y a un défi pour les valeurs européennes. L’Union Européenne n’est pas une victime de la mondialisation. C’est une entité économique de poids. Les mécanismes économiques sont complexes et les prises de décision, difficiles à expliquer aux populations. Les valeurs existent mais il faut chercher une voie pragmatique, de multilatéralisme, de bon sens. Par exemple à la suite du sommet de Copenhague il a fallu tenir compte des pressions intérieures(emploi, stabilité sociale etc).

Les Pays Africains voient en l’ Europe un modèle. L’Europe a besoin d’alliés. Le fossé économique est grand. Le mariage U. E. - U. A. est nécessaire, pour dépasser les liens de frère ainé à frère cadet. L’U. E. est le partenaire numéro 1. L’U. A. pour une intégration régionale s’inspire de l’U. E. L’Union Européenne a su gérer des crises en Afrique. Il lui faut gérer les mouvements de population inéluctables. La Chine, le Brésil, l’Inde implantés en Afrique sont complémentaires de l’Europe.
 
L’Inde reconnait que l’U. E. est synonyme de fair play, justice, morale, équité, lumières. Mais l’Europe ne réalise pas son plein potentiel. Elle connait une perte d’attractivité. Elle ne joue pas dans la cour des grands. L’U. E. ne voit pas que la Banque Mondiale doit être démocratisée. Au Conseil de Sécurité il serait bon qu’il y ait un seul siège européen.

La Turquie est une candidate au mariage qui a été trompée. L’Europe est "une grosse bourgeoise" qui ne doit pas avoir qu’un seul but : devenir plus riche. Le monde change et la Turquie peut finir par dire :" non merci " alors que la Turquie a besoin de l’Europe.

Ainsi l’Europe est regardée par le monde entier. Jean-Dominique Giuliani qui préside la Fondation Schuman a pointé certaines contradictions issues des contributions de ce colloque:le Brésil qui connait de forts investissements européens mais qui considère l’Europe comme faisant bientôt partie du passé, la Turquie qui traite l’Europe de bourgeoise mais veut l’épouser. Il a insisté sur les manques d’une Europe que l’on aime pourtant, s’est étonné de la reconnaissance par la Chine des valeurs chrétiennes et démocratiques de l’Europe. Il a réaffirmé les exigences que doit avoir l’Europe en matière de droits individuels et collectifs.
Avant d’inaugurer l’exposition photographique commémorant le 60° anniversaire de la déclaration Schuman, le secrétaire d’état aux Affaires Européennes a ironisé sur cette Europe riche décrite par l’intervenant turc "pas si vieille et pas si moche que cela". L’Amérique est forte, l’U. E. est forte, mais d’autres montent. Le défi démographique est là. Dans les instances internationales, il y a trop d’européens, l’Europe ne parlant pas toujours d’une même voix. L’Union pour la Méditerranée est un grand et beau projet, pas facile à mettre en oeuvre avec 43 états. Mais c’est un toit commun entre les 2 rives de la Méditerranée. A Barcelone la charte sur l’eau n’a pas été adoptée, mais de très nombreux projets fonctionnent. L’O.N.U. , l’O.C.D.E. , l’U.E. sont irréversibles et c’est cela l’essentiel.

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2 réactions à cet article    


  • Harfang Harfang 28 juillet 2010 12:42

    Mais de quelle Europe parle-t-on ?

    • L’Europe politique ? Elle est inexistante. Personne ne sait qui décide quoi (Barrosso ? Van Rampuy ? La présidence tournante ? Le conseil ? Le parlement ?). Quant à parler d’une seule voix... je me bidonne.
    • L’Europe géographique ? Sur la base de quelles frontières ? Europe des 6 ? 12 ? 20 ? 25 ? 27 ?
    • L’Europe économique ? Laquelle : uniquement zone Euro ? Espace Schengen ? Zone Maastrich ? Et si zone Euro, doit-on compter les économies en déshérence comme la Grèce ?
    • L’Europe des peuples ? Lesquels ? Ceux qui ont acceptés la constitution par référendum (à l’exclusion donc de ceux qui l’ont refusé ou n’ont pas fait de référendum) ? Ceux qui ont ratifié le traité de Lisbonne avec ou sans l’avis des citoyens ?
    Et si avant de parler de l’Europe vue dans le monde, on parlait de celle vue par ses propres citoyens ? Et si on commençait par leur demander vraiment leur avis d’ailleurs ?

    • Jiache 29 juillet 2010 10:44

      Le problème est que l’on veut toujours aller trop vite. Il faut savoir donner du temps au temps. L’exemple du traité (je me refuse de parler de constitution pour un torchon pareil) est éloquent. Pourquoi vouloir toujours forcer et faire passer les choses à l’arraché ?
      L’europe se construit peu à peu, laissons lui le temps.

      Ce qui me déçoit le plus c’est que l’europe économique s’est construite mais le politique, le social et la culture sont restés dans le fossé.

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