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L’impasse afghano-pakistanaise

Usefull thinkig : ainsi pourrait se résumer la rencontre entre Obama et les présidents Karzaï et Zardari. Comme d’habitude, Washington a souligné « la dégradation de la situation » en Afghanistan et au Pakistan, et l’appui américain à ces deux « présidents démocratiquement élus », dans leur lutte « contre Al Quaida et ses alliés ». Comme d’habitude, le département d’Etat, par la voix de Hillary Clinton, a « regretté profondément » la énième bavure du bombardement et de la mort de dizaines de civils,  comme l’habitude, elle s’est « inquiétée du sort des femmes au sein des territoires conquis par les talibans (ailleurs dans la région leur situation est manifestement impeccable), comme d’habitude, le président américain n’a pas pu obtenir qu’une partie des troupes pakistanaises massées à la frontière indienne soient redéployée dans la guerre que le gouvernement pakistanais est censé mener à son propre territoire, aux territoires dits autonomes et qui ont tendance à s’élargir et à devenir de plus en plus autonomes. 

 Derrière ces platitudes diplomatiques, il y a un constat d’impuissance, qui n’est pas le fait de l’ennemi terroriste : comme dit Zardari, « la démocratie ne va pas tomber parce que les insurgés ont pris une montagne ». Il est plutôt le fait de la nature même de ces deux démocraties, et de leurs présidents, qui ont quitté la maison blanche main dans la main. Le président Zardari n’a pas oublié, dans la liste interminable des victimes démocrates de citer la plus importante d’entre elles, son ex femme Benazir Bhutto. Mais il a « oublié » de dire que cette dernière avait quitté le pouvoir pour cause de corruption de son propre mari, l’actuel président. Zardari a gagné les élections haut la main : le peuple pakistanais espérait en lui, sans illusions sur son intégrité, qu’il mettrait fin au jeu équivoque de l’armée et de Musharaf « le dictateur légaliste », avec les « extrémistes fondamentalistes » et du sort qu’il réservait à la société civile et l’Etat de droit. Les représentants de cet Etat, juges, procureurs, avocats, las de perdre leurs fonctions et d’aller en prison dès lors que Musharaf n’appréciait pas leur point de vue, ont choisi l’ex de madame. Corrompu pour corrompu, mieux vaut choisir un homme d’affaires plutôt qu’un général. Du coup, l’armée n’était pas du tout, mais pas du tout contente, et les services secrets, qui en font partie, ont recommencé leur jeux favori : hors nous point de salut. Sous entendu : Nous avons créé les talibans une fois, nous pouvons le refaire…
 
Zardari aimerait bien envoyer la troupe aux zones tribales de Swat et Malakand mais il n’est pas sûr qu’elle reviendrait, ou plutôt, il craint qu’elle sera de retour avec les talibans, et sous la bannière du mouvement Tehreek-e-Nafaz-e Shariat-e-Mohammadi, dont le nom est tout un programme. Ce mouvement, qui n‘était qu’un groupuscule au début des années 1990 et son alter ego du Waziristan dirigé par le pro-taliban Baitullah Messud, ont profité de la politique de la carotte et du bâton qui dure depuis quinze ans et qui consiste à céder aux exigences de la mise en place de la sharia après avoir embastillé leurs dirigeants leur donnant le statut de héros (puis les libérer bien entendu). Cette politique suicidaire, commune aux deux présidents, Zadari et Karzaï, fait dire à Ahmed Rashid que désormais les Talibans et leurs alliés peuvent renverser les deux régimes. Fin connaisseur de la région et de ses enjeux géopolitiques, conseiller d’Obama, Ahmed Rashid propose une politique généreuse d’achat pur et simple de tous ces gens. Il proposait déjà, lorsque les enjeux concernaient l’opium et pas encore « l’explosion » du salafisme, l’achat de la production annuelle (comme l’avait fait Nixon avec la Turquie). Il indiquait que tout ce jeu, n’était pas du fait religieux, mais sous tendait le contrôle des voies d’acheminement du pétrole de l’Asie centrale. Bref, il s’agissait de l’éternel « grand jeu » cher à Kipling.

Cependant, depuis la fin de la guerre avec les soviétiques, les guéguerres désastreuses des clans qui suivirent, puis l’arrivée des talibans et des troupes occidentales qui les remplacèrent, les enjeux économiques et les coûts guerriers ont flambé. La crise financière et le manque de moyens du corps expéditionnaire multi national, les divergences quant à la politique à suivre entre les alliés, ramènent à l’ordre du jour l’alternative d’une politique de compromis à mi chemin entre un financement massif impossible et une présence militaire massive tout aussi impossible. Bref, ce qui était possible et nécessaire il y a quatre ans, devient aujourd’hui impossible. Ainsi, au lieu d’obliger Karzaï à une plus grade fermeté vis -à-vis de ses alliés seigneurs de la guerre et chefs de clans, on accepte ses dérives pro charia et sa volonté de négociation avec les chefs claniques les plus rétrogrades et les plus impliqués aux cultures d’opium (donc les plus riches). Une fois encore, cela n’est pas le produit d’une radicalisation religieuse. Karzaï, qui s’exhibe toujours avec son uniforme traditionnel de chef de clan, n’a pas changé. Il est toujours un cacique pachtoun occidentalisé, « spécialiste » des médias qu’il a étudié en France, et que Massoud, qui le considérait comme un agent des services pakistanais, avait embastillé. C’est un « pragmatique » qui, à l’instar des talibans, essaie de « rallier » plutôt que de « vaincre ».

Cette position devient peu à peu la politique de Washington. Le président Obama, dont les services sont obsédés par le fait que le Pakistan est « avant tout un arsenal nucléaire », lui aussi devient un adepte de la politique de la carotte et du bâton, au risque de voir bientôt les exigences des caciques de tout bord monter encore d’un cran et auxquelles il faudra répondre positivement, faute de mieux.

Quitte à oublier pourquoi les troufions sont partis là bas. 


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4 réactions à cet article    


  • miwari miwari 7 mai 2009 18:24

    L’Amérique par son jeu de faux cul « instauration de la démocratie » a réveillé la bête, maintenant cette région est en ébullition et bien malin celui qui peut prévoir de ce qu’il adviendra.

    Il y avait deux façons pour l’Amérique de se garantir un approvisionnement en énergie (pétrole et gaz), l’une était de faire la guerre (entreprises d’armement) et l’autre d’aider au développement (le reste des entreprises) elle a fait le mauvais choix comme d’habitude et/ou a suivi les mauvais conseils.

    Les pays qui sont là-bas pour « la démocratie » feraient mieux de plier bagages et de se retirer vite fait avant que cela ne leurs pètent sur la gueule, personne n’est dupe sur le pourquoi de leur présence.

    Les peuples de cette région sont fiers et ce n’est pas en les bombardant qu’on les mettra à genoux.


    • frédéric lyon 8 mai 2009 09:53

      Miwari, ce sont tes copains qui ont tué Massoud !

      Tu n’as décidemment aucune pudeur.


    • XF Xavier Faureste 8 mai 2009 10:40

      Aucune armée au monde n’a jamais soumis les afghans. Même l’Armée Britannique qui n’a rien à voir avec l’Armée Française, s’y est cassé les dents. Les afghans sont chez eux et quelle que soit la barbarie de leurs traditions, c’est à eux de se débrouiller, ce n’est certainement pas à nous de leur dire comment il faut vivre chez eux.
      Moi, personnellement, je n’aimerais pas qu’une bande de barbus enturbannés, tout droit sortis du moyen-âge, débarquent dans notre pays et imposent aux françaises de porter la Burqa. Pourquoi ? parce que nous sommes chez nous tout simplement... et qu’ici, c’est nous les tauliers. 


      • Iren-Nao 10 mai 2009 05:50

        @ Xavier faureste.

        Vous ecrivez : Même l’Armée Britannique qui n’a rien à voir avec l’Armée Française, s’y est cassé les dents.

        (Elle ne s’y est pas juste casse les dents, elle a ete detruite)

        Qu’ entendez vous par la ? que l’armee british serait bien superieure ?

        L’ armee british est de fort bonne qualite, bien meilleure que les US par exemple, mais l’Armee Francaise la vaut sans probleme.

        A ce jour c’est l’Armee Francaise qui demontre le plus de savoir faire dans les operations exterieures.

        Ce denigrement systematique de tout ce qui est francais par eux meme est fort banal et tres gonflant.

        Par ailleurs j’approuve votre propos.

        Cordialement

        Iren-Nao

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