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Accueil du site > Actualités > International > L’Iran au passé mouvementé est aujourd’hui encore un pays (...)

L’Iran au passé mouvementé est aujourd’hui encore un pays convoité (I)

Près de 2000 ans avant Jésus-Christ, des tribus venues d’Europe et d’Asie s’installent sur les terres fertiles de la Perse antique (l’Iran actuel).
Achéménides, séleucides et Sassanides sont les premiers grands empires que la Perse a connus dans l’Antiquité, une période pleine de remous et de renversements de situations, marquée notamment par les invasions de quelques grands conquérants tels Crésus, roi de Lydie (Asie mineure), Cyrus, fondateur de l’empire perse et Alexandre le Grand, roi de la Macédoine.
Au cours des siècles passés, l’empire perse s’est étendu à l’Asie mineure, la Mésopotamie, la Syrie, la Phénicie, l’Egypte et jusqu’à la Grèce à l’Ouest, et à la vallée de l’Indus à l’Est.
 

L’ARRIVEE DES ARABES ET DE L’ISLAM

Avec l’arrivée des Omeyyades en l’an 637 de notre ère, les Arabes conquièrent la Perse, emmenant avec eux une nouvelle religion, l’islam. A noter cependant que, si la conquête de l’Iran s’est faite relativement sans grande difficulté, la conversion à l’islam s’est effectuée progressivement et a duré presque deux siècles. Mais là, il y a une particularité importante dans l’histoire de ce pays que nous ne pouvons pas ne pas relever, à savoir que l’Iran a été islamisé, mais jamais arabisé, comme cela fut le cas en Syrie, au Liban, en Irak, en Egypte, en Afrique du Nord et ailleurs. Les différentes tribus qui composaient les anciens empires perses ont gardé leurs dialectes et leurs folklores.
La période omeyyade a été également marquée par une certaine ségrégation raciale. Tous les avantages étaient, en effet, confiés aux seuls aristocrates arabes dont les dirigeants concentraient, entre leurs mains, l’ensemble des pouvoirs. Cette situation a favorisé la division et contribué à l’expansion du chiisme naissant. Au XIIIe siècle, le Khorasan, actuelle province frontière de l’Afghanistan, a embrassé la nouvelle doctrine chiite pour se dégager de la domination arabe à majorité sunnite.
L’empire omeyyade qui s’étendait de l’Atlantique aux confins de la Chine a connu une belle période d’épanouissement des sciences, de la culture et des arts, un épanouissement inspiré d’ailleurs en partie des acquis que la Perse ancienne a, elle-même, hérité des civilisations grecque et romaine, notamment dans les domaines de l’urbanisation et de l’organisation administrative. Mais, comme tout grand empire, le califat Omeyyade, après l’apogée, connut à son tour le déclin et s’est, peu à peu, divisé en petits royaumes, indépendants les uns des autres.
Après l’avènement de la dynastie abbasside en 748, et l’installation de la capitale de l’empire à Bagdad en Irak, plusieurs petites dynasties se sont constituées en Iran dont, entre autres, les Samanides, les Ghaznévides les Seldjoukides. Cette période qui a duré de 820 à 1005, a vu l’explosion d’une grande culture persane, de multiples créations artistiques et l’invention du calendrier persan.
En 1219, l’Iran est envahi par les Mongols venus de l’Asie centrale, lesquels ont causé d’énormes dégâts dans les installations des villes, détruit les canaux d’irrigation, avant de s’emparer du pouvoir et de faire fuir une grande partie des populations. Ces conquérants qui ont occupé le pays jusqu’en 1335, ont cédé le pouvoir à d’autres envahisseurs turcs et mongols qui ont administré l’Iran jusqu’en 1507.
Durant les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, diverses dynasties et tribus se sont disputé les territoires et les richesses de la Perse, à la suite d’invasions et de guerres tribales.
En 1794, Agha Mohammed Shah Qajar prend le pouvoir et fonde une dynastie qui va durer jusqu’en 1925 et à la tête de laquelle se sont succédé : Tath Ali Shah, Mohammed Shah et Nasseredin Shah. Avec ce dernier, l’Iran a connu une certaine stabilité et vu la modernisation d’un grand nombre de secteurs administratifs et surtout le renforcement du pouvoir de l’Etat au détriment de celui du clergé chiite. En 1906, la première constitution iranienne a vu le jour.
Avec la découverte des premiers puits de pétrole en 1908 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les intrigues des puissances étrangères allaient commencer et prendre de l’ampleur. Britanniques et Russes, intéressés par l’or noir, s’investirent, avec leurs diplomates et agents spéciaux, dans l’infiltration de l’administration iranienne et la course aux intérêts. Les résultats de cette activité souterraine ne se sont pas fait attendre.
Miné par des événements internes, fomentés à coup sûr par l’étranger, Nasseredin Shah est renversé par un coup d’Etat et remplacé par le jeune général Rizâh Khan qui devint en 1923, le Shah Rizâh Shah Pahlavi.

NAISSANCE DE L’ETAT IRANIEN MODERNE

La dynastie Pahlavi, l’une des plus célèbres familles royales iraniennes, fut également la dernière à gouverner le pays, un empire aux multiples facettes, divisé entre une société évoluée, vivant à l’occidentale, dans des résidences de luxe et le reste du peuple, menant une vie misérable dans des hameaux paysans.

Le Shah Rizâh Pahlavi est arrivé avec l’idée et le rêve de faire de son pays un Etat moderne. Dès le début de son règne, il entreprit de moderniser tous les rouages de l’Etat, de développer l’industrie et de créer des universités. Il ne tarda pas non plus à mettre sur pied une armée moderne, à réformer la Justice et le système éducatif.
En 1935, il décida d’interdire le port du voile par les femmes et imposa aux hommes, le port de l’habit occidental.
Certes, beaucoup de progrès ont été réalisés dans l’édification de l’Etat, mais le niveau de vie du peuple et l’évolution de la société iranienne n’allaient pas au même rythme. D’un côté, il y avait une cour royale, un gouvernement et une administration qui vivaient dans un siècle et, de l’autre, un peuple iranien qui végétait dans un autre siècle, une ère encore moyenâgeuse. C’est là une particularité commune à beaucoup de pays du tiers-monde, mais en Iran le contraste entre le riche et le pauvre était encore plus accentué. Cette situation n’avait pas, bien sûr, échappé aux puissances étrangères qui suivaient de près tout ce qui se passait dans le pays. Russes, Allemands et Américains étaient là, à l’affût, dans l’attente d’une occasion propice pour renverser le Shah, trop avare de concessions en leur faveur sur le plan économique. L’attitude de l’empereur a même été jugée trop hostile à l’égard des alliés quand, en pleine guerre avec l’Allemagne, il refusa de laisser transiter par son pays le passage des munitions et opta plutôt pour un rapprochement avec les nazis avec lesquels il conclut d’importants contrats commerciaux. C’en était trop !

Le 25/08/1941, les Alliés envahissent l’Iran et forcent le Shah à abdiquer en faveur de son fils Mohammed. L’empereur déchu fut ensuite exilé à l’île Maurice où il vécut jusqu’à sa mort.

LE DIVORCE AVEC LE PEUPLE

Ayant reçu une formation militaire et une éducation à l’occidentale, Mohammed Rizâh Pahlavi fut un monarque pratiquement étranger à son peuple.
Les grands palais, le faste de la vie impériale, les réceptions grandioses, les diamants de grande valeur et les toilettes de l’impératrice, tout cela était un luxe provocateur aux yeux du peuple, un peuple plongé dans la misère et l’ignorance.
 
Contrairement à son père, Mohammed Pahlavi était complètement soumis à la volonté de l’Occident dont il bénéficiait de la confiance et de la protection. Durant ses 38 ans de règne, de 1941 à 1979, il vécut loin des masses populaires et ignorait leurs besoins les plus élémentaires. Les seules choses auxquelles il tenait c’était la belle vie et les titres impériaux : Sa Majesté Impériale, Sa Grandeur, Le Roi des Rois, La Lumières des Aryens Le Grand Cyrus… Il avait la sympathie, l’admiration et le soutien des classes privilégiées, mais était rejeté, méprisé et condamné par les milieux déshérités.
En 1953, le Dr Mossadegh, alors Premier ministre, réorganise l’armée en écartant tous les officiers fidèles au Shah, s’oppose à la gestion du pétrole iranien par les Anglais et les Américains et annonce sa volonté de nationaliser l’industrie pétrolière. Pris de peur le Shah s’enfuit et s’exile à l’étranger avant de revenir quelques jours après, avec le soutien de la CIA et du M16 britannique.
Ce fut là la première tentative de révolution nationaliste, évitée de justesse grâce aux puissances étrangères. Le 19 août de la même année, le Dr Mossadegh est limogé à la suite d’un coup d’Etat et remplacé par un général.
Durant toutes les années qui ont suivi, la situation politique et sociale s’est de plus en plus détériorée ; la disparité des classes s’est accentuée chaque année davantage, créant ainsi deux pays différents : l’Iran des lumières et l’Iran des ténèbres.
Dès le début des années 60, l’activité islamique, animée et dirigée par les chiites a commencé à prendre forme et à se démarquer de la politique gouvernementale. Un jeune professeur de théologie, Rouhollah Khomeiny, s’est engagé dans une opposition hostile au régime impérial dont il n’approuvait pas les réformes de modernisation, dont notamment le droit de vote des femmes, décrété en 1962.
Après avoir été arrêté et condamné à mort en 1963 pour avoir appelé à l’émeute, Khomeiny fut gracié par le Shah quelques mois après. A peine libéré, il prit le chemin de l’exil, d’abord vers la Turquie et ensuite vers Karbala en Irak, ville sainte des chiites et lieu de pèlerinage, où il s’installa durant quatorze ans, avant de se fixer en France.

En 1979, les protestations populaires ont atteint leur paroxysme ; les manifestations contre le régime se sont multipliées. Le Shah n’avait plus qu’une solution : quitter le pays. Ce qu’il fit le 16 janvier 1979. Deux semaines après, Khomeiny retourna en Iran à la tête de la Révolution islamique dont il prit la direction politique et religieuse, déclarant le 11 février la fin de la monarchie.
On peut noter en conclusion de ce premier article, que les grandes puissances : les Etats-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne, ont toujours été mêlées, de près ou de loin, aux bouleversements que l’Iran a connus ces derniers temps. Il n’échappe à personne que les motivations de l’intérêt accordé à cette région du monde sont toujours d’ordre économique et notamment sa richesse en pétrole.

Après la chute, l’un après l’autre, des Pahlavi, père et fils, les islamistes arrivent au pouvoir.

Comment l’Occident va-t-il se comporter avec le nouveau régime iranien ? C’est ce que nous verrons dans un deuxième article.

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5 réactions à cet article    


  • ASINUS 1er septembre 2008 16:13

    merci,je n ai pas perdu ma journée


    • Malkut Malkut 1er septembre 2008 17:11

      Merci pour votre article.

      Vous notez des facteurs politiques qui ont creusé le schisme entre sunnites et chiites (domination des aristocrates arabes). Certes.
      Vous notez également que les Perses ont gardé « leurs dialectes et leurs folklores. ».

      Je trouve le terme « folklores » un peu rude !

      Nous disposons de nombreux textes chiites, revendiqués comme tel, ou, sous couvert de « Taqqiyat » (dissimulation) pour des raisons de répression, réputés comme tel.

      L’étude systématique de ces textes, dont les meilleurs exemples sont les ouvrages de Sohrawardi, nous montre une survivance, non pas du « folklores », mais de la philosophie et de la théosophie de la Perse Zoroastrienne et Mazdéenne (qui ne sont absolument pas contradictoires avec l’Islam).

      C’est cette survivance, ou plutôt cette continuité qui a modelé la pensée chiite jusqu’à aujourd’hui.


      • Thierry Israël JACOB 1er septembre 2008 18:42

        Après la chute, l’un après l’autre, des Pahlavi, père et fils, les islamistes arrivent au pouvoir...et le moyenâge aussi...Iran Resist


        • el bourrico 1er septembre 2008 23:12

          Ta gueule Jacob.


          • Gugu Gugu 2 septembre 2008 12:55

            très bon article, très intéressant...

            pour les intéréssés par les "magouilles" occidentales en Iran entre 1930 et 1979, vous trouverez une excellente vidéo ici (à l’époque où la France comptait de vrais journalistes)...
            le lien amène vers le documentaire numéro 3, mais je ne saurais trop conseiller aux gens que ça intéresse de visionner les 8, une partie des évènements d’aujourd’hui s’explique par ce qui s’est passé hier, et beaucoup de clés pour comprendre les crises d’aujourd’hui se trouvent dans ces 8 documentaires...

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