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L’Islam en Asie ou la fable de la victime, du bourreau et du marchand

Après avoir longtemps hésité sur le titre de l'article, je me suis dit qu'on n'avait jamais assez d'ennuis dans la vie surtout quand on parlait de religion, tout spécialement de l'Islam, et c'est bien dommage.

J'ai donc choisi de m'exprimer sur un sujet qui fait beaucoup parler sans pour autant faire couler beaucoup d'encre ou pas suffisamment si l'on tient compte de l'importance qu'il revêt pour les populations et les gouvernements de la région.

Car oui, la destinée de l'Islam n'est plus dans ses terres d'origines mais bien dans ses quartiers asiatiques. Avec 1,6 milliard de musulmans dans le monde, l'Asie regroupe à elle seule environ 1,05 milliard d'entre eux sur une population totale aux alentours des 4,4 milliards.

 

 

Les racines de l'Islam en Asie

La Chine est la première civilisation asiatique à entrer en contact avec l'Islam à la moitié du VIIe siècle avec l'envoi d'une délégation diplomatique ordonnée par Othman, le troisième calife.

La présence de l'Islam est attestée à la toute fin du VIIe siècle dans le sous-continent indien via l'Afghanistan et le Pakistan suite à l'effondrement de l'empire perse des Sassanides face à la poussée vers l'Est des Omeyyades. La progression vers l'Inde s'est faite au fur et à mesure des invasions nomades et des incursions des montagnards afghans avec un pic au XVIe siècle à la fondation de l'empire Moghol par Babur.

Enfin l'Insulinde (Indonésie, Malaisie, Brunei, Philippines, Timor Oriental) est entré en contact durable aux alentours du XIIIème siècle car il a fallu maîtriser les difficiles voies de navigation depuis l'embouchure de la mer Rouge, tributaire de la Mousson capricieuse. Voilà pour l'Histoire non-exhaustive.

De nos jours

On assiste à deux grandes tendances diamétralement opposées que sont le durcissement de la pratique religieuse ostentatoire dans les pays où l'Islam est majoritaire et la marginalisation quand ce n'est pas de la persécution dans les pays où les musulmans constituent une minorité.

Il faut également rappeler qu'il s'agit essentiellement d'un Islam sunnite, les chiites n'ayant de présence importante qu'au Pakistan dans la région du Baloutchistan.

La plupart des populations musulmanes du nord de l'Asie et du sous-continent indien sont issues de groupes turcophones ou persanophones sans être ni turques, ni perses à l'image des Ouïghours chinois notamment.

D'autres groupes ont été déplacés de force au moment de la période coloniale britannique tels les Rohingyas1 en Birmanie ce qui peut expliquer leur impossible intégration et leur probable disparition de la carte ethnique pulvérulente de la patrie d'Aung San Suu Kyi selon l'expression de Marie Sybille de Vienne (INALCO).

Démographiquement parlant, les trois plus grands pays musulmans sont aujourd'hui l'Indonésie forte de ses 205 millions de croyants (88% de la population), le Pakistan avec 180 millions (97% de la population), et l'Inde avec 178 millions (14,5% de sa population). A titre de comparaison le champion de la catégorie hors Asie reste le Nigeria avec 75,5 millions (47,9% de sa population).

Enfin l'Islam est religion d’État en Afghanistan, au Pakistan, au Bangladesh (flou juridique), en Indonésie (avec cinq autres), en Malaisie, au Brunei, sans oublier les Maldives.

Des minorités souvent en danger, quelquefois dangereuses

Comme nous l'avons exposé plus haut, ce n'est pas jouasse d'être musulmans dans un pays où ce n'est pas la religion dominante. Pour preuve au Myanmar on massacre allègrement les Rohingyas depuis... toujours en fait ! Il faut dire qu'ils ont eu la bonne idée de vivre au milieu des champs de pavot et d'un itinéraire gazier. Quand on cherche aussi. Et même ceux qui ont fui vers le Bangladesh2 ne sont pas sauvés à moins de se transformer en poisson, l'extrême érosion des sols et l'hostilité de la population locale (pourtant musulmane elle-aussi) ne leur permettra pas de trouver un havre sûr.

Du côté de l'empire du milieu, c'est pas tip top non plus vu qu'on disperse les Ouïghours3 sur tout le territoire pour éviter des concentrations trop importantes. On saluera au passage ce bel effort d'endiguement du communautarisme façon Schwarzenegger dans ses grandes heures qui ferait se pâmer certains de nos politiques s'ils leur restaient une âme. Là je crois que je vais avoir des problèmes, je me recentre.

Les Ouïghours ont également la fâcheuse tendance à ne pas se laisser faire et à jouer du couteau, pas vraiment le genre des Tibétains qui s'immolent en fait. Certains pousseraient même le zèle jusqu'à intégrer les rangs du djihad international, ce que réfute toujours la Chine.

Du côté des Philippines, la situation est un peu différente dans les îles du Sud où est concentré l'essentiel de la minorité musulmane, spécialement à Mindanao. Sur place s'est organisée une rébellion armée d'abord axée sur des revendications régionalistes et pas directement religieuses. Ces mouvements indépendantistes regroupés sous le nom de Front Moro Islamique de Libération (MILF en anglais, vous apprécierez la coïncidence), sont entrés dans la lutte armée après l'initiative des programmes de colonisations des îles du Sud par Manille dans les années 60. A ce mouvement se greffe un doublon presque homonyme, le Front Moro de Libération Nationale, et le très peu sympathique mouvement salafiste d'Abu Sayyaf. Ce dernier a prêté serment à l’État Islamique en 2014 pour achever une histoire émaillée d'attaques et d'attentats meurtriers.

Il y aurait bien plus à dire sur bien d'autres endroits mais ces trois situations illustrent bien les différentes formes extrêmes qui caractérisent la qualité de minorité musulmane en Asie. Ensuite il ne faut pas oublier d'appliquer toute la gamme des nuances. Il s'agit ici de mettre le doigt sur des phénomènes marquants qui ne laissent pas beaucoup de place dans l'argumentaire au quotidien souvent paisible que partagent ces communautés dans la plupart des pays, y compris ceux cités plus haut (exception faite de la Birmanie où on se fout sur la gueule à peu près tout le temps).

La tentation du radicalisme face à l'intégration économique

Pour toutes ces raisons, l'Islam inspire souvent une certaine défiance dans les pays voisins et sert quelquefois de bouc-émissaire à des régimes en quête d'exutoire de la vindicte populaire.

De manière assez classique, la situation s'inverse quand les rapports de forces changent. L'exemple du Pakistan est assez criant. Ce dernier est en guerre larvée avec son voisin indien depuis l'indépendance et avec les groupes tribaux du Waziristan liés aux talibans. En lien avec tout ça, on assiste régulièrement à des incidents visant des membres des minorités hindous ou même chiites. La dérive ne s'arrête pas là pour autant avec régulièrement de violents drames individuels comme l'assassinat sauvage d'un jeune journaliste sur le campus universitaire d'Abdul Wali Khan à Mardan par une foule d'autres étudiants sans autre motif qu'un supposé blasphème.

On peut tenter de se rassurer en se disant qu'il s'agit d'une réaction excessive face à la situation catastrophique dans laquelle se trouve le pays mais l'on retrouve les mêmes peines encourues pour blasphème (la mort, pas le temps de niaiser) dans des lieux nettement plus prospères comme le Brunei ou la Malaisie qui connaissent un développement économique exponentiel malgré des manques de diversification (rente pétrolière).

Dans d'autres cas, la religion sert aussi d'outil politique pour évincer un rival comme en témoigne Ahok, le gouverneur/maire sortant de Djakarta4, chrétien élevé par des parents musulmans et accusé de propos blasphématoires par les mouvements islamistes en novembre 2016.

Tout ça n'est pas sans causer quelques problèmes d'intégration économiques et obligent quelquefois les pays concernés à se tourner de préférence vers des partenaires aux convictions identiques comme le montre le récent voyage du souverain d'Arabie Saoudite en Malaisie, en Indonésie et aux Maldives au moment de sa visite en Chine et au Japon. Seulement ce petit jeu a ses limites, géographiques entre autres.

D'ailleurs, l'Islam est historiquement à la base d'une très longue tradition d'échanges commerciaux et d'un ingénieux système de capitalisation en Asie du Sud-est comme l'explique remarquablement l'ouvrage " l'Islam et la réinvention du capitalisme en Indonésie " de Gwenaël Njoto-Feillard (Institut d'Asie Orientale).

Car à une toute autre échelle, dans une logique de regroupement économique sous la forme d'une zone de libre-échange inspirée de notre bonne vieille Union Européenne, les pays d'Asie ont tout intérêt à refréner cette tentation de repli identitaire et religieux. Une dynamique qui ne tardera pas en outre à décourager les investissements étrangers et à freiner le tourisme mondial vers ces destinations. C'est aussi pour pallier à ces risques que l'ASEAN connaît un tel succès aujourd'hui et peut prétendre porter un projet inédit de mondialisation asiatique selon les propos de Grace Cheng (Université d'Hawai'i).

Quel avenir pour l'Islam en Asie ?

L'avenir est florissant pour peu qu'il affronte ses vieux démons que sont le radicalisme religieux et la dérive identitaire qui sont les seuls éléments à freiner le développement et la coopération entre les peuples d'Asie. Qui plus est cette posture est complètement paradoxale, les populations d'Asie (musulmanes ou non) s'américanisant toutes à vitesse grand V, la crispation actuelle autour d'un islam "véritable" ne servira qu'à creuser les fractures dans la société même des pays augurant des lendemains bien sombres pour la concorde nationale. S'approprier sa culture et accepter son évolution est un moyen bien plus efficace de conserver son identité propre tout en préservant la paix.

Qui dit échange dit ouverture, comment pourrait-il en être autrement ?

 

1http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20170228-rohingyas-onu-denonce-une-nouvelle-fois-atrocites-ouest-birman

 

2http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20170302-bangladesh-rohingyas-ile-deserte-hostile-relocaliser-eau-douce-cyclone-le-ba

 

3http://www.liberation.fr/planete/2017/02/24/entre-repression-et-jihad-les-ouighours-pris-au-piege_1550917

4http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/04/18/les-islamistes-accablent-le-gouverneur-de-djakarta_5112901_3216.html


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16 réactions à cet article    


  • Zolko Zolko 21 avril 14:51

    mouais, c’est toujours la même rengaine. Mais on ne pose jamais la question : « pourquoi voudrait-on de l’Islam ? » Quel est l’intérêt des populations locales (en Asie ou Europe ou ailleurs) de se dépatouiller avec l’Islam, au lieu de l’interdire ? Pourquoi s’emmerder à résoudre un problème si on peut le négliger ?
     
    D’ailleurs, vous y répondez vous-mêmes :
     
    "même ceux qui ont fui vers le Bangladesh ne sont pas sauvés (...) l’hostilité de la population locale (pourtant musulmane elle-aussi) ne leur permettra pas de trouver un havre sûr.« 
     
    Ce que vous ne dites pas, c’est qu’il y a plusieurs courants dans l’Islam, dont le Wahhabisme Arabe qui est du fascisme pur. Et dont les autres Musulmans ne veulent pas non-plus. Il n’y a aucun problème avec les Musulmans Chiites ou Alaouites ou Soufis, seulement avec les Sunnites. Il faudrait en tirer les conclusions, au lieu de parler de »Musulmans" dans leur globalité.
     


    • Paul Leleu 21 avril 23:22

      @Zolko

      moi je pense à tous ces athées déclarés, qui voulaient permettre au monde ’’musulman’’ de sortir de l’arriération religieuse... Du Maghreb des indépendances aux communistes afghans et indonésiens, en passant par les marxistes du Yémen, les maoïstes d’Albanie, les nationalistes turcs et les socialistes d’Irak ou de Syrie...

      la CIA et les Saoudiens leur ont envoyé des prédicateurs, des égorgeurs, des banquiers et des Ben-Laden afin de les soumettre à leur prétendue identité... le bilan après des décennies est catastrophique, et le Frankenstein islamiste a échappé au contrôle de ses maîtres... la facture est lourde. Et les victimes innombrables.


    • antiireac 21 avril 19:36

      Bref il y a problème dés que l’islam( sunnite en généra)l est cité et tout ça sur un fond de pauvreté et de fanatisme.

      Il serait grand temps que les nations de ONU se décident à éradiquer cette idéologie infâme qui a fait subir tant des souffrances aux populations inocentes un peu partout à travers le monde

      • Pierre Régnier Pierre Régnier 21 avril 20:52

        @antiireac

        Il faut éradiquer ce qui est, directement ou indirectement, criminogène dans la théologie de toues les religions

         

        DÉTRUIRE LA TRICHERIE EXÉGÉTIQUE :

        http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/detruire-la-tricherie-exegetique-187081

         

        DÉSACRALISER LA VIOLENCE RELIGIEUSE

        (éd. du Panthéon avril 2016)


      • baleti baleti 21 avril 23:13

        @antiireac


        «  »Il serait grand temps que les nations de ONU se décident à éradiquer cette idéologie infâme qui a fait subir tant des souffrances aux populations innocentes un peu partout à travers le monde«  »

        Je suis d’accord avec toi
        sauf que l’idéologie la plus infâme, est celle qu’y fabrique des armes

        Tu peu me cité un seul pays musulman, qu’y fabrique des armes ?

        Pourquoi ne pas arrêter de leur vendre des armes ?
         ils ne pourraient ni s’entretuer, ni faire la guerre au population, des fabricant et marchant d’arme.
        A moins que se soit voulue, pour ma par c’est la raison la plus plausible, et dans l’histoire les couillons, c’est ceux qui considère les musulman comme leur vrai ennemis.



      • Paul Leleu 21 avril 23:31

        @baleti

        les pays ’’musulmans’’ figurent tous dans les premiers acheteurs d’armes au monde. L’islam est un système politique impérialiste depuis son origine. Il a été un outil de domination économique, raciale et militaire des populations arabes sur les autres peuples ’’islamisés’’.

        il faut ouvrir les yeux. L’islam est une religion au moins aussi exécrable que les autres. Il sera impossible de s’en sortir sans combattre cette religion en tant que religion. Le reste est de l’angélisme. De Marx à Voltaire, tous les penseurs ont dit cela.


      • baleti baleti 21 avril 23:56

        @Paul Leleu


        Oui il faut ouvrir les yeux
        Si personne ne leur vendais des armes, comment pourraient ils faire la guerre ?
        La question est simple

      • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 avril 10:52

        @baleti

        Je ne sais où ils se procuraient leurs sabres mais c’est avec ces armes très simples que des musulmans ont tué des millions d’êtres humains durant leurs guerres de conquêtes.

        Ce n’est pas l’existence des armes qui leur donnait l’idée de conquérir et de tuer, c’est leur théologie, c’est la conception qu’ils avaient de leur Dieu - « justifiée » par l’exégèse de leurs théologiens comme encore aujourd’hui.

        C’est donc à cette théologie criminogène - à cette « arme » spirituelle
        - qu’il faut s’attaquer pour la détruire et la remplacer par une théologie pacifique.


        Et il nous faut pour cela des chefs d’état qui ne nient pas, ne méprisent pas
        la spiritualité. Ceux-là se font forcément complices des religieux criminels :


        http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/desacraliser-la-violence-et-158100



      • microf 22 avril 12:26

        @antiireac

        L´Occident est comptable du plus grand tas de cadavres de l´histoire de l´humanité, pas les musulmans.

        Rien qu´aujourd´hui au moment oú je vous écris, je vous laisse le soin á vous de compter le nombre de cadavres que le système Occidental, les armes Occidentales, ou les bombardements Occidentaux dans le monde vont causer dans le monde et de me les envoyer ce soir, vous verrez qu´ils ne seront en rien comparables au nombre de cadavres que les musulmans vont tuer aujourd´hui.
        Le monde est au bord de la disparation ceci pas par le fait des musulmans, mais bel est bien par le fait de l´Occident qui veut dominer le monde entier avec ses armes de destruction massive.


      • foufouille foufouille 22 avril 13:01

        @microf
        il faut remonter jusqu’à quand ?
        si tu achètes une machette française, elle est responsable d’un meurtre ou c’est le meurtrier qui est responsable ?




      • antiireac 22 avril 16:45

        @microf
        L’islam est un danger pour le monde libre et les nations épris des libertés .

        L’Occident agit face à ce danger et on fait pas d’omelettes sans casser des œufs, ceci dit il est effectivement préférable que ce soit les terroristes qui trinquent plutôt que les soldats occidentaux

      • baleti baleti 23 avril 14:57

        @foufouille


        Avec une machette, on peu « aussi » débroussaillé
        Mais avec une kalach, ou un missile, on a pas trop le choix de l’utilisation.

        En passant, si tu vend une machette, a une personne qu’y va s’en servir pour tuer, tu est complice devant la loi, donc je te parle pas des milliard de dollar d’arme qu’y sont vendue chaque année.


      • baleti baleti 23 avril 15:02

        Pour en revenir au sujet, en chine, des centaine de musulman sont battue est tuer, seulement en rapport a leur religion. 

        Leur persécution, est beaucoup plus importante que les tibétains, 
         qui en parle ?
        ou sont les nation unis ?
        ou sont les assos, des droit de l’homme ?
        Les journaux, on en parle même pas.

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