Dans l’épisode précédent, nous l’avons vu, les charges retenues en 2004 contre Rachid Rauf, à part d’être devenu l’époux d’une islamiste convaincue, paraissent donc fort légères. En novembre 2007, un juge pakistanais relâche donc notre homme en déclarant les charges contre lui totalement "infondées". Pour beaucoup, les accusations comme quoi il aurait été l’initiateur du complot des bombes liquides étaient grotesques :"the decision by the Pakistan court to drop the terror charges against Rauf not only confirms that there was no imminent terror attack. It supports the claims that the Heathrow terror plot was concocted by Washington and London—with the support of much of the media in both countries—so as to divert from the growing political crisis of the Bush and Blair governments, under conditions in which the full extent of the military debacle in Iraq was being laid bare, fuelling opposition to the war and occupation." Il est vrai qu’à l’époque les vidéos de Ben Laden commencent à se faire rare, que l’insurrection à Bagdad continue à faire rage en revanche, et que surtout la riposte d’Israël au Sud Liban, par sa violence, embarrasse tout le monde. Rachid Rauf tombe pile pour recentrer le débat vers l’antiterrorisme. Ouf, Blair et Bush reviennent de loin.
Libéré au Pakistan, mais étant citoyen britannique, il doit toujours être extradé, comme l’a demandé expressément Tony Blair, et il reste donc en prison... fort peu de temps : fin décembre 2007, on lui intime l’odre de se préparer à rentrer à Londres. Emmené de Rawalpindi par la police pakistanaise, il demande sur le chemin du retour vers l’aéroport à s’arrêter dans une mosquée pour faire ses prières de l’après midi. Il y rentre sans les policiers, partis tranquillement déjeuner au MacDo du coin et.. disparaît à jamais. "Rauf vanished outside an extradition hearing at an Islamabad court after police allowed him to say afternoon prayers at a mosque, en route to the high-security Adiala prison." L’homme vital pour relier les préparatifs d’attentats d’AlQuaida à un mouvement terroriste pakistanais a joué les filles de l’air, bien aidé semble-t-il par la police pakistanaise ou les services secrets anglais, que l’on suppose surveiller de près le rapatriement de ce témoin ultra-important pour le suivi du procès de nos prétendus poseurs de bombes. En fait de surveillance on est en pleine farce : "in the event his police escort, just two constables, allowed him to leave their van to travel in his uncle’s car, stopped off for lunch at a branch of McDonald’s and then allowed him to go into a mosque by himself for afternoon prayers"... Un Rauf disparu un 14 décembre est bien plus pratique désormais : s’il était venu témoigner à Londres, on se serait vite rendu compte de la farce Blairienne totale montée à partir de son personnage fantasque et de ses capacités intellectuelles qui n’ont étonné personne. Valait mieux le voir disparaître, en définitive... le procès est alors un fiasco évident et Rauf risquait fort d’enfoncer un peu plus la barque judiciaire. On va voir que le gouvernement de Blair, dans le genre, peut encore faire mieux. L’ISI et le MI6 ont laissé échapper Rauf, par consentement mutuel dirons nous. Il était sous bonne escorte, le voilà dans la nature. Les médias apprendront la farce de sa fuite des semaines après seulement, sans en connaître les circonstances rocambolesques, qui sont sciemment tûes. Pour les magazines anglais à scandale, "il a réussi à tromper la vigilance de ses gardiens", bien entendu... pour son avocat pakistanais, Hashmat Habib, c’était bien organisé "And Mr Habib believes the Pakistani authorities were behind Rauf’s ’escape’. He said : ’It was an organised disappearance. They didn’t want to hand him over [to Britain]." Et c’est ainsi qu’on apprend aussi que son transfert avait été fait par taxi et non par fourgon cellulaire... une photo semble attester la thèse d’une réelle complicité avec ses surveillants.... Rauf est toujours tout sourire avec les militaires pakistanais qui étaient censés le garder.
Pendant ce temps, les avions volent désormais après que tous leurs passagers déposent leurs flacons ou bouteilles ou biberons avant de monter à bord. S’en suit une pagaille indescriptible dans tous les aéroports mais qui marque les esprits : ça tombe bien, c’est le but recherché ! L’effet AlQuaida est de retour dans les esprits ! Et à Londres, le procès de nos pakistanais comploteurs arrive, et son verdict a lieu quelques mois plus tard : sur les 8 accusés, trois seulement sont condamnés par un jury de 12 personnes ayant mis 56 heures à se mettre d’accord (dont le juge ne retiendra que 10 verdicts similaires, un fait exceptionnel en juridiction anglaise qui requiert l’unanimité !), mais l’accusation de conspiration, au final, n’est pas retenue : "but the jury failed to reach verdicts on the more serious charge of a conspiracy to have suicide bombers detonate soft-drink bottles filled with liquid explosives aboard seven airliners headed for the United States and Canada." Lors du procés, des scientifiques avaient témoigné s’y être pris à 30 fois pour tenter de faire détoner le mélange souhaité ! "Government scientists attempting to demonstrate the viability of the plot undertook 30 attempts in stringent laboratory conditions before pulling off a sufficiently large explosion to show the jury." Le procès se termine par un véritable fiasco judiciaire, les preuves fort discutables (à voir les maigres photos livrées à la presse et les vidéos théâtrales et hésitantes, on s’en doutait), l’enquête plutôt bâclée, et on à l’impression que l’on condamne car il faut à tout prix condamner pour ne pas avoir l’air complètement ridicule.
Mais ce n’est pas tout en ce qui concerne notre boulanger prétendu chimiste. Il va encore faire la une des journaux. Peut-être bien cette fois-ci pour la dernière fois semble-t-il. Dans des conditions qui méritent encore une fois d’être racontées. Rauf, pour le gouvernement de Tony Blair et de son successeur Gordon Brown est devenu bien encombrant. L’ISI ne semblant plus aussi coopérative depuis que les drones US bombardent ses chasses gardées des bases arrières talibanes, dans les fameuses zones tribales pakistanaises, Londres entrevoit le retournement possible d’un Rauf qui viendrait expliquer dans la presse ces liens un peu trop étroits avec les services secrets anglais ou les tortures subies dans les géôles pakistanaises, qui rappelent étrangement le waterboarding des prisonniers de Guantanamo. Rauf est devenu un témoin fort gênant de l’ère de mensonges Blairiens. Trop bavard, il risquerait de poser de sérieux problèmes. Une autre idée vient de germer au sein des services secrets anglais : se débarrasser définitivement du boulanger-chimiste de pacotille. Comme la disparition de Kelly a laissé un mauvais souvenir (Blair avait failli y laisser son poste et ne devait sa survie qu’à une aide forcée apportée par la justice anglaise en la personne de Lord Hutton) ... une mesure plus radicale est sélectionnée. Celle du Reaper, le drone américain... acheté à trois exemplaires seulement par les anglais, tant il est coûteux, qui les expérimentent avec leurs collègues US, en plein désert de l’Arizona. Le pilotage du drone tueur se faisant en effet à distance à 15 000 km de là... Rauf sera donc supprimé par un missile anglais, révélant deux choses : que l’Angleterre bombarde elle aussi le Pakistan, qui demeure un état souverain, et que les services secrets anglais qui affirmaient ne pas savoir où était passé Rauf savait pertinemment où il résidait exactement. Au beau milieu de son groupe du "Lashkar-e-Toiba", que Londres et Washington suivent donc aussi pas à pas depuis des années. Comme on vous l’a dit, il serait fort étonnant que les services secrets US ignoraient les préparatifs de l’attaque indienne. Impossible même : la mort de Rauf démontre le contraire et une forte implication sur place des deux états, contrairement à ce qu’est venue dire Condoleezza Rice aux indiens.

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jeune retraité de l'Education Nationale (PEGC) et du privé très (très) actif.
Voir ses articles, sa fiche et ses statistiquesdécidément je vais finir prophète....
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