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La Conférence d’examen de Durban : contre les idées fausses et les manipulations

J’ai rapidement esquissé dans un précédent article (cf. Durban II : ne pas choisir entre la préservation de l’ONU et les défense des droits de l’Homme sur mon blog) le contexte dans lequel s’inscrit la Conférence d’examen de Durban. Je souhaiterais revenir, après l’adoption de la déclaration finale, sur les réactions que l’on a pu entendre suite au discours du Président Iranien Mahmoud Ahmadinejad lundi 20 avril.

Il est difficile d’être surpris par les propos certes inacceptables, mais habituels dans la bouche de ce populiste en campagne électorale dans son pays. La réaction des diplomates qui ont quitté la salle pendant son discours lundi 20 avril était la bonne. Ce type de geste est très fort pendant une réunion internationale, dont les codes sont évidemment différents - essentiellement symboliques - de ceux de la vie “réelle”. En revanche, le choix qu’ont fait quelques rares pays (Etats-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Pologne, Nouvelle-Zélande, Australie, puis République tchèque…) de ne pas participer à la conférence est celui de la lâcheté et de la capitulation devant des lobbies aux intérêts autres que la défense des droits de l’Homme. Il est plus facile de convaincre l’opinion publique que les propos du Président iranien sont inacceptables que d’expliquer l’intérêt des travaux des Nations unies à long terme.

Il est intéressant d’entendre Mme Malka Marcovich intervenir sur France Culture mardi 21 avril pour critiquer ce qu’elle appelle les « Nations désunies » et insister sur le fait que, depuis une dizaine d’années, l’ONU tend à revenir sur des acquis en matière de droits de l’Homme. Son raisonnement est partiel, car elle oublie que pendant toute la guerre froide, l’ONU a été divisée entre blocs de l’Est et de l’Ouest et le groupe des non-alignés. Presque vingt années ont été nécessaires pour adopter, après la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, juridiquement non-contraignante, les Pactes internationaux de 1966. Combien de batailles au sein de l’ONU pendant cette période pour arriver à ce résultat ?

Personne ne peut nier que la fin de la guerre froide a libéré de nouvelles forces qui jouent contre les droits de l’Homme. Des Etats peu respectueux de ceux-ci accusent régulièrement les pays développés de lutter insuffisamment contre le racisme ou l’intolérance religieuse - critique par ailleurs souvent fondée. Cette tactique vise principalement à détourner l’attention, voire justifier, des violations commises sur leur territoire, souvent pour préserver des régimes autoritaires. Personne n’est ou ne doit être dupe.

Mais étrangement, au lieu de tirer comme conclusion de cette situation qu’il est plus que jamais nécessaire de rester engagé dans les instances internationales pour défendre les droits de l’Homme, Malka Marcovich préconise que les pays plus respectueux des droits de l’Homme abandonnent la lutte pacifique. Cette attitude, tout aussi populiste que le discours d’Ahmadinejad, est soit fondée sur la mauvaise foi, soit sur une méconnaissance patente du miracle onusien qui permet de faire asseoir autour d’une table des pays aux intérêts les plus contradictoires. En effet, un rôle essentiel de l’ONU est d’institutionnaliser les conflits afin d’éviter que ceux-ci ne se transforment en lutte armée. Ce sont ces dialogues, critiques et exigents, qui permettent de construire, progressivement, une véritable société internationale respectueuse de la dignité humaine.

Il faut bien dérouler le fil de la pensée de ceux qui prônent le refus du dialogue pour en comprendre la logique profonde. Interrogés sur la manière dont il serait possible de continuer de faire progresser les droits de l’Homme sans l’ONU, ils restent souvent sans réponse. L’alternative est simple, mais si difficile à avouer : la guerre - comme l’ont défendu les néo-conservateurs - ou le renoncement pur et simple à la défense des droits fondamentaux. Ces deux voies sont fondées sur la même vision, dans la mesure où le repli sur soi a souvent été, dans l’Histoire, le signe annonciateur de catastrophes.

En ce qui concerne plus précisément la conférence d’examen de Durban, force est de constater que les pays qui ont fait le choix de l’engagement ont réussi à faire valoir leur point de vue. Les propos du président iranien n’auront eu aucun impact sur la déclaration finale. Au cours des négociations, certains Etats, principalement des membres de l’Organisation de la Conférence islamique, ont tenté d’imposer une critique unilatérale d’Israël, le concept de « diffamation des religions » (contre la liberté d’expression) et la reconnaissance d’injustices historiques (esclavage…). Tout cela était inacceptable et n’a pas été accepté, grâce au courage d’Etats et d’ONG qui ont refusé la fuite face à leurs responsabilités.

Ce résultat démontre clairement pourquoi il est important que la France reste engagée dans les travaux de l’ONU et qu’elle continue à promouvoir les droits de l’Homme. Le défi réside comme toujours dans l’équilibre à trouver entre des exigences apparemment contradictoires : le dialogue et la défense des droits fondamentaux. La mise en oeuvre de la déclaration finale par les Etats n’échappera pas non plus à cette réalité. Rappelons que la France attend depuis 2001 son plan d’action national de lutte contre le racisme (cf. article : Refonder le politique sur les droits de l’Homme sur le blog http://ekaminski.blog.lemonde.fr/) !

Pour aller plus loin :

- la déclaration finale (texte intégral) : http://www.ohchr.org/Documents/Press/Durban_Review_Conference_outcome_document.pdf

- le site officiel de la conférence : http://www.un.org/durbanreview2009/


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6 réactions à cet article    


  • Julius Julius 23 avril 2009 11:18

    > Au cours des négociations, certains Etats ... ont tenté d’imposer une unilaterale critique d’Israël, le concept de « diffamation des religions » .... Tout cela était inacceptable et n’a pas été accepté...

    Ce n’est pas si simple.
    Très bonne explication de la déclaration de Durban II se trouve sur le site du NouvelObs :
    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20090422.OBS4240/?xtmc=&xtcr=1


    • Chouikha Chouikha 23 avril 2009 13:15

      Merci Kaminski pour cette analyse pertinente.

      Vous avez raison de préciser que la politique de la chaise vide cède certainement à la pression de « lobbies » mais ne profite guère à la défense des droits de l’Homme.
      Autant que le discours provocateur du président iranien.

      On a assisté à une campagne de dénigrement systématique contre cette conférence en vue de la discréditer. On se rappellera surtout de Malka Marcovitch, acteur potentiel de cette campagne, comparant cette conférence à Munich 1938 : 
      "
      Le texte présenté hier victorieusement par le facilitateur russe Youri Boychenko a un petit goût nauséabond de déjà vu et sent le souffre. « Durban 2 est sauvé ! » clament certains commentateurs comme Chamberlain hurlait à la paix à son retour de Munich en septembre 1938."

      La suite a été plus heureuse et a affiché un démenti cinglant aux promoteurs de cette campagne, puisque la résolution finale a été adoptée....par acclamations.


      • TSS 23 avril 2009 13:44

        un sommet des droits de l’homme où il n’est pas autorisé de dire qu’Israël s’est comporté

         comme le dernier des etats faciste n’est qu’un grosse m...e... !!


        • abdelkader17 23 avril 2009 14:58

          Ce qui est inacceptable c’est de ne pas dénoncer dans une conférence sur le racisme, le racisme inhérent à la société israelienne, les exactions et les violences à l’encontre des palestiniens.
          les sionistes sont des bourreaux vous couvrez donc leur criminalité y en à marre de ces postures morales, la grande majorité de l’humanité à compris ce que signifie la justice occidentale, quelques palabres insignifiantes.


          • Radix Radix 23 avril 2009 19:15

            Bonjour

            Que l’orateur iranien ait tenu des propos que vous trouvez désagrébles, j’en conviens, mais ces propos auraient ils été aussi désagréables si il n’y avait aucune réalité derrière ?

            C’est pratique de se réfugier derrière le coté populiste de l’individu pour occulter certaines vérités gênantes et disqualifier sans l’entendre son discours.

            Le courage aurait été de rester et de répondre, mais le pouvaient ils ?

            Radix


            • Radix Radix 23 avril 2009 20:29

              "Résolution 3379 de l’Assemblée générale de l’ONU (10 novembre 1975) : ’’Décrète que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale.’’

              Notez

              L’Assemblée générale,

              Rappelant sa résolution 1904 du 20 novembre 1963, promulguant la Déclaration des Nations Unies sur l’Elimination de Toutes les Formes de Discrimination Raciale, et en particulier son affirmation que « toute doctrine de différenciation ou de supériorité raciales est toujours scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse », et son cri d’alarme face aux « manifestations de discrimination raciale qui ont encore lieu dans quelques régions du monde, et dont certaines sont imposées par des gouvernements par le biais de mesures législatives, administratives ou autres »,

              Rappelant en outre que, dans sa résolution 3151 G du 14 décembre 1953, l’Assemblée générale avait condamné, entre autres, l’alliance impie entre le racisme sud-africain et le sionisme,

              Prenant acte de la Déclaration de Mexico sur l’Égalité des Femmes et Leur Contribution au Développement et à la Paix, en 1975, proclamée par la Conférence Mondiale de l’Année Internationale des Femmes, qui s’est tenue à Mexico du 19 juin au 2 juillet 1975, et qui a promulgué le principe selon lequel « la coopération et la paix internationales requièrent la réalisation de la libération et de l’indépendance nationale, l’élimination du colonialisme et du néo-colonialisme, de l’occupation étrangère, du Sionisme, de la ségrégation et de la discrimination raciale sous toutes ses formes, ainsi que la reconnaissance de la dignité des peuples et de leur droit à l’autodétermination »,

              Prenant acte en outre de la résolution 77, adoptée par l’Assemblée des Chefs d’États et de Gouvernements des Organisations de l’Unité Africaine, lors de sa douzième session ordinaire, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé « que le régime raciste en Palestine occupée et le régime raciste au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont une origine impérialiste commune, qu’ils forment un tout et ont la même structure raciste, et qu’ils sont organiquement liés dans leur politique destinée à opprimer la dignité et l’intégrité de l’être d’humain »,

              Prenant acte également de la Déclaration Politique et Stratégique de Renforcer la Paix et la Sécurité Internationales et d’Intensifier la Solidarité et l’Assistance mutuelle entre les Pays Non-Alignés, adoptée lors de la Conférence des Ministres des Affaires Etrangères des Pays Non-Alignés, qui s’est tenue à Lima, du 25 au 30 août 1975, qui a très sévèrement condamné le Sionisme comme une menace pour la paix et la sécurité du monde, et a appelé tous les pays à s’opposer à cette idéologie raciste et impérialiste,

              Décrète que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale."

              What else ?

              Radix

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Auteur de l'article

Eric Kaminski


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