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La Corée du Nord renonce à son indépendance énergétique

La statue de Kim Il Sung pourra demeurer encore longtemps sur son socle. Le premier accord conclu ce 13 février à Pékin dans le cadre des pourparlers à six augure favorablement d’une normalisation des relations entre la Corée du Nord et la communauté internationale. La prochaine session des consultations s’ouvrira le 19 mars prochain. Pyongyang sera rayé de l’Axe du mal et renoncera à l’uranium pour du pétrole. Ceci explique-t-il cela ?

L’accord signé à Pékin ce 13 février survient quatre mois après que Kim Jong-il a manifesté bruyamment sa volonté d’échapper à l’étreinte économique dans laquelle l’avait enfermé l’administration Bush depuis cinq ans. Dans le cadre des négociations menées avec la Chine, la Russie, la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, la Corée du Nord a obtenu que soient enfin étudiées les conditions de levée des sanctions américaines, ce dont Washington ne voulait pas entendre parler.

Pongyang remporte une victoire diplomatique...

La presse ne semble guère faire écho de cette importante victoire diplomatique de Kim Jong-il. Il est vrai que provoquer une explosion nucléaire pour amener les Etats-Unis à négocier constitue un fâcheux précédent et l’Iran doit regretter amèrement de ne pas disposer à ce jour d’arguments aussi percutants. Il n’en reste pas moins que Washington a bel et bien cédé sur le principe d’une négociation avant tout démantèlement. Nous entrons dans une époque de petits pas et toute action des Nord-Coréens allant dans le sens de la destruction de son industrie nucléaire devra être payée rubis sur l’ongle par l’Oncle Sam. En refusant de négocier directement avec le diable, la diplomatie américaine s’est vue imposer la présence de témoins, dont les Russes et les Chinois qui seront les premiers à dénoncer tout manquement à la parole donnée. Après quinze ans de promesses non tenues, Kim Jong-il a montré que taper du poing sur la table et montrer ses biceps, (fussent-ils artificiellement gonflés : il semblerait que la bombe n’était pas au point), reste la seule méthode d’affronter le Département d’Etat.

... au prix d’un renoncement déchirant

L’accord constitue néanmoins un recul important au regard des conditions obtenues face à l’administration Clinton. En contrepartie de l’abandon de technologie nucléaire, Kim Jong-il a obtenu un million de tonnes de pétrole par an (il en avait demandé deux, sans doute pour en avoir un) ainsi qu’un million de kilowatts d’électricité, ce qu’on ignore. Bill Clinton, en son temps, s’était engagé à permettre à la Corée du Nord de construire deux centrales atomiques à eau légère afin de pallier l’abyssal déficit énergétique du pays. Le rêve d’un pays indépendant sur le plan énergétique (la Corée du Nord possède d’importantes mines d’uranium) s’est éloigné pour une génération durant ces négociations.

Washington a remporté une bataille dans la guerre de l’énergie

Il semble impossible de ne pas faire le rapprochement entre l’accord du 13 février et une politique étrangère des Etats-Unis entièrement axée sur la mainmise et le contrôle de l’énergie de la planète. La Corée a obtenu du pétrole qu’elle ne possède pas en acceptant de ne pas utiliser l’uranium qu’elle possède. Cette ingérence dans la bonne gouvernance d’une politique énergétique, en dehors de toute considération sur les effets et méfaits de l’une ou l’autre technologie, constitue une violation inquiétante de la souveraineté d’un pays. Elle pose de nombreuses questions sur la capacité des Etats de la planète à résister à la capacité américaine de gagner cette guerre de l’énergie qui constituera le fil rouge de tous les conflits du siècle.

Vu de Washington, le fait d’accepter sans préalable de négocier sur les sanctions économiques ne représente plus alors qu’une concession de deuxième ordre qui ne remet pas en cause sa volonté d’hégémonie.

Les considérations proprement politiques, dont la dénonciation d’une dictature implacable et la mise en œuvre de pressions permettant à la Corée du Nord de devenir une démocratie, n’apparaissent nulle part dans les satisfecit que le Département d’Etat s’est décerné à l’issue de l’accord. La Corée du Nord sera rayée de l’axe du mal. Les bureaucrates chargés d’informer le public sur les méfaits du régime de Pyongyang ne seront pas pour autant au chômage : la Russie, dont le pétrole échappe au contrôle Washington, vient d’être désignée à sa place comme ennemi potentiel des Etats-Unis.

Renaud Delaporte

Sources :
http://french.cri.cn
http://www.chine-informations.com
http://usinfo.state.gov
http://www.french.xinhuanet.com
http://www.romandie.com
http://fr.rian.ru

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