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La Corée du Sud bien loin du « World Without Strangers »

Réflexion sur la politique d’immigration en Corée du Sud et plus particulièrement la manière dont les étrangers sont perçus en Corée.

Alors que le mois de février commence doucement avec trois jours fériés pour le nouvel an lunaire (Seollal), le deuxième éditorial de l’année s’attache à un sujet plutôt sensible et d’une certaine manière récent : la politique d’immigration et plus particulièrement la manière dont les étrangers sont perçus en Corée. Le premier éditorial du mois de janvier (Ils sont forts ces Coréens) peut venir d’une certaine manière en appui à cet article. 

Les douleurs du passé
Commençons par un peu d’histoire en observant en mode avance-rapide le vingtième siècle sud-coréen et plus particulièrement ses relations avec l’étranger. Pour débuter, la péninsule coréenne vit une bonne partie de la première moitié du vingtième siècle sous l’occupation japonaise (1910-1945). Trente-cinq années pendant lesquelles la Corée souffrira (torture, tueries, etc.) et perdra son identité (destruction des monuments, interdiction de la pratique des coutumes et des traditions, obligation de parler japonais, etc.)A la fin de la seconde guerre mondiale, si le Japon quitte la péninsule, celle-ci reste marquée à jamais : la division Nord et Sud est conduite par l’URSS et les Etats-Unis. 1948, c’est officielle. La Corée du Sud naît. Deux ans plus tard, la guerre éclate avec son voisin et frère la Corée du Nord jusqu’en 1953. A cette date, le Pays du Matin Frais se réveille avec un bon mal de crâne. Plus d’identité, coupée en deux et sans un sou. La reconstruction démarre. Les années 50 sont unephase primordiale qui se focalise sur une limitation des importations, les années 60 font découvrir la Corée du Sud au reste du monde avec des exportations en plein essor grâce à, d’une certaine façon, l’influence japonaise (transfert de technologies) et les financements américains, et les années 70 sonnent le réveil de la Corée industrielle qui se spécialise dans les industries lourdes. Au cours des années 80 et 90, au-delà de l’industrie lourde, la Corée s’impose dans les produits de grande consommation grâce à ses chaebols qui, appuyés par l’Etat, mènent la péninsule vers des horizons plus dégagés. 1997, coup d’arrêtLa crise financière asiatique ébranle une économie qui, en 44 ans, était passée d’un niveau proche du néant à celui d’une grande puissance d’Extrême-Orient. La Corée, sous les conseils du FMI, s’oblige à ouvrir son marché aux capitaux étrangers. Le Fonds monétaire international est alors comparé à « Satan » par les Coréens. Dans la péninsule, on ne veut pas faire face à une nouvelle invasion. Les étrangers ne sont pas les bienvenus. Et pourtant. L’Etat n’a pas le choix. Les capitaux étrangers arrivent et les expatriés font partis du voyage. 

Treize années de vie commune
Il faut comprendre qu’en 1998, les Coréens ne sont que peu nombreux à avoir effectué des voyages à l’étranger, ceux-ci ne pouvant jouir de ce droit que depuis 1983. Le regard porté sur le non-coréen est par conséquent toujours dur. La barrière de la langue est l’une des raisons à cette difficulté d’intégration de l’autre. Peu de Coréens moyens maîtrisent la langue de l’Oncle Tom. Et peu d’étrangers ont osé apprendre le coréen. S’il existera quelques campagnes contre les produits importés (cigarettes, restauration rapide à l’américaine, etc.), au fil des années, le nombre d’étrangers s’installant en Corée augmente pour atteindre le million en 2010Le président (1998 à 2003) et prix nobel de la paix (2000) Kim Dae-Jung joue un rôle clef en maîtrisant la transition d’une main de fer, faisant accepter les acquisitions « hostiles » étrangères tout en donnant l’impression que les intérêts des travailleurs sont respectés. Parallèlement, les Coréens découvrent l’étranger (dans les deux sens du terme). S’ils n’ont pas vraiment beaucoup de temps pour voyager, ils s’arrangent de plus en plus pour visiter de nouveaux horizons. Quelques-uns osent même s’installer hors de Corée. Chine, puis Japon, puis Etats-Unis, puis Europe et aujourd’hui l’Asie du Sud-Est. Les étudiants, eux, sont de plus en plus nombreux à aller prendre des cours hors de Corée. Les nouvelles générations ont un autre regard sur le monde (bien loin de celui de leurs parents et surtout de leurs grands-parents). Elles parlent de mieux en mieux anglais, connaissent les enjeux internationaux, les opportunités d’emplois dans le monde, et n’ont plus peur des étrangers. En 2010, 40.06 millions de tickets ont été achetés pour des vols en partance de Corée du Sud vers l’étranger (+19.5%), un record historique. En seulement quelques années, la Corée s’est internationalisée. Mais localement, qu’en est-il ?

La Corée du Sud, un cocon fermé à double tour 
Etre étranger en Corée est une véritable sinécure. Ils sont peu à se plaindre de l’accueil, de la gentillesse et du service des Coréens. Il suffit de constater qu’en quelques heures il est possible d’ouvrir un compte bancaire, d’être abonné à Internet ou d’avoir un téléphone portable pour comprendre que la Corée du Sud a su s’adapter rapidement aux demandes des étrangers sur son territoire. Le sentiment quelque peu xénophobe de la fin des années 90 disparaît petit à petit. Quelques traits de cette époque ressurgissent lorsque le Coréen est en colère contre un étranger ou une décision internationale, mais cela ne va rarement plus loin. Cependant, celui-ci reste très nationaliste. Et l’Etat en est le premier supporteur. Si à la fin de la dernière décennie beaucoup de gens à travers le monde portaient le t-shirt avec le texte « World Without Strangers » (ci-dessus), l’étranger existe bel et bien en Corée et il ne fait en aucun cas partie de la communauté coréenne. Que ce soit dans la vie quotidienne ou dans le monde des affaires, la Corée est le pays des Coréens. Point. Si Séoul souhaite devenir le nouveau New-York, Paris ou Tokyo, comme le déclare tout le temps son maire Oh Se-Hoon, la capitale a beaucoup de boulot à faire pour intégrer les étrangers dans son quotidien. Si tous les affichages sont en lettre romaine, les noms des rues sont imposés depuis quelques mois ou du personnel anglophone est disposé dans la rue en période touristique, le retour à la réalité résonne lorsque la ville décide de recréer des zones où tout est écrit en coréen (voir Quoi de neuf en Corée du Sud ? du 13 janvier)En même temps, la génération qui mène la société actuelle n’est pas celle qui parle anglais, langue internationale. Cela n’aide par conséquent pas vraiment à mettre en place une politique d’intégration totale des étrangers. D’où une fracture avec d’un côté les Coréens, et de l’autre, les autres (et au milieu, quelques étrangers qui ont pris la nationalité coréenne mais qui sont perçus étrangement). Et si les Etats-Unis ont la main mise sur la péninsule Sud, comme le prouve le fait que la Corée propose plusieurs ondes radio nationales entièrement anglophones, les étrangers sont encore pris pour des êtres à part entière. Il n’y a qu’à prendre l’émission (et son nom) « 미녀들의 수다 » (discussion entre jolies filles) sur KBS2 pour comprendre que le Coréen a encore besoin d’en savoir plus sur l’étranger avant de l’intégrer totalement (émission qui consiste à inviter sur un plateau des étrangères maitrisant le coréen et parlant des coutumes ou de l’actualité coréenne). Pareil, nombre de documentaires sont proposés avec des suivis de familles binationales, permettant d’en savoir plus sur le comportement des étrangers et étrangères avec leurs compagnes ou compagnons coréens. Regardez ces émissions avec des Coréens moyens pour comprendre qu’ils sont toujours surpris de voir des étrangers agir si différemment des Coréens. Au niveau du monde des affaires, c’est la même chose. Souligner à de nombreuses reprises sur « Bienvenue en Corée du Sud » (La Corée du Sud est-elle un petit village Gaulois ?La Corée du Sud adopte Twitter, etc.), la Corée du Sud a développé ses outils et les défend bec et ongle. Les produits étrangers peuvent exister en Corée que s’il existe quelque chose en face : Naver versus Google, Me2Day versus Twitter, Cyworld versus Facebook, LinkNow versus LinkedIn, NateOn versus MSN Messenger, Samsung versus Apple, Hyundai-Kia versus Toyota… la liste est longue. Bref, en Corée du Sud, l’étranger reste un étranger. Une réalité bien loin de celle d'Arirang TV...

AROSMIK - 20110201
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