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La face cachée du pétrole

Eric LAURENT, journaliste et auteur de « La face cachée du pétrole » chez PLON est l’invité de Jean-Pierre Jacqmin, journaliste de la RTBF.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le faire précédemment, voici le texte intégral de l’interview :

Son choix musical : "Lindbergh" de Robert Charlebois

JPJ - Lindbergh, Charlebois, c’est évidemment les grands voyages en avion, c’est les années 60, les années 70, là où tout allait bien. Et vous arrivez avec un livre en disant, finalement et bien Charlebois, il ne va plus beaucoup voyager avec Pan American dans l’avenir.

EL - Je ne sais pas. Oui je pense en effet que c’est un livre qui est, vous savez factuel, ce n’est pas du tout un livre alarmiste. Donc je n’ai pas de thèse, c’est simplement du résultat d’une enquête, et c’est une enquête qui a duré près de 30 ans en fait. J’ai commencé à m’intéresser au pétrole, juste après le choc pétrolier de 73, j’ai pu comme ça pénétrer dans les arcanes, rencontrer les principaux justement acteurs, aussi bien à l’époque le Shah d’Iran, Saddam Hussein, les responsables des compagnies pétrolières, et donc voilà. Et ça m’a fasciné, parce que le pétrole est au cœur de tout, je veux dire, ce n’est pas seulement cette matière première stratégique qui a mis 500 millions d’années à émerger.

JPJ - Parce que ce que vous dites dans ce livre particulièrement, c’est quand même que toutes les guerres, j’allais dire depuis 150 ans, depuis qu’on sent ce qui peut y avoir derrière ce pétrole, c’est à dire tout ce qu’on peut raffiner, tout ce qu’on peut développer de société, je ne sais pas si on parlera de civilisation un jour du pétrole, mais de société du pétrole. Depuis 150 ans, toutes les guerres ont été quasi menées pour le pétrole ?

EL - Le pétrole est la clé de tout, c’est à dire notre croissance, notre prospérité actuelle, notre bien-être et également comme vous le disiez, les guerres, la première guerre mondiale.

JPJ - 14-18, c’est à cause du pétrole ?

EL - Ce n’est pas à cause du pétrole, mais la victoire est déterminante du coté allié, en raison justement de la puissance pétrolière apportée par l’Amérique, qui à l’époque est le premier producteur mondial. Il faut souligner d’ailleurs un fait assez fascinant, c’est que donc 80% du pétrole qui bénéficie aux armées alliées, vient donc des Etats-Unis. Et sur ces 80% de pétrole, près de 40% sont acheminés par une seule compagnie pétrolière, la plus puissante au monde à l’époque, la fameuse Exon de John Rockefeller. Et ce sera la même chose en 40-45.

JPJ - Et entre les deux, il y a démantèlement de l’empire ottoman, et ce démantèlement se fait, j’allais dire, sur les champs pétroliers avec les Français, les Britanniques qui essayent de se partager le Proche-Orient, dont on est toujours, je dirais issu, héritier maintenant ?

EL - Voilà, et c’est là où on a l’impression d’un éternel recommencement ou d’une continuation mais sans fin. Avant de devenir des pays, la Perse et l’Irak, sont d’immenses concessions pétrolières. Oman de consortium qui, pour sauver les apparences à partir d’un certain moment, crée des états qui sont des états fantoches. Mais l’anglo-iranien, Irak Petroleum Company, sont des puissances considérables, gigantesques, au point que d’ailleurs les véritables affrontements à l’époque sont entre compagnies américaines, compagnies pétrolières américaines, et compagnies pétrolières britanniques qui se partagent véritablement le monde. Et moi ce qui m’a aussi fasciné, c’est de découvrir à quel point le pétrole avait été crucial dans la stratégie des principaux dirigeants. Ça a été la clé.

JPJ - Là on pourrait dire, que là c’est logique Eric Laurent, on se dit quand même que finalement avoir le contrôle du pétrole pour faire la guerre, c’est quelque chose d’assez sain, d’assez intelligent. Est-ce que pour autant, ça veut dire que dirigeants du monde et entreprises pétrolières s’entendent pour nous faire ce que vous appelez, la face cachée du monde, cette espèce non pas d’escroquerie mais de chose cachée pour contrôler le pétrole, contrôler les prix à la hausse surtout pour avoir davantage de bénéfices ?

EL - Mais toute l’histoire du pétrole est une succession en effet de mensonges et de manipulations. Par exemple en 1928, les compagnies pétrolières, les grandes compagnies pétrolières, s’entendent pour créer un cartel, mais dans le plus grand secret. Ces compagnies s’entendent pour faire payer le pétrole, donc au plus cher, c’est à dire, le pétrole venant des Etats-Unis et embarqué dans le Golfe du Mexique, et donc quels que soit les trajets effectués par les tankers, et quel que soit le lieu d’approvisionnement donc en pétrole, ça peut être évidemment le Golfe persique, où là les prix sont moins élevés, on fait à chaque fois, payer le prix le plus élevé et la distance la plus longue, ce qui évidemment dégage des bénéfices considérables. Et alors pour en revenir à la guerre, par exemple durant la guerre, les compagnies pétrolières avec un cynisme incroyable, font payer aux navires de guerres alliés, c’est à dire américains et britanniques, qui en effet donc s’approvisionnent par exemple à Abadan, en Iran, etc., font payer justement au prix fort. Ce livre raconte en effet, le détail de l’histoire contemporaine à travers en effet, le fonctionnement des compagnies pétrolières, et le fonctionnement des pays producteurs aussi, qui a un moment donné, tente de prendre le pouvoir. Et ça c’est une histoire très intéressante, parce que c’est aussi une formidable manipulation.

JPJ - On voit par exemple Nasser arriver au pouvoir en Egypte, nationalisme arabe de type laïc, quelque chose que l’on rêverait d’avoir finalement maintenant par rapport à la montée de l’islamisme. Et Nasser parce qu’il veut prendre le contrôle des puits de pétrole, se fait casser.

EL - Nasser prône l’arme du pétrole, dans un livre qu’il a écrit, il explique que l’arme suprême des arabes, c’est le pétrole, et le contrôle des ressources naturelles. Mais que font les Américains ? Les Américains vont toujours pour contrer Nasser, et donc comme disait le panarabisme et le laïcisme nassérien vont favorisez l’islamisme. Déjà à l’époque, on voit très bien avec les frères musulmans en Egypte, donc qui sont financés par les Américains, et à travers déjà le régime saoudien, qui devient dès cette époque, le régime théocratique parfait, contrôlant la population et la muselant qui devient effectivement un interlocuteur parfait pour Washington.

JPJ - Le coup de Jarnac, c’est 1973, c’est l’OPEP qui décide tout seul dans son coin, en tout cas c’est l’image qu’on en a retenu, tout seul dans son coin, d’augmenter les prix du pétrole et de créer cette première crise pétrolière. Donc finalement, les Américains ne tenaient pas tant que ça les Saoudiens en laisse ?

EL - Sauf que la réalité est totalement à l’opposé, c’est à dire que ça, ce que vous venez d’énoncer c’est l’histoire officielle, telle qu’elle a été vendue aux opinions. Et la réalité, c’est qu’en fait, entre 1960, date de la création de l’OPEP, et 1973, donc date du supposé choc pétrolier malgré les tentatives donc des pays producteurs qu’on a présentés comme un cartel, il n’y aura pas la possibilité pour l’augmenter même de quelques centimes, le prix du brut. Et curieusement en 73, il y a un évènement considérable, qui passe inaperçu, c’est que les compagnies pétrolières ont un immense besoin de cash flow, et justement d’investissements.

JPJ - Pourquoi ?

EL - David Rockefeller, qui est le président de Chase Manhattan Bank, l’homme le plus puissant du monde occidental à l’époque, et qui représente les intérêts Rockefeller, donc les intérêts pétroliers, déclare à Rome en 73, les compagnies pétrolières vont avoir besoin de 3 mille milliards de dollars, mais pourquoi ? Mais pour des raisons simples, pour des investissements colossaux, notamment les investissements en Mer du Nord, par exemple les implantations Off-shore qui sont techniquement très compliquées à installer et qui nécessitent évidemment des sommes considérables. Le pipeline qui est envisagé en Alaska et qui va coûter 10 milliards de dollars, et certaines des grandes compagnies pétrolières sont prises à la gorge. Et j’ai découvert et je le raconte dans le livre, qu’en réalité, les compagnies pétrolières ont poussé les pays producteurs à la hausse, les a encouragés, en disant, « mais augmentez les prix du baril », et simplement les compagnies restaient évidemment dans l’ombre et faisaient porter évidemment, je dirais le chapeau en tout cas, la responsabilité aux pays producteurs.

JPJ - Donc vous voulez dire qu’on a augmenté le prix du baril et ça c’est la décision quelque part de l’OPEP dans la foulée de la guerre entre Israël et les pays arabes, parce que tout se fait toujours en même temps. C’est la même chose que Suez, la crise de Suez se fait en même temps que la crise hongroise, donc il y a toujours à ce moment là moyen de faire des coups bas, comme vous le dites. Mais comment si on augmente le prix du baril, comment est-ce que les compagnies pétrolières s’y retrouvent elles ?

EL - Mais elles s’y retrouvent très bien puisqu’on augmente le prix du baril, on augmente les bénéfices de ces compagnies. Donc ça leur permet de dégager effectivement des bénéfices, des cash-flows considérables, qui leurs permettent justement de rendre brusquement et miraculeusement rentable tous leurs investissements en Mer du Nord. C’est un hasard miraculeux comme il peut en survenir évidemment que dans le monde des affaires. Mais la réalité est toute autre aussi, c’est que les pays producteurs justement au delà de ce soi-disant embargo qui aurait quadruplé les prix du pétrole, les pays producteurs, ne vont jamais appliquer l’embargo, et notamment les plus déterminés d’entre eux, en apparence, l’Arabie Saoudite. L’Arabie Saoudite vend clandestinement le pétrole qu’elle a soi-disant sous embargo, vend clandestinement à travers des intermédiaires et des traders, aux pays qui sont soi-disant frappés par l’embargo, au premier rang desquels, notamment la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

JPJ - Et qui soutiennent Israël, officiellement en tout cas. ?

EL - Et qui soutiennent Israël exactement. Donc tout ça est un immense jeu de dupe et une totale manipulation.

JPJ - Alors vous dites, « grande manipulation », « face cachée », « tous les fils tenus par quelques uns du pétrole », ça tient la route, j’allais dire, jusqu’à la fin de votre livre où jusqu’au tout début plutôt, où vous dites finalement les réserves de pétroles, elles sont épuisées. C’est un peu incompréhensible, ils ont tellement bien dirigé leur barque. Comment cela se fait-il qu’on se retrouverait maintenant en pénurie assez rapidement ?

EL - Ils ont bien dirigé leur barque à partir effectivement des moyens qu’ils avaient, sur le terrain. C’est à dire sur le terrain, c’est dans le sous-sol. Or, le vrai problème, c’est qu’ils ont réussi à cacher le plus longtemps possible l’état réel des réserves. Et quand on regarde l’état des réserves prouvé, les chiffres présentés officiellement, sont totalement faux. Il faut le dire aujourd’hui avec la plus extrême clarté. En 1986, il y a eu une opération qui était un simple jeu d’écriture de la part des pays de l’OPEP et qui a consisté à augmenter de 65% le montant de leur réserve. Et on vit sur cette fiction depuis maintenant 20 ans. Et simplement, ça ne correspond à aucune réalité, c’est à dire que par exemple, l’Arabie Saoudite, qui avait 160 milliards, présenté comme le premier pays producteur, qui avait 160 milliards de barils de réserve prouvés, à la suite de cette manipulation, en a maintenant 260 milliards, donc de barils. Mais simplement, cela ne correspond à rien, à aucune réalité. Et là on est véritablement sur un volcan, parce que tout le monde a intérêt à mentir : les pays producteurs, les compagnies pétrolières qui elles aussi ont totalement travesti les montants de leur réserves : par exemple Shell qui s’est fait prendre la main dans le sac, en ayant surévalué de 23% le montant de ses réserves. Les gouvernements des pays consommateurs sont d’une extrême lâcheté, bien entendu et très mal préparés à cette situation, et il n’y a aucun intérêt à mécontenter leur opinion.

JPJ - Oui mais dans combien de temps est-ce qu’on va se retrouver en pénurie ? Rapidement ?

EL - Dans peu de temps, il faut être très clair. Regardez le cas des Etats-Unis, qui a été pendant très longtemps le pays producteur mondial, c’est un pays qui atteint le pic pétrolier en 1970. Aujourd’hui la production pétrolière américaine est quasi existante. Le pétrole de la Mer du Nord a disparu, on peut le dire quasiment. Vous prenez le cas de pays considérés effectivement comme de gros producteurs, je veux parler de l’Arabie Saoudite, où les chiffres sont faux. Mais prenons le cas de la Russie, tous les chiffres concernant la production pétrolière russe, sont complètement inexacts, on sait très bien qu’il faut les diviser minimum par deux. Et les chiffres sont tellement grave, les chiffres du déclin pétrolier russe, sont tellement graves qu’aujourd’hui Poutine, depuis 2002 a pris une loi qui interdit effectivement la divulgation de ces chiffres, considérés comme secret d’état. Et quand parle effectivement d’alternative, l’Afrique, on parle beaucoup de l’Afrique, on regarde : les réserves prouvées représentent 4,5% de la consommation mondiale. Et on dit qu’en Afrique, il pourrait y avoir peut-être - mais on ne sait pas - 70 milliards de barils, donc mais ce chiffre est probablement très improbable. Mais supposons, gardons-le, 70 milliards de barils, vous savez combien ça représente ? Ça représente un peu plus de 2 années de consommation mondiale. Donc il faut être sérieux. Aujourd’hui nous allons continuer à trouver probablement du pétrole, mais de petits gisements.

JPJ - On parle de sable bitumineux dans lesquels on pourrait extraire, où ça coûterait beaucoup plus cher, mais il y a encore du pétrole ?

EL - Oui on peut trouver, effectivement, mais ce n’est pas impossible ; mais le vrai problème auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, c’est que nous avons une explosion de la demande et de la consommation mondiale avec l’arrivée justement de pays comme la Chine, qui sont évidemment dévoreur d’énergie et cette consommation elle coïncide avec un déclin énorme et extrêmement rapide de la production. Pour 6 barils aujourd’hui que nous consommons chaque jour, il y a un seul baril découvert.

JPJ - Donc on vit complètement sous les réserves. Mais combien de temps, parce que certains disent qu’on en a pour 25 ou 50 ans ?

EL - Non c’est une plaisanterie, c’est une plaisanterie absolue, et c’est une plaisanterie qui est d’une gravité extrême parce qu’on ne joue pas avec ce genre de choses, je veux dire, on ne peut plus tenir ce genre de langage. Pendant des années, on a diabolisé effectivement et on a marginalisé les gens qu’on considérait être comme des Cassandre et aujourd’hui, on voit très bien que même les organisations qui sont les plus alignées sur les mondes pétroliers reconnaissent qu’en effet, on arrive à la fin du pétrole. L’Agence Internationale de l’Energie, qui a fait vivre le monde entier dans l’optimisme et langue de bois, aujourd’hui tient un discours beaucoup plus, je veux dire beaucoup plus réaliste en disant, d’ici 2010, il faut savoir que le déclin des pays non OPEP sera total. Et il n’évoque pas le cas de l’OPEP qui évidemment est très gênant parce que c’est encore plus grave et le ...

JPJ - 2010 donc 4 ans, 3 ans... on n’aura pas le temps de retourner complètement la société industrielle...

EL - Mais oui, mais attendez 2010, moi même j’ai tendance à penser que c’est probablement, ça risque même d’être plus rapide, je ne veux pas être apocalyptique mais c’est, au point que le chef économiste de l’Agence internationale de l’Energie qui n’est pas vraiment un plaisantin, dit, vous savez, le pétrole, c’est comme une petite amie qu’on sait un jour qu’elle vous quittera et qu’elle vous brisera le cœur. Et donc il vaut mieux la quitter avant, il vaut mieux faire la même chose avec le pétrole. Simplement, c’est vrai que c’est des propos très sensés... Mais voilà, c’est des propos très sensés qui auraient du être tenus il y a 10 ans, et voilà, c’est ça la gravité de la situation et où j’incrimine énormément les politiques, ce livre est à mon avis, est fait pour révéler une situation extrêmement préoccupante parce que les journalistes ne sont pas là pour plaire au pouvoir quel qu’il soit, pouvoir politique, économique ou financier.

Ensuite, les auditeurs ont eu la parole et se sont accrochés avec l’auteur du livre pour contester la véracité de son enquête. Je crois qu’après l’article concernant le 11 septembre 2001 qui revenait sur les idées officielles, celui-ci ne pouvait pas mieux tomber. Quand on avoue en plus qu’il n’y a pas de véritable alternative au pétrole, ça va "pétroler" un maximum pour trouver du liquide à se mettre dans le réservoir.

"Vérité dans un temps, erreur dans un autre", Montesquieu

"La plupart de nos affections reposent sur des malentendus réciproques", Abel Hermant


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57 réactions à cet article    


  • jcm (---.---.198.112) 29 mars 2006 15:19

    Achetons prairies et équipages, avant que le cours du cheval atteigne des sommets !


    • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 15:27

      Bonjour, Merci pour ce commentaire tellement raffraichisant ! J’adore. Il a fait rire toutes les personnes autour de moi. A+


    • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 16:17

      Salut Demian, Désolé de t’avoir fait sauter le bouchon. Après le 11/9 voilà l’once de mazout. 1 once = 28,3495231 grammes et au prix actuel du gramme, ça va pleurer dans les chaumières. Je m’en vais demander ce qu’il faut faire pour convertir ma tire en transport électrique avec un peu de fission nucléaire en arrière train. Eric Laurent, l’auteur de l’article a pris à peu près 5 ans pour écrire son livre. Je l’ai écouté en radio, j’ai entendu les accusations des auditeurs ensuite qui l’accusait de Cassandre. Le malheur, c’est qu’il n’avait vraiment pas l’air d’aimer les fumisteries. Le livre va m’intéressé, je sens cela. Cor_diablement, A+


    • jalex78 (---.---.254.6) 29 mars 2006 16:14

      Bonjour,

      Je ne suis pas absolument convaincu par l’interview de ce Mr. 

      Qu’en est il des techniques de récupération du pétrole dans les nappes ? Ont-elles évolué ? Permettent-elles dorénavant de ne plus seulement récupérer le pétrole à la verticale du forage mais aussi à l’horizontale du forage ?

      Si les techniques ont évolué, alors le risque de pénurie en pétrole n’est vraisemblablement pas pour 2010 ...

      Ceci dit, qu’en est il des biocarburants ? le pétrole est un polluant, à tous les points de vue, alors que l’alcool de betterave qui fonctionne comme carburant ne l’est pas autant ! et surtout coûte beaucoup moins cher, est facile à produire (surtout pour nous, la France, 1er producteur mondial de betterave !).

      Bonne journée.


      • olivier (---.---.229.136) 29 mars 2006 16:28

        Meme en couvrant le france de betteraves nous n’arriverions pas a subvenir a nos besoins en energie Changer les usages que l’on fait de l’energie parait une solution plus raisonnable.


      • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 16:34

        Bonjour, Comme je viens de le dire, j’ai écouté les questions-irritations des auditeurs. La question très technique que vous mentionnez concernant les nappes n’est pas venue. Je ne peux vous répondre personnellement. Le livre peut-être ? Au sujet du bio-carburant, par contre, la réponse à la question a été très posée : actuellement, colza, betteraves ne peuvent qu’apporter un surplus de 2% max aux besoins de nos belles voitures. Pour augmenter le volume et la production, peut-être faudra-t-il convertir tout nos champs en champs de colza. La betterave sucrière, nous en avons des champs entiers. Donc, rouler ou manger, faudra choisir. Comme le sucre n’est pas bon pour la santé, c’est prouvé, on va faire d’un pierre deux coups : moins de pollution et moins de diabètes. A+


      • olivier (---.---.229.136) 29 mars 2006 18:39

        effectivement apres « boire ou conduire », on pourra dire « manger ou conduire »


      • dmx (---.---.5.80) 30 mars 2006 10:02

        Parmis les références citées par E. Laurent, il y a le livre de Matthews Simmons (un banquier du pétrole)

        « Twilight in the desert »

        Dans ce livre, il explique comment le pétrole est extrait, en Arabie Saoudite en tous cas. Si vous voulez comprendre toutes les difficultés de l’extraction, lisez ce livre. Vous comprendrez qu’il ne suffit pas d’espérer un progrès technique.

        Par exemple, il arrive un moment ou, pour un gisement donné, extraire un baril de pétrole coûte plus d’un baril (énergétiquement parlant) quels que soient les moyens mis en oeuvre. A partir de ce moment là, le pétrole de ce puit n’est plus une source d’énergie. Et le gisement est abandonné faute de rentabilité énergétique.

        Ce moment arrive en général bien avant l’extraction complète de tout le pétrole du gisement d’où diverses notions de réserves prouvées, réserves ultimement extractibles etc etc

        Confondre la physique d’un gisement de pétrole et celle d’un réservoir d’essence est une erreur que nous allons collectivement payer aussi cher que tout ce que le pétrole a pu nous apporter en développement. Je suis en parfait accord avec les conclusions de EL.

        Les « optimistes » prédisent que le pétrole aura disparu dans 50 ans (bien-sûr son prix aura explosé bien avant). Sans pétrole, la Terre ne peut alimenter plus de 2 milliards d’être humains (« Eating fossil fuels » de Dale Allan Pfeiffer). Nous sommes 6,5 milliards aujourd’hui.

        Donc (en c’est pour ça que j’ai mis optimistes entre guillemets), dans 50 ans au plus, 4,5 milliards d’humains vont devoir mourrir, d’une manière ou d’une autre (d’habitude c’est guerres, famines, ou épidémies).

        L’éternel progrès est une bulle spéculative. Elle est bien plus dépendante de réserves d’énergies infinies que des capacités techniques de l’homme. En effet, tous les progrès conduisent in fine à une augmentation de la consommation globale d’énergie, même les progrès en matière d’économie d’énergie : c’est la paradoxe de Jevons.

        Cette bulle spéculative est sur le point d’exploser et les conflits qui se mettent en place (Afghanistan, Irak, ... Iran, Chine, Russie) et leurs prétextes ... ne sont que les symptomes de « Peak Oil ».

        « Deal with reality or reality will deal with you »


      • Z (---.---.107.65) 30 mars 2006 12:02

        dmx, vous dites : « Sans pétrole, la Terre ne peut alimenter plus de 2 milliards d’être humains ( »Eating fossil fuels« de Dale Allan Pfeiffer). »

        Pouvez-vous expliciter le raisonnement ici s’il vous plait ? Ou bien dois-je lire l’ouvrage que vous citez ? Je n’arrive pas trop à voir le lien entre pétrole et nourriture. Bien sûr nos sociétés modernes sont basées sur une agriculture hautement automatisée, donc consommatrice de pétrole notamment, mais à la base, les plantes (qui sont la base de la chaîne alimentaire) n’ont pas besoin du pétrole pour pousser (un peu d’eau, un peu de lumière, un sol digne de ce nom, et zou !). Pour l’instant les surfaces cultivables sont là, et permettent de nourrir (plus ou moins bien...) les 6.5 milliards d’humains qui vivent actuellement.

        Merci de m’éclairer si quelque chose m’échappe.


      • Dmx (---.---.8.124) 30 mars 2006 12:48

        Bien-sûr je vais être plus explicite mais je vous conseille quand même de lire l’article de Dale Allan Pfeiffer que j’ai traduit en français ici (tellement je le trouve important) :

        http://dlarchey.free.fr/eatingoil.pdf

        Mon résumé est forcément partiel. Deux points sont essentiels à comprendre. 1/ le pétrole intervient PARTOUT dans notre société « évoluée », en particulier dans l’agriculture qui en consomme plus de 15% à elle seule. 2/ c’est uniquement grâce à lui que nous sommes si nombreux.

        Pour résumer, toute la chaine agricole moderne est une gigantesque machine à transformer du pétrole et du gaz naturel en nourriture pour les hommes. Le pétrole n’intervient pas uniquement dans le transport des marchandises. Ainsi :

        Les engrais sont fabriqués à par de gaz naturel (matière première) et de pétrole (fabrication), les pesticides sont fabriqués à partir de pétrole. Le pompage de l’eau, le séchage des céréales encore le pétrole etc etc ...

        Aujourd’hui, quand vous consommez 1 calorie en mangeant votre soupe par exemple, c’est 10 calories de pétrole qui ont été utilisées dans le processus qui a mis la soupe dans votre assiette.

        Tout celà est le produit de la « révolution verte » qui a consisté à remplacer l’énergie solaire par des énergies fossiles pour faire croître les plantes. Avant, les plantes tiraient leur énergie du soleil (les engrais naturels existaient mais ils provenaient eux-mêmes de plantes dégradées). Sans autre source d’énergie à grande échelle, l’énergie solaire disponible sur les surfaces cultivables ne suffira pas à nourrir plus de 2 milliards d’humains.

        Mais s’il est exacte que les plantes n’ont pas besoin de pétrole pour pousser, sans engrais, sans pesticides, sans machines, les rendements vont s’EFFONDRER. (L’énergie doit bien venir de quelque part ... elle ne peut pas apparaître du néant, si ce n’est de celui qui rempli le cerveau des économistes.) La population s’est adaptée à cette agriculture pétro-dépendante. Elle va devoir s’adapter à une agriculture sans pétrole. Cela répond-il à votre question sur les surfaces cultivables ?

        On peut essayer d’étendre plus les surfaces cultivables pour capter plus de soleil mais ça na va pas être facile, elles sont déjà presque toutes exploitées et il faut de l’eau à proximité. Elle aussi pose des problèmes. Les nappes phréatiques sont en très mauvais état et la terre arable a été complètement dégradée par l’agriculture intensive. Elle joue essentiellement le rôle d’éponge à engrais.

        Je vous préviens, il n’existe pas de solution simple au problème de la déplétion pétrolière car notre prospérité est fondée sur le pétrole bien plus que sur notre intelligence : la richesse vient de la Terre, et la notre, de l’exploitation qu’on en fait.

        Bien-sûr c’est difficile à avaler mais comme dit, nier la réalité ne change pas la réalité.


      • L'enfoiré L’enfoiré 30 mars 2006 13:26

        DMX. Mille mercis pour cet éclairage. Il nous fait revenir à un peu moins d’arrogance. La terre nous a fourni tellement de bien être que nous en oublions son existence et ses exigences. Ingratitude notoire. Nous espérons dans la conquête de l’espace des recours possibles, une échapatoire possible. Mars apparemment ne pourra nous sauver de quoique ce soit. Trop tard de ce côté. Donc on devra aller plus loin encore. Malheureusement, pour y aller, il faudra encore beaucoup de combustible. (pétrole, kérosène, nucléaire...). Arriverons-nous dans les temps ? Pour un peu mettre de l’humour qui commence vraiment à manquer (à juste titre) dans notre forum improvisé, laissez-moi vous soumettre une blague (que j’ai envoyé à notre patron) : Question : « Pourquoi, cherchons-nous s’il y a de la vie sur Mars ? » Réponse : « Pour savoir si on peut y trouver des clients bien riches et des travailleurs pas trop chers ».

        Vous ne l’a trouverez pas ailleurs, celle-la. Elle est de mon propre cru. A+


      • jcm (---.---.86.181) 30 mars 2006 13:59

        Globalement d’accord avec DMX.

        Il y aurait néanmoins des moyens applicable immédiatement et qui permettraient de réduire très fortement à terme la dépendance de l’agriculture au pétrole.

        Moyens dont certains sont d’ailleurs employés dans certains pays (par exemple réduction très forte de l’utilisation de pesticides dans les pays du nord de l’Europe) sans diminution du revenu des agriculteurs (mais en général avec une diminution assez modeste des rendements).

        Les techniques d’agriculture biologique ont connu de très grands progrès ces dernières années et il y a des pistes assez peu explorées (en Europe du moins) comme le Bois Raméal Fragmenté (Voir liens Fertilisation sur cette page), ou la Terra Preta qui pourraient conduire à de substantielles économies d’intrants, et ce ne sont que deux exemples.

        Seulement la mise en place de ces techniques ne pourra se faire, dans la plupart des cas, que sur les sols abiotiques ou presque, très fortement dégradés en tous cas, sur lesquels se pratique l’agriculture actuelle.

        Et la restauration de ces sols ne se fera pas en une saison : elle pourra demander de 1 à 6 ans selon les cas, le plus souvent au moins 3 ans, d’après ce que l’on peut lire des expériences qui ont été faites en différents endroits.

        Ce n’est pas le seul problème : la mentalité des agriculteurs devra changer, ainsi que les savoirs mis en oeuvre et il est à craindre que cela puisse prendre pas mal de temps, plus qu’il n’en faudrait pour obtenir la régénération des terres car certains modes de cultures demandent des connaissances très fines (et des matériels différents de ceux les plus communément utilisés).

        Il y a donc plusieurs sources de délais qui pourraient bien ne pas s’accorder avec le timing d’une montée du prix du pétrole vers des sommets tels que les agriculteurs pourraient être réduits à l’inaction, faute d’intrants et de carburant.

        Peut-être serait-il temps de « faire comme si »... ?


      • Z (---.---.107.65) 30 mars 2006 17:10

        Merci beaucoup Dmx pour les précisions et l’article joint.

        Il y a encore quelque chose qui n’est pas clair pour moi en terme de bilan d’énergie. Vous dites que les engrais fournissent de l’énergie aux plantes, parce que, l’ensoleillement étant constant, le surplus d’énergie consommée par la plante qui augmente son rendement doit bien venir de quelque part. Mais une plante ne capte pas 100% de l’énergie solaire qu’elle reçoit, elle n’en capte qu’une fraction, qu’on appelle FPAR (Fraction of Photosynthetically Active Radiation) dans mon « milieu » (télédétection spatiale). Il me semble que le rôle de l’engrais est plutôt d’augmenter cette FPAR plutôt que d’apporter de l’énergie en tant que telle (fertilité = capacité à capter l’énergie solaire ?). Donc l’énergie consommée pour la fabrication d’engrais n’a pas de lien direct avec l’énergie consommée par la plante, car elle n’est pas « contenue » dans l’engrais. Je voulais juste corriger ce qui me semble être un erreur dans votre raisonnement.. à moins bien sûr que l’erreur soit de mon côté, car je ne suis vraiment pas un spécialiste de la chose. A proprement parler, nous ne mangeons donc pas de pétrole, nous mangeons juste plus de soleil ! Mais ceci est rendu possible pour l’instant par une consommation parallèle de pétrole. Il existe peut-être des moyens d’augmenter la FPAR (soit en améliorant les variétés de plantes, soit en fertilisant le sol,...) sans consommer autant d’énergie. Ce qui nécessiterait dans tous les cas des réformes complètes de nos modes de vie.

        Il n’en reste pas moins que notre agriculture est actuellement extrêmement pétro-dépendante, et que c’est une plaie pour l’avenir proche.

        Ca fait un argument de plus que je suis obligé de mettre dans mon baluchon pour partir en croisade contre notre société de consommation et son utilisation du pétrole. C’est fatigant, j’ai l’impression que ce baluchon ne s’allège jamais. Pourtant j’essaye d’être objectif.


      • dmx (---.---.5.80) 30 mars 2006 21:12

        J’ai quelques doutes sur votre interprétation du FPAR ... Quid de l’agriculture sous serres, sans terre ? Pour moi, l’engrais fournit de l’énergie à une plante. Peut-être qu’il augmente aussi sa capacité de captage du soleil. Ca doit être marginal ... mais il est vrai que certains rêvent peut-être d’être sauvé par les OGM. Surtout ceux qui en vendent.

        Les engrais sont fabriqués à base de nitrate très énergétiques, vous savez le truc qui a explosé chez AZF.

        Voici un extrait de « Eating fossil fuels » :

        Entre 1950 et 1984, alors que la révolution verte transformait l’agriculture à travers le monde, la production mondiale de grains a augmenté de 250 %. Ce chiffre indique une augmentation énorme de la quantité de nourriture disponible pour les hommes. L’énergie additionnelle n’est pourtant pas venue d’une augmentation de l’ensoleillement, ni même de l’extension des terres agricoles. L’énergie nécessaire à la révolution verte a été produite grâce aux énergies fossiles sous la forme d’engrais (gaz naturel,) de pesticides (pétrole,) et de l’irrigation motorisée.


      • olivier (---.---.229.136) 31 mars 2006 10:32

        @dmx, merci pour « Eating fossil fuels », c’est credible a mon avis. J’ai bien peur qu’on s’oriente la solution de baisse forcée de population et donc vers des guerres pour l’eau et la nourriture. Certaines populations pas aussi bien armés que nous n’auront point leur mot a dire. Aurais tu d’autres lectures de ce type ?


      • Dmx (---.---.8.124) 31 mars 2006 11:12

        Quelques sites

        From the Wilderness (origine de « Eating fossil fuels »)

        The Energy Bulletin

        The Oil Drum

        Association for the study of Peak Oil and Gas

        The wolf at the door (existe en français)

        Quelques livres :

        « Petrodollar Warfare » (William Clark)

        « Twilight in the Desert » (Matthew Simmons)

        « Crossing the Rubicon » (Michael Ruppert)

        « Sorrows of empire » (Chalmers Johnson)

        « Hegemony or survival » et « Imperial Ambitions » (Noam Chomsky)

        « Confessions of an Economic Hit Man » (John Perkins)

        Et en français :

        « Apres l’empire » (Emmanuel Todd)

        « Pétrole Apocalypse » (Yves Cochet)

        Bonne lecture


      • hugo (---.---.62.50) 14 avril 2006 09:57

        votre information sur pétrole et agriculture est pertinente. des chercheurs se sont penchés dès les années 1960 sur la balance énergétique entre la dépense pour produire la nourriture et ce qui est récupéré dans l’assiette. L’ingénieur américain David Pimentel a été un pionnier dans cette voie : il démontrait que le paysan traditionnel dépensait une calorie pour en récupérer 16 dans son assiette, tandis que l’agriculture mécanisée dépensait effectivement 9 à 10 calories pour en récupérer une seule dans l’assiette. Il ajoutait que si on étendait le mode alimentaire occidental à toute la planète, la production alimentaire absorberait à elle seule 85% de l’énergie disponible.


      • jcm - Freemen (---.---.0.86) 22 avril 2006 10:02

        « Pour moi, l’engrais fournit de l’énergie à une plante. »

        Il me semble que ce n’est pas exactement cela !

        Si la production de certains engrais est coûteuse en énergie, ce qui est avéré, ce que ces engrais apportent à la plante n’est pas de l’énergie mais des éléments nutritifs particuliers, et non substituables à un apport énergétique fourni sous une autre forme.

        En fin de compte il n’est pas possible de cultiver en apportant plus de soleil et moins d’éléments nutritifs : il faut la quantité appropriée de chaque.

        Cependant les apports d’engrais ne sont peut-être pas une nécessité incontournable, en tous cas les apports massifs pratiqués actuellement sur des sols à peu près inertes sont un contresens énergétique.

        Un sol se construit et peut se régénérer : cela s’appelle la pédogénèse.

        Or les pratiques agricoles actuelles semble faire tout leur possible pour qu’il n’y ait pas pédogénèse, notamment en détruisant par divers moyens tout ce qui la permet (structure verticale du sol malmenée par le labour profond, destruction des micro-organismes acteurs de la pédogénèse...).

        Diverses voies sont explorées afin de restaurer les sols en agriculture biologique, et l’on s’aperçoit qu’une agriculture utilisant beaucoup moins de pétrole (notamment via engrais et pesticides, mais aussi sans labours profonds)est possible et rentable dans les conditions actuelles si elle est bien conduite (ce qui exige de bonnes connaissances).

        Plus de documentation en consultant le lien ci-dessous (plus de 200 liens en référence sur les questions énergétiques).

        Notamment la technique du Bois Raméal Fragmenté, expérimentée actuellement en Belgique sur plusieurs hectares, pourrait procurer d’énormes avantages en matière de dépenses de carburants pour l’agriculture.


      • olivier (---.---.229.136) 29 mars 2006 16:24

        Ou bien lisons « le plein s’il vous plait » de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean (ISBN : 2020857928). Les auteurs exposent l’idée d’une taxe progressive qui servirait financer la recherche et aurait comme effet de bord non négligeable de changer en douceur le comportement des cigales que nous sommes. Encore faudrait-il des électeurs sensibilisés au probleme et des politiques moins orientés sur court terme que represente le prochaine echeance electorale.


        • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 17:55

          Bonjour, Une taxe, mais bien sûr. La recherche n’a probablement pas attendu cette « manne » financière pour agir. Mais les résultats, le lancement du « Eureka », n’est pas encore à l’ordre du jour. L’argent ne permet pas nécessairement tout et la science a aussi son mot à dire. L’histoire de homme prouve que celui-ci a toujours pu s’en sortir, parfois avec grande difficulté. Quand il faut trouver, on s’y met. Malheureusement, ce qui est énervant, c’est qu’il n’y a pas si longtemps (20 ans max) des voitures consommaient 20 litres d’essence au moins au 100 kms. Qu’une guerre en Irak s’est terminée en « terre brulée » avec des stations de pompages en feu et des millions de litre partis en fumée. L’incendie de Londres dernièrement ne doit pas être en reste non plus. Dans le besoin, quand la dernière goutte sera là, bien sûr il faudra bien s’y mettre à l’économie. Sorry, pour penser le faire aujourd’hui ou haros sur ceux qui ont dit qu’« on avait le temps d’y penser ». A+


        • olivier (---.---.229.136) 29 mars 2006 18:37

          oui les voitures consommaient 20l il y a 20 ans. oui la consommation d’une voiture a diminué. mais il y a beaucoup plus de voiture. Du coup globalement on consomme plus. Votre raisonnement, c’est du marketing. Airbus se vante de faire des avions qui consomment moins. C’est un argument de vente. Certes, mais dans le meme temps on multiplie le traffic aerien. C’est sur que pouvoir aller a tahiti quand bon me semble, c’est une liberté. Est-ce que ca a un interet ? ca depend des points de vue mais je dirai non Est-ce que il y a 20 ans on etait plus malheureux de ne pas pouvoir aller a tahiti quand ca nous chantait ? il semblerait que non Est-ce que ca pollue ? enormement

          De toute facon ce que je trouve interessant dans l’idee d’une taxe progressive c’est quelle laisse le temps a tout le monde de se preparer. Si on monte le prix du petrole, nous prendrons en compte, par exemple, le cout des trajets travail/domicile lors de l’achat d’un logement. Du coup, il y a fort a parier que nous essayerions d’habiter plus pres de notre travail ce qui diminuerai notre consommation de petrole. De maniere plu generale, nous modifierions nos habitudes de consommation. Nous acheterions des produits locaux puisque que le cout du transport de marchandise deviendrait significatif sur le prix de la marchandise. Si nous attendons la fin du petrole, le changement sera brutal et c’est bien dans ce cas que nous aurons un probleme insurmontable : en cas de changement brutal

          Ceci dit je vous recommande le livre de monsieur Jancovici et son compere. Ils racontent tout cela bien mieux que moi


        • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 19:51

          Je ne voulais pas être « Marketeur ». Votre réajustement quantitatif dans le temps est exact dans ses résultats. Nous aurions pu temporiser l’échéance, c’est tout.

          Les prix du voyage de masse ont baissé, c’est dans l’air du temps du loisir. Bourrer les avions augmente les performances sur le prix. C’est donc le sens contraire qui a été préconisé. Un mal ? Question de société. Vivre ne nécessite que très peu de chose, mais...

          La distance domicile-travail pose 2 réponses :
          - beaucoup de professions devraient pouvoir se faire via un PC + Internet = chez soi. Moins de m2 de bureau, patrons gagnant aussi.
          - les sociétés sont généralement centralisées dans les villes, là où les loyers sont les plus élévés.

          Limités les transports : d’accord, le problème est le consommateur a pris l’habitude d’obtenir sa marchandise dans un délais court. Les camions sont de véritables stocks ambulants.

          Je suis en train de lire Jancovoci, merci pour l’info A+


        • olivier (---.---.229.136) 30 mars 2006 09:24

          oui je suis d’accord, le fond du probleme se sont nos habitudes. En fait pour etre plus exact il s’agit surtout de nos confortables habitudes. Et oui je sais bien que generalement habiter a proximité de son travail a un cout elevé. Donc la vraie question, sommes nous pret a perdre du pouvoir d’achat (e.g. du confort) ? De toute facon il faudra de gré ou de force puisque notre confortable pouvoir d’achat est en grande partie basé sur une ressource finie vouée a disparaitre.


        • Dmx (---.---.8.124) 30 mars 2006 17:03

          Pouvons-nous dire en toute confiance que nos habitudes nous appartiennent ... je veux dire nos habitudes de « riches » profitent à ceux qui les exploitent pour faire de l’argent ... Ont-ils intérêt à ce que ces habitudes changent et que nous devenions économes ? Pour rappeler la phrase marquante d’un économiste à la conférence Peak Oil à Paris en 2003, Maarten van Mourik :

          « It may not be profitable to slow decline »

          Des cyniques comme ça ne vont pas cesser de nous pourrir la vie ... on risque bien d’être obliger de leur couper la tête smiley


        • L'enfoiré L’enfoiré 30 mars 2006 17:12

          Merci de nous le rappeler que nous faisons partie d’un Système. Il nous est et sera très difficile de sortir de l’engrenage dans lequel le commerce, le besoin de produire pour exister et pour ne pas mourir, la publicité qui vante ce qui serait bien pour nous pour suivre le « politiquement correct ».


        • jcm (---.---.86.181) 29 mars 2006 17:11

          @ L’enfoiré > Pour le cheval, très heureux d’avoir fait rire étant donné que mon intention n’était pas de faire pleurer !

          « Au sujet du bio-carburant, par contre, la réponse à la question a été très posée : actuellement, colza, betteraves ne peuvent qu’apporter un surplus de 2% max aux besoins de nos belles voitures. »

          A peu près oui, sans compter que les solutions biocarburants telles qu’envisagées en France aujourd’hui deviendraient assez inopérantes en cas de forte hausse du pétrole car elles sont très dépendantes de ce pétrole.

          Double dépendance : elles ne sont pas rentable si le pétrole reste abordable, elle ne le seront plus au delà d’un certain seuil (méthodes culturales avec forts volumes d’intrants d’origine pétrolière, transformations importantes de la matière première, multiplication des transports...).

          Ces solutions ont un faible rendement thermodynamique (ce qui est quand même un grave écueil !) par rapport aux huiles végétales pures (HVP), et elles auront un rendement social bien inférieur à celui de cycles de production / consommation beaucoup plus localisés (HVP), quasi artisanaux (c’est possible tout en respectant des normes de qualité), une localisation qui deviendrait un grand avantage en cas de forte crise pétrolière (à laquelle correspondrait une crise de l’emploi accrue).

          J’ai rédigé une saga du biocarburant il y a quelques mois, alimentée de plus de 200 liens en référence (voir lien ci-dessous).

          Texte au fil de mes recherches, il m’a entrainé à des considérations très variées qui illustrent le fait qu’on ne peut poser la question des biocarburants en dehors du contexte général de la société et des crises qu’elle pourrait subir (pénurie pétrolière).

          Une pénurie pétrolière sévère ferait de nous tous des personnes pauvres et fort démunies faces à des problèmes que la plupart d’entre nous ne semblent même pas imaginer, insolubles sans une source d’énergie abondante et concentrée, comme l’est le pétrole enore maintenant.

          Et c’est cette imagination, probablement, qui fait le plus défaut à ceux qui prennent les décisions de privilégier certaines solutions qui risquent de nous apparaître comme totalement inopérantes le jour où nous serions pauvres et démunis : des solutions de « riches » qui ne fonctionnent qu’alimentées par la richesse (pétrole).

          Je n’envisage pas ici de promouvoir des « solutions de pauvres » au sens où elles seraient de petits bricolages rudimentaires (qui verraient toutefois le jour en cas de pénurie) mais des solutions qui s’avéreraient efficaces en utilisant moins d’énergie.

          Il semble qu’un certain nombre de pistes existent (recensées dans mon document) qui répondraient à cette caractéristique et présenteraient de nombreux avantages même hors d’une période de crise.

          Tout le problème est que la mise en oeuvre de ces solutions ne pourrait en aucun cas être instantanée : il y aurait un délai de plusieurs années entre leur introduction et le moment où elles atteindraient un rendement satisfaisant.

          Une autre face du problème est que si nous ne les mettons pas très vite en place elles nous feront cruellement défaut, jusqu’à menacer notre sécurité alimentaire, si une pénurie de pétrole très forte survient.


          • L'enfoiré L’enfoiré 29 mars 2006 17:57

            Tout a fait d’accord. Le temps, maintenant, c’est ce qui manque cruellement le plus.


          • Z (---.---.107.65) 29 mars 2006 18:07

            « Ou bien lisons »le plein s’il vous plait« de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean »

            Permettez-moi de vous suggérer, en plus, une (ou plus vraisemblablement plusieurs) visite(s) sur le site de Jean-Marc Jancovici, archi-complet sur tout ce qui concerne les problématiques Energie et Climat. Il s’agit à mon avis de l’information la plus sérieuse (entendre objective) et abordable disponible sur le sujet sur le net. Ca permet notamment de réfléchir sur les ordres de grandeur pour comprendre une fois pour toutes que de réelles alternatives au pétrole, qui permettraient de garder la même consommation d’énergie que maintenant de façon durable, n’existent pas vraiment (reste à définir la notion de « durable »), si j’ai bien compris. Enfin, encore faut-il avoir envie de le savoir... De toute façon, il vaut mieux que vous vous fassiez une idée par vous-même. Le lien : www.manicore.com


            • reitnalp (---.---.185.93) 29 mars 2006 22:05

              La pénurie, ça n’est pas le robinet qui se ferme d’un seul coup, c’est la demande qui surpasse l’offre. Et alors, que se passe-t-il ? Les prix montent, les spéculateurs entrent en jeu (notamment les fonds de pension qui achètnt de la matière première, bien moins risqué que d’investir dans des entreprises à l’avenir hasardeux, aux salariés récalcitrants ...) et les prix prennent de l’altitude. Le pétrole était à moins de 30$ en 2003, 66$ aujourd’hui : +110%. Au lendemain de Katrina les banques d’affaire évoquaient le barre des 100 dollars. Aujourd’hui le super est à « dix balles » et personne ne tire la sonnette d’alarme, les dirigeants jouent les autruches. Donc le vrai risque : emballement des prix, hyper-inflation etc.. Pour des pays hyper-endettés (suivez mon regard), ne serait-ce point un excellent moyen de se débarasser de leur dette ? J’ai lu à peu près tout ce qui existe en Français sur la problématique du pic pétrolier, le meilleur : « La vie après le pétrole » de Jean Luc Wingert : abordable, neutre, scientifique, sans polémique politicienne. Gardez un oeil sur les cours du pétrole et du dollar, tout se joue là.


              • (---.---.229.136) 30 mars 2006 09:08

                mais je le veux a 3 euros le litre le petrole. Le petrole est une drogue et il faut arreter d’en consommer comme nous le faisons. Un petrole cher ca a le merite de poser le probleme de son remplacement. Un petrole abordable pour tous et a coup sur on enterre le probleme. Il va falloir que l’idée fasse son chemin pour que les politiques agissent, alors preparons nous, le prix du petrole va et doit monter. C’est une ressource finie donc il n’y a pas d’autre voie possible. Reflechissons plutot sur comment faire sans. Apprenons a ne plus aller au supermarché a 30 kilometres pour aller acheter du beurre et vin le samedi apres midi. Car quand les speculateurs entreront en jeu, comme vous le dites justement, alors il y a fort a parier que ca soit les plus démunis qui trinquent.


              • dmx (---.---.5.80) 30 mars 2006 10:05

                Désolé mais la drogue ce n’est pas le pétrole mais l’énergie qu’il nous apporte. Nous consommons trop d’énergie, nous sommes trop nombreux.


              • Thirqual (---.---.135.202) 30 mars 2006 05:04

                Recemment, j’ai appris que le prix de production d’un baril de petrole a partir de sables bitumineux est de pres de 12 dollars. Avant l’an 2000 (en gros) il n’etait donc pas rentable de les exploiter, avec les marges qui sont pratiquees.

                A present, c’est largement jouable, ce qui a conduit le canada a hypothequer son environnement, parce qu’il est facile d’en tirer du petrole, mais les procedes actuels sont extremement polluants.

                Je ne sais pas si M. Laurent a pris en compte les sables bitumineux dans ses calculs (les compagnies petrolieres les prenaient en compte dans les reserves bien avant de savoir comment les exploiter ou que ce soit rentable).


                • dmx (---.---.5.80) 30 mars 2006 10:07

                  Produire du pétrole à partir de sables bitumeux coûte surtout plus d’énergie et beaucoup d’eau. Ce n’est pas un problème d’argent.


                • jcm (---.---.86.181) 30 mars 2006 08:08

                  Le second plus grand gisement de pétrole au monde, Burgan, aurait atteint son Peak Oil ?

                  L’info est publiée par Kuwait Times : Kuwait’s biggest field starts to run out of oil et relayée par Planète Bleue : Koweit : La production du deuxième plus grand champs de pétrole au monde en déclin....

                  « If the world oil supply begins to run dry then the upward pressure on oil prices will be inexorable. »

                  Si les réserves mondiales s’assèchent la pression sur les prix sera inexorable....

                  Le fait, s’il se vérifie, vient à l’appui de la thèse d’Eric LAURENT (que l’on a eu souvent le plaisir matinal d’entendre sur France Culture).

                  La capacité de production mondiale étant voisine de 85 mbj pour une prévision de production de 2 mbj pour le champ de Burgan, mais les champs de l’Arabie Saoudite étant suspectés de faiblesses à venir, à quel « pourcentage de Peak Oil » se trouve le monde ?

                  « ...nous devrons trouver quatre systèmes pétroliers de la taille de celui de la mer du Nord. Cela est-il réaliste ?... » demande Kjell Aleklett dans Pétrole : Un chemin difficile.

                  Bonne question, peut-être ?


                  • Christophe1007 (---.---.207.200) 30 mars 2006 08:24

                    Economisons le pétrole ! C’est une matière précieuse que nous volons à nos enfants. Comment faire ? En changeant nos habitudes bien sur :
                    - Limitation de tous les déplacements ;
                    - Chauffage à l’electricité nucléaire, c’est moins cher que le gaz et moins dangereux(combien d’immeubles sautent chaque année ?) ;
                    - Recherche de vrais biocarburants : nos biocarburants actuels consomment presqu’autant de pétrole à produire qu’ils n’en fournissent !
                    - Le nucléaire de fission actuel est pratiquement sans limite, avec les surgénérateurs et le thorium, il faut le développer au maximum pour garder précieusement le pétrole pour les transports. Nos enfants nous en sauront gré !


                    • L'enfoiré L’enfoiré 30 mars 2006 08:52

                      Bonjour Christophe, Je vous sens très volontaire. Bravo. Malheureusement le pli est pris. A tous niveaux, sociétés, privés, vie moderne, le voyage et l’obligation de se déplacer pour communiquer autrement que par simple coup de fil ou couriel électronique font partie intégrante de notre existance. Je suis sûr que tout le monde pense déjà où il va passer ses vacances. C’est comme ça. La terre est devenue toute petite et pour le moindre besoin, on prend l’avion. Les prix de ce transport qui ont chuté y ont contribué. J’ai pour l’instant un collègue parti pour la semaine à Sidney pour une intervention qui durera moins d’une journée. Maintenant, s’il n’était pas à bord de l’avion qui l’a emporté, celui-ci serait-il resté au hangar ? L’énergie nucléaire, je ne suis pas contre, à priori. Sans limite, c’est tout à fait vrai. De toute manière, pour ce qui de l’auto et de son parc en circulation, comment utiliser l’électricité produite sans renouveler ce parc complètement ? Le réservoir actuel sera bien inutile. Je trouve que la recherche sur fusion nucléaire, énergie complètement « inépuisable » (=jusqu’à la fin des temps)aurait pu être beaucoup plus loin aujourd’hui depuis le temps. « Les vrais biocarburants consomment autant de pétrole » dites-vous. Là vous m’inquiéter, j’espère que Jancovici va contredire. Mais, il faut laisser un peu de « travail » à nos enfants. J’ai confiance en leurs inovations. Peut-être l’un d’entre-eux en sortant de son bain criera : « Eureka »... A+


                    • olivier (---.---.229.136) 30 mars 2006 09:18

                      « Maintenant, s’il n’était pas à bord de l’avion qui l’a emporté, celui-ci serait-il resté au hangar ? »

                      l’oeuf et la poule. Oui il serait resté au hangar cet avion, car derriere il y a une logique economique. Si il y avait eu seulement 3 places reservées dans cet avion alors la compagnie se serait arrangé pour regrouper 2 vols (par exemple). Enfin de toute facon ce qui est certain, c’est qu’en se refugiant derriere un argument comme cela, rien ne changera c’est certain. Mais qui suis-je pour dire ca, moi qui prepare mes vacances ... Schizophrenie quand tu nous tiens.


                    • L'enfoiré L’enfoiré 30 mars 2006 09:21

                      Comme beaucoups d’intervenants ont cité le site de Jean-Marc Jancovici www.manicore.com , j’ai pris la liberté de lui envoyer un email pour lui faire part de nos doutes et questions. Je crois qu’il avait le droit d’intervenir sur ce « fil ». J’espère qu’il aura le temps d’ajouter sa propre vue d’expert dans ce problème « ultra sensible ». A+


                      • L'enfoiré L’enfoiré 31 mars 2006 08:33

                        Je viens d’avoir la réponse de Jean-Marc Jancovici :

                        - Merci de m’avoir signalé ce forum, que je ne connaissais pas. J’y ai lu avec intérêt quelques « posts », mais pour l’heure je n’ai hélas pas le temps d’y participer (c’est assez chronophage, comme vous devez le savoir, et je ne participe à aucun forum, malgré que d’aucuns aient cru me voir émerger sous un pseudo de temps en temps). En effet, le temps je ne cesse de courir après !
                        — -


                      • www.jean-brice.fr (---.---.154.102) 30 mars 2006 09:33

                        La face cachée du pétrole est toute simple : avant le 15 Aout 1971, IL N’Y AVAIT PAS DE CHOCS PETROLIERS. Mais personne ne veut aller à l’encontre de la pensée unique jusqu’à la chute finale...

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