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Accueil du site > Actualités > International > La Fin de l’Exceptionnalisme Americain

La Fin de l’Exceptionnalisme Americain

Au crépuscule de la Seconde Guerre Mondiale, les U.S.A. tenaient sous contrôle jaloux près des ⅔ des réserves mondiales d’or ainsi que plus de la moitié de la capacité de la manufacture du globe. En 1947, l’Amérique pourvoyait environ ⅓ des exportations mondiales. Sa part d’exportation représentait le double de sa part d’importation. Son PNB atteignait 60% entre 1939 et 1945. Washington pouvait propager l’évangile du progrès économique et prêcher les vertus de la liberté aux autres nations. La liberté est même devenue la pierre de serment sur laquelle tout citoyen Américain sacrifie.

Majestueuse, sur les rives de Manhattan, la statue de la Liberté illuminait de ses rayons les ténèbres du monde. L’Amérique, l’indispensable nation ! Incarnation de la boussole morale conduisant la marche de l’Histoire. La marque propre de l’appartenance à l’Amérique se conjugue en responsabilités et prérogatives intemporelles : protéger et défendre les immigrés de tous poils, libérer les peuples sous le joug de la tyrannie et l’occupation injuste, porter haut le flambeau de la justice dans le monde. Ces prérogatives ont cimenté dans la fibre patriotique Américaine le serment sacré de la liberté. C’est le Secrétaire à la Guerre, Elihu Root, qui en 1899 rendait de manière cryptique l’essence de l’exceptionalisme Américain sous ce portrait. Selon son entendement, le soldat Américain, est la garde avancée de la liberté, de la justice, de la loi, de l’ordre, de la paix et du bonheur.

Partant, toute instabilité sur la planète, appelait l’intervention armée de l’Amérique. Jadis, on évaluait l’avancée des puissances impériales par le décompte de leurs colonies. Washington ne signale pas ses empreintes militaristes au nombre de ses colonies. L’oeil du faucon américain se repère par ses bases militaires et la dissimulation de ses drones. En 2005, l’Amérique comptait pas moins de 1. 840.062 membres de personnel en uniforme sur ses bases militaires sur l’échelle mondiale. Washington compte au moins 737 bases militaires hors de ses frontières nationales.

2001 marque le printemps de l’interventionisme Américain depuis la fin du plan Marshall. L’aventure de ce qu’on a baptisé la “Longue Guerre” ou guerre contre l’islamo-fascisme a ouvert des fronts tous azimuts pour la projection globale du pouvoir de Washington. Depuis 2001, des bruits de bottes des Marines dans les balkans, en Asie du nord-est, le Golfe Persique ainsi que l’Afrique ne connaissent pas de répit. Les élites politiques à Washington, davantage comfortables dans leur mission de regents du globe que de vigiles des périmètres de Manhattan ont fait l’expérience d’un réveil brutal. L’attentat du 11 septembre a donné le signal d’une revision plus rationnelle du militarisme Américain. La projection mondiale du pouvoir militaire Américain a donné toute la mesure de ses limites et se trouve en pleine récession. 

Une génération de grands architectes de l’armée U.S., tels Odierno, Dempsey, McChrystal et Petraeus conviennent aujourd’hui qu’ils n’ont pas gagné les dernières guerres menées au nom de la liberté. A fortiori, depuis 1945, l’armée Amércaine n’a pas remporté ce qu’il convient d’appeler rigoureusement une victoire militaire en dehors de l’invasion de la Grenade en 1983 ou de de l’intervention au Panama en 1990. Les stratèges de guerre ont confondu manoeuvres et stratégies militaires. 

D’où il s’est glissé lentement et sûrement un amalgame entre idéologie militariste et stratégie politique. Aujourd’hui, les prisonniers de Guantanamo font pâlir les flammes de dame Liberté du haut de son autel de Manhattan. Le sexe est devenu un sujet intensément politisé sur le Capitole au risque de faire ombrage sur les priorités internationales. Le droit au mariage gay au Sénat a étouffé les priorités de la relance de l’économie ainsi que la rationalisation d’un système d’immigration qui tient dans la détresse des millions de sans-papiers. La récession économique a du reste, freiné le flot des demandeurs d’asile et d’emploi. La gestion chaotique de l’ouragan Katrina en 2005 a dévoilé les zones d’ombre des inégalités sociales qui côtoient l’opulence chez l’Oncle Sam. L’indispensable nation est devenue une hyper puissance exceptionnellement endettée. Et cela, au nom même de de la défense de la liberté devenue une religion de substitut.

Au plan économique, Washington a courtisé la faillite et la débâcle financière à force d’avoir confié au bras armé de la nation la seule mission de sauvegarder la liberté nationale et internationale. Washington s’est surprise glissant à vitesse incontrôlée sur les voiliers rapides de l’endettement. En 2007, l’évangile de la liberté selon Bush coûtait $ 3 milliard de dollars par semaine pour maintenir les troupes Américaines en mission en Irak. Le Congrès Américain reéchelonna le plafond de la dette autour de $ 16 trillion en 2013. Dès 2007, Washington était visiblement adossée dans la spirale d’un essoufflement ainsi qu’une pénurie d’hommes de troupes. En 2010, les contracteurs opérant en Irak et en Afghanistan enregistraient 260.000 employés sur leur chequier de paiement. Washington retrocédait plus de 50% de ses contracts dans les zones de guerre à plus de 22 firmes de sécurité privée.

L’exceptionalisme messianique de l’Amérique, tel que codifié depuis Washington a simplement été victime de ses propres fantasmes idéologiques. Aujourd’hui, rattrapée par un déficit de crédibilité, une mise à jour de la profession de foi de la nation indispensable se fait longuement attendre. 

 

Narcisse Jean Alcide Nana,

International Security Studies

 

Bibliographie

- Andrew J. Bacevich, The Limits of Power : The End of American Exceptionalism (New York, Metropolitan Books, Henry Hot & Company, 2009)

- Andrew J. Bacevich, Breach of Trust : How Americans Failed Their Soldiers and Their Country (New York, Metropolitan Books, 2013)


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1 réactions à cet article    


  • eric 15 novembre 2013 10:28

    Et.....les pauvres du monde entier continuent néanmoins d’y courir, parce qu’un pays se juge d’abord a la maniere dont il traite ses « pauvres » et que de ce point de vue, il n’y a pas photo.
    Les EUA sont le pays du monde qui a accueilli le plus de migrant dans les trente dernières années.
    Il est assez facile de parler a la place des « pauvres » plus difficile de se déplacer a leur place...
    A cet égard, et dans le long terme, c’est un véritable plébiscite du système américain sur le plan social. Les pauvres votent avec leurs pieds.
    Sur le plan politique, une puissance pareil, qui n’a pas profite de son immense supériorité pour empêcher le reste du monde de la rattraper, je ne crois pas qu’il y ait d’autres exemples historiques.
    Au proche orient, l’amerique tente de maintenir une stabilité dans des zones dont le pétrole approvisionne l’Europe et l’Asie et si elle avait des volontés impérialistes, avec la moitie des dépenses militaires mondiales, elle aurait les moyens de calmer les Venezueliens .a qui elle achète aux prix du marche.

    Il arrive dans l ;histoire du monde qu’une puissance soit dominante,serve entre autre de gendarme et puisse a la marge en abuser. A tous egard, nous avons de la chance que ce soit les EUA, plutot que par exemple, la Chine, la Russie, ou même la France.
    Tient, nous écrivons en ce moment sur un internet qui appartient physiquement pour l’essentiel a des boites US. Vous préfériez vraiment que ce soit une administration française qui détermine ce qu l’on a le droit d’y écrire ou pas ?

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