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Accueil du site > Actualités > International > La France et le sionisme en 1945

La France et le sionisme en 1945

Un article paru dans Haaretz le 27 juin 2008 fait des révélations intéressantes sur la collaboration de la France avec les institutions sionistes dans la lutte qu’elles menaient contre la Grande-Bretagne et les pays arabes.

L’auteur de l’article, Meir Zamir, professeur à l’université Ben-Gourion, s’appuie sur des documents émanant de la France, de la Grande-Bretagne et de la Syrie, disponibles dans les archives françaises, pour montrer le rôle actif du gouvernement français dans la préparation d’un Etat juif en Palestine. Dès la fin de 1944, les services de renseignement français avaient infiltré le ministère des Affaires étrangères syrien et placé un agent secret au sein de la légation britannique à Beyrouth. Ils avaient ainsi accès à de nombreuses informations données par les services de renseignement britanniques aux dirigeants arabes.

Les relations que la France entretenait avec les organisations sionistes apparaissent pour la première fois dans une lettre envoyée au général de Gaulle en juin 1945 par le général Paul Beynet, chef de la mission française en Syrie et au Liban. Il écrivait notamment :

Dans la crise récente, toute l’opinion publique du Moyen-Orient est contre nous, à l’exception des Juifs de Palestine. La dangereuse situation de la France au Levant provoque chez eux un consensus qu’ils considèrent eux-mêmes comme exceptionnel. Le parallélisme entre une patrie juive en Palestine et une patrie chrétienne au Liban, qui a toujours été mis en avant par l’Agence juive, est devenu leur leitmotiv. Mes collaborateurs sont approchés par différentes parties qui leur proposent leurs services.

Il apparaît qu’une collaboration ne pourra que servir nos intérêts, du moins à court terme. Il suffira de renouveler des assurances verbales, sans nécessairement donner notre appui au mouvement sioniste, mais en évitant d’adopter une attitude hostile, spécialement au sujet de l’immigration en Palestine. Les injustices et les souffrances des Juifs français sous l’occupation allemande nous permettraient difficilement d’adopter une autre attitude. De plus, nous profiterions de manière générale de l’excellent réseau d’information et de propagande de l’Agence juive, des groupes de presse juifs et des groupes parlementaires pro-sionistes.


Le général Beynet, qui avait rencontré Ben-Gourion le 15 octobre 1944 à Beyrouth, était conscient de l’influence des organisations juives. Grâce à des documents britanniques interceptés par un agent secret, il savait que la Grande-Bretagne voulait unifier la Syrie, la Transjordanie, le Liban et la Palestine en un seul Etat, ce qui aurait empêché la création d’un Etat juif indépendant. Il savait aussi que les Britanniques cherchaient à accentuer les craintes des Arabes, en insistant constamment sur l’idée que seule une coopération avec la Grande-Bretagne pouvait les protéger d’une invasion juive.

Les rapports envoyés à Paris en 1945 par le général Beynet prévoyaient que si les Britanniques réussissaient à chasser les Français de la Syrie et du Liban, leur prochaine étape serait de forcer le mouvement sioniste à accepter une solution en faveur des intérêts britanniques dans le monde arabe. Pour déjouer ce plan, son représentant à Jérusalem contacta les représentants de l’Agence juive à Beyrouth, ce qui permit à Ben-Gourion d’aller à Paris pour y rencontrer de hauts fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères.

Les deux partenaires cherchèrent d’abord à joindre leurs forces sur le front des relations publiques aux Etats-Unis. En juillet 1945, faisant suite à la lettre du général Beynet à de Gaulle, un officier de renseignement de la Haganah, Tuvia Arazi, vint à Paris. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Arazi était resté en contact étroit avec des officiers de renseignement français au Moyen-Orient. Il pensait que Ben-Gourion pourrait rencontrer de Gaulle ou à la rigueur Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères. De Gaulle chargea celui-ci de la responsabilité de nouer des contacts avec les leaders sionistes.

L’influence prédominante de l’Agence juive dans les négociations apparut pour la première fois lorsque de Gaulle fut invité aux Etats-Unis en août 1945. Arazi avait rencontré ses collaborateurs peu de temps auparavant pour organiser la visite, et les organisations juives lui avaient réservé un accueil chaleureux à New York et à Chicago. Des témoignages indirects font penser que de Gaulle informa le président Truman sur les agissements de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. La déclaration de Truman à la fin du même mois d’août, par laquelle il encourageait l’émigration de 100 000 Juifs des camps de réfugiés européens vers la Palestine, n’était pas une coïncidence.

Une nouvelle phase du renforcement des relations entre le gouvernement provisoire du général de Gaulle et l’Agence juive débuta en septembre, après que la France eut appris, grâce à des documents britanniques et syriens envoyés par ses agents secrets, que le nouveau gouvernement britannique, dirigé par Clement Attlee, entendait poursuivre la politique de ses prédécesseurs, comportant l’éradication du reste d’influence de la France en Syrie et au Liban. De leur côté, les leaders de l’Agence juive avaient appris que le gouvernement britannique voulait toujours s’opposer à l’immigration des Juifs en Palestine.

Lors d’une visite à Paris en octobre 1945, Ben-Gourion annonça la création du mouvement juif de résistance, qui réunissait toutes les milices juives dans la lutte contre les Britanniques. Cette déclaration, qui allait de pair avec l’implication croissante des Etats-Unis dans les efforts pour trouver une solution au problème juif en Palestine, augmenta le prestige du mouvement sioniste aux yeux des Français. Ben-Gourion attachait une grande importance aux relations avec la France et les surveillait personnellement. À la mi-novembre, il rencontra une nouvelle fois Georges Bidault, et installa son quartier général à Paris.

C’est ainsi que la fondation de l’Etat d’Israël en 1948 apparaît comme une conséquence de la lutte sourde à laquelle la France et la Grande-Bretagne se livraient à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour la défense de leurs intérêts au Moyen-Orient.


Moyenne des avis sur cet article :  3.98/5   (47 votes)




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18 réactions à cet article    


  • Alain Michel Robert Alain Michel Robert 15 juillet 2008 18:13

    Excusez-moi, Céphale, j’ai cliqué malencontreusement sur "Non" au lieu de "Oui", ce qui a eu pour effet de mettre votre article à 50 % d’intéret puisque je suis le deuxième à voter.
    Erreur grossière puisque votre article est vraiment très intéressant et apporte des lumières nouvelles sur l’histoire de la création de l’état d’Israël.

    Encore mille excuses.


    • Nicole 6 avril 2009 12:30

      Article des plus inéressants, et Dieu sait si on a besoin d’éclaircissements sur le sionisme et son histoire actuellement. Un docu fondamental :

      Hertzl et le sionisme


    • Nicole 6 avril 2009 12:33

      Article des plus intéressants et Dieu sait si on a besoin d’éclaircissements sur le sionisme acuellement.

      Un docu fondamental :

      Hertzl et le sionisme


    • Serviteur Serviteur 15 juillet 2008 20:53

      Article tres interessant le seul reproche que je peux faire c’est le manque de lien vers les sources.


      • E-fred E-fred 15 juillet 2008 21:29

        Article qui me semble très instrutif pour ma part.

        Je suis dans l’article de Haaertz et déjà, japprends quelques chose d’intéressant " After Arab armies invaded the country, on May 15, 1948, British agents disguised as Jordanian legionnaires attacked the French Consulate compound in the Old City of Jerusalem". Rappel médiatique de ces derniers jour oblige, j’ai tout de suite pensé au Drakkar...

        C’est quand même fou ce retournement de situation, la guerre n’est même pas finie !
        "France’s collaboration with Zionist institutions in intelligence and covert diplomacy, as part of the struggle against Britain and the Arab nations. New research reveals that the French intelligence services succeeded not only in infiltrating the Syrian Foreign Ministry but also in placing an agent in the British legation in Beirut in late 1944".

        Je viens de trouver un lien en français :
        http://www.alterinfo.net/La-French-Connection_a21292.html 

        Mais je continue avec votre lien : " The parallelism between a Jewish homeland in Palestine and a Christian homeland in Lebanon, which has always been advocated by the Jewish Agency, has now become everyone’s leitmotif"

        L’autre "Livre blanc"..." He already knew then, based on British documents provided by the French agent secreted into the British office in Beirut, that Britain intended to continue forcing its White Paper on the Zionist movement and to prevent the establishment of an independent Jewish state. This policy was part of Britain’s secret plan to establish a Greater Syria by unifying Syria, Transjordan, Lebanon and Palestine into a single political entity. "

        Alors, encore et toujours pérfide Albion ?


        • Sprikritik 16 juillet 2008 08:24

          Effectivement De Gaulle (qui n’a jamais aimé les Anglais) a vu « rouge » quand il a su, par espionnage, que ceux-ci avaient décidé de réduire l’influence de la France au Moyen-Orient. Il a fait tuyauter. Ben Gourion qui dirigeait le terrorisme et la politique sioniste depuis son appartement parisien (ce que beaucoup ignorent) ; y compris par ses fidèles restés à certaines commandes quand lui, De Gaulle, quitta le pouvoir en Janvier 1946. Mais, paradoxalement, c’est contre l’avis du Ministre des Affaires étrangères MRP Georges Bidault que le président de la république socialiste Vincent Auriol donna consigne à notre représentant à l’ONU Alexandre Parodi de voter pour la fondamentale résolution 181 qui n’était qu’une recommandation dite « du plan de partage » (en trois entités) ; suite à la pression décisive du très influent franco-juif socialiste Léon Blum. La France (gaulliste et socialiste) qui entraîna le vote indispensable de la Belgique (contre l’avis de sa commission des affaires étrangères) , des Pays-Bas et du tout petit Grand Duché du Luxembourg, est donc essentiellement co-responsable, avec Truman et Staline (aux objectifs évidemment contradictoires) , de la dramatique situation actuelle de ceux majoritaires des Palestiniens qui sont, nuit et jour, déshumanisés ; et en particulier ceux qui sont torturés et/ou prisonniers.dont environ 100 femmes et 350 enfants.


          • morice morice 16 juillet 2008 10:08

             Bravo Céophale, j’avais mis de côté ce document extrêmemetn important pour en faire un article, mais je ne regrette rien : c’est bien mieux que ce que j’aurais pu en dire !!! La France a énormément pesé sur la création de l’état, et c’est ce qui explique aussi le transfert de technologies lors de la réalisation de la première bombe israëlienne, je le rappelle toujours niée, malgré l’emprisonnement d’un technicien qui affirme le nombre effarant de têtes détenues. On a un superbe paradoxe en ce ce moment : un état qui NIE avoir l’avoir nucléaire,malgré les bourdes d’Olmert, se plaint qu’un autre état puisse faire de même, ou posséder une puissance nucléaire civile. ET est prêt à tout pour l’en empêcher, au nom de je ne sais quelle suprématie militaire. Israel n’a pas de réacteur civil, à électricité  mais l’envisage... sachant qu’il faut 15 ans pour maîtriser la technique, deviner l’âge du captitaine.. quand çà Dimona, aux dernièes nouvelles, on cultive des melons. A moins que ce ne soient les citrouilles de l’apocalypse.. Israël a le DROIT de faire ce que d’autres n’ont pas le DROIT. ETRANGE DIPLOMATIE... Mordechaï Vanunu s’est payé 18 ans de prison pour l’avoir dit : Mandela avait fait de même, dans un registre différent. Mandela est célébré, Vanunu ignoré. Israêl espionne qui il veut y compris l’algérie que les français vont aider, mais n’annonce pas vouloir bombarder l’algérie... deux poids deux mesures ?


            Le programme nucléaire israélien, qui date de 1954, a débuté en étroite coopération avec la France, qui elle aussi cherchait à se doter de la bombe atomique. Une centrale nucléaire a été construite à Dimona, dans le sud du pays. Au sein du pouvoir israélien, Shimon Pérès se voit confier la conduite de ce programme très secret. « La coopération avec la France a cessé entre 1961 et 1963, avec le retour du général de Gaulle au pouvoir, raconte Pierre Razoux, auteur de Tsahal, Nouvelle histoire de l’armée israélienne (Perrin).Les Américains ont alors pris le relais, en demandant à Israël de maintenir l’ambiguïté sur cette question. » 

            qui aide  autant israel contre les autres pays ?

            Alors que le satellite devait prendre quelques jours pour être opérationnel, les médias israéliens diffusent, 5 jours après, des images d’une haute qualité comme pour narguer les états arabes hostiles à sa politique. Cette volonté de superpuissance a été vivement critiquée dans les médias arabes qui exhortent les états de la Ligue arabe à riposter sous la forme d’un projet interarabe visant à prendre également des images d’Israël. L’idée est judicieuse, mais son application pourrait tourner à la catastrophe comme ce fut le cas d’Arabsat. Il faut dire que les États-Unis veillent au grain dès qu’il s’agit de la sécurité d’Israël et mettraient leur veto à toute entreprise de ce type qui nécessite une technologie de pointe, car seuls 8 pays peuvent envoyer des satellites dans l’espace (les États-Unis, la Russie, l’Angleterre, le Japon, l’Inde, la France et la Chine).

            Mounir B. — Liberté

             

            Les premières images du satellite israélien Eros B lancé mardi depuis la Sibérie sont arrivée vendredi. La qualité exceptionnelle des photos, disposant d’une résolution de 70 centimètres, marque une nouvelle étape dans les technologies satellitaires

            le peuple élu de dieu s’est arrogé le droit de choisir l’apocalypse : tout est normal, chez la folie religieuse. peut-on diriger un état avec une religion ? c’est NON.


            • blitz 16 juillet 2008 10:48

              morice "peut-on diriger un état avec une religion ? c’est NON"

              ça ne devrait pas être le cas, effectivement, mais rappelez-moi, la théocratie officielle actuellement, c’est bien l’iran, non ?


            • morice morice 16 juillet 2008 12:17

               morice "peut-on diriger un état avec une religion ? c’est NON" 

              ça ne devrait pas être le cas, effectivement, mais rappelez-moi, la théocratie officielle actuellement, c’est bien l’iran, non ?

              pas de problème : c’est NON pour tous les états. 


              • morice morice 16 juillet 2008 12:21

                 par Modairatheure (IP:xxx.x8.53.109) le 16 juillet 2008 à 11H08 

                 
                On ajoutera que Isarel qui détient l’arme nucléaire depuis des lustres.... n’en fait pas usage.

                ah ah ah : le sioniste dans toute sa splendeur !! et la France, elle en a fait usage ? Et l’angleterre ? Et l’URSS ?? ah ah ha jamais entendu plus bête !!! non seulement il trolle comme un manche, mais il réfléchit comme une calebasse !! ah ah ah "pas servi"

                et pas avoué non plus, mossieu le menteur qui vole au secours de sa nation dès qu’on poste à son égard... ça va.... Zemmourien ????

              • italiasempre 16 juillet 2008 12:30

                morice

                La France, l’Angleterre et Urss ( qui n’existe plus par ailleur) sont-elles entourées par des gens qui ne leur veulent que du bien, comme l’est Israel ?


                • blitz 16 juillet 2008 12:39

                  là vous en demandez trop à morice, déjà qu’il a admis que la théocratie en Iran c’est pas bien...
                  je ne suis pas aller jusqu’à lui demander un rapide comparatif du degré de liberté des citoyens, en particulier en terme de religion, entre Israël et l’Iran...


                • sahred2 16 juillet 2008 14:41

                  Bonjour,

                  Effectivement, la France n’est entourée que "d’amis"...mais si un beau jour la France décide d’installer des colonies (terme que j’ai pris par un simple hasard) du coté de Bruxelles ou encore vers Milan, tout en bouclant la Suisse, je doute que ses "amis" vont le rester encore lontemps...


                • morice morice 16 juillet 2008 14:27

                   par blitz (IP:xxx.x59.249.43) le 16 juillet 2008 à 12H39 

                   
                  là vous en demandez trop à morice, déjà qu’il a admis que la théocratie en Iran c’est pas bien... 

                  toujours admis, cher ami....

                  • morice morice 16 juillet 2008 14:32

                     par italiasempre (IP:xxx.x1.109.55) le 16 juillet 2008 à  12H30 

                     
                    morice 

                    La France, l’Angleterre et Urss ( qui n’existe plus par ailleur) sont-elles entourées par des gens qui ne leur veulent que du bien, comme l’est Israel ?

                    pourquoi ? La France construit des colonies en Belgique ?  L’Angleterre en Irlande et l’URSS dans toutes ses anciennes provinces ? Savais pas....vous savez, pour se faire détester en tant que pays il suffit d’être OCCUPANT..... c’est tout.. une petite carte du pourquoi ils veulent tous l’étrangler, ce beau pays ???

                  • blitz 16 juillet 2008 14:43

                    bizarrement je ne suis pas surpris que vous ne répondiez pas à la deuxième partie de mon post...


                  • fonzibrain fonzibrain 16 juillet 2008 14:55

                     merci pour cette article

                    à la lumiere de tout cela pouvons nous dire que le sionisme est une idéologie raciste poussant à l’apartheid ?

                    si oui,pourquoi n’y a t-il pas une mouvement mondial contre l’etat hebreux comme nous l’avions fait avec le regime d’afrique du sud(regime qui entretenait des liens etroit avec israel pour le nucléaire et dans la recherche médicale pour faire des virus ethnique)


                    sinon voila deux documentaire israélien qui prouvent que herzl le créateur du sionisme n’aimait pas les juifs http://www.dailymotion.com/video/x2rne8_sionisme-ennemi-des-juifs_politics 

                    http://www.dailymotion.com/related/x2rne8/video/x2k2mm_sionisme-la-verite-part-2_news


                    il voulait convertir les juif au christianisme et n’a par exemple pas circoncis son fils


                    • abersabil abersabil 17 juillet 2008 17:28

                      francstein est servi, à vouloir servir on finit par être desservi soi-même , a bien saisir la main tendue on finit par s’en prendre au  corps et à la tête, comment faire pour s’en sortir si ce n’est déjà trop tard ?

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