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La Libye de l’après Kadhafi

 Tout un chacun se demande aujourd’hui quel est le secret de ce long règne de Mouammar Kadhafi (42 ans) et de sa force à résister et à échapper chaque fois aux attaques de l’Occident. Va-t-il, comme Oussama Ben Laden, continuer pendant longtemps encore, à défier impunément la communauté internationale ?

  En 1986 à la suite de l’attentat de Berlin commandité par le dirigeant libyen, les Etats-Unis ont bombardé les villes de Tripoli et Benghazi et détruit un certain nombre d’infrastructures militaires (casernes et aérodromes) et causé la mort de près de quatre vingt personnes entre civils et militaires : Opération El Dorado Canyon 15 Avril 1986. Il est certain que les Américains voulaient viser en premier lieu le colonel Kadhafi. Mais c’était sans compter sur la malice et les astuces de ce renard des sables. Pour une question de sécurité, il changeait sans cesse de résidences passant de ses khaïmas (grandes tentes) plantées au désert, pour s’abrite en cas de besoin, dans ses nombreuses casemates en béton, des bunkers sous terre, édifiés avec tout le confort nécessaire à la vie d’un chef d’Etat.

 La question qui se pose actuellement est beaucoup plus complexe. En effet, il ne s’agit plus uniquement d’éliminer Mouammar Kadhafi, mais de savoir ce que sera le pays après lui. Mort ou vivant cet homme continuera et pour longtemps encore, à constituer un problème pour la stabilité et le calme en Libye. Le système tribal bien ancré dans la société libyenne a survécu à l’occupation ottomane et italienne. Si dans les années cinquante et soixante, Idris 1er, alors roi de Libye, avait essayé vainement d’en limiter l’influence, Kadhafi est venu quant à lui, dès 1969, pour faire de la tribu la pierre angulaire de la société et la base de l’organisation administrative et sociale. Il existe presque 140 tribus en Libye, avec chacune ses origines, son histoire et ses particularités. Nul n’ignore les rivalités souvent ancestrales et les conflits entre des tribus voisines. Mais en l’espace de quarante ans, le « guide » a su gérer tout cet ensemble hétérogène, le polariser et en faire une entité nationale sous son autorité.

 Aujourd’hui et depuis le déclenchement des hostilités en Libye, on assiste à un éclatement de cette union précaire et disparate qui se retrouve du jour au lendemain fractionnée donnant lieu à des entités opposées les unes aux autres. Les tribus Khadafa, d’où est issu le guide, implantée au centre du pays et Makarta (A l’ouest) qui sont parmi les plus peuplées et les plus puissantes sont restées fidèles au régime. Par contre les Warfallah l’une des tribus les plus importantes (région de Benghazi), et Al Zaouya (A l’est), ainsi que certaines tribus des oasis se sont désolidarisées de Kadhafi.

 Les forces de sécurité comme les tribus sont également divisées et soutiennent ou non leur président selon qu’ils (généraux de l’armée, hauts fonctionnaires et membres des comités révolutionnaires) appartiennent à telle ou telle entité tribale. Comme l’ont constaté un certain nombre d’observateurs, les tribus constituent un véritable arbitre du pouvoir en Libye et peuvent jouer un rôle déterminant dans l’issue de cette guerre. Certes il convient de préciser que parmi les insurgés il existe un grand nombre de jeunes diplômes partisans d’un Etat moderne placé au dessus des tribus et d’une société nationale mieux structurée avec des partis politiques, associations et des syndicats au lieu du système tribal actuel archaïque, aujourd’hui complètement dépassé.

 Seulement le problème n’est pas aussi simple qu’il le paraît. Il est impossible de changer les esprits et les coutumes en un jour. Comme l’a dit Boutros BOUTROS GHALI ex ministre égyptien des affaires étrangères et ancien secrétaire général de l’ONU, ce jour 23 mars sur les antennes de France24 « Si Kadhafi disparaît de la scène politique on se demande qui va le remplacer et comment sera gouverné le pays ? ». Les tribus fidèles et celles adversaires du guide risquent en effet de se livrer à une véritable guerre civile ou de décider de rester enfermés dans les frontières de leurs territoires respectifs. Il appartient par conséquent à la communauté internationale et plus particulièrement aux pays arabes de préparer psychologiquement et dès maintenant, les habitants de la Libye (par l’intermédiaire des radios et télévisions satellites) à vivre en communauté nationale dans un Etat démocratique avec des instances nationales élues et représentatives non plus de conceptions tribales ou religieuses, mais d’idéologies politiques et de communautés d’idées et de pensée.

  La meilleure solution et la plus fiable serait, selon un grand nombre d’observateurs, l’adoption d’un système fédéral, une organisation du pays en régions, groupant chacune un ensemble de tribus présentant les mêmes affinités ethniques et culturelles. Cela demande bien entendu un certain temps, mais cela vaut la peine d’attendre. Pendant la période transitoire les chefs de tribus pourront bien se mettre d’accord pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ayant pour mission de diriger le pays et de préparer la constitution de la République fédérale.


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9 réactions à cet article    


    • Cyprès Cyprès 31 mars 2011 15:09

      Bonjour M. Lecomte, merci pour votre article
      Donc, si j’ai bien compris l’idée que vous prônez, ou reprenez, c’est la partition de la Libye en cantons ou ghettos sur une base ethnique et/ou tribale sous la tutelle d’un gouvernement fédéral ségrégationniste,... les bleus claires devant, les bleus foncés derrière, ou ai-je mal compris ?


      • Robert GIL ROBERT GIL 31 mars 2011 17:55
        Ce qui est en jeu, c’est surtout l’accès au pétrole, car pour assurer sa suprématie politique et économique, l’armée américaine consomme 200 millions de barils de pétrole par an ! Pour soutenir ses multinationales, l’armée américaine se déploie dans plus de 1000 bases dans près de 150 pays. L’hégémonie de la culture et du modèle américain coûte très cher à la planète et aux populations. Lire cet article :
        http://2ccr.unblog.fr/2010/11/11/yankees-go-home/

        • Cyprès Cyprès 31 mars 2011 19:36

          Puisque l’auteur ne semble pas daigner répondre, a une interrogation sommes toute légitime, je vais m’autoriser a enfoncer le clou...assortie d’une petite pique perso., pas bien méchante ceci-dit.
          Parce que tout de même..... quelqu’un qui se présente comme étant « pour la liberté et la tolérance »,...
           ...Qui propose comme projet d’avenir pour une nation souveraine, qui depuis plus de 40 ans a été sous le contrôle autocratique, d’un dictateur au sens athénien du terme, mais qui, bon gré, mal gré, a vécu une véritable mixité sociale dont on nous vantes tant les mérites, ...proposer donc, ni plus ni moins que l’Apartheid, comme solution....

          Faut quand meme tenir une sacrée dose de tartuferie, non ?


          • OMAR 31 mars 2011 21:11

            Omar 33

            Bonjour Lecomte :"savoir ce que sera le pays après lui...

            Si les bombardements des croisés s’arretent aujourd’hui, dans un an on dénombrera 16.000 nouveaux cancéreux en Lybie, et plusieurs milliers de nouveaux-nés malformés..
            Ceci sans compter les victimes directes de ces bombardements.

            La cause : les missiles Tomahawk...
            Chaque missile contient 400 kgs d’uranium faiblement enrichi.
            Et jusqu’à pésent, les croisés en ont balancé plus de 200.....


            • Bleu Montréal 1er avril 2011 00:46

              Lecomte, vous allez bien vite en besogne. Khadafi n’est pas parti, la guerre provoquée par les USA et la France en Libye est loin d’être terminée. Le plus fort, c’est que le plus guerrier des prix nobels de la Paix, Obama en est déjà à sa 3ème guerre et Guantanamo existe encore ...


              • katalizeur 1er avril 2011 08:43

                les britanniques negocient une sortie de crise avec le gouvernement libyen......et pendant ce temps là, le nain de l’elysée envoye un ambassadeur dans l’ex-furtur emirat de benghazy...

                enfin heureusement qu’il a six cerveaux ce cretin......la france etait en perte de vitesse,là, cela devient la berezina....


                • latortue latortue 1er avril 2011 11:11

                  Cher monsieur Lecomte vous comparez des révoltes non armée de peuple contre leur dictateur et une révolution armée car c’est ce qui se passe en Libye ,si ce même genre de révolution et on le dit depuis le début était retranscrit en France notre Sarko ferait comme Kadhafi il enverrait l’armée .Nous n’avons rien a faire la bas et le devoir d’ingérence est utilisé a très mauvaise escient pour des raisons pas tres claire ,que va t il se passer apres Kadhafi c’est simple nous allons signer des contrats vendre des armes a de nouveaux dictateurs qui étaient au gouvernement avec Kadhafi et qui sont maintenant reconnue comme fréquentables tout ça est bien puant et n’a pas grand chose a voir avec la Démocratie dont la majorité des politicards ont plein la bouche .Ce monde est bien ignoble et la vie humaine n’a pas grand poids en face d’obscurs intérêts des pays soit disant développé .


                  • suumcuique suumcuique 1er avril 2011 12:19

                    http://www.prisonplanet.com/al-qaeda-100-pentagon-run-2.html

                    In a special video address, Alex Jones terms the al Qaeda intelligence operation a ‘Swiss army knife’ for destabilization. Simply put, it is a tool to foment crisis that allows the globalists to offer up a solution in variable contexts.

                    Today, ‘freelancers‘ in Libya ; yesterday, terrorists in the ‘War on Terror.’ Before that, allies against Serbia ; in the 80s, Freedom Fighters. The shadowy enemy supposedly run by Osama bin Laden and top jihadists like Anwar al-Awlaki is really an extension of U.S. foreign policy and the Pentagon. Al Qaeda shifts across the geopolitical chessboard at the will of its masters in the allied-international intelligence ring. It is perhaps government’s greatest hoax… but the tactic is one of the oldest tricks in the book for any power-seeking State.

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