On a tendance à oublier qu’à coté du Jasmin, le Printemps fait pousser, aussi, les Cactus !

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Trop c’est trop ! Monsieur Moncef Ben Salem, Ministre Tunisien de l’Enseignement Supérieur : Il est temps de partir !
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 17 avril 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba
L’appel des 130 permettra-t-il à la Faculté de la Manouba de retrouver la stabilité ?
Le calvaire de la faculté martyre continue. Aujourd’hui, le groupe des étudiants salafistes, qui sévit impunément depuis des mois à la FLAHM, a récidivé plongeant dans la consternation les enseignants, les étudiants et toute la famille de la prestigieuse institution. A trois semaines de la fin des cours et à l’orée d’une semaine qui verra l’organisation des premiers devoirs surveillés sanctionnant les unités de valeurs régies par le système du contrôle continu, les étudiants salafistes ont rompu la trêve annoncée, sur la chaîne Hannibal TV le vendredi 9 mars au cours de l’émission Ala Attarik, par leur gourou Abou Iyadh, faisant ainsi revivre le spectre de l’année blanche. Le marionnettiste fulminant contre le doyen et le ministère, tout en concédant une suspension provisoire des hostilités sans en préciser la durée, avait menacé de ses foudres l’institution, lui prédisant des lendemains qui déchantent si les revendications du groupe n’étaient pas satisfaites. Entendez le droit des niqabées à l’accès au cours et aux examens, l’octroi de la salle de prière et l’annulation des sanctions prononcées à l’encontre de leurs camarades par le conseil de discipline, exigence pour laquelle nous avons payé un lourd tribut ce mercredi noir du 7 mars où le bilan de la terreur salafiste s’était élevé à cinq étudiants blessés (je n’en avais annoncé que deux dans ma chronique).
Fidèle à une stratégie du renfort à l’efficacité éprouvée pendant les derniers bras de fer, le groupuscule composé au départ de huit étudiants, dont certains arboraient un pantalon militaire, léopard sous le qamis afghan, a atteint la vingtaine, dont de nombreux intrus, en début d’après-midi. Nous faisant revivre les évènements du 6 décembre 2011, il a empêché, à nouveau, le doyen d’accéder à son administration, lui demandant vers dix heures et demie de « dégager », après avoir placardé, sur les panneaux en verre de l’entrée, des affiches rappelant les doléances susmentionnés et ajoutant deux réclamations supplémentaires, d’abord celle de ne pas sanctionner par un zéro l’absence des niqabées pendant les examens du premier semestre, ensuite celle de valider l’examen des étudiantes qui ont passé les épreuves avec le voile intégral. Ces étudiants déchaînés n’ont pas hésité à bousculer le doyen quand il a essayé d’entrer dans son bureau et ils ont occupé l’administration, donnant au personnel l’occasion de se remémorer l’épisode traumatisant du sit-in de l’hiver dernier qui a duré un mois.
Choqués, incrédules ou émus jusqu’aux larmes, les enseignants ont spontanément exercé le droit de retrait qui permet, en cas de danger, dans certains pays où la législation du travail est très évoluée, de ne pas honorer le contrat de travail. Ce retrait a été, contrairement aux informations diffusées par la Télévision Nationale, mal informée, massif et a entraîné une suspension totale des cours motivée non seulement par le risque encouru mais aussi par la solidarité spontanée avec le doyen.
Les salafistes ont évacué la faculté après la prière d’El Asr et permis au doyen de rejoindre son bureau. La police n’est pas intervenue pour lever le blocus et évacuer les étudiants malgré la demande écrite faite dans ce sens par le doyen au ministre de l’intérieur, ce qui a donné l’occasion aux sit-ineurs de malmener des enseignants venus régler certaines affaires administratives. Un cameraman bousculé, car filmant l’une de ces scènes, a vu l’objectif de sa caméra atterrir par terre.
Les membres du groupuscule ont déclaré qu’ils reviendraient le lendemain occuper l’administration. Ces menaces, si elles étaient suivies d’effet, entraîneraient la dégradation de la situation sécuritaire à la faculté. Les syndicats des enseignants ont décidé, pour leur part et en guise de riposte à cette éventualité, d’organiser une assemblée générale syndicale « pour prendre les mesures appropriées exigées par la situation ».
Cette escalade dans la violence était prévisible. Elle a été précédée durant la semaine dernière par la perturbation du déroulement normal de certains cours qui ont été annulés parce que les niqabées voulaient y imposer leur présence. L’impunité dont jouit le groupuscule et les menaces d’Abou Yadh la laissaient pressentir.
Les cent trente signataires de l’appel pour la constitution d’un Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et de soutien à la FLAHM, publié aujourd’hui par le quotidien Al Maghrib ne s’y sont pas trompés. Après le rappel des différentes péripéties du bras de fer ayant opposé de nombreuses institutions d’enseignement supérieur aux salafistes, après la mise en exergue des violences salafistes et des tentatives de déstabilisation de ces établissements, et particulièrement celle de la Faculté de la Manouba, choisie « comme cible privilégiée » par les salafistes « pour tester la capacité de résistance des établissements d’enseignement supérieur à la violation de leurs lois », à cause « du rôle avant-gardiste qu’elle a toujours joué aussi bien dans la sauvegarde des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques que dans le développement de la tolérance, de l’esprit critique et du renouvellement de la recherche », les universitaires, les intellectuels tunisiens et les acteurs de la société civile n’hésitent pas à mettre en garde l’opinion publique contre les périls qui guettent l’enseignement supérieur et à annoncer des dérapages analogues à celui dont nous avons été les témoins aujourd’hui : « Encouragés par le laxisme du ministre de l’intérieur et de celui de l’enseignement supérieur et libres de déployer toute leur violence, ces salafistes pourraient aller encore plus loin et il n’est pas exclu que l’université compte des victimes à la FLAHM et ailleurs ».
La constitution de ce comité qui comprendra vraisemblablement –et si l’on juge par la liste des premiers signataires - des personnalités de la société civile, des universitaires de renom, des doyens et des recteurs réputés pour leur acharnement dans la défense des valeurs universitaires permettra-t-elle de dissuader les salafistes de poursuivre leur entreprise de déstabilisation de la FLAHM ? Contribuera-t-elle à la sauvegarde des acquis de l’université tunisienne ? Les prochaines semaines nous permettront de faire à ce propos une évaluation correcte de la situation et de la capacité de mobilisation de ce nouveau comité. ».
Salah HORCHANI
« Tunisie. Appel à défendre les libertés universitaires face à la violence salafiste » :
Salah HORCHANI
L’« Appel pour la défense des valeurs universitaires », dont il est question ci-dessus, se trouve désormais en ligne sous forme de pétition sur site suivant :
http://www.petitions24.net/signatures/appel_pour_la_defense_des_valeurs_uni versitaires/start/60
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba
(Tunis, le 18 avril 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba
Reprise des cours et des négociations à la Faculté de la Manouba
Les salafistes font toujours ce qu’ils disent. Leur discipline, leur persévérance et leur mobilisation sont impressionnantes et constituent des atouts dans la guerre d’usure qu’ils sont en train de mener pour imposer leurs lois. Ce matin, fidèles et ponctuels au rendez-vous qu’ils se sont donné hier, ils se sont postés devant l’administration décanale, guettant l’arrivée du doyen. Dès que celui-ci apparaît, ils font de leur corps un barrage humain lui obstruant l’accès à son bureau. Il aura fallu quarante minutes de discussions pour les convaincre de libérer la voie. Ils l’ont fait moyennant la promesse que le doyen engagerait avec leurs représentants des pourparlers au sujet de leurs revendications, qu’ils ont présentées par écrit dans un arabe très approximatif. La salle de prière, le droit des niqabées de se couvrir le visage pendant les cours et les examens, l’annulation des sanctions prononcées par le conseil de discipline du 2 mars dernier sont les réclamations formulées dans le document présenté au doyen. Ils en ont oublié deux qui figurent sur les affiches placardés sur la porte d’entrée de l’administration décanale : la validation de l’examen des étudiantes qui ont passé les épreuves avec le voile intégral et l’annulation du conseil de discipline qui devait se tenir le 17 mars dernier et qui a été reporté au 28 avril prochain à la demande des avocats d’une dizaine d’étudiants coupables de violences, d’entrave au déroulement des cours, d’entrave à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, d’effraction d’une salle de cours, etc.
Dans le journal de 20 heures de la chaîne première de la Télévision nationale diffusé le mardi 17 avril, le directeur général de l’enseignement supérieur, M. Wahid Gdoura, avait déclaré que la solution au problème ne pouvait se faire que par la voie des négociations et exhorté les étudiants à respecter le règlement intérieur de l’institution et les décisions du conseil de discipline. Cette exhortation, émanant pour la première fois d’un responsable ministériel et dans une apparition publique de surcroît, a été appréciée par de nombreux enseignants qui y ont vu les prémisses d’une nouvelle position du ministère de l’enseignement supérieur, dont le premier responsable nous avait habitués, au cours de ses apparitions télévisées et ses interviews aux médias de la place, à tomber à bras raccourcis sur les enseignants de la FLAHM et leur doyen, en leur faisant endosser la responsabilité de la crise.
Ces énièmes pourparlers qui interviennent après un marathon de négociations avortées pendant la semaine infernale du 28 novembre au 6 décembre 2011 et celles également infructueuses des 2 et 3 janvier 2012, s’annonçaient aussi ardues que les précédents en raison des logiques antinomiques en présence et du refus des salafistes de reconnaître les lois de l’institution. M. Wahid Gdoura en sait quelque chose, lui qui a été délégué par le ministre pour faire les bons offices pendant les dernières négociations et qui s’est heurté à leur intransigeance. De fait, le premier round de ces tractations, qui a duré plus de trois heures, s’est achevé sans résultats palpables. Les représentants des salafistes ont toutefois promis de revenir à la table des négociations après avoir soumis à leurs camarades les propositions du conseil scientifique. D’après les informations qui ont filtré, la proposition, qui sera soumise par les salafistes à leurs camarades, permet aux étudiants d’avoir un lieu de prière - ce que l’administration de la FLAHM n’a jamais refusé - moyennant le respect par les salafistes d’une charte qui fixe des règles strictes d’utilisation de ce lieu et la stricte observance des règlements de l’institution et des lois qui régissent la vie universitaire. C’est la solution envisagée lors des dernières tractations. Acceptée par les négociateurs, elle avait été rejetée par leur base.
Les enseignants réunis en assemblée générale syndicale et ayant assuré normalement leurs cours, puisque l’entrave à la liberté du travail n’a pas duré, ont dénoncé les violences salafistes et recommandé la fermeté dans l’application des dispositions réglementaires. Ils se sont déclarés déterminés à sauver l’année universitaire pour « faire échec aux tentatives de sabotage de ceux qui ont misé sur l’année blanche », selon la formule utilisée par l’un des participants au débat. Ils ont salué l’appel émanant de 130 universitaires, d’intellectuels, d’artistes et de personnalités de la société civile pour la constitution d’un comité de défense des valeurs universitaires et de soutien à la FLAHM. Cet appel a été mis en ligne sur le site Pétitions 24.
Le conseil scientifique, convoqué pour une session ordinaire, a examiné les derniers développements de la situation. Il a fustigé la recrudescence de la violence et il a recommandé la poursuite des négociations tout en recommandant à la délégation des négociateurs le respect des préceptes fondamentaux qui régissent les activités pédagogiques et la vie universitaire. »
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba
(Tunis, le 18 avril 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba
Reprise des cours et des négociations à la Faculté de la Manouba
Les salafistes font toujours ce qu’ils disent. Leur discipline, leur persévérance et leur mobilisation sont impressionnantes et constituent des atouts dans la guerre d’usure qu’ils sont en train de mener pour imposer leurs lois. Ce matin, fidèles et ponctuels au rendez-vous qu’ils se sont donné hier, ils se sont postés devant l’administration décanale, guettant l’arrivée du doyen. Dès que celui-ci apparaît, ils font de leur corps un barrage humain lui obstruant l’accès à son bureau. Il aura fallu quarante minutes de discussions pour les convaincre de libérer la voie. Ils l’ont fait moyennant la promesse que le doyen engagerait avec leurs représentants des pourparlers au sujet de leurs revendications, qu’ils ont présentées par écrit dans un arabe très approximatif. La salle de prière, le droit des niqabées de se couvrir le visage pendant les cours et les examens, l’annulation des sanctions prononcées par le conseil de discipline du 2 mars dernier sont les réclamations formulées dans le document présenté au doyen. Ils en ont oublié deux qui figurent sur les affiches placardés sur la porte d’entrée de l’administration décanale : la validation de l’examen des étudiantes qui ont passé les épreuves avec le voile intégral et l’annulation du conseil de discipline qui devait se tenir le 17 mars dernier et qui a été reporté au 28 avril prochain à la demande des avocats d’une dizaine d’étudiants coupables de violences, d’entrave au déroulement des cours, d’entrave à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, d’effraction d’une salle de cours, etc.
Dans le journal de 20 heures de la chaîne première de la Télévision nationale diffusé le mardi 17 avril, le directeur général de l’enseignement supérieur, M. Wahid Gdoura, avait déclaré que la solution au problème ne pouvait se faire que par la voie des négociations et exhorté les étudiants à respecter le règlement intérieur de l’institution et les décisions du conseil de discipline. Cette exhortation, émanant pour la première fois d’un responsable ministériel et dans une apparition publique de surcroît, a été appréciée par de nombreux enseignants qui y ont vu les prémisses d’une nouvelle position du ministère de l’enseignement supérieur, dont le premier responsable nous avait habitués, au cours de ses apparitions télévisées et ses interviews aux médias de la place, à tomber à bras raccourcis sur les enseignants de la FLAHM et leur doyen, en leur faisant endosser la responsabilité de la crise.
Ces énièmes pourparlers qui interviennent après un marathon de négociations avortées pendant la semaine infernale du 28 novembre au 6 décembre 2011 et celles également infructueuses des 2 et 3 janvier 2012, s’annonçaient aussi ardues que les précédents en raison des logiques antinomiques en présence et du refus des salafistes de reconnaître les lois de l’institution. M. Wahid Gdoura en sait quelque chose, lui qui a été délégué par le ministre pour faire les bons offices pendant les dernières négociations et qui s’est heurté à leur intransigeance. De fait, le premier round de ces tractations, qui a duré plus de trois heures, s’est achevé sans résultats palpables. Les représentants des salafistes ont toutefois promis de revenir à la table des négociations après avoir soumis à leurs camarades les propositions du conseil scientifique. D’après les informations qui ont filtré, la proposition, qui sera soumise par les salafistes à leurs camarades, permet aux étudiants d’avoir un lieu de prière - ce que l’administration de la FLAHM n’a jamais refusé - moyennant le respect par les salafistes d’une charte qui fixe des règles strictes d’utilisation de ce lieu et la stricte observance des règlements de l’institution et des lois qui régissent la vie universitaire. C’est la solution envisagée lors des dernières tractations. Acceptée par les négociateurs, elle avait été rejetée par leur base.
Les enseignants réunis en assemblée générale syndicale et ayant assuré normalement leurs cours, puisque l’entrave à la liberté du travail n’a pas duré, ont dénoncé les violences salafistes et recommandé la fermeté dans l’application des dispositions réglementaires. Ils se sont déclarés déterminés à sauver l’année universitaire pour « faire échec aux tentatives de sabotage de ceux qui ont misé sur l’année blanche », selon la formule utilisée par l’un des participants au débat. Ils ont salué l’appel émanant de 130 universitaires, d’intellectuels, d’artistes et de personnalités de la société civile pour la constitution d’un comité de défense des valeurs universitaires et de soutien à la FLAHM. Cet appel a été mis en ligne sur le site Pétitions 24.
Le conseil scientifique, convoqué pour une session ordinaire, a examiné les derniers développements de la situation. Il a fustigé la recrudescence de la violence et il a recommandé la poursuite des négociations tout en recommandant à la délégation des négociateurs le respect des préceptes fondamentaux qui régissent les activités pédagogiques et la vie universitaire. »
Salah HORCHANI
Paris - Manif de Solidarité avec le Peuple Tunisien
http://www.legrandsoir.info/+pao-âmanif-de-solidarite-avec-le-peuple-tunisien+.html
Salah HORCHANI
La Communauté Internationale des Démocrates se mobilise pour soutenir l’Université Tunisienne contre l’obscurantisme :
http://www.petitions24.net/appel_pour_la_defense_des_valeurs_universitaires
Salah HORCHANI
La Communauté Internationale des Démocrates se mobilise pour soutenir l’Université Tunisienne contre l’obscurantisme :
http://www.petitions24.net/appel_pour_la_defense_des_valeurs_universitaires
Salah HORCHANI
Tout y est dit !
Quelques extraits du discours de Houcine Abbasi, Secrétaire Général de l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail), avant le Défilé du 1er mai sur l’Avenue Bourguiba à Tunis :
Le risque d’un automne sombre. « Nous sommes surpris par ce que nous vivons ces derniers temps en incidents de violence semant la peur, d’attaques contre des lieux de culte, des établissement scolaires et universitaires ainsi que des institutions publiques, de ce que nous entendons comme appels pour la privatisations de médias publics, de ce nous enregistrons comme atteintes délibérées contre la liberté de l’information, de harcèlements, violences et menaces contre des journalistes, des hommes de culture, des militants pour les droits de l’homme et autres attaques contre des syndicalistes, leurs locaux et leurs illustres symboles. A cela s’ajoute les tentatives pour s’accaparer la décision, le déni du droit à la différence, d’appétit pour s’approprier les postes de décision sans tenir compte de la compétence et de l’expérience. Autant de dérapages graves et déstabilisants qui risquent de convertir notre printemps prometteur en réforme et délivrance, en un automne sombre, en une anarchie redoutable et un lourd cauchemar ».
Détermination. « Nous ne laisserons pas les groupes de la mort, ennemis de la vie, attenter à l’intégrité de nos universités et de nos entreprises, étouffant la joie de nos enfants, s’acharnant sur les créateurs dans les domaines des arts et de la culture. Nous ne nous résignerons pas face à ceux qui accusent leurs compatriotes de mécréance, à la ségrégation, la militarisation de la vie publique, l’embrigadement des lieux de culte et d’éducation, incitant à la haine. »
Cessions et privatisations. « Nous combattrons toute tentative de cession de nos biens publics, et nous nous opposerons à toute tentative de mainmise sur nos médias publics, comme nous refusons l’asservissement à nouveau de l’Administration pour reproduire de nouvelles forme de despotisme, sous quelque forme que ce soit ».
Source :
http://www.leaders.com.tn/article/ugtt-un-discours-muscle-de-houcine-abbasi?id=8321
Salah HORCHANI
La Communauté Internationale des Démocrates se mobilise pour soutenir l’Université Tunisienne contre l’obscurantisme :
http://www.petitions24.net/appel_pour_la_defense_des_valeurs_universitaires
Salah HORCHANI
On achève bien l’université
On croyait qu’un ministre, et a priori un ministre de l’Enseignement supérieur, devait posséder toutes les vertus, pour que nos étudiants puissent recevoir une bonne éducation et une excellente formation. Mais voici que l’actuel titulaire de ce poste, Moncef Ben Salem, commet une entorse à la déontologie et fait fi aux règles établies. Ce ministre, lui aussi nahdhaoui, se permet de ruser et de s’auto-promouvoir au grade de professeur des universités, malgré les protestations de nombreux professeurs et collègues. Un tel acte est indigne de son auteur et porte atteinte au prestige du ministère en Tunisie et à l’étranger.
Les incidents ayant eu lieu à la Faculté des lettres de la Manouba, le 7 mars 2012, sont non seulement regrettables, mais innovants en matière de terrorisme au sein d’une faculté, lieu vénéré où on est censé apprendre la bonne éducation et y recevoir une noble formation.
« Que des salafistes sèment la terreur à la faculté, qu’ils menacent de mort le personnel, qu’ils cherchent le doyen pour l’agresser ou le poignarder, tout cela n’émeut pas les autorités qui se marrent dans le silence complice », écrit le professeur Habib Mellakh.
Qu’un ministre laisse profaner un établissement universitaire durant des mois, sans prendre les mesures que doit lui dicter son devoir et sa conscience, c’est qu’il n’est pas digne de sa fonction et qu’il a failli à sa mission.
Source :
http://www.kapitalis.com/fokus/62-national/9487-tunisie-hamadi-jebali-lhomme-au-sourire-fige-22.html
Salah HORCHANI
Appel international pour soutenir les démocrates en Tunisie
Salah HORCHANI
Texte du dit Appel :
« Depuis le début de l’année 2011- 2012, la communauté universitaire en Tunisie vit, dans son ensemble, des moments de grandes tensions. De graves incidents se sont produits à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Sousse, à l’École supérieure de commerce de la Manouba, à l’Institut supérieur de sciences appliquées et de technologie de Kairouan ainsi qu’à l’Institut supérieur de théologie de Tunis.
C’est sans conteste à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba que se sont concentrées les pires attaques perpétrées par des milices salafistes qui exigent l’ouverture d’une salle de prière et le port du voile intégral pendant toutes les activités pédagogiques, y compris durant le déroulement… des examens !
En effet, depuis le 28 novembre 2011, cette faculté a connu des scènes de guérillamenées par un groupuscule (tout au plus une dizaine) d’étudiantes vêtues de niqab et soutenues par des militants salafistes pour la plupart extérieurs à la faculté, dirigé par Mohamed Bakhti, un étudiant de 27 ans inscrit en première année d’histoire, anciennement membre d’un groupe armé tunisien jihadiste directement impliqué dans des attaques terroristes en sol tunisien en 2007 et lié à Al-Qaïda.
Les revendications, les agissements et les motivations des ce groupe ultra minoritaire ont jeté l’effroi au sein de la communauté universitaire par le caractère fallacieux et pervers de leur contenu. Pourquoi exiger une salle de prière alors qu’un lieu de culte est disponible à un jet de pierre du campus ? Pourquoi ne pas respecter la décision du conseil scientifique de la faculté qui a jugé le port du voile intégral incompatible avec les règles élémentaires de la sécurité des personnes et antinomique avec les exigences pédagogiques ?
Face au refus du doyen de la faculté, Habib Kazdaghli, de céder aux pressions des salafistes et compte tenu de la grande solidarité de la communauté universitaire, ce groupuscule n’a pas hésité à utiliser des méthodes d’une extrême violence, paralysant la faculté pendant près d’un mois, occupant des locaux administratifs, chassant le doyen de ses propres bureaux, le séquestrant pendant plusieurs heures, le menaçant de mort et agressant physiquement des enseignant(e)s, des étudiant(e)s, des employé(e)s et des journalistes.
Au lieu d’assurer la sécurité au sein de l’établissement académique, les autorités tunisiennes font mine de ne rien voir et de ne rien entendre, laissant ainsi perdurer un climat délétère où prospèrent l’arbitraire et la tyrannie de la pensée totalitaire. Pire encore, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dirigé par Moncef Ben Salem, un député du parti islamiste Ennahdha, a tiré à boulets rouges sur le doyen en affirmant que ce dernier « n’a pas fait ce qu’il fallait faire pour résoudre le problème pacifiquement et qu’il a des arrière-pensées politiques ».
Nous ne pouvons rester silencieux face à cette insoutenable situation. C’est pourquoi, nous, démocrates qui œuvrons dans différentes sphères professionnelles et para-professionnelles, rendons hommage à la résistance héroïque des enseignant(e)s, des étudiant(e)s et des employé(e)s des institutions académiques de Tunisie, particulièrement à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba et à son doyen Habib Kazdaghli et appelons à exprimer notre solidarité concrète et agissante au Comité Tunisien de Défense des Valeurs Universitaires. ».
Salah HORCHANI
Les Premiers Signataires du dit Appel :
Djemila Benhabib (essayiste et journaliste, Canada), Soad Baba-Aissa (présidente de l’Association pour la mixité, l’égalité et la laïcité, Algérie et France), Caroline Fourest (essayiste et journaliste, France), Taslima Nasreen (gynécologue et écrivaine, Inde), Elisabeth Badinter (philosophe et écrivaine, France), Nadia El Fani (cinéaste, France-Tunisie), Boualem Sansal (écrivain, Algérie), Maryam Namazie (porte-parole de Iran Solidarity et de One Law for All, Grande-Bretagne), Richard Dawkins (biologiste et écrivain, Grande-Bretagne), Harry W. Kroto (récipiendaire du prix Nobel de Chimie en 1996, Grande-Bretagne et États-Unis), Alice Schwarzer (rédactrice en chef du magazine Emma, Allemagne), Nawal El Saadawi (psychiatre et écrivaine, Égypte), Rayhana (comédienne, France), Mina Ahadi (présidente du Comité international contre la lapidation, Allemagne), Anne-marie Lizin (présidente honoraire du Senat de Belgique, Belgique), Guiliana Sgrena (journaliste, Italie), Samia I. Spencer, (Professeur et Consul honoraire de France en Alabama, États-Unis), Chalha Chafik (sociologue et écrivaine, France), Shoukria Haider (Présidente de Negar-Soutien aux femmes d’Afghanistan, Afghanistan), Nicoletta Pirotta (présidente de l’Initiative féministe européenne-Italie, Italie), Elisabeth Roudinesco (historienne de la psychanalyse, France), Liliane Kandel (sociologue,France), Bernice Dubois (Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, France), Fewzi Benhabib (enseignant et militant du parti algérien pour la laïcité et la démocratie, Algérie et France), Rafiq Mahmood (professeur, Indonésie), Fouzia Assouli (présidente de la Fédération de la Ligue Démocratique des Droits des Femmes, Maroc), Evelyne Accad (professeur émérite à l’Université de l’Illinois, Université américaine au Liban, Liban), Mimouna Hadjam (militante associative, fondatrice de l’Association Africa, France), Malka Marckovitch (historienne, consultante internationale droits des femmes et droits humains, France), Nina Sankari (militante associative, Pologne), Élaine Audet (poète, essayiste et éditrice de sisyphe.org, Canada), Micheline Carrier (éditrice de sisyphe.org, Canada), Rodrigue Tremblay (professeur émérite et auteur, ancien ministre de l’industrie et du commerce du Québec, Canada), Daniel Baril, (journaliste et anthropologue, Canada), Mireille Valette (journaliste, Suisse), Nahla Mahmoud (Directeur du Groupe des Humanistes Soudanais, Soudan), Deeyah (producteur de musique, Norvège-États-Unis), Maria Hagberg (militante pour les droits des femmes, Suède), Judit Morva (économiste et enseignante, Hongrie), Ibrahim Nigar (avocat, Suède et Kurdistan), Sevdije Ahmeti ( militant des droits humains, Kosovo), Emad Nasr Zikri (Union des femmes égyptienne, Égypte), Eman Alkhamisi (militante associative, Suède), Fatoumata Sidibe (députée au Parlement bruxellois, Belgique), Viviane Teitelbaum (députée au parlement bruxellois, Belgique), Sonja Eggerickx (présidente de l’Union Internationale de l’Ethique Humaniste, Belgique), Udo Schuklenk (professeur de philosophie et directeur de recherche en bioéthique, Canada), Tarek Fatah (journaliste, fondateur du Congrès des musulmans canadiens, Canada), Annie Sugier (présidente de la Ligue du Droit International des Femmes, France), Sabine Salmon (présidente de Femmes Solidaire, France), Hameeda Hossain (militante des droits humains et Fondatrice d’Ain et Salish Kendra, Bengladesh), Gita Sahgal (directrice exécutive Centre for Secular Space, Grande-Bretagne), Yasmin Rehman (présidente du conseil d’administration Centrefor Secular Space, Grande-Bretagne), Polly Toynbee (président de l’Association des humanistes britanniques, Grande-Bretagne), Bouchra Abdou (coordinatrice de la Fédération de la Ligue Démocratique des Droits des Femmes, Maroc), Kacem El-Ghazzali (journaliste et bloggeur, Maroc et Suisse), Smain Balaska (professeur, Algérie), Arezki-Ait Larbi (éditeur et journaliste, Algérie), Dana Hunter (bloggeur, États-Unis), Ophelia Benson (bloggeur et écrivain, États-Unis), Nadia Geerts (professeur de philosophie, Belgique), Guy Haarscher (professeur de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Belgique), Anne-Marie Roviello (professeur de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Belgique), Geneviève Couraud (professeure agrégée de lettres et présidente de l’observatoire du droit des femmes du 13, France), Monique Dental (animatrice du réseau féministe Ruptures, France), Carine Delahaie (rédactrice en chef de la revue Clara Magazine, France), Lilian Halls-French (sociologue, co-présidente du l’Initiative féministe européenne en Europe, France), Camille Scoffier Reeves (France), Linda Weil-Curiel (avocate, France), Hassane Zerrouki (journaliste, Algérie et France), Etienne Bastide (journaliste Radio-Galère, France ), Sandrine Boitel (membre de l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis, France), Geneviève Capon (professeur, France), Peter Tatchell (défenseur des droits de l’homme, Grande-Bretagne), Yasmin Alibhai-brun (auteur et journaliste, Grande-Bretagne), Alom Shaha (professeur de sciences et auteur, Grande-Bretagne), Rahila Gupta (auteur et journaliste, Grande-Bretagne), Houzan Mahmoud (organisation pour la Liberté des Femme en Irak, Grande-Bretagne), Ahlam Akram (journaliste et écrivaine palestinienne, Grande-Bretagne), Katie Hickman (auteur, Grande-Bretagne), Rumy Hassan (universitaire, Grande-Bretagne), Brian Palmer (ex-doyen Université de Reading, Grande-Bretagne), Tanya Smith, (Australie), Tiziana Dal Pra (présidente de l’Association Trama di terre, Italie), Edda Pando (militante associative pour les droits des immigrés, fondatrice de l’Association Arci Todo Cambia, Italie), Sara Ben Guiza (ancienne tête de liste du Pôle Démocratique Moderniste en Tunisie,Italie), Assunta Sarlo (Usciamo dal Silenzio, Italie), Olfa Bach Baobab (Association Mosaïque Interculturelle, Italie), Annamaria Rivera (anthropologue, université de Bari, Italie), Medhin Paolos (Italie), Kossi A. Komla Ebri (écrivain, Italie), Lea Melandri (université libre des Femmes, Italie), Giulio Cavalli (conseiller régional, Italie), Maryan Ismail (Réseau des femmes pour le développement et la paix), Bernard Andres (professeur, Université du Québec à Montréal, Canada), Genevieve Corfa (chargée de projet en environnement, Canada), Suzanne Desbien (écrivaine, Canada), Diane Guilbault, Auteure, Canada), Hafida Oussedik (architecte, Canada), Danièle Trussard (écrivaine, Canada), Mathilde Baisez (enseignante, Canada), Micheline Bail (écrivaine, Canada), Guilda Kattan (enseignante, Canada), Ghisline Larose, enseignante à la retraite, Canada), Barbara Romagnoli (journaliste, Italie), Francesca Koch (maison internationale des Femmes, Italie), Daniele Barbieri (journaliste, Italie), Paolo Buffoni (Association Université des migrants, Italie), Solange Cidreira (présidente Initiative féministe européenne, France), Michèle Chantret (professeur, France), Selma Chiali (universitaire, France), Renée Clergue (retraitée éducation nationale,France), Monique Combescot (directeur de Recherches CNRS, France), Halima Dar El Beida (professeure, France), Michèle Fantino (Marche mondiale des Femmes 13 Paca, France), Elise Fleurot (professeur de mathématiques, France), Annette Guidj (retraitée éducation nationale, France), André Gomar (président de l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis, France), Belkacem Lounes (conseiller régional Rhône Alpes, Vice-Président de la Commission Enseignement Supérieur et Recherche, France), Françoise Marguerite-Barbeito (vice présidente de l’Observatoire de la laïcité de Saint-Denis, France), Claudie Martinez Mediene (professeur, France), Saeed Paivandi (professeur, France), Jeanine Paturange (professeur, France), Pierre Paturange (Cadre Banque, France), Ana Pak (militante associative, France), Mostafa Ramsi (membre de l’Observatoire de la laïcité de Saint Denis, France), Léa Terbach (universitaire, chercheur, France), Ikbel Mallek Zouari (universitaire-chercheur, France).
Salah HORCHANI
Lettre ouverte au président Marzouki
Par André Nouschi
Monsieur le Président,
J’ai hésité longtemps à vous écrire, mais il est un moment où le silence devient inacceptable. Je suis attaché à la Tunisie et surtout à l’Université de Tunis que j’ai créée en 1959 dans le cadre de la coopération entre la France et la Tunisie, dans les débuts de la République Tunisienne. J’ai eu l’honneur d’être reçu à différentes reprises par feu le Président Bourguiba, notamment après la crise terrible de Bizerte en 1961 que j’ai contribué à résoudre avec quelques collègues courageux. Je suis intervenu aussi quand plusieurs de mes étudiants avaient été arrêtés sur ordre de quelques irresponsables politiques. Devant notre détermination,le ministre d’alors Mr Messa’adi a ordonné leur libération. Et je m’en suis félicité avec les collègues qui m’avaient suivi .
Aujourd’hui, l’affaire est grave, elle met en danger l’avenir politique de la Tunisie. Je me suis félicité l’an dernier quand les Tunisiens ont obligé Ben ‘Ali à fuir avec sa famille. Mes amis Tunisiens et nous ici nous nous en sommes félicités. Nous espérions que les Tunisiens retrouveraient le chemin de la démocratie,d’une démocratie reposant sur le respect des textes ,des lois ,des règlements en usage , des hommes et surtout des femmes .
Aujourd’hui et depuis le mois d’octobre, mes collègues de la Manouba sont soumis à l’action menée par une poignée d’irresponsables qui se nomment « salafistes » et qui ignorent les règles élémentaires de l’Islam authentique. Ils dévergondent cet Islam dans lequel les Tunisiens ont vécu jusqu’ici et le rendent odieux.
Il n’est pas acceptable que les Ministres chargés de l’enseignement supérieur et de l’Intérieur ignorent le trouble à l’ordre public que ces « étudiants masqués » font régner. Que diriez vous si une ou plusieurs de vos collaboratrices arrivaient masquées dans votre bureau ? Elles auraient été arrêtées par les policiers et les soldats qui gardent le palais présidentiel. Ce qui vaut pour votre palais et vous-même vaut aussi pour la Faculté des Lettres de Manouba et mes collègues, doyen en tête.
Monsieur le président, comme dans toutes les universités du Monde, cet établissement public doit être protégé sécurisé à l’intérieur de son enceinte par un corps de vigiles dépendant uniquement du doyen. Le Ministre de l’Intérieur et celui de l’enseignement supérieur doivent respecter les lois et l’ordre public. Ils doivent secourir l’institution lorsque le doyen appelle la police à son secours.
Vous perdrez à ne pas user de la loi dont vous êtes le gardien. Vous risquez de voir des forces extérieures à la loi agir à votre place et imposer un régime à la Ben ‘ali aux Tunisiens. Vous jouez avec le feu en laissant faire les salafistes. La démocratie ne se partage pas dans ses principes. Elle se défend contre ses ennemis. Il y va de l’avenir politique de la Tunisie et de sa crédibilité à l’échelle internationale. Le courage est d’affronter la crise et non de l’ignorer. Avez vous pensé aux conséquences de cette crise sur l’économie de la Tunisie ?
Croyez à ma meilleure considération
André Nouschi
Professeur honoraire de l’Université Fondateur et Enseignant à l’Université de Tunis (1959 à 1964)
Source :
http://www.leaders.com.tn/article/lettre-ouverte-au-president-marzouki?id=8514
Salah HORCHANI
Habib Kazdaghli ( Doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba) : « Nous avons sauvé l’année universitaire »
Habib Kazdaghli est sans doute l’universitaire tunisien le plus sollicité par la presse internationale depuis qu’a éclaté l’affaire dite du niqab, lorsque des salafistes ont entamé un bras de fer, toujours en cours, pour imposer le port du niqab à la fac, contre le règlement intérieur. Nous nous sommes entretenus avec lui, en exclusivité, pour faire le point sur une année plus que mouvementée. Une année universitaire qu’il se félicite d’avoir sauvée, stoïque face à son ministère de tutelle. Il nous révèle que celui-ci a voulu lui imposer des interlocuteurs dont « un certain Oussama », le propre fils du ministre de l’Enseignement supérieur.
Lorsque nous arrivons à la mi-journée à la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, l’établissement est presque désert. La première session des examens de fin d’année vient de s’achever, laissant une impression d’apaisement, sorte de « calme après la tempête ».
L’institution revient de loin, après le risque bien réel d’une année blanche brandi par son administration et ses professeurs, face à l’immobilisme des ministères concernés (dont le ministère de l’Intérieur) dans la résolution de la crise qui est allée jusque la paralysie puis à la fermeture pendant un mois fin 2011, sur décision du doyen.
Nous faisons le point avec lui dans son bureau qui porte encore les stigmates témoins de la violence de l’affrontement qui l’a opposé aux radicaux salafistes dont beaucoup étaient des éléments extérieurs à la faculté. Un jet de pierre est même passé à quelques centimètres de lui, brisant une vitre de son bureau, fraîchement réparée.
Le sit-in a été déplacé depuis, il n’en reste plus que quelques étudiants occupant un amphithéâtre, mais les derniers troubles remontent au 10 mai dernier.
« Au nom de la religion on veut diriger l’Université »
Le doyen tient d’abord à préciser que la demande d’interdire le niqab en salle de classe et dans les examens provient de la famille des professeurs, des enseignants eux-mêmes dans une situation de transmission pédagogique devenue problématique.
« L’université est souveraine », c’est son leitmotiv lorsqu’il évoque le chemin de croix qu’il a dû parcourir avant de pouvoir sauver la première année universitaire post révolution.
Ahmed Brahim, leader de la gauche tunisienne, issu de la même faculté, avait passé 40 jours à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur au lendemain de la révolution. Sa première décision en tant que ministre fut la dissolution du corps de la police universitaire.
Kazdaghli dit aujourd’hui vouloir un corps de substitution, un corps de sécurité qui dépendrait directement du doyen, comme cela se fait en Occident. Cela mettrait fin à la précarité d’un calme enfin retrouvé.
« Pour ma génération, la révolution c’est un rêve »
Engagé en politique depuis 1974, l’homme revient sur sa conception de la révolution dans l’absolu : « Une révolution ne peut être envisagée que pour demander plus de progrès », aime-t-il à rappeler.
Des « tentatives de réaction, des velléités réactionnaires, des revers », c’est en ces termes qu’il qualifie ce que sa faculté a subi, tout en affirmant, en professeur d’Histoire, que ce n’est pas propre à la Tunisie et que c’est en somme le lot de toutes les révolutions.
« Si jamais la Manouba tombe, c’est toute l’Université qui va tomber » : c’est ainsi que les collègues du doyen, les professeurs, l’incitaient à continuer le combat.
« Cette faculté est devenue le symbole de la résistance pour que l’Université maintienne sa place dans la Tunisie post révolutionnaire, un fief de la résistance, de l’autonomie, de la liberté de pensée, du renouvellement du savoir », explique-t-il.
La Manouba fut une ligne de front dans cette bataille entre deux visions de l’Université. « Le ministre et les gens d’Ennahdha ne se sont pas mobilisés à nos côtés pour cette lutte », déplore le doyen.
« On a voulu m’imposer des interlocuteurs »
Nous demandons au doyen si les nouvelles autorités ont voulu lui imposer des intermédiaires étrangers au monde universitaire. Il nous confirme que c’est le propre fils du ministre Moncef Ben Salem qui fut dépêché sur place pour superviser les négociations de sortie de crise, « un certain Oussama, m’avait-on dit », précise le doyen.
« On m’a diabolisé à un tel point qu’une délégation ministérielle est venue au prétexte de vouloir désamorcer la crise », sous-entendu entre « le gauchiste » qu’il serait essayant de politiser le dossier, et des étudiants ne faisant que demander des droits et des « libertés ».
« Pour moi ce sont des filles manipulées », conclut-il à propos des quelques étudiantes dont certaines se sont absentées lors de la tenue du conseil de discipline, exclues pour des périodes variables, alors que d’autres ont choisi de « tomber le niqab ». Pas de salle de prière non plus pour les étudiants qui ont corrélé cette demande à d’autres, comme la non-mixité.
Mohamed Bakhti, 27 ans, un ex d’Al Qaïda et du groupe de Solimane, « émir » meneur des salafistes, ne le dit pas publiquement, mais si la Faculté des Lettres de la Manouba est ciblée en priorité, c’est qu’elle incarne aussi ce haut lieu où l’on fabrique une pensée libre et critique, celui-là même par lequel sont passés des Mohamed Talbi, Raja Ben Slama et Amel Grami, soit autant de réformateurs modernistes de la lecture des textes sacrés, synonyme de renouveau de la pensée islamique.
Source :
Salah HORCHANI
Touche pas à l’école de la République tunisienne
Par HABIB MELLAKH Universitaire, syndicaliste, membre du Comité de défense des valeurs universitaires
http://www.liberation.fr/monde/2012/05/29/touche-pas-a-l-ecole-de-la-republique-tunisienne_822208
Salah HORCHANI
« Nous avons demandé au gouvernement tunisien d’annoncer dans les médias son soutien aux libertés académiques et son engagement à assurer la sécurité de l’espace universitaire ». C’est ce qu’a déclaré Robert Quin, directeur exécutif de l’ONG internationale Scholars at Risk (universitaires en danger) :
En visite en Tunisie du 11 au 15 juin pour enquêter sur les violations des libertés académiques au sein des universités tunisiennes, Robert Quin s’est entretenu pendant son séjour dans notre pays avec plusieurs hauts responsables tunisiens dont le Président de la République, Moncef Marzouki, le Président de l’Assemblée Nationale Constituante, Mustapha Ben Jaafar, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Moncef Ben Salem, le ministre des droits de l’homme et de la justice transitionnelle, Samir Dilou. Il a également rencontré des présidents d’université, les membres du conseil scientifique de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, le Comité de défense des valeurs universitaires et de soutien à la FLAHM, plusieurs membres de l’ANC, des responsables de la Ligue Tunisienne des droits de l’Homme, des représentants de la société civile tunisienne. Il a rendu compte jeudi à l’occasion d’une conférence de presse organisée dans un hôtel de la place des résultats de cette visite.
Après avoir défini les objectifs et la mission de Scholars at Risk – protection et aide aux universitaires en danger à cause de leurs idées et défense des universités où la sécurité est menacée –, Robert Quin a affirmé qu’il était venu en Tunisie « pour fêter la transition démocratique ».
Les discussions avec ces interlocuteurs tunisiens - a-t-il souligné - ont porté sur les atteintes à l’intégrité physique des individus, à l’occupation des espaces universitaires, à la perturbation des cours et des examens, dont font état des rapports parvenus à Scholars at Risk. Il a, à cet égard, exprimé sa profonde inquiétude non seulement au sujet des atteintes à la sécurité et aux menaces subies par les individus mais aussi à propos de l’absence de réaction ou du retard à réagir aux incidents. « J’ai également constaté, à l’occasion de cette visite, les agressions dont les artistes ont été la victime » a-t-il ajouté.
Le directeur exécutif de l’ONG internationale a insisté aussi, auprès des responsables, sur le fait que la position de la Tunisie comme « leader en matière de transition démocratique lui confère une grande responsabilité dans le succès du processus démocratique » et par là même en matière de libertés académiques. « La Tunisie peut faire partie du lot de pays qui peuvent donner l’exemple, être un modèle en matière de défense des libertés académiques », a-t-il déclaré en substance avant d’insister sur le fait que « le respect des libertés académiques, de l’autonomie des institutions universitaires, la protection de l’espace universitaire contre les agressions sont le fondement de la liberté et de la démocratie dans un pays » et le pilier essentiel des sociétés stables et prospères : « les sociétés évoluées exigent des universités évoluées qui doivent garantir l’autonomie de l’institution universitaire, la liberté de pensée, la sécurité. Sans sécurité, il n’y a pas de libre pensée ». Il a proposé à ces interlocuteurs tunisiens un plan d’action en trois étapes pour la réalisation de ce programme.
La constitutionnalisation des libertés académiques, l’annulation des restrictions sur la recherche, sur les voyages et les échanges académiques et la nécessité de garantir l’autonomie et la sécurité du personnel d’enseignement supérieur sont, de son point de vue, des impératifs incontournables pour qui veut développer l’enseignement supérieur. Il a longuement insisté sur la sécurité réitérant les recommandations contenues dans un texte distribué aux journalistes avant la conférence de presse où il demande aux autorités de « donner le contrôle de la sécurité du campus aux dirigeants institutionnels, d’assurer la réactivité des agents locaux du maintien de l’ordre aux demandes d’assistance à la sécurité provenant des dirigeants institutionnels et d’enquêter, de poursuivre en justice et de sanctionner des individus pour des actes d’intimidation et de violence contre l’espace universitaire ».
Robert Quin a déclaré avoir demandé « au gouvernement tunisien d’annoncer dans les médias son soutien aux libertés académiques et son engagement à assurer la sécurité de l’espace universitaire ». Il a exhorté les universitaires tunisiens et les associations de la société civile à la vigilance dans la défense de l’université et déclaré que Sholars at Risk suivrait de très près l’évolution de la situation au sein de l’université tunisienne, tout en souhaitant le renforcement des liens entre son organisation et les universitaires. Il a enfin annoncé l’organisation à Tunis, en novembre prochain d’une conférence internationale sur le thème : L’Université et la « Nation ».
Source :
http://www.leaders.com.tn/article/robert-quin-il-faut-proteger-les-universites-tunisiennes?id=8690
Salah HORCHANI
Communiqué de presse relatif à la mise en examen du Doyen de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie), le jeudi 5 juillet 2012
Tunis, le 22 juin 2012
Les membres fondateurs du Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques se sont réunis le vendredi 22 juin au siège de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Après avoir discuté des campagnes de « takfir », dont les acteurs et les créateurs sont la cible, et des différentes agressions contre les universitaires, ils ont examiné de façon particulière la question de la mise en examen de M. Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba qui, accusé d’avoir agressé une étudiante portant le « niqab », doit, en effet, comparaitre devant le Tribunal de première instance de la Mannouba, le 5 juillet 2012, à 9h.
Face à cette regrettable situation, le Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques a décidé d’alerter l’opinion publique et d’exprimer :
-Son refus de la mise en examen du Doyen élu de la Faculté de la Mannouba, qui est non pas le coupable mais la victime d’une agression alors qu’il accomplissait son devoir. Deux étudiantes portant le « niqab » se sont, en effet, introduites dans son bureau, en ont endommagé le mobilier. Elles ont dispersé les documents et tenté de détruire les dossiers qui s’y trouvaient. Ces infractions ont été constatées par le Procureur de la République auprès du Tribunal de première instance de La Mannouba, l’après-midi du 6 mars 2012. Ce même jour, le bureau du Doyen avait été la cible de plusieurs jets de pierres. L’atmosphère était très tendue à la Faculté de la Mannouba, elle allait encore s’assombrir jusqu’à aboutir, le lendemain, à la profanation du drapeau tunisien.
-Sa solidarité au Doyen de la Faculté de la Manouba, aux membres du Conseil scientifique, aux enseignants, aux fonctionnaires et aux étudiants, dont la vigilance et la mobilisation toujours vivaces ont permis de sauver tant l’université que l’année universitaire qui a été, à maintes reprises, sérieusement menacée.
-La nécessité de collaborer avec le Syndicat général de l’enseignement supérieur, la Ligue tunisienne des droits de l’homme et les associations. Leur concours permettra d’assurer la défense du Doyen et l’organisation préalable d’une conférence de presse.
-Son appel réitéré à l’autorité de tutelle afin qu’elle assume ses responsabilités administratives en assurant la sécurité des institutions universitaires et en protégeant les enseignants, les étudiants et le personnel administratif des agressions physiques et morales.
-Sa mobilisation et sa présence, le jeudi 5 juillet 2012, à partir de 9h, auprès du Doyen Habib Kazdaghli, lors de l’audience qui se tiendra au Tribunal de première instance de La Mannouba
Pour le Comité
Rabaâ Abdelkéfi
Tunisie : Il faut sauver le Doyen Kazdaghli, Symbole d’une courageuse résistance aux Salafistes !
http://www.legrandsoir.info/tunisie-il-faut-sauver-le-doyen-kazdaghli.html
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 3 juillet 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Professeur de littérature française à la FLAHM
»Une affaire montée de toutes pièces
C’est une première dans l’histoire judiciaire de la Tunisie. Le 5 juillet prochain, un doyen élu comparaîtra devant la justice pour répondre de l’accusation de violence, à la suite d’une plainte déposée à son encontre par une étudiante qui prétend avoir été violentée par lui. On est donc autorisé, en s’appuyant sur cette information, à dire que tout est pour le mieux dans la meilleure des Tunisie possibles et d’arborer fièrement le drapeau national en claironnant partout dans le monde les succès de la justice postrévolutionnaire et en clamant haut et fort : « personne, désormais, dans le pays de la Révolution de la dignité n’est au dessus de la loi », d’autant que la condamnation du fils d’un haut responsable accusé d’avoir sauvagement agressé une étudiante et d’autres verdicts considérés comme justes par l’opinion publique dans des affaires où l’impartialité de la justice était testée viennent redorer, en dépit de quelques ratés, le blason d’une justice dont l’indépendance a été malmenée pendant plus d’un demi-siècle. Mais la nouvelle affaire, qui fait couler beaucoup d’encre dans la presse nationale et internationale, sonne un peu comme une fausse note dans ce nouveau climat où la justice se refait une nouvelle santé car le doyen mis en examen est connu pour sa bonté et sa finesse, sa courtoisie et son féminisme. Il est, de surcroît incapable de faire du mal à une mouche et l’accusation dont il est l’objet est dénué de fondement. Son seul tort aux yeux de ces accusateurs – mais pour nous son plus grand mérite – est d’avoir réussi, grâce au soutien de son conseil scientifique, de ses collègues à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, de l’ensemble du personnel et des étudiants de cette institution, grâce la solidarité des universitaires affiliés à la FGESRS et de ceux qui ne sont pas syndiqués, de la société civile tunisienne, grâce à la mobilisation nationale et internationale, à faire respecter les règles pédagogiques édictées par l’université, à faire valoir l’autonomie institutionnelle et les libertés académiques, prises à partie par des extrémistes religieux déterminés pendant toute l’année universitaire à substituer à ces règles professionnelles quasi universelles, objet d’un consensus national, une nouvelle législation conforme à leurs croyances religieuses qui autorisent le port du niqab pendant les activités académiques.
Vous l’avez deviné. Le doyen en question n’est autre que l’historien Habib Kazdaghli qui a réussi le pari impossible – aux yeux de nombreux observateurs de la scène universitaire tunisienne – de sauver l’année académique constamment menacée par un groupe de salafistes qui a pris en otage son institution pendant plusieurs mois.
Jusqu’au bout de l’absurde
La justice a ses arcanes connus des seuls initiés. Il n’est pas question pour le profane que je suis de contester ses décisions mais je me permettrai de répercuter le rejet de la mise en examen formulé par de nombreux tunisiens qui s’attendaient à un classement pur et simple de l’affaire, non parce qu’ils seraient des inconditionnels d’Habib Kazdaghli, mais parce que dans ce dossier les faits, les témoignages, les preuves, plaident pour l’innocence de l’accusé. Le Comité de Défense des Valeurs Universitaires, la coalition des ONG de la société civile (une quarantaine d’associations), la FGESRS refusent la mise en examen du doyen de la FLAHM qui « est non pas le coupable mais la victime d’une agression alors qu’il accomplissait son devoir », selon la formule utilisée dans le communiqué du Comité de Défense des Valeurs Universitaires. Des variantes contenues dans d’autres déclarations insistent sur la même idée. Le doyen est la victime d’un tour de prestidigitation intellectuelle et morale dont seuls les salafistes et leurs alliés ont le secret et qui, dans une bizarre inversion des rôles, vous métamorphose, en un tour de main, un agresseur en une victime et un bouc émissaire en bourreau et voue convie à un voyage au bout de l’absurde.
En effet la plaignante, Imène Berrouha fait partie du duo de niqabées qui ont forcé, au début de l’après-midi du 6 mars dernier, vers quatorze heures, la porte du bureau décanal pour protester contre les sanctions prononcées par le conseil de discipline du 2 mars et la tenue d’une autre réunion de la même instance prévue pour le 17 mars. Les deux niqabées, en proie à une rage folle, ont saccagé ce bureau, dispersé les documents du doyen et ses dossiers, détérioré ou tenté de détruire certains d’entre eux. Elles l’ont bousculé quand il a essayé de les refouler sous le regard hébété d’un témoin précieux : un fonctionnaire venu, avant l’intrusion des niqabées, travailler avec le doyen.
Après le départ d’Habib Kazdaghli, qui a quitté son bureau après y avoir laissé les deux étudiantes pour aller porter plainte auprès du district de la garde nationale à la Manouba, Imène Berouha simule une chute le long des escaliers. Les étudiants salafistes accusent le doyen de l’avoir bousculée pour la chasser de son bureau. La mise en scène ne trompe personne et surtout pas les employés de l’administration décanale qui ont vu leur doyen quitter son bureau bien avant la chute simulée. Cette version que rapportent encore aujourd’hui certains médias ne tenant pas la route, les salafistes ont adopté, au moment du dépôt de la plainte, une version qu’ils croyaient plus plausible mais qui est encore aussi rocambolesque que la première et dont le certificat médical initial délivré par un médecin de sexe masculin, exerçant à l’hôpital de la cité Ettadhamen trahit sans le vouloir le caractère invraisemblable.
Le constat fait par ce médecin évoque « une trace de gifle sur la joue droite ». Cette attestation médicale appelle une remarque et une objection. Le commentaire concerne la crédibilité des accusations portées par une niqabée qui a mené une guerre pour imposer le port du niqab et qui – comble du paradoxe – consent à se découvrir le visage devant un homme pour les besoins d’un examen médical !? A moins que le médecin confiant ne l’ait cru sur parole, ce qui est incroyable, voire impossible ! La réserve est d’ordre médical. L’étudiante, qui a simulé le malaise, a été transportée en ambulance vers quinze heures trente et a été examinée vers seize heures. Les médecins savent qu’il est hautement improbable et extrêmement difficile de garder l’empreinte d’une gifle deux heures après l’agression. Les seules signes susceptibles de la certifier et qui persistent après ces délais sont les ecchymoses et les hématomes auxquels le certificat médical initial ne se réfère nullement. Loin de moi l’idée de suspecter le médecin ayant délivré le certificat médical de complaisance mais tout porte à croire que l’étudiante a été giflée peu avant l’examen médical pour que la trace de la gifle reste bien visible au moment de la visite médicale dans le but d’incriminer Habib Kazdaghli. Quand on adopte cette hypothèse plus que plausible, on reste pantois devant tant de cynisme qu’on ne suspecte pas à priori chez des gens censés être des parangons de vertu.
Pour comprendre à quel point l’affaire est cousue de fil blanc, il faut rappeler ce qui semble avoir été oublié par tous les médias de la place. Il s’agit d’une déclaration faite le 9 mars dernier par le gourou des salafistes à la Manouba, Abou Yadh à la chaîne privée Hannibal TV, où il a considéré que le profanateur du drapeau ne devait pas être traduit en justice et qu’il n’accepterait de le livrer aux autorités judiciaires que si Habib Kazdaghli était jugé par les tribunaux. La nouvelle mention de ces propos ne vise pas à insinuer l’existence d’un deal entre les autorités et les salafistes mais à montrer l’acharnement de ces derniers à persécuter le doyen de la FLAHM et à monter toutes les machinations pour le condamner.
La portée politique d’une machination
Après avoir vainement essayé de se forger auprès de l’opinion publique l’image de la victime immolée à l’autel de la laïcité et de la franc-maçonnerie, voilà les salafistes qui montent de toutes pièces une affaire qui, pensent-ils, servira leur propagande. Ils souhaitent d’abord convaincre la justice du bien fondé de cette image et obtenir la condamnation du doyen, puis sa radiation. Opposer à cette représentation positive des salafistes la fausse image d’un doyen violent est de bonne guerre. Pareille diabolisation ternit les réputations les mieux établies en vertu de l’adage qui dit : « Calomniez, calomniez. Il en restera toujours quelque chose ! ».Ils veulent ensuite disculper les deux niqabées de la grave accusation d’agression contre un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Ils espèrent enfin grâce à ce procès faire oublier à l’opinion publique le jet, le jour même de l’agression perpétrée par les deux étudiantes, contre le bureau du doyen, d’un énorme projectile – un morceau de béton banché (béton moulé mais non armé)de vingt centimètres de diamètre – qui aurait tué le doyen s’il l’avait atteint et la profanation le lendemain du drapeau national restée gravée dans les mémoires et suscitant un tollé sans précédent auprès de l’opinion publique nationale.
Les poursuites judiciaires intentées contre Habib Kazdaghli n’ont pas pour seul objectif de le discréditer auprès de l’opinion publique. Les salafistes font, par le biais de ces poursuites, le procès de tous les universitaires en raison de leur attachement inébranlable aux prérogatives scientifiques et pédagogiques des institutions d’enseignement supérieur et de leur résistance acharnée pour la sauvegarde des libertés académiques. Le doyen de la FLAHM n’a pas manqué de le souligner lors d’une cérémonie organisée le samedi 30 juin en l’honneur de toute la famille de la FLAHM pour rendre hommage à son combat héroïque pour la défense des valeurs universitaires. Rappelant les épisodes dramatiques survenus à la faculté, il a déclaré en substance : « Les journalistes ont résumé ces évènements sous l’appellation de « la bataille du niqab » ou « du salafisme ». Mais nous l’avons vécue de l’intérieur comme une bataille pour la défense des valeurs universitaires authentiques et pour la consolidation du prestige de la faculté comme lieu de renouvellement du savoir et en tant qu’espace au service des objectifs de la Révolution tunisienne, et ce à partir de notre position d’intellectuels, créateurs d’idées. Nous l’avons vécue comme une bataille pour les libertés académiques, l’autonomie de la décision universitaire », avant d’insister sur la nécessité de soustraire l’université aux « tiraillements politiques et religieux » et « sur la suprématie accordée, à l’université, au savoir et aux normes et lois universelles en vigueur dans toutes les universités ».
Habib Kazdaghli est devenu depuis quelques mois la figure emblématique de ces luttes au point de déranger les extrémistes religieux de tous bords qui essaient, depuis le début de la crise à la FLAHM, d’en faire le bouc émissaire idoine pour occulter leur incompétence dans la gestion de la crise, le désignant, régulièrement, à la vindicte des salafistes. Le nouvel épisode de la machination qui a abouti au procès, n’est que la conséquence logique de cette attitude hostile voire belliqueuse à l’endroit du doyen de la FLAHM. Les islamistes radicaux ne lui pardonnent pas non plus son ancienne implication dans luttes pour la sauvegarde des libertés académiques, considérées à ses yeux, comme sacrées au point qu’il a bravé tous les tabous et qu’il a choisi, parmi les nombreux sujets abordés dans ses recherches, le thème de la minorité juive de Tunisie, ce qui lui a valu la colère de tous ceux qui, faisant l’amalgame entre juifs et sionistes, le considèrent comme le suppôt du sionisme, ce qui passe pour ceux qui le connaissent bien comme une autre ignominieuse calomnie.
La chaîne nationale et internationale de solidarité
Toutes ces manipulations et manigances des salafistes et autres extrémistes religieux, destinées à impressionner la justice, n’entament en rien la crédibilité de nos magistrats qui œuvrent, contre vents et marées pour assurer l’indépendance de la magistrature même si de nombreuses associations comme le comité de défense des valeurs universitaires, le collectif des quarante ONG de la société civile, la LTDH, la FGESRS, l’observatoire des libertés académiques dépendant de la FGESRS, le syndicat de base des enseignants de la FLAHM déplorent la mise en examen d’Habib Kazdaghli et critiquent la lenteur avec laquelle sont instruites les nombreuses plaintes (environ une dizaine) déposées par le doyen de la FLAHM et ses collègues à l’encontre de leurs agresseurs quand on la compare à la célérité relative observée dans l’instruction de la plainte d’Imène Berrouha. Mais de nombreux universitaires, pour lesquels le classement de l’affaire aurait été plus juste, estiment à la décharge du magistrat à l’origine de la mise en examen d’Habib Kazdaghli, qu’il ne doute pas de l’innocence de ce dernier mais qu’il ne veut pas passer pour quelqu’un qui prend son parti en ne donnant pas suite à l’affaire, qu’il préfère laisser à la cour le soin de statuer au sujet de la plainte. Le doyen de la FLAHM quant à lui, convaincu de son innocence, ne cesse dans toutes ses déclarations d’exprimer sa confiance dans la justice tunisienne.
L’acharnement des salafistes dans la persécution d’Habib Kazdaghli est contré par une mobilisation générale des composantes de la société civile qui appellent, sans exception, à un rassemblement le jour du procès devant le tribunal de première instance de la Manouba en signe de solidarité avec le doyen. En France et en Europe, une chaîne de solidarité avec le doyen de la FLAHM est en train de se constituer avec des initiatives déjà prises dans ce sens par le Collectif pour la Paix qui groupe plusieurs associations françaises solidaires du doyen de la Manouba.
Le bras de fer entre les salafistes et les universitaires reprend alors que le bon déroulement des examens à la FLAHM et dans les autres établissements d’enseignement supérieur a donné aux Tunisiens des raisons d’espérer. Les nouveaux développements augurent d’une recrudescence de la tension lors de la prochaine rentrée si les autorités ne se décident pas à assurer la sécurité des enseignants et n’envoient pas des signaux forts appelant au respect des règlements qui régissent la vie universitaire. ".
Salah HORCHANI
Les poursuites contre Habib Kazdaghli (Doyen de la FLAHM) alourdies
Le procès du doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, Habib Kazdaghli a été reporté au 25 octobre 2012 sur demande de la défense.
Accusé d’agression présumée d’une étudiante portant le niqab, Habib Kazdaghli devait être jugé, jeudi 5 juillet 2012, mais la défense, composée d’une pléiade d’avocats, a demandé le report du procès en raison de la modification de l’acte d’accusation.
Le procès s’était ouvert au tribunal de première instance de la Manouba suite à la plainte d’une étudiante prétendant avoir été giflée par le doyen. L’acte d’accusation portait sur un fait de violence commis par le présumé coupable conformément à l’Article 319 du Code Pénal. Dans ce cas de figure, Habib Kazdaghli encourait jusqu’à un an d’emprisonnement et de 72 dinars d’amende, s’il était reconnu coupable.
Mais c’est un nouveau chef d’accusation qui a été diffusé à l’ouverture du procès. Un acte reposant cette fois sur l’Article 101 du Code Pénal et qui prévoit qu’« est puni de cinq ans d’emprisonnement et de cent vingt dinars d’amende, tout fonctionnaire public ou assimilé qui, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions aura, sans motif légitime, usé ou fait user de violences envers les personnes ».
Un nouvel acte d’accusation qui fait passer la sentence d’un an d’emprisonnement à cinq années.
Le parquet (en l’occurrence le ministère public qui dépend, directement, du ministre de la Justice) a donc requalifié les faits reprochés au doyen qui risque désormais cinq ans de prison pour « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».
Habib Kazdaghli, qui rejette ces accusations et s’estime au contraire la victime d’une agression, ne cesse de dénoncer un procès visant l’université, la modernité et le savoir.
Les faits pour lesquels le doyen est jugé remontent à mars, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral ont mis à sac son bureau, selon lui. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la faculté pour avoir porté le voile intégral en salle de cours, accuse l’universitaire de l’avoir giflée.
Un bras de fer oppose cette faculté de 13.000 étudiants aux salafistes depuis le 28 novembre, lorsque des étudiants et des salafistes avaient organisé un sit-in pour réclamer l’accès en cours des étudiantes en niqab.
Source :
http://www.espacemanager.com/divers/tunisie-les-poursuites-contre-habib-kazdaghli-alourdies.html
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 5 juillet 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Professeur de littérature française à la FLAHM
Habib Kazdaghli d’un écueil à un autre plus grand
Je ne dirais jamais assez combien ces chroniques de la Manouba sont redevables à La Fontaine. Après les journées des 6 et 7 mars emblématiques de la terreur salafiste et qui ont vu le saccage du bureau décanal et la profanation du drapeau national, j’ai emprunté à l’inimitable fabuliste la formule : « Haro sur le baudet ! » dans ma chronique du 12 mars pour rendre compte de l’acharnement des salafistes et de leurs alliés au sein du pouvoir, les islamistes radicaux, à faire du doyen Kazdaghli le bouc émissaire de leur échec à résoudre l’interminable crise du niqab. L’expression sied toujours dans le contexte actuel où les salafistes sont prêts à l’immoler, littéralement, sur l’autel du fanatisme religieux et où ils n’ont aucun scrupule à recourir aux manipulations les plus grossières dans l’espoir de le mettre en examen d’abord – mission accomplie avec beaucoup de brio puisqu’il a comparu ce jeudi devant la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de la Manouba – , dans le but de le faire condamner ensuite par la justice.
Mais c’est la formule de La Fontaine dans La Vieille et les deux servantes qui me vient surtout à l’esprit quand je repense aux développements spectaculaires intervenus lors de l’audience de ce matin avec la requalification de l’acte d’accusation. Comme les deux servantes de la fable qui voulant échapper à un péril, s’exposent à autre un plus grave, Habib Kazdaghli, espérant se sortir de ce mauvais pas parce que son innocence ne fait l’ombre d’aucun doute selon les déclarations faites par l’un de ses avocats, Maître Mohamed Labidi à plusieurs chaînes de télévision, est « tombée de Charybde en Scylla ». Mis en examen le 9 juin par le procureur de la République, il encourait une amende de quatre dinars huit cents millimes et une peine de prison de quinze jours en vertu de l’article 319 du code pénal pour « voies de fait ou violences n’entraînant pour la santé d’autrui aucune conséquence sérieuse ou durable ». Le voilà avec la requalification des faits qui lui sont reprochés passible, en plus d’une amende de cent vingt dinars, d’une peine de cinq ans de prison pour « violences envers les personnes », commises « sans motif légitime », par un fonctionnaire public dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions conformément aux dispositions de l’article 101 du Code pénal, au grand dam de la quinzaine d’avocats présents à l’audience. La grande foule évaluée à plusieurs centaines de personnes et qui s’est massée devant le tribunal, à l’appel des syndicats et des associations de la société civile, pour exprimer sa solidarité avec le doyen, a réagi à la nouvelle accusation par une vive indignation manifestée pendant le rassemblement mais surtout à l’occasion de l’assemblée générale, tenue après l’audience au siège de la FLAHM et organisée par son syndicat de base.
Quand bien même Habib Kazdaghli aurait violenté l’étudiante – ce qu’il nie en s’appuyant sur des témoignages solides – la requalification délictueuse n’est pas fondée parce que l’article 101 ne s’applique que dans le cas de d’une violence non justifiée. Dans le cas du doyen, la violence présumée serait motivée par la légitime défense. Le saccage du bureau décanal et les voies de faits qui ont en résulté sur la personne du doyen, bousculé à qui mieux mieux, ne serait-ils pas des agressions à même de justifier la légitime défense ? La justice considérerait-elle comme vraisemblables les allégations formulées par les deux niqabées dans lesquelles elles poussent le ridicule jusqu’à prétendre que c’est le doyen qui a saccagé son propre bureau ? La seule idée que de pareilles hypothèses soient envisagées par la justice donne froid dans le dos à de nombreux orateurs présents pendant l’assemblée générale et qui craignent qu’on n’instrumentalise, comme dans la dictature de Ben Ali, la justice pour régler les différends et les conflits.
Ces péripéties judiciaires de la crise du niqab effraient aussi parce qu’elles nous révèlent un monde à l’envers où on traduit en justice le doyen alors que le bon sens aurait dû pousser, selon d’autres orateurs à la mise en examen de nombreux étudiants en application de l’article 116 du Code pénal en vertu duquel « quiconque exerce ou menace d’exercer des violences sur un fonctionnaire public pour le contraindre à faire ou à ne pas faire un acte relevant de ses fonctions » commet un délit sanctionné par une peine qui peut aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement.
Bien qu’elles semblent avoir été mises en examen pour des motifs qui n’ont pas été divulguées à la presse, les deux niqabées n’ont pas comparu à l’audience parce qu’elles n’auraient pas reçu leur convocation, en raison d’une fausse adresse d’envoi. Cette absence conjuguée à la demande faite par les avocats d’Habib Kazdaghli d’un report de l’affaire pour avoir le temps d’étudier le dossier et en raison de la modification de l’acte d’accusation ont été à l’origine du renvoi de l’affaire au 25 octobre 2012.
Le formalisme juridique, qui donne souvent lieu à des interprétations fantaisistes de la loi, a ses raisons que la raison et l’équité ne connaissent pas. Malgré la requalification des faits, les universitaires sont persuadés que les magistrats tunisiens sauront éviter les écueils du juridisme et qu’ils rendront la justice conformément à l’esprit des lois. Ils continuent à leur accorder leur confiance entière. C’est ce que le doyen de la FLAHM n’a cessé de répéter dans ses interviews qui ont suivi la requalification délictueuse. »
Salah HORCHANI
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 24 juillet 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Professeur de littérature française à la FLAHM
Tunisie : enjeux d’un procès 1/2
Jeux et enjeux d’un procès éminemment politique
Tunisie : le combat pour la laïcité et le refus du Niqab au sein des universités continue. Projets liberticides pour mettre fin à la démocratie naissante, propagande islamiste partisane, la Tunisie se débat pour ne pas se faire confisquer sa Révolution, son Printemps. Cet article de Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM, fait le point sur les enjeux de ce combat qui ne fait pas la Une de nos journaux et qui ne passionne pas nos politiques français.
À la mémoire du professeur Ahmed Jdey
Plus de quinze jours après la comparution d’Habib Kazdaghli devant ses juges et la requalification des faits qui lui sont reprochés, je reprends ma plume pour faire une lecture des événements à la faveur des nouveaux développements de la situation qui donnent désormais à l’affaire l’allure d’un imbroglio politico-judiciaire et à la lumière des prises de positions de la société civile nationale et internationale et du monde universitaire.
La réaction de ce dernier, bien que relativement tardive, en raison de la lourde charge de travail que représentent les examens de fin d’année, nous permet de mesurer les jeux et enjeux de ce nouvel épisode de la bataille du niqab. La distance qui nous sépare du procès nous garantit le recul nécessaire pour une évaluation sereine, de la situation.
Un procès éminemment politique
Ceux qui ont ourdi la toile au piège de laquelle a été pris Habib Kazdaghli lui en veulent à mort.
A cause de son combat emblématique pour les Lumières et pour la défense des valeurs académiques et parce qu’il conçoit avec les universitaires du monde entier, l’université comme un haut lieu du savoir et non comme la scène privilégiée des tiraillements politico-religieux, il a cristallisé la haine des extrémistes qui veulent tuer l’esprit critique à l’université, lui substituer un dogmatisme aussi stérile que dangereux et qui tentent d’asservir la connaissance, les moyens de sa transmission et les modes de fonctionnement de l’université à leurs idéologies et leurs croyances sectaires.
Empêchés de parvenir à leurs fins en raison de la résistance stoïque des universitaires, couronnée par le dénouement heureux de l’année académique, ils ont décidé de traîner le doyen de la Manouba dans la boue des procès de droit commun, cousues de fil blanc, de ternir son image de marque en le présentant comme un vulgaire délinquant qui mérite de comparaître devant la chambre correctionnelle d’une cour de justice et même de moisir en prison pendant cinq ans.
Mais ce procès est en réalité – et la mise en scène manigancée par les comploteurs ne parvient à l’occulter- celui des enseignants de la FLAHM qui refusent d’être dépossédés de leurs prérogatives et qui défendent l’autonomie institutionnelle, celui des normes académiques et pédagogiques séculaires, rigoureuses et efficientes établies par les pères fondateurs de l’université tunisienne et par la communauté universitaire internationale.
Il est par là même, celui de choix de société, basées sur l’esprit d’ouverture, et de tolérance, sur une assimilation des apports de l’Occident dans le respect de l’Islam, d’un Islam éclairé qui redonne à l’Ijtihad ses lettres de noblesse.
Ces choix, objet d’un consensus national depuis plus d’un demi- siècle sont abhorrées par les extrémistes religieux qui souhaitent à la faveur de la nouvelle configuration de l’échiquier politique tunisien, les remettre en cause et qui ont décidé de mener contre ces options emblématiques du modèle sociétal tunisien un combat acharné attesté par les croisades menées tour à tour contre l’université, le système éducatif républicain, contre la presse et les artistes.
L’atteinte aux libertés académiques, à l’esprit critique, à la liberté de création, comme à la liberté de presse ne sont que des exemples de la pression étouffante qu’ils exercent pour museler les intellectuels et les créateurs, pour réduire dans un premier temps à une peau de chagrin le champ des libertés avant de les phagocyter totalement.
C’est parce que Habib Kazdaghli et ses collègues se sont opposés à la mise en œuvre de ce projet liberticide à l’université que le procès est intenté contre le doyen de la FLAHM et qu’il est, en ce sens, éminemment politique.
C’est la prise de conscience de cette nature politique et par conséquent inique du procès , qui est à l’origine de l’indignation générale qui apparaît aussi bien dans les commentaires des médias que dans les prises de positions des universitaires ou des différents acteurs de la société civile nationale ou internationale mais qui a connu ses moments les plus intenses lors du rassemblement du 5 juillet, organisé à l’appel de la coalition des associations de la société civile, du Comité de défense des valeurs universitaires et de la Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche scientifique .
Une levée de boucliers à la mesure des manipulations salafistes
Dans une motion publiée à la suite de l’assemblée générale commune organisée au siège de la FLAHM par les organisations susmentionnées tout juste après le rassemblement, ces dernières expriment « leur ahurissement et leur rejet de la politisation flagrante et orientée de cette affaire ».
Ils expliquent cet ahurissement par la tournure prise par les évènements lors de l’audience du 5 juillet avec la modification de l’acte d’accusation qui ne se réfère plus à l’article 319 du Code pénal comme au début de la procédure mais à l’article 101 qui alourdit la peine encourue par le doyen : « Alors que tout le monde s’attendait à un acquittement en raison de la futilité de l’acte d’accusation et de l’absence de preuves véritables pour le fonder et à la mise en examen par la suite de la plaignante pour le préjudice moral qu’elle a fait subir au doyen et à l’institution qu’il représente, la cour a adopté la voie de l’escalade avec la modification de la référence de la mise en accusation ».
Dans une allusion au mutisme du Ministère de l’Enseignement et de la Recherche Scientifique à l’occasion de ce procès et à l’absence d’un avocat commis par ce ministère pour assurer la défense du doyen, la motion dénonce « la position de l’autorité de tutelle qui n’a pas veillé à offrir le soutien suffisant et nécessaire à l’un de ses fonctionnaires alors qu’elle sait mieux que toute autre partie qu’il est innocent des accusations qui sont portées contre lui », la suspectant même d’être dictée par un parti pris politique en faveur des salafistes.
Elle reproche, de ce point de vue au ministère, son « laxisme durant toute l’année universitaire actuelle » et son refus « d’assurer la sécurité et une justice équitable » aux universitaires « qui ont été victimes, dans plusieurs institutions universitaires, d’agressions très variées perpétrées par des extrémistes », pointant ainsi du doigt l’impunité dont les salafistes ont bénéficié jusqu’à présent.
Dans le même esprit, le conseil scientifique de la FLAHM, réuni le 10 juillet, a publié un communiqué dans lequel il « dénonce vigoureusement le mutisme du ministère de tutelle qui n’a pas veillé à offrir l’appui suffisant et nécessaire à l’un de ses fonctionnaires à l’occasion d’une affaire vitale ».
Il considère la traduction devant la justice d’un doyen élu comme « un précédent dangereux » et comme « une fourberie dont le but est de porter préjudice à toutes les composantes de la FLAHM (enseignants, étudiants, fonctionnaires et ouvriers) qui ont réussi à achever l’année universitaire et à assurer dans de bonnes conditions le déroulement des deux sessions d’examens de la fin de l’année universitaire », et comme « une instrumentalisation de la justice ».
Il dénonce également les desseins obscurantistes « des groupes religieux extrémistes qui ont essayé en vain d’imposer par la force leurs conceptions éducatives et sociétales rétrogrades » avant d’insister « sur son attachement aux normes pédagogiques et aux règles de communication fixées le 2 novembre 2011 et relatives à la nécessité de se découvrir le visage pendant les séances d’enseignement, d’examens et d’encadrement ».
Il réclame, à nouveau, à la fin du communiqué, « la prise en charge par l’autorité de tutelle de la sécurité de ses fonctionnaires, la protection de la faculté et la publication d’un texte clair qui impose à tous ceux qui fréquentent l’université l’observance du règlement intérieur de chaque institution universitaire ».
Dans une allusion claire au caractère politique du procès, les doyens des facultés des lettres et sciences humaines du pays, solidaires de leur collègue, dénoncent dans un communiqué largement diffusé par la presse électronique, derrière les incidents, dont plusieurs institutions ont été le théâtre mais dont la Manouba a été la cible privilégiée, l’action de « groupes extrémistes opposés aux acquis de la citoyenneté et à la consolidation de l’Etat civil » et expriment leur rejet d’un procès qui risque de se transformer en moyen de pression exercé sur les chefs des établissements d’enseignement supérieur pour les dissuader d’accomplir leur mission académique ou administrative dans le respect des règles établies par la profession.
Le conseil scientifique de l’université de la Manouba réuni le 9 juillet, sous la présidence du recteur Chokri Mabkhout, a tenu à exprimer son soutien inconditionnel à la FLAHM. Le communiqué du conseil scientifique de la FLAHM, s’est fait l’écho de cette solidarité et s’en est félicité.
Des partis politiques démocrates comme Al Massar, le Parti Républicain et le Parti Ouvrier Communiste Tunisien se sont déclarés solidaires de la FLAHM et de son doyen.
A l’échelle internationale, Le Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme, après avoir annoncé la comparution d’Habib Kazdaghli devant la justice et fait part de l’impunité dont jouissent tous ceux qui ont agressé le doyen et ces collègues durant les derniers mois, dénonce dans un communiqué publié la veille du procès « une justice à double mesure ».
Des dizaines d’universitaires, professeurs et chercheurs émérites, intellectuels, professionnels des sciences, des arts et des lettres français ont exprimé dans une pétition intitulée « Manifeste de solidarité avec le professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens », leur consternation de voir le doyen de la Manouba « poursuivi devant les tribunaux et menacé d’une lourde peine de prison » alors qu’il « a été victime d’agressions violant toutes les normes de conduite à l’égard d’un professeur et d’un doyen d’Université, avec des voies de fait confirmées par les nombreux témoignages qui [leur ] sont parvenus » et leur « pleine solidarité avec tous les universitaires, intellectuels et artistes qui défendent avec force et courage les valeurs universelles des sciences, des humanités, et des arts ».
Ils appuient l’aspiration de ces derniers à « la liberté d’enseignement, de recherche et de création » considérée de leur point de vue comme « une condition nécessaire à une vie universitaire et artistique dégagée de toute pression politique ou idéologique ».
Après avoir rappelé que l’université devait « être préservée de toutes les formes d’extrémismes pour garantir aux étudiants un enseignement libre et respectueux des valeurs universitaires », la député européenne Mélika Ben Arab-Attou a exhorté, dans un communiqué daté du 3 juillet, la justice tunisienne à trancher « en faveur des libertés fondamentales pour que les universités tunisiennes ne deviennent pas les hauts lieux d’un quelconque fanatisme ».
Evoquant le procès du 5 juillet et l’acharnement des salafistes contre le doyen Kazdaghli « plusieurs fois victime d’injures et d’actes violents », le conseil d’administration de l’Université de Toulouse II-Le Mirail a tenu, dans un communiqué publié le 3 juillet, à « exprimer son soutien sans réserve à un collègue tout entier dévoué aux intérêts d’une Université tunisienne laïque et démocratique ».
La sénatrice, Monique Cerisier ben Guiga, a exprimé à Habib Kazdaghli « victime de menées antirépublicaines qui s’en prennent au versant universitaire de la liberté de penser, de s’exprimer, de créer » sa sympathie.
L’ancien recteur de l’académie de Toulouse, Philippe Joutard, s’est déclaré ahuri face à « cette incroyable affaire » et a assuré le doyen de sa solidarité agissante.
Le vice-président de la Société Maltaise de France, Patrice Sanguy, a déclaré qu’il était profondément choqué par « la campagne de diffamation » dont le doyen avait été la victime, par « le manque de soutien de ses autorités de tutelle », et par « les ahurissantes actions du parquet prises à son encontre ». »
(à suivre)
Salah HORCHANI
Source :
« Nouvelles de la Faculté des Lettres de la Manouba (Tunisie)
(Tunis, le 24 juillet 2012)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste
Professeur de littérature française à la FLAHM
Tunisie : enjeux d’un procès 2/2
La nouvelle stratégie de l’extrémisme religieux et ses limites
Avec ce procès, les extrémistes religieux recourent à une autre stratégie pour déstabiliser la FLAHM et l’université. Ils renoncent momentanément à l’opposition frontale et essaient d’instrumentaliser la justice pour avoir à l’usure les universitaires et obtenir gain de cause, réutilisant la stratégie éculée des agresseurs qui, pour se tirer d’affaire, prétendent avoir été agressés.
Ils pensent qu’avec la mise en examen du doyen et de sa condamnation qu’ils appellent de tous leurs vœux, ils vont avoir toute la latitude pour obtenir la révision des choix pédagogiques, scientifiques, du contenu des programmes et de la réglementation régissant la vie universitaire.
Ils oublient, ce faisant, que le responsable élu d’une institution d’enseignement supérieur ne gère pas son établissement comme une propriété privée, qu’il met en œuvre les décisions d’un conseil scientifique, lui aussi élu, parce que la loi et ses engagements électoraux l’y obligent.
Ils ne tiennent pas compte aussi ou ne connaissent pas l’histoire de la FLAHM faite d’une longue tradition de luttes pour faire valoir l’autonomie institutionnelle et syndicale, pour défendre les libertés académiques, pour le maintien du principe de l’élection du doyen, pour son extension aux directeurs des établissements universitaires et aux recteurs.
Je peux témoigner, pour avoir eu l’honneur d’avoir été, au cours des trente dernières années, un acteur privilégié de cette histoire en tant que coordinateur général du Syndicat Général de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique ou comme responsable élu pour assurer au sein de la FLAHM ou d’autres institutions des fonctions aussi bien académiques que syndicales, du dénouement heureux de ces luttes, de l’expérience qui en a résulté pour l’université et de la transmission de ce legs de génération en génération pour le bien de l’institution et du pays.
La FLAHM recueille aujourd’hui les fruits de cet héritage. Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons d’une résistance aussi héroïque ou expliquer autrement son raffermissement dans les prochains mois.
Ce rappel historique montre aussi la cécité politique de ceux qui ont poussé le ridicule jusqu’à prétendre que le doyen Kazdaghli et sont équipe ont mené ce combat pour des considérations politiques sectaires.
Les extrémistes religieux oublient surtout ou mésestiment la nouvelle donne politique qui fait que le combat de la FLAHM est devenu, depuis le 17 avril 2012, date de la publication de l’appel des 130 pour la constitution d’un comité de défense des valeurs universitaires, signé par plus de 1500 enseignants, artistes, acteurs de la société civile, militants des droits de l’homme, militantes féministes, un combat qui engage toute la société.
Le rassemblement du 5 juillet ou le bras de fer entre les salafistes et la société civile
C’est la société civile, toutes tendances et associations confondues qui mène aujourd’hui le combat pour le respect de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques à l’université dans une parfaite symbiose avec la FLAHM et la Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, symbiose qui s’est manifestées pendant le rassemblement du 5 juillet devant le siège du tribunal de première instance de la Manouba, au cours duquel 2500 manifestants environ sont venus exprimer leur solidarité.
On a même vu un bus loué pour la circonstance transportant des universitaires venus de Sousse. Les militants de la coalition des ONG (plus d’une quarantaine d’associations), dont l’activité est coordonnée par le bâtonnier Abdessattar Ben Moussa, président de la LTDH, ont tenu à être présents massivement le jour du procès devant le tribunal.
La protestation s’est déroulée dans l’ambiance festive et solennelle caractéristique des procès politiques où les manifestants, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, entonnent des chants patriotiques pour exprimer leur détermination à poursuivre la lutte et pour clamer haut et fort leur conviction dans le triomphe des valeurs qu’ils défendent.
Les participants au rassemblement, optimistes et enthousiastes à souhait, en dépit du choc engendré par la requalification des faits reprochés à Habib Kazdaghli, ont entonné au moment de l’entrée du doyen dans la salle d’audience et à sa sortie du prétoire l’hymne national, ce chant révolutionnaire de la résistance contre l’occupation, pour signifier qu’ils étaient dépositaires à la fois des valeurs patriotiques et des valeurs de la Révolution.
Pendant ce rassemblement historique, les youyous des femmes, composante traditionnelle du rituel de protestation contre les procès politiques depuis les arrestations de Bourguiba et célébration anticipée d’une victoire assurée, fusaient de toutes parts et à intervalles réguliers, comme pour certifier que la lutte engagée porterait ses fruits, que le chemin de croix des universitaires ne serait pas vain et que les assauts de l’extrémisme religieux ne viendraient pas à bout du printemps tunisien appelé à perdurer grâce aux sacrifices consentis par les démocrates.
C’est en raison de cette prise de conscience des enjeux de ce procès pour la démocratie naissante en Tunisie que l’UGTT et la LTDH ont désigné les maîtres Monia El Abed et Mohamed Hédi Labidi pour défendre le doyen Kazdaghli et qu’un collectif d’avocats s’est porté volontaire pour assurer sa défense.
Béji Caïd Essebsi, le premier ministre qui a mené à bon port la première étape du processus de transition démocratique et deux de ses ministres, Ridha Belhaj et Mohamed Lazhar Akremi, tous fondateurs de l’Appel de la Tunisie font partie de cette pléiade d’avocats même s’ils n’étaient pas tous présents dans le prétoire.
Le courage du professeur Ahmed Jdey, chercheur à l’Institut d’Histoire du Mouvement National, bravant la maladie pour être présent au rassemblement, victime d’un grave malaise dont il ne se remettra pas et qui décédera quelques jours plus tard ainsi que la présence de Khaoula Rachidi, cette étudiante devenue une icône en Tunisie depuis qu’elle s’est opposée au profanateur du drapeau national, sont emblématiques de cette détermination des démocrates tunisiens, toutes générations confondues, à empêcher que le printemps tunisien ne se transforme en automne salafiste ou islamiste.
Ce genre de procès et les actions liberticides contre l’université, les intellectuels et les artistes constamment légitimées par le mouvement Ennadha révèlent ce risque et battent en brèche l’opinion propagée par les gourous du parti au pouvoir d’une métamorphose de l’ancien Mouvement de la Tendance Islamique en mouvement démocratique musulman à l’image des partis démocrates chrétiens du vieux continent.
Cette opinion répercutée dans une certaine presse et communément répandue auprès de l’opinion publique apparaît de plus en plus, aux yeux de plusieurs observateurs de la scène politique tunisienne, dont les analyses très pertinentes sont confortées par les liaisons dangereuses entre le mouvement islamiste et ses cousins et alliés salafistes et surtout par le dernier congrès du mouvement, comme un mythe entretenu pour embellir l’image de marque du parti de Rached Ghannouchi.
Souhayr Belhassen est venue apporter le soutien de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme mais sa présence au rassemblement a été perçue comme un rappel symbolique de la solidarité internationale avec la FLAHM et son doyen exprimée depuis le début de la crise et à l’occasion de ce procès par des universitaires des cinq continents, par des instances internationales de protection des droits de l’homme, par des associations de la société civile internationale chargées de la défense des droits de l’homme.
Rappelons, de ce point de vue, l’appui inconditionnel exprimé en décembre 2011 par plus de 200 universitaires français et européens, celui émanant d’une centaine d’éminents chercheurs et universitaires du monde entier, publié en mai 2012.
N’oublions pas la position de d’Human Watch Rights exigeant depuis décembre 2011 des autorités tunisiennes la protection de l’espace universitaire contre les agressions salafistes.
En avril 2012, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme a soutenu, par l’intermédiaire de son rapporteur spécial pour le droit à l’éducation, Kishore Singh, venu en Tunisie effectuer une visite de travail, les revendications relatives au respect des libertés académiques et de l’autonomie institutionnelle formulées par les universitaires tunisiens.
En juin 2O12, Robert Quin, le directeur exécutif de l’association internationale Scholars at Risk, en visite en Tunisie, pour mener une enquête sur les violations de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques, a reçu des autorités tunisiennes - c’est du moins ce qui ressort de la conférence de presse qu’il a accordée à la fin de sa visite - la promesse qu’elles assureraient la sécurité des enseignants, qu’elles protégeraient les libertés académiques et qu’elles feraient des déclarations dans ce sens.
Dans une lettre ouverte au président de la République tunisienne, datée du 26 avril 2012 et qui a fait le tour du Web, André Noushi, l’un des fondateurs de l’université tunisienne et grand ami de la Tunisie, jugeant que les agressions salafistes menaçaient « l’avenir politique de la Tunisie » et « sa crédibilité à l’échelle internationale » a souhaité voir la FLAHM protégée et sécurisée « à l’intérieur de son enceinte par un corps de vigiles dépendant du doyen ».
Le Mouvement pour la Paix et contre le terrorisme a initié une pétition internationale de soutien au doyen Kazdaghli à la suite du procès du 5 juillet.
Si le rappel des réactions nationales et internationales aux agressions perpétrées contre l’université a un mérite, c’est celui de pousser ceux qui tablent sur une démobilisation des démocrates, à ne plus tirer des plans sur la comète et à réviser leurs calculs.
La chaîne de solidarité nationale et internationale en faveur du doyen de la Manouba et de la FLAHM, se renforce de jour en jour parce que - et les forces vives de notre pays l’ont compris - ce qui se joue aujourd’hui à l’université et dans toute la Tunisie, c’est l’avenir de la démocratie.
Un bras de fer impitoyable oppose les démocrates et les fossoyeurs de la démocratie et non, comme veut le faire accroire une propagande islamiste partisane, les croyants et les mécréants.
Ce clivage est créé de toutes pièces comme dans la crise du niqab ou à l’occasion du printemps des arts de la Marsa pour porter atteinte aux libertés , préparer le terrain à tous les projets liberticides et mettre fin à la démocratie naissante.
L’issue de l’interminable crise du niqab va dans les prochains mois constituer un test qui permettra d’évaluer les véritables intentions du gouvernement
S’il tient à sauver le processus démocratique et à montrer qu’il s’engage réellement, comme il l’a promis, dans la voie qui mène à l’avènement d’une république civile, il doit impérativement faire respecter les lois positives à l’université, assurer la sécurité des enseignants, des étudiants et du personnel administratif et ouvrier et veiller à ce que les véritables coupables des violences soient traduits en justice en vue de garantir le bon déroulement de l’année universitaire.
Dans le cas contraire, c’est sa crédibilité qui sera écornée et c’est la FLAHM qui risque de tomber de Charybde en Scylla et à sa suite plusieurs institutions universitaires visées par la campagne salafiste dans une atmosphère qui sera extrêmement tendue à la rentrée prochaine.
Ce scénario plus que probable, si le gouvernement ne fait rien pour débloquer la situation, déstabilisera vraisemblablement toute l’université.
On voit mal en effet comment les enseignants de la FLAHM et les universitaires tunisiens, qui ont fait preuve jusqu’à présent de beaucoup de retenue et d’un sang-froid exemplaire dans la gestion de la crise, pourraient éviter l’escalade que les derniers développements de la situation annoncent et vers laquelle poussent les salafistes qui font flèche de tout bois pour faire aboutir leur projet éducatif anachronique que la société civile tunisienne ne peut contrer que grâce à une plus grande résistance.
C’est ce que les présents à l’assemblée générale du 5 juillet ont compris puisqu’ils ont exhorté dans leur motion la FGESRS « à intensifier son activité dans le sens d’une plus grande coordination avec les composantes de la société civile et politique dans le but de contrer l’escalade adoptée par le pouvoir contre l’autonomie de l’université, les libertés académiques et pour donner une plus grande efficience aux outils de la transition démocratique », et toutes les parties concernées par l’université et la défense des libertés « à une mobilisation continuelle en vue de faire face à la dangereuse dérive de la justice et au danger de la faillite qui menace en général la transition démocratique ».
Prions pour que le gouvernement prenne la décision la plus avisée, celle qui permettra de mettre fin à la crise et qui évitera après l’annonce du verdict dans le procès intenté contre Habib Kazdaghli qu’un journaliste ne soit acculé à la publication d’un article qu’il intitulerait « Chronique d’une condamnation annoncée ». »
Salah HORCHANI
Source :
Mais virez les vos barbus ! A vous de choisir : une révolution laïque, ou l’obscurantisme.
Déclaration de soutien à Habib Kazdaghli (Doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba) de la nouvelle Présidente de l’Université Paris 8
Les menaces qui pèsent depuis plusieurs mois sur le professeur Habib Kazdaghli, Doyen de la Faculté des Lettres, Arts et Humanités de l ’université de la Manouba sont de nature à inquiéter l’ensemble de la communauté universitaire internationale. Les faits qui lui sont reprochés ont été requalifiés par les autorités judiciaires tunisiennes, il y a quelques jours, dans le sens d’une aggravation de la peine encourue, soit cinq années d’emprisonnement, au motif que les violences auraient été commises par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Alors même que c’est contre cette institution universitaire et contre les valeurs de laïcité qu’elle incarne que des violences sont quotidiennement exercées par les mouvements salafistes dans les universités tunisiennes, une telle requalification des faits reprochés au doyen Kazdaghli montre bien que, au-delà de la personne du doyen, c’est l’institution universitaire qui est visée et fait l’objet d’une intimidation totalement insupportable.
Je m’associe donc pleinement au combat que mènent la ligue tunisienne des droits de l’homme, les universitaires, intellectuels et militants de Tunisie et du monde entier pour la défense du doyen Kazdaghli, pour la défense des libertés publiques et académiques. Contre les tentatives d’intimidation et toutes les atteintes aux valeurs humanistes dont l’institution universitaire est un si puissant symbole en Tunisie, j’apporte mon entier soutien au doyen Kazdaghli et forme des vœux pour que la justice tunisienne, préservée des pressions politiques, abandonne les poursuites qu’elle a engagées contre lui.
Danielle TARTAKOWSKY
Présidente de l’université Paris 8
« Appel à tous les universitaires tunisiens démocrates » :
http://www.agoravox.fr/actualites/i...
Salah HORCHANI
Le Point sur le Niqab :
1 . Il semble que la Mobilisation va encore payer et qu’il y ait un Recul de notre Ministre Islamiste de tutelle par le Retrait de son Projet-Loi autorisant le Port du Niqab dans les Universités ; mais, l’information est à prendre au conditionnel, donc wait and see , tout en demeurant mobilisés !
http://infosplus.info/index.php/soc... ;
2. Selon l’Agence TAP, des députés d’Ettakattol et du CPR seraient favorables à un Projet de Loi autorisant le Port du Niqab à l’Université :
http://www.tap.info.tn/ar/ar/compon....
Salah HORCHANI
La Mobilisation a, encore, payé ; mais, restons vigilants !
" La solution définitive reviendra dans une première étape au Conseil des universités, après un mois d’expérimentation (d’ici fin octobre) et dans une seconde à l’Assemblée constituante " : Moncef Ben Salem, notre Ministre Islamiste de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique :
« Moncef Ben Salem estime que les médias se comportent avec son ministère comme s’il était synonyme de niqab » :
http://www.radioexpressfm.com/news/...
Salah HORCHANI
Manifeste de solidarité
« Universitaire, artiste, journaliste, défenseur des droits de l’homme, militant de la Société Civile ou citoyen préoccupé par l’avenir des Libertés dans notre pays, cette Pétition vous concerne. Si vous êtes au diapason de son contenu, je vous prie de bien vouloir la signer (…)et la diffuser largement autour de vous » :
« Manifeste de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli, l’artiste Nadia Jelassi et les défenseurs des Libertés, de toutes les Libertés »
http://blogs.mediapart.fr/blog/sala...
Salah HORCHANI
Procès de la honte : Démocrates Tunisiens, d’ici et d’ailleurs, à vos signatures !
http://www.agoravox.fr/actualites/i...
Salah HORCHANI
Procès du Doyen Habib Kazdaghli : Manifeste International de Solidarité
Le Manifeste International, intitulé « Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens » et initié par les Professeurs Marc FELLOUS et Robert ZITTOUN, a été remis aujourd’hui, Mercredi 17 octobre 2012, à l’Ambassadeur de Tunisie à Paris, accompagné de Pièces Annexes témoignant de l’importance du mouvement de solidarité international, avec les 1.500 premières signatures. Ce Manifeste International est mis maintenant en Ligne et vous pouvez encore le signer (si vous le souhaitez et si cela n’a pas été déjà fait) sur le Lien suivant :
http://www.petitions24.net/solidari...
Merci pour votre soutien et bien cordialement,
Salah HORCHANI
Une Délégation Belge de soutien au Pr. Habib Kazdaghli et à la liberté d’enseignement, de recherche et de création
Le 25 octobre prochain, le professeur Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Arts, des Lettres, et des Humanités de l’Université de Tunis-La Manouba, répondra devant le tribunal de Première Instance de La Manouba d’actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Il risque cinq ans de prison. Cette accusation injuste n’est que le dernier épisode d’une longue série qui a vu le professeur Kazdaghli être victime d’agressions et de menaces violant toute norme de conduite à l’égard d’un membre du personnel académique, et ce à l’initiative de la mouvance salafiste tunisienne.
Les événements qui frappent depuis un an l’Université de Tunis-La Manouba sont en réalité le symptôme aigu du revers de la médaille de la révolution tunisienne : les pressions, les provocations et les intimidations qui s’exercent à l’encontre d’universitaires dans l’exercice de leur fonction, et ce alors que des hommes et des femmes du monde culturel tunisien sont eux aussi soumis aux mêmes menaces dans l’expression de leur activité artistique, constituent autant d’atteintes aux libertés promises par la révolution du 14 janvier 2011. Ils relèvent d’une politique concertée, dont l’objectif est d’imposer par la violence et par un climat de peur l’autoritarisme et la prévalence des normes religieuses.
Il y a un mois, le conseil d’administration de l’Université libre de Bruxelles a exprimé sa solidarité avec les universitaires tunisiens qui défendent avec force et courage les valeurs universelles qui sont au fondement de l’enseignement et de la recherche scientifique, et a apporté son soutien le plus ferme aux intellectuels tunisiens engagés dans la défense des libertés académiques dans leur pays.
Afin de marquer davantage encore son soutien au doyen
Kazdaghli et à la liberté d’enseignement, de recherche et de création,
une délégation menée par le secrétaire perpétuel de l’Académie royale de
Belgique se rendra le 25 octobre prochain à Tunis pour assister au
procès de Habib Kazdaghli. Outre le secrétaire perpétuel Hervé Hasquin,
cette délégation comprendra la vice-rectrice à la politique académique
de l’ULB Annemie Schaus, le président de la Fédération humaniste
européenne Pierre Galand, l’avocate pénaliste Michèle Hirsch et le
professeur Jean-Philippe Schreiber (ULB).
Source :
http://www.ulb.ac.be/actulb/index.php?cat=4
Salah HORCHANI
PROCÈS DE LA HONTE : À mes amis qui n’ont pas encore signé le " Manifeste de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli, l’artiste Nadia Jelassi et tous les défenseurs des Libertés académiques, de la Liberté de création et de la Liberté de presse "
2. Extrait de mon Article intitulé « Procès de la honte : Démocrates Tunisiens, d’ici et d’ailleurs, à vos signatures ! », paru, entre autres, sur le Lien suivant :
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/proces-de-la-honte-democrates-124305
" En réalité, ce Procès, tout cousu de fil blanc, a un caractère éminemment politique, comme l’a soutenu, lors de de la première audience, Maître Mohamed Hedi Laabidi, membre (mandaté par la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme) de la pléiade d’avocats de la défense en affirmant : "Il ne fait aucun doute que le Gouvernement est impliqué dans ce Procès(…) C’est un montage, car le Doyen refuse de s’inscrire dans un modèle de société (…) contraire à la Modernité ". C’est un Procès qui s’intègre, naturellement, dans une stratégie visant la Wahhabisation lente et progressive de notre pays, pays caractérisé jusqu’alors par une Société Ouverte et un bien-vivre-ensemble trois fois millénaire. Cette stratégie a été, admirablement, exposée, par Rached Ghannouchi , Président-Fondateur-Guide-Suprême d’Ennahdha, dans une Vidéo filmée à son insu, mise en ligne le 9 octobre 2012 et massivement relayée, par la suite, sur Internet à travers les réseaux sociaux ".
3.À l’attention de ceux qui ont trouvé, ou bien qui trouveront, des difficultés pour signer ledit Manifeste :
a. Vous cliquez sur le Lien :
http://www.petitions24.net/manifeste_de_solidarite_avec_habib_kazdaghli_nad ia_jelassietc
Apparait, alors, le Texte du Manifeste et, tout en bas de cette Page, apparait le tableau à remplir.
b. Après avoir rempli ledit tableau, vous cliquez sur :
« Signer cette pétition », se trouvant juste après ce tableau.
c. à l’adresse e-mail que vous avez donnée, vous recevrez, immédiatement, un courriel pour confirmer votre Signature (opération essentielle).
4. Et, pour terminer, n’oubliez pas le Rassemblement prévu le jeudi 25 octobre2012 à 9.00 h, jour du Procès, devant le Tribunal de Première Instance de la Manouba, Rassemblement appelé par plusieurs Associations de la Société Civile et dont l’une des Pages Facebook est :
https://www.facebook.com/events/298138110298831/
Merci pour votre soutien et bien cordialement,
Salah HORCHANI
Aux Démocrates Tunisiens ou Amis de la Tunisie qui n’ont pas encore signé le Manifeste International de Solidarité
Aux Démocrates Tunisiens ou Amis de la Tunisie qui n’ont pas encore signé le Manifeste International intitulé « Manifeste de solidarité avec le Professeur Kazdaghli et les universitaires tunisiens » et initié par les Professeurs Marc FELLOUS et Robert ZITTOUN.
1.Étant persuadé que vous partagez les valeurs sous-tendues par ce Manifeste, je suis sûr que l’absence de votre signature sur ledit Manifeste est due à un oubli. Or, l’impact et le poids d’un Manifeste sont fonction du nombre de signataires et, dans ce Procès de la Honte, il y va du Projet de Société qui va primer demain dans notre Tunisie. Aussi, à vos Signatures, s’il vous plaît !
2. Extrait de mon Article intitulé « Procès de la honte : Démocrates Tunisiens, d’ici et d’ailleurs, à vos signatures ! », paru sur le Lien suivant :
http://www.agoravox.fr/actualites/i...
« En réalité, ce Procès, tout cousu de fil blanc, a un caractère éminemment politique, comme l’a soutenu, lors de de la première audience, Maître Mohamed Hedi Laabidi, membre (mandaté par la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme) de la pléiade d’avocats de la défense en affirmant : »Il ne fait aucun doute que le Gouvernement est impliqué dans ce Procès(…) C’est un montage, car le Doyen refuse de s’inscrire dans un modèle de société (…) contraire à la Modernité « .
C’est un Procès qui s’intègre, naturellement, dans une stratégie visant la Wahhabisation lente et progressive de notre pays, pays caractérisé jusqu’alors par une Société Ouverte et un bien-vivre-ensemble trois fois millénaire. Cette stratégie a été, admirablement, exposée, par Rached Ghannouchi , Président-Fondateur-Guide-Suprême du Parti Islamiste Ennahdha au pouvoir, dans une Vidéo filmée à son insu, mise en ligne le 9 octobre 2012 et massivement relayée, par la suite, sur Internet à travers les réseaux sociaux ».
3.À l’attention de ceux qui ont trouvé, ou bien qui trouveront, des difficultés pour signer ledit Manifeste :
a. Vous cliquez sur le Lien suivant :
http://www.petitions24.net/solidari...
Apparait, alors, le Texte du Manifeste et, tout en bas de cette Page, apparait le tableau à remplir.
b. Après avoir rempli ledit tableau, vous cliquez sur :
« Signer cette pétition », se trouvant juste après ce tableau.
c. À l’adresse e-mail que vous avez donnée, vous recevrez, immédiatement, un courriel pour confirmer votre Signature (opération essentielle).
4. Et, pour terminer, n’oubliez pas le Rassemblement prévu le jeudi 25 octobre2012 à 9.00 h, jour du Procès, devant le Tribunal de Première Instance de la Manouba, Rassemblement appelé par plusieurs Associations de la Société Civile et dont l’une des Pages Facebook est :
https://www.facebook.com/events/298...
Merci pour votre soutien et bien cordialement,
Salah HORCHANI
Source :
Tunisie - PROCÈS DE LA HONTE : J-1
1. Lumières
Au Doyen Kazdaghli,
Merci pour votre courageux combat contre cette horde de fous-de –Dieu qui, si nous ne nous mobilisons pas de toutes nos forces, risque de nous précipiter à jamais dans le gouffre des ténèbres ! Votre combat, c’est le combat pour l’avenir de nos enfants, de notre pays !
Étant encore à l’étranger, je regrette, infiniment, de ne pas être, demain jeudi 25 octobre 2012, jour de la reprise du PROCÈS DE LA HONTE, parmi vous, mais, sachez que je le serai très fortement, cœur et esprit.
Bon courage pour jeudi, vous n’êtes pas seul, toute la frange éclairée de notre Peuple est derrière vous !
2. Ténèbres
Extrait de mon Article intitulé « Procès de la honte : Démocrates Tunisiens, d’ici et d’ailleurs, à vos signatures ! » paru sur le Lien suivant :
Lien qui vous conduira, dans son dernier paragraphe, aux deux Manifestes proposés pour signature à tous ceux qui souhaitent apporter leur soutien au Doyen Habib Kazdaghli, à l’artiste Nadia Jelassi et aux défenseurs des Libertés, de toutes les Libertés :
« Le plus grave et le plus significatif, c’est que cette tentative de sacrifice de la FLAHM [Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba] se déroule avec la complicité, au départ implicite et, par suite, nettement explicite, du premier responsable qui est censé protéger cette Institution et son Personnel, à savoir Moncef Ben Salem, aujourd’hui, Ministre-Vedette-Islamiste de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique et, hier, Cerveau du Coup d’État Islamiste avorté de 1987, Ministre qui, dès sa nomination, s’est auto-promu Professeur des Universités avec l’aide d’un Jury très spécial qu’il a concocté lui-même, tellement spécial qu’il comporte [ parmi ses cinq membres, trois originaires de son Établissement d’attache et ] deux Islamistes [qui furent, soi-disant, ses élèves, qui plus est, un des deux] fut son propre colistier pour [les] élections relatives à l’Assemblée Nationale Constituante » .
Salah HORCHANI
Source :
http://www.legrandsoir.info/tunisie-proces-de-la-honte-j-1.html
Affaire du Niqab – Manouba : Des universitaires belges et français en Tunisie pour soutenir le doyen Kazdaghli
Des universitaires belges et français se trouvent actuellement en Tunisie pour défendre les libertés académiques et soutenir le doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de La Manouba, Habib Kazdaghli, qui comparaîtra, demain jeudi, devant le tribunal de première instance de La Manouba, pour actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. « Cette accusation injuste n’est que le dernier épisode d’une longue série qui a vu le professeur Kazdaghli être victime d’agressions et de menaces injustifiées, à l’égard d’un membre du personnel académique », indique un communiqué publié par l’Université libre de Bruxelles (ULB).
Lors d’un point de presse tenu, mercredi, à Tunis, le Pr. Jean Philippe Schreiber de l’ULB, a affirmé que « Les universitaires dans le monde entier forment une grande communauté solidaire et quand l’autonomie de l’université est en question, nous sommes nombreux à manifester notre solidarité avec nos collègues afin de garantir le respect des libertés académiques », faisant savoir que des universitaires de plusieurs pays de l’Europe (France, Belgique, Italie, Allemagne, etc) ont manifesté leur appui à leur collègue Kazdaghli. « A travers notre présence en Tunisie, nous voulons marquer notre admiration pour le courage et la détermination du Pr. Kazdaghli qui n’a pas fléchi devant les intimidations et les pressions », a-t-il précisé.
Les universitaires Belges et Français présents à Tunis ont été unanimes à souligner que leur objectif « n’est pas de s’immiscer dans les affaires internes du pays, mais de défendre plutôt les libertés académiques et de soutenir leurs collègues universitaires tunisiens. » Ils ont, en outre, relevé l’importance de l’indépendance de la justice qui « pourrait, toutefois, faire l’objet de pressions ».
« La liberté académique peut être une liberté fondamentale qui permet un enseignement autonome », ont-ils soutenu. « Nous nous trouvons en Tunisie pour assister au procès et veiller au respect des libertés », ont-ils encore ajouté. Tout en faisant part de sa confiance en la justice, le Pr. Habib Kazdaghli a rappelé que les ministres de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ainsi que le ministère de l’Intérieur avaient tenu le doyen et les professeurs pour responsables des incidents survenus à la faculté de la Manouba durant l’année écoulée.
« Il existe une tentative d’instrumentalisation de la justice et de faire du doyen le bouc émissaire », a-t-il regretté. Pour sa part, Me Radhia Nasraoui a qualifié ce procès d’ »injuste », indiquant que si la justice sera vraiment indépendante, le Pr. Kazdaghli devra être innocenté et le dossier sera clos. Me Nasraoui qui a signalé que plusieurs avocats seront présents demain au procès pour défendre le doyen de la Manouba, a souligné que l’université devra rester un espace libre et autonome. Des professeurs de la Faculté de la Manouba et membres du conseil scientifique, et des représentants de la société civile et de plusieurs associations ainsi que des juristes ont également exprimé leur soutien et leur solidarité avec le Pr. Kazdaghli.
Source :
http://directinfo.webmanagercenter....
Salah HORCHANI
Tunisie – Les étudiantes obligées de retirer le niqab au procès de Habib Kazdaghli
Le tribunal de première instance de la Manouba a décidé le report du procès du doyen de la Faculté des arts, des lettres et des humanités de La Manouba, Habib Kazdaghli au 15 novembre 2012. M. Kazdaghli est accusé d’avoir agressé une étudiante portant le niqab. Il est poursuivi pour actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions.
Au procès, les deux étudiantes sont arrivées habillées
en niqab pour donner leur témoignage. Le juge les a cependant obligées à
montrer leur visage.
Par ailleurs, le collectif des
associations de la société civile a organisé, ce matin, un rassemblement
de soutien et de solidarité avec le doyen, devant le tribunal. A
mentionner, également, qu’une délégation belge menée par Hervé Hasquin,
secrétaire permanent de l’Académie royale de Belgique, se trouve
actuellement à Tunis pour assister au procès de M. Kazdaghli et le
soutenir.
Pour leur part, les enseignants et les employés de la faculté ont porté, mardi, le brassard rouge pour marquer leur solidarité avec Habib Kazdaghli.
On notera également l’implication des services des Domaines de l’Etat qui interviennent suite au saccage du bureau du doyen. Ce bureau appartenant à l’Etat, cela devrait compliquer davantage la situation des deux étudiantes.
Source :
http://www.businessnews.com.tn/deta...
Salah HORCHANI
Tunisie-Un homme d’honneur
Le nom de cet universitaire
tranquille, tout à ses recherches d’historien et à sa chère faculté des
lettres, est désormais célèbre. C’est qu’Habib Kazdaghli, dont le
procès, qui devait s’ouvrir ce 25 octobre à Tunis, est reporté au 15
novembre, a fait plus pour l’honneur de son pays que la désolante armada
de fanatiques qui trahissent en toute impunité la révolution de jasmin.
Comme Marianne s’en est fait souvent l’écho, le doyen de la faculté des
lettres, des arts et des humanités de la Manouba est poursuivi par une
étudiante en niqab. Elle retourne contre cet homme paisible les
accusations de violence dont il est en réalité la victime depuis le 28
novembre 2011.
Rappelons les faits : un groupe de salafistes,
dont certains pourvus d’un brillant CV de djihadistes sont sortis de
prison au lendemain de la révolution, avait décidé de transformer la
faculté des lettres en symbole du nouvel ordre islamiste. L’enjeu ?
Imposer la présence des étudiantes intégralement voilées, ces Belphégor
de la négation du visage et de l’altérité, en salles de cours et en
examens. Habib Kazdaghli s’en est tenu au règlement intérieur de
l’université et à la déontologie des enseignants, hommes et femmes. Il a
résisté, appuyé par son équipe pédagogique, mais désavoué par les
pouvoirs publics, notamment l’inénarrable ministre de l’enseignement
supérieur, Moncef Ben Salem, membre peu diplômé mais très agité de la
faction ultra-salafiste du parti Ennahda.
Rien n’a entamé sa
détermination, ni celle de ses collègues : de Habib Mellakh, professeur
de littérature française et syndicaliste, à qui nous devons la
chronique quotidienne de ce harcèlement de sabres et de fatwas, à Amel
Jaïdi, la directrice du département d’anglais, pourchassée elle aussi
par les poignards des assassins en liberté. Amel Jaïdi sera l’invitée
d’Amnesty International lors du colloque sur la situation difficile des
femmes arabes qui se tiendra le 17 novembre à Paris. Elle nous avait
raconté son calvaire, à Tunis, avec une maitrise dans l’émotion et un
courage qui font toute l’élégance et l’héroïsme de celles et de ceux qui
affrontent aujourd’hui la haine obscène.
Soutenu par ce petit
groupe, Habib Kazdaghli est cependant devenu en quelques mois l’une de
ces figures nationales dont une résistance a besoin pour se fortifier et
se définir. L’embarras de la police, qui ne recevait aucun ordre de
protection des universitaires et d’intervention contre les commandos
salafistes, a braqué les projecteurs sur l’indulgence du pouvoir pour
les provocateurs et leur violence. Mois après mois, la chronique de la
Manouba, dans sa solitude et sa détermination, dans ses appels de
détresse, ses SOS à la raison tunisienne et humaniste, est devenue le
premier miroir d’une réalité inquiétante. Les assauts contre le bureau
du doyen, les agressions contre Kazdaghli et ses enseignants, le
« sit-in » salafiste pour lequel il faudrait inventer un nom moins
paisible que cet aimable vocable, les locaux souillés par l’occupation
des étudiantes en niqab et leurs mâles défenseurs au rez de chaussée,
les menaces de mort placardées sur les murs : tout cela a
progressivement quitté la rubrique fait-divers pour devenir en Tunisie
un fait national, la preuve de la force des idées contre la faiblesse
de la bêtise, fût-elle drapée comme toujours dans sa cape sombre de
fureur légale et illégale.
Habib Kazdaghli, par sa ténacité,
transformait la manipulation intégriste en démonstration humaniste. Sa
simple présence, ses mots toujours clairs, son attachement à l’éthique
de l’enseignant scandaient le rappel des valeurs profondes du pays. Qui
ne veut envoyer son fils, sa fille à l’université en Tunisie ? C’est
précisément le statut de chômeur des jeunes diplômés qui a déclenché la
révolte contre la dictature de Ben Ali. Les enseignants sont aimés dans
ce pays. Quel humble paysan, quel père de famille écrasé de dettes,
acharné à rêver un avenir pour son enfant, appuierait ceux qui menacent
d’égorger des professeurs ? L’électro-choc devint général le 7 mars 2012
quand les salafistes arrachèrent au fronton de la Manouba- toujours en
pleine impunité- le drapeau national pour le remplacer par le chiffon
noir qui prétend imposer le sabre et la charia. La jeune fille qui se
précipita pour défendre l’étendart tunisien, fut jetée à terre et
violentée par les fous d’Allah, ennemis des femmes, des lumières et de
la vraie révolution. Désormais héroïne populaire, Khaoula Rachidi, deux
jours plus tard, était reçue et décorée par le président tunisien Moncef
Marzouki. Il ne pouvait faire moins, le peuple tremblait de colère
contre les barbes noires et d’amour pour Khaoula et son drapeau.
Il devenait donc clair, au fil des saisons, que la Manouba incarnait « le » combat de la Tunisie contre ses dévoreurs d’espérance, ses voleurs de feu spirituel, ses détrousseurs de dieux.
Vinrent plus tard l’incendie des œuvres d’art de la Marsa, le procès de la jeune fille violée par les flics, l’attaque contre l’ambassade des Etats-Unis, les harcèlements de journalistes, l’obsession néo-totalitaire des pseudo-démocrates islamistes au pouvoir, bref la litanie d’une post-révolution qui ne chante pas.
Mais, au départ de cette prise de conscience désormais internationale des dangers qui menacent la Tunisie vivante et claire, il y a, comme toujours, quelqu’un qui a dit non.
C’est l’honneur d’un homme, Habib Kazdaghli.
Source :
http://www.marianne.net/Tunisie-un-...
Salah HORCHANI
Le Procès de la Honte est reporté au 15 novembre 2012
Le tribunal de La Manouba, dans la banlieue de Tunis, a reporté au 15 novembre le procès du doyen d’une faculté tunisienne accusé d’avoir agressé une étudiante en niqab, une affaire qui fait scandale en Tunisie depuis plusieurs mois, a indiqué jeudi l’un de ses avocats.
Le procès de Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, a été reporté à la demande des deux parties qui ont demandé à pouvoir se porter partie civile, a indiqué l’avocat Mokhtar Trifi.
M. Kazdaghli est poursuivi pour "acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions", un délit passible de cinq ans de détention.
Ces faits remontent au mois de mars, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral ont mis à sac son bureau, selon lui. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours, accuse l’universitaire de l’avoir giflée.
"Je souhaite que ce dossier soit classé le plus tôt possible car il use l’énergie des universitaires qui sont censés s’occuper d’autres choses en ce moment plus importantes pour le pays", a déclaré M. Kazdaghli, à la sortie du tribunal, entouré de 150 partisans venus l’acclamer et le soutenir.
Il a ensuite accusé la mouvance salafiste jihadiste d’être à l’origine de ses déboires judicaires.
"Les personnes qui ont intenté ce procès contre moi, ce sont les mêmes qui se sont attaquées aux artistes, se sont attaqués au journalistes, se sont attaqués à l’ambassade américaine" le 14 septembre, a-t-il déclaré.
Les poursuites contre le doyen ont déclenché un tollé en Tunisie et lancé un débat sur l’autorisation ou non du voile intégral durant les cours dans les universités.
M. Kazdaghli a reçu le soutien de nombreux universitaires étrangers et des professeurs et juristes français et belges étaient présents au tribunal jeudi.
Plusieurs projets de loi sur le sujet ont été déposés à l’Assemblée nationale constituante (ANC) mais aucun compromis n’est intervenu.
Un bras de fer oppose cette faculté de 13. 000 étudiants aux salafistes depuis le 28 novembre, lorsque des étudiants et des salafistes avaient organisé un sit-in pour réclamer l’accès aux cours des étudiantes en niqab.
Source :
http://www.jeuneafrique.com/actu/20121025T144037Z20121025T144035Z/
Salah HORCHANI
ennahda...ben oui c’est des fumiers Salah..
que les « franco »-TUNISIENS qui ont voté pour ça rentrent en Tunisie, DEFINITIVEMENT.
Délégation menée à l’initiative de l’Université libre de Bruxelles :
La mission de soutien au professeur Habib Kazdaghli particulièrement appréciée
Une délégation menée à l’initiative de l’Université libre de Bruxelles s’est rendue le 25 octobre à Tunis pour assister au procès de Habib Kazdaghli,
doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Tunis-La Manouba,
qui répondait devant le tribunal d’actes de violence commis par un
fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions. Une accusation injuste
qui n’était que le dernier épisode d’une longue série qui a vu le
professeur Kazdaghli être victime d’agressions et de menaces de la part
de militants salafistes, lesquels tentent d’imposer par la violence et
par la peur l’autoritarisme et la prévalence des normes religieuses.
La délégation de l’ULB a pu constater la mobilisation importante de la société civile et des avocats démocrates tunisiens, parmi lesquels Radia Nasraoui, docteur honoris causa de l’ULB, en faveur du doyen Kazdaghli.
La délégation a par ailleurs bénéficié d’un accueil favorable par le chef du tribunal, qui lui a permis d’assister à l’audience. Si celle-ci s’est conclue par un report de l’affaire au 15 novembre prochain,
les deux parties en cause souhaitant se constituer parties civiles,
elle a vu la présence de la délégation de l’ULB être largement médiatisée et appréciée.
Les universitaires et les intellectuels tunisiens, comme les militants
des droits humains, ont manifesté combien cette présence représentait un
symbole fort, contribuait à soutenir activement la mobilisation
locale et internationale en faveur de Habib Kazdaghli, et offrait un
large écho à ce soutien.
La solidarité académique agissante qui
a motivé le choix de l’Université d’être présente en Tunisie le 25
octobre repose sur les valeurs partagées avec les collègues tunisiens, valeurs que défend avec opiniâtreté l’ULB, qu’il s’agisse de liberté académique, de liberté de pensée, d’indépendance de l’enseignement et de la recherche et d’autonomie institutionnelle.
Les établissements universitaires demeurent aujourd’hui en Tunisie l’un
des bastions essentiels de la résistance face à l’intégrisme, dont la
pression s’accentue chaque jour davantage dans tous les secteurs de la
société. L’Université est donc le symbole fort de la jeune démocratie
tunisienne, au moment où celle-ci se trouve à un tournant décisif de sa
révolution et de son histoire.
Source :
http://www.ulb.ac.be/actulb/index.php?e=3026&page=0#3026
Salah HORCHANI
Tunisie. Le Mouvement Européen solidaire du Pr Habib Kazdaghli
Appel au respect des principes défendus dans la Charte des droits fondamentaux lors du procès du professeur Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des Lettres de Manouba, publié par le Mouvement Européen-France.
« Le Mouvement Européen France a participé activement au 3e Congrès du Dialogue Sud Nord Méditerranée, co-organisé par le Mouvement Européen International, à Tunis du 7 au 9 juin 2012.
« Nous y avons partagé l’animation d’un atelier avec le Professeur Kazdaghli, que nous avons retrouvé récemment au Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg, puis à la Faculté des Lettres de Rouen. Il a chaque fois témoigné un grand attachement aux valeurs que nous partageons : respect des droits de l’homme, des lois, de la liberté, dans un esprit de dialogue, d’ouverture et de progrès.
« Aujourd’hui soumis à un procès et menacé de lourdes peines, nous serons attentifs à ce que le Professeur Kazdaghli ait droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial, comme l’indique l’article 47 de la Charte des Droits fondamentaux, mais aussi que le principe de légalité et de proportionnalité des délits et des peines soit respecté (Art 49).
« Nous rappelons notre attachement au respect des droits de la défense et aux principes de la Charte des droits fondamentaux, qui reste un modèle de justice et de liberté à étendre au delà de l’Union européenne. »
Bernard Deladerrière
Vice-président du Mouvement Européen France, chargé des Relations internationales.
Source :
http://www.kapitalis.com/63-fokus/1...
Salah HORCHANI
Tunisie : Pour suivre l’évolution du PROCÈS DE LA HONTE
Si vous souhaitez suivre l’évolution, en temps réel, du PROCÈS DE LA HONTE, je vous invite à consulter, régulièrement, les Commentaires de mon Article intitulé « Procès de la honte : Démocrates Tunisiens, d’ici et d’ailleurs, à vos signatures ! » et paru sur le Lien :
Salah HORCHANI
Source :
Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH)
Mise à jour le 30 octobre 2012
Reprise
écourtée du procès de Habib Kazdaghli, doyen de l’université de la
Manouba : retour d’une mission d’observation judiciaire de la FIDH
Le 25 octobre 2012, la FIDH a envoyé une mission à Tunis pour observer la deuxième audience devant le Tribunal de première instance de la Manouba dans le procès contre Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, accusé d’avoir agressé le 6 mars 2012, deux étudiantes qui s’étaient introduites dans le bureau du doyen. Les deux étudiantes comparaissent également en qualité de prévenues dans ce procès, pour des faits de dégradation.
"Il
est pour nous essentiel d’observer ce procès qui est emblématique des
tensions grandissantes liées à la question de la laïcité, de l’accès à
l’éducation et des libertés académiques en Tunisie« , a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH. »Nous
appelons les autorités judiciaires tunisiennes à mener leur travail en
toute indépendance et impartialité et dans le respect des conditions
essentielles d’un procès équitable", a ajouté Khadija Cherif, Secrétaire générale de la FIDH.
Lors
de l’audience du 25 octobre, le Président du Tribunal a commencé à
rapporter le dossier, interrogeant successivement les deux jeunes filles
et le doyen de la faculté. Néanmoins, l’audience a été écourtée suite à
la demande de renvoi formulée par la défense des deux étudiantes pour
des questions procédurales liées à la constitution de parties civiles
des plaignantes. La défense du doyen s’est associée à cette demande de
report, évoquant à cette occasion des problèmes de procédure. Les
problèmes évoqués sont relatifs à la qualité du fonctionnaire du doyen,
que le Parquet a souhaité expressément prendre en considération en
ajoutant la circonstance spécifique « dans l’exercice de ses fonctions »,
et au fait que les dégradations commises l’auraient été au préjudice
d’une propriété publique et que le Parquet aurait ainsi dû aviser l’Etat
de sa possibilité de se constituer partie civile.
L’audience, ainsi écourtée, a été reportée ; le procès devrait reprendre le 15 novembre 2012.
Le
5 juillet 2012, une première audience avait eu lieu devant la chambre
correctionnelle du tribunal de première instance de la Manouba, pendant
laquelle le Parquet avait requalifié les faits en "acte de violence
commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions". Le doyen
encourt désormais jusqu’à 5 années de prison, alors qu’il n’aurait été
passible que de 15 jours de détention si la qualification initiale de la
plainte pour agression avait été maintenue.
Retour sur les faits
A
partir de novembre 2011, des sit-inneurs appartenant à la mouvance
salafiste et réclamant le droit au port du niqab pendant les cours et
les examens ont occupé la faculté, résultant en l’arrêt des cours et le
report d’examens. Un conseil de discipline de la faculté s’est réuni et a
décidé en date du 2 mars 2012 de prendre des sanctions à l’encontre
d’étudiantes allant jusqu’à un an d’expulsion de l’université, pour
avoir incité au non-respect du règlement intérieur et empêché la tenue
de cours et d’examens.
En signe de protestation, les deux
plaignantes, portant le niqab, auraient, le 6 mars 2012, saccagé le
bureau du doyen, dispersé ses documents et dossiers, détérioré ou tenté
de détruire certains d’entre eux. Selon les avocats du doyen, les deux
jeunes femmes auraient également bousculé celui-ci alors qu’il essayait
de les faire sortir du bureau. Habib Kazdaghli aurait ensuite quitté son
bureau, laissant les deux étudiantes, pour aller porter plainte auprès
du district de la garde nationale à la Manouba. Les plaignantes et des
étudiants sit-inneurs accusent le doyen d’avoir bousculé une des deux
étudiantes et giflé la seconde, ce qui est contesté par le doyen.
Source :
http://fidh.org/Reprise-ecourtee-du...
Salah HORCHANI
Habib Kazdaghli et l’affaire du niqab en Tunisie
Ce 25 octobre se déroulait à Tunis le procès de Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de La Manouba, qui répondait devant le tribunal d’actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, suite à une altercation avec deux étudiantes en niqab, en mars dernier, dans son bureau. Une accusation qui n’est que le dernier épisode en date d’une longue série qui a vu le professeur Kazdaghli être victime d’agressions et de menaces, jusqu’à l’occupation de la Faculté de La Manouba par des militants salafistes — lesquels tentent d’imposer par la violence et la peur la prévalence des normes religieuses et le refus des règles académiques.
Certes, le doyen Kazdaghli bénéficie en sa faveur d’une mobilisation importante de la société civile et des avocats démocrates tunisiens, parmi lesquels Radhia Nasraoui, figure bien connue de la défense des droits humains. Certes, l’audience de ce jeudi 25 octobre s’est conclue par un report de l’affaire au 15 novembre prochain, les deux parties en cause souhaitant se constituer parties civiles. Certes, l’on y a vu la justice tunisienne respecter parfaitement les intérêts des protagonistes, alors que la première audience du 5 juillet avait été marquée par un coup de théâtre, le parquet demandant la requalification des voies de fait simples en actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions, une incrimination qui vaut aujourd’hui au doyen Kazdaghli de risquer cinq ans de prison.
Ce placide professeur d’Université est ainsi devenu, malgré lui, le symbole de la capacité de résistance de la société civile tunisienne face à la violence salafiste, incarnant un combat qui dépasse largement les universités de ce pays du Maghreb. Il montre aussi que les établissements universitaires demeurent aujourd’hui en Tunisie l’un des bastions essentiels de la résistance face à l’intégrisme religieux et sa morale rigoriste, dont la pression s’accentue chaque jour davantage dans tous les secteurs de la société. L’Université paraît donc être le symbole fort de la jeune démocratie tunisienne, au moment où celle-ci se trouve à un tournant décisif de sa révolution et de son histoire.
Ceux qui tentent depuis des mois de terrasser Habib Kazdaghli, et à travers lui de mettre au pas les Universités — avant La Manouba, celles de Sousse et de Kairouan avaient vu se dérouler des événements semblables — en sont toujours pour leurs frais : Habib Kazdaghli s’est révélé être un adversaire coriace, attaché à faire respecter scrupuleusement le prescrit des règles académiques et apparemment solide face au travail de sape continu et à la violence dont il est l’objet. Ses collègues de l’Université, soutenus par des intellectuels tunisiens et une forte mobilisation internationale, notamment française et belge — une importante délégation venue de l’Université libre de Bruxelles était présente à Tunis le 25 octobre, en guise de solidarité —, ne désarment pas non plus pour faire triompher les libertés académiques face aux intimidations salafistes et aux complaisances dont elles ont longtemps bénéficié.
A travers l’affaire Kazdaghli, ce sont les libertés publiques en général qui sont ainsi mises à l’épreuve par ceux qui entendent faire de la Tunisie le banc d’essai de la propagation de l’islam politique radical au Maghreb, en instillant partout, même à l’Université, la ségrégation entre les hommes et les femmes — une régression sinistre, alors que la Tunisie a été une pionnière en matière de statut de la femme dans le monde arabe.
Le procès Kazdaghli est ainsi le révélateur de nombreux enjeux dans une société tunisienne en mutation. Tout d’abord, il incarne la résistance à l’obscurantisme dans le chef de ceux qui ont la charge, tous les jours, d’enseigner la liberté de pensée, la liberté de conscience, le libre examen critique, l’indépendance du jugement et la recherche impartiale de la vérité. L’Université ne peut donc être que visée par ceux pour lesquels ces valeurs universellement partagées sont insupportables.
Ensuite, il montre les dualités de la société tunisienne après la révolution du 14 janvier, partagée entre d’une part des démocrates viscéralement attachés aux principes de séparation des sphères et d’autre part des partisans d’un consensus avec l’islam politique, un islam politique parfois peu déterminé, pour des raisons diverses, à faire obstacle à la violence salafiste. Il questionne également la capacité de l’appareil judiciaire à se débarrasser des fantômes de la dictature, tout comme son aptitude à se soustraire à l’influence du pouvoir : celui-ci devra à son tour démontrer qu’il ne renvoie pas simplement les protagonistes de l’affaire Kazdaghli dos à dos, mais qu’il endosse ses responsabilités — notamment celles des droits à la propriété d’un Etat qui a vu ses biens mis à sac par l’intervention brutale des jeunes salafistes.
En troisième lieu, ce qui a conduit à ce procès, à savoir le respect des mesures prises pour limiter le port du niqab à l’Université, illustre le fait que c’est toujours au corps des femmes qu’on en revient quand il s’agit de porter atteinte à l’égalité démocratique : le corps de la femme que l’on veut soustraire au regard des hommes en le voilant ; le corps des femmes que l’on veut séparer de celui des hommes par la ségrégation physique ; le fantasme idéologico-religieux de la concupiscence qu’il suscite et ne peut que rendre, aux yeux des puritains de tout poil, la femme responsable de la convoitise des hommes ; le corps de la femme objet de toutes les violences enfin, par les mutilations génitales qu’on lui fait subir ou par la domination masculine qui s’exerce sur lui — l’affaire de la jeune fille violée voici peu par deux policiers en Tunisie aussi, puis accusée d’atteinte à la pudeur, l’a illustré, comme en miroir de l’affaire Kazdaghli.
Enfin, dans un pays inquiet du fait des menaces qui pèsent sur son avenir, le procès Kazadagli témoigne des théories du complot qui y fleurissent de part et d’autre de l’échiquier politique : pour les uns, le salafisme, qui était étranger aux réalités tunisiennes jusqu’il y a peu, serait un poison extérieur que des puissances étrangères s’évertueraient à inoculer pour déstabiliser et transformer la société tunisienne ; pour d’autres, les universitaires et les intellectuels autour de Habib Kazdaghli seraient inféodés à l’idéologie et à la culture occidentales, trop peu tunisiens, trop peu arabes et trop mécréants, en quelque sorte…
Aucune de ces deux accusations ne tient la route, bien évidemment : l’islam politique et son influence dans de nombreux secteurs de la société tunisienne est un produit des régimes politiques successifs qu’a connus la Tunisie depuis l’Indépendance ; quant à la propension des intellectuels à fonder la démocratie tunisienne sur les principes des Lumières, elle est elle aussi intrinsèquement liée à l’histoire de la Tunisie indépendante et aux idées de progrès qui ont longtemps permis d’y construire une législation assurant l’autonomie des sphères, bien plus qu’ailleurs dans le monde arabe. Les universitaires, les intellectuels et les artistes tunisiens, tout comme les militants des droits de l’homme, en demeurent les garants ; à l’instar de Habib Kazdaghli, ils se battront très vraisemblablement avec toute leur énergie pour refuser le repli de la Tunisie sur un quant-à-soi religieux pusillanime, pour perpétuer leur vocation de passeurs vers l’universalité des droits, et vers l’universel tout court.
Jean-Philippe Schreiber (ULB).
Source
http://www.o-re-la.org/index.php?op...
Salah HORCHANI
La honte indélébile sur le gouvernement par l’affaire du Doyen Habib Kazdaghli
En avril 2011, le cinéaste Nouri Bouzid a reçu un coup de barre sur la tête , de la façon la plus lâche ;
Le dimanche 26 juin 2011, Habib Belhadi, directeur de la salle de cinéma Africart a été agressé par des barbus après qu’ils aient défoncé la porte vitrée de l’entrée ;
Le 9 octobre 2011,le siège de la chaîne Nessma a été saccagé par des salafistes ;
Le vendredi 14 octobre , Nabil Karoui, PDG de la chaîne Nessma a été attaqué et sa maison a été incendiée par la même espèce criminelle ;
À Sejnane, village au nord de la Tunisie , des groupes qui se réclament du salafisme ont semé la terreur parmi la population en séquestrant quelques uns dont certains ont subi des sévices corporels sous prétexte qu’ils n’étaient pas en conformité avec une certaine vision de l’Islam ;
Lundi 28 novembre 2011, envahissement et attaque de la faculté de La Manouba par des salafistes ;
Le 11 janvier 2012, Sofiene Ben Hamida, journaliste , a été agressé dans la rue, alors qu’il se rendait à un meeting devant le ministère de l’intérieur ;
Le même jour, Mohamed Brahmi, élu de l’assemblée constituante, du parti Mouvement du peuple, a été agressé dans les mêmes conditions ;
Le 16 janvier 2012, Rabâa Khouja , une étudiante à la faculté des lettres de Sousse a été tabassée par des miliciens salafistes ;
Le 23 janvier 2012, Zied Krichen, journaliste et Hamadi Redissi ,enseignant, ont été agressés dans la rue par des barbus salafistes, le jour du procès fait à Nessma, pour avoir transmis le film « Persepolis » ;
Le 20 février 2012, Mohamed Lazhar Akermi ,ancien ministre de l’intérieur a été agressé à Béja ;
Le 7 mars 2012, des salafistes en armes blanches entrent dans la faculté de lettres de la Manouba, enlèvent et déchirent le drapeau Tunisien et attaquent les étudiants. Amel Aloui a été hospitalisée à la suite de nombreux coups de pieds sur ses parties génitales. Khaoula Rachidi qui s’est interposée à l’enlèvement du drapeau, a été agressée ;
Le 13 mars 2012, Mahrane Soltani, un jeune de Jendouba (18 ans), a été attaqué par des salafistes . Ils ont fait une simulation d’un jugement. Ils ont silumé de lui trancher la main ;
Le 25 mars 2012, lors d’une journée de dimanche qui devait être une journée de fête consacrée aux artistes et au théâtre, des salafistes se sont attaqués aux jeunes artistes . Ces salafistes se sont mis à chasser l’artiste dans les rues de Tunis, ce jour là. Ils ont poursuivi les jeunes qui sont venus en familles sous une pluie d’insultes ,de jets de pierres et de bouteilles ;
Le 9 avril 2012, une manifestation-rassemblement qui devait être pacifique et festive en ce 9 avril, jour de commémoration des martyrs, des bandes de salafistes se sont éparpillées parmi les manifestants et sous le regard bienveillant de la police, ils distribuaient les coups avec leurs battes de baseball à tous ceux qu’ils rencontraient sur leur chemin. Des journalistes ont été attaqués. Kmaïs Ksila, élu à l’assemblée constituante a été pris à partie par ces bandes organisées. L’Assemblée constituante avait promis d’enquêter sur l’affaire. À ce jour aucune nouvelle !
Le 20 avril 2012, Jaouher Ben Mbarek , connu pour ses postions et ses interventions publiques républicaines, a été séquestré à Douz . Ses agresseurs , des salafistes connus dans la régions l’ont pris pour otage pour mettre en scène une exécution sommaire au sabre ;
Le 22 avril 2012, Yousef Seddik a dû se réfugier dans local à proximité de la salle où il était l’invité. Il devait intervenir pour une conférence, organisée par une association locale mais, des salafistes lui ont barré la route par des menaces. Ils l’ont obligé d’annuler son intervention ;
Le 8 mai 2012, au Kef, un guide touristique a été agressé par des salafistes devant la mosquée Sidi Ali Ben Saleh ;
Le 25 mai 2012, Rejeb Magri, prof de théâtre au Kef, a été agressé par des salafistes en rentrant chez lui . Il a affirmé que des policiers assistaient à l’agression sans intervenir ;
Le 29 mai 2012, Une journaliste Zeineb Rezgui de « l’économiste maghrébin » est agressée par des salafistes à la cité Al Intikala ;
Le 11 juin 2012 , Une exposition d’artistes au palais d’Al Abdellia a été le théâtre d’un saccage par des salafistes. Les artistes ont été pointés du doigt par des extrémistes religieux et d’autres qui logent dans le gouvernement da troïka ;
Le 12 juin 2012, Des salafistes ont essayé d’incendier le poste de la garde nationale de la Manouba ;
Le 12 juillet 2012, Ahmed Néjib Chebbi , élu à l’Assemblé constituante, a été agressé par un groupe de salafistes alors qu’il se rendait vers Jendouba .Ils l’ont tabassé en le qualifiant d’ « athé » . Son chauffeur a été agressé par la même occasion ;
Le 14 juillet 2012, Khalil Zaouia, du CPR , ministre des affaires sociales a été agressé par des individus appartenant au courant salafiste ;
Le 6 août 2012, à Kairouan ,Abdelfattah Mourou a été agressé par un salafiste qu fait partie des libérés de prison après le 14 janveir 2011 ;
Le 16 août 2012, Jamel Gharbi conseiller régional socialiste des Pays de la Loire en France, alors qu’il se promenait en compagnie de sa fille et de son épouse, a été roué de coups à Bizerte par des salafistes ;
Le 16 août 2012, Samir El Qantar , ancien détenu des prisons israéliennes a été roué de coups lors du festival dédié à Al-Aqsa, , une manifestation de soutien à la cause palestinienne ;
Le 17 août 2012, Des salafistes empêchent à Menzel Bourguiba le déroulement d’un spectacle de théâtre ;
Le 19 août, un agent de la sécurité intérieure au Kef, Riadh Zughlama, a été agressé par un salafiste, alors qu’il rentrait chez lui .
Le 24 août 2012, le poète Sghaier Ouled Hmed a été tabassé par des salafistes ;
Le 25 août 2012, le poète Mohamed Hédi Oueslati, a été agressé par des salafistes .
Le 30 août 2012, des militants du parti Nidaa Tounes à Menzel Chaker ont été la cible d’une attaque salafiste ;
Le 14 septembre 2012 : une bande de salafistes a quitté la mosquée Alfath et a pris le chemin de l’ambassade américaine pour la saccager en y mettant le feu . L’école américaine à proximité de l’ambassade, n’a pas été épargnée. Elle a été livrée au pillage ;
Le 30 septembre Brahim Kassas, élu à l’assemblée constituante , membre de Nida Tounes, parti de l’opposition, à été lynché et tabassé à Kélibia par une bande d’extrémistes ;
Le 18 octobre Lotfi Nakdh, président de l’union régionale des agriculteurs, et coordinateur du mouvement Nida Tounes , parti dans l’opposition, a été lynché avant qu’il ne soit assassiné à Tataouine par des excités, qui lui reprochent des prises de positions hostiles au gouvernement de la Troïka.
Les agresseurs courent toujours …
Cependant, deux niquabées ont saccagé le bureau du Doyen de la faculté de la Manouba . L’une d’elles , après avoir réalisé la gravité de ses faits et en voyant que le Doyen tenait à ce qu’elle rende compte à la justice de son action , avait prétendu qu’elle avait reçu une gifle du Doyen .
Soudain , avec cette accusation, la machine judiciaire s’est réveillée et a décidé de poursuivre le Doyen !
Source :
http://lemilieuautorise.com/2012/10...
Salah HORCHANI
Magnifique élan de solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli
Rappel rapide des faits :
Novembre 2011 : le conseil scientifique de la faculté de la Manouba adopte un règlement interdisant le port du voile intégral dans les salles de cours et pendant les examens. Mars 2012 : deux étudiantes sont rappelées au respect du réglement par le conseil de discipline. Elles pénètrent, sans autorisation, dans le bureau du doyen et saccagent la pièce. Le doyen, Habib Kazdaghli, porte plainte... les étudiantes également, prétendant que l’une d’elles a reçu une giffle alors qu’elles se livraient à leurs actes de vandalisme.
Seules les délinquantes semblent entendues et considérées par la Justice tunisienne. Le parquet a même requalifié le chef d’inculpation initial. Pour l’aggraver. Le doyen Habib Kazdaghli encourt cinq années de prison.
Texte de Habib Mellakh, universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM*
Massée devant le Tribunal de première instance de la Manouba, une foule estimée, à un moment où de nombreux manifestants avaient commencé à se retirer, à plus d’un millier de personnes par celui qui sait compter les oiseaux (il se reconnaîtra),mais bien plus nombreuse au plus fort du rassemblement, a tenu à exprimer le 25 octobre dernier, sa solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli et les artistes poursuivis par la justice.
Affluant de bonne heure devant le siège du tribunal, les manifestants ne se sont dispersés que vers onze heures, lorsqu’Habib Kazdaghli, libéré par les journalistes tunisiens et étrangers venus très nombreux pour couvrir l’évènement et solliciter ses déclarations à la sortie de l’audience, quittait les lieux.
Plusieurs personnalités politiques et syndicales, d’anciens ministres, des députés de l’Assemblée nationale constituante, membres du groupe démocratique, d’éminents représentants de la société civile, du monde de la culture et des arts, des défenseurs emblématiques des droits humains et une délégation de l’Université libre de Bruxelles conduite par le professeur Jean-Philippe Schreiber ont rehaussé de leur prestigieuse présence ce rassemblement historique, mettant en valeur la qualité de la mobilisation.
La participation remarquée et remarquable d’Ahmed Ben Salah, dictée non par un quelconque parti pris mais par la conviction de l’innocence du Doyen, a ému l’assistance et semblait, à elle seule, en être l’illustre témoignage.
C’est d’abord cette conviction et la certitude du caractère éminemment politique du procès et des poursuites engagées contre les artistes d’El Abdellia qui ont poussé autant de femmes et d’hommes, autant d’universitaires, autant de médecins, autant d’artistes, autant d’avocats, autant de jeunes, autant de retraités et de nombreux amis étrangers à soutenir le Doyen de la Manouba.
De nombreuses banderoles et pancartes ont mis en évidence soit la nature inique du procès et des poursuites, soit le caractère mensonger d’une histoire cousue de fil blanc et les auteurs des slogans qui y figurent ont exigé, en conséquence, l’acquittement du doyen et le non-lieu pour les artistes. Les plus remarquables étaient celles de l’Union régionale du Travail de la Manouba dont le secrétaire général, Mustapha Medini, présent au rassemblement, a battu le rappel de tous les syndicats de la région.
Les manifestants étaient également mus par un sentiment de responsabilité civique qui les a incités à exiger le respect des libertés académiques et artistiques et des valeurs universitaires dans d’autres banderoles.
Ils craignaient surtout un nouvel épisode d’instrumentalisation de la justice qui serait perçue, dans un contexte caractérisé par le raffermissement de la solidarité nationale et internationale, comme une réplique scandaleuse d’une première manipulation, à l’origine, lors de la première audience, de l’alourdissement des charges retenues contre le Doyen de la FLAHM.
Maître Marie Guiraud, déléguée en mission d’observation judiciaire par la Fédération Internationale des Droits de l’homme l’a bien vu : « La FIDH était pour le moins inquiète des messages que pouvait donner ce procès. L’objectif de cette mission était véritablement de vérifier si les principes de base d’un procès équitable seraient respectés dans le cadre de cette affaire. De ce que nous avons pu voir du dossier, cela nous paraissait inquiétant », a-t-elle déclaré à la sortie de l’audience.
Ce sont ces inquiétudes qui expliquent la présence des missions d’observation et cette affluence record enregistrée à l’occasion du rassemblement malgré le contexte a priori défavorable d’une audience programmée le 25 octobre, jour férié pour les universitaires avec le risque de démobilisation qui aurait pu résulter de ce choix. Mais au grand soulagement de ceux qui, après des négociations ardues, ont pu accéder à la salle d’audience, le président du tribunal semble avoir voulu, par sa manière impartiale de conduire l’interrogatoire du Doyen et des deux niqabées qui l’ont agressée, dissiper ces craintes et assurer l’assistance de la détermination de l’appareil judiciaire à défendre l’indépendance de la magistrature, de son souci de garantir la régularité du procès et de respecter les droits de la défense.
Une défense qui tient à jouer pleinement son rôle quitte à provoquer une justice qu’elle accuse de ne pas se soucier, dans cette affaire, des intérêts de l’Etat. De ce point de vue, l’un des avocats s’et étonné que le ministère public n’ait pas informé le contentieux de l’Etat des conséquences de la mise à sac du bureau du doyen par les des deux niqabées : dégradation de biens publics et détérioration de documents publics pourtant dûment constatées et de la possibilité de se constituer partie civile.
De même, les avocats d’Habib Kazdaghli n’ont pas pu digérer l’amère pilule de la concession faite par le Président du Tribunal aux deux jeunes filles pour qu’elles ne se dévoilent le visage que l’espace de quelques secondes.
De leur point de vue, ce temps à peine suffisant pour lui permettre de les identifier, a privé la défense ainsi que l’accusé, les autres juges, le représentant du ministère public et le greffier du droit légitime des parties prenantes du procès à mettre des visages sur les noms.
Ils estiment, avec de nombreux observateurs, que cette concession est une grave entorse aux règles de la procédure judiciaire et surtout aux droits de l’accusé. Cet épisode exacerbera sans doute la controverse autour du port du niqab dans les espaces publics.
Mais ces ratés – s’ils n’ont pas dissipé le malaise ressenti par plusieurs amis d’Habib Kazdaghli – n’ont pas réussi à altérer l’impression majeure, plutôt favorable, qui s’est dégagé du déroulement de l’audience et que Pierre Galand, président de la Fédération humaniste européenne et membre de la délégation de l’Université Libre de Bruxelles exprime dans des termes qui révèlent son soulagement de voir réunies les conditions d’un procès équitable grâce à la volonté conjuguée de l’appareil judiciaire et de la société civile :
« J’ai pu assister au procès sans encombre et sans difficulté. C’est quand même un signal positif qu’il faut enregistrer. Le fait que le plaignant, le Doyen, puisse avoir autour de lui une défense de 30 avocats, le fait qu’il puisse avoir autour de lui nombre d’enseignants pour témoigner de leur solidarité avec la cause du Doyen, cela me paraît des signaux extrêmement importants et intéressants. Le fait que cette défense est unie aussi, cela témoigne qu’il y a dans cette société un ensemble de mouvements qui se font et qui se structurent, une société en pleine évolution et structuration. Je suis plutôt très positivement impressionné ».
Maître Marie Guiraud refroidit quelque peu l’enthousiasme de Pierre Galand et de ceux à qui la tournure positive prise par le procès inspire beaucoup d’optimisme : « Je ne dirai pas qu’on est rassuré puisque finalement il ne s’agissait que d’une simple audience de procédure. Nous verrons le 15 novembre si le fait que ces jeunes filles comparaissent également en qualité d’auteurs, éventuellement, peut changer la donne ou non ».
Nous attendrons avec l’avocate de la FIDH la confirmation, lors de la prochaine audience, des impressions positives. Le procès a été effectivement reporté au 15 novembre pour permettre à chaque camp de se constituer partie civile.
Le Doyen Kazdaghli s’en plaint non parce que le report prolonge son calvaire mais parce que le dossier « use l’énergie des universitaires qui sont censés s’occuper d’autres choses en ce moment plus importantes pour le pays », a-t-il affirmé à sa sortie du tribunal.
C’est pour cette raison qu’il souhaite voir ce dossier classé le plus tôt possible.
Ce vœu ne sera pas exaucé le 15 novembre prochain. Les juges seront comme tous les Tunisiens, en train de célébrer, ce jour-là le nouvel an musulman et le procès sera à nouveau reporté.
* FLAHM : Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (NDLR)
Source :
http://www.primo-info.eu/showdocs.php?rub=7
Salah HORCHANI
Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres et des Humanités de La Manouba :
« Nous sommes déterminés à continuer la lutte jusqu’au bout pour faire triompher les libertés académiques et les valeurs de la modernité »
Il est devenu l’une des figures emblématiques de la polémique mettant face à face modernistes et « Salafistes » depuis les fameux événements de la faculté deLa Manouba de l’année écoulée. Après le 5 juillet, il a comparu le 25 octobre sur la base d’une plainte déposée contre lui par une fille nikabée.
Si Habib Kazdaghli se trouve au cœur de la querelle c’est certes en raison de sa qualité de doyen de cette institution universitaire, mais aussi, et selon ses détracteurs, parce qu’il a versé de l’huile sur le feu, un feu qu’il aurait pu éteindre s’il n’avait pas cherché l’escalade donnant par là une tournure accentuée et inquiétante à un événement mineur. Son procès qui prend la forme d’un feuilleton dépasse le cadre juridique et devient manifestement et nettement politique, d’après certains observateurs dénonçant une conspiration contre les acquis modernistes de l’université. C’est à propos de toutes ces questions que nous avons discuté avec le doyen de la faculté deLa Manoubaen vue d’une meilleure compréhension de la situation sujette à de nombreuses interprétations et exposée à de nouvelles proliférations encore plus nuisibles. On tient à préciser qu’en quittant son bureau, sa secrétaire nous a arrêtés, elle nous a prié de patienter et de ne pas descendre tout de suite, car des étudiants islamistes étaient en train de faire la prière dans la halle d’en bas. Ils bloquaient la sortie.
Le Temps : Si vous nous rafraîchissez un peu la mémoire sur les événements de l’année dernière d’autant plus qu’ils ont connu plusieurs versions contradictoires ?
Habib Kazdaghli Ce jour-là, j’étais en train de signer des documents à l’un de mes employés quand deux filles étaient entrées dans mon bureau sans en demander l’autorisation. Je les ai sommées de quitter les lieux, mais elles ont refusé et l’une d’entre elles est allée derrière mon bureau et s’est mise à tout saccager avec une aine et ce en dépit des cris réitérés de sa camarade qui essayait de la sermonner. Tout ce qu’elle a pu obtenir d’elle c’était plus d’obstination à aller jusqu’au bout dans ses actes de vandalisme en lui répondant « je le brûlerai avec son bureau ». Donc, comme vous pouvez l’imaginer, j’étais dans une situation chaotique, je suis, immédiatement, allé au bureau du secrétaire général d’où j’ai téléphoné à la police qui m’a fait savoir que, tout en me croyant sur parole, elle devait patienter et attendre les consignes avant d’intervenir, car les « Salafistes » étaient partie au conflit. On m’a alors sollicité de venir déposer plainte. A mon retour à la faculté, vers 16h, après avoir rempli cette formalité, j’ai vu une ambulance en franchir la porte. En m’y renseignant, on m’a informé que l’une des deux filles en « Nikab » s’est évanouie en sortant de mon bureau prétendant que c’était à cause des coups que je lui ai assénés. J’ai appris par la suite que le médecin lui a fourni un certificat médical attestant qu’il y avait les traces d’une gifle sur sa joue droite, ce qui suppose que je sois un bon gaucher, alors que je suis droitier. Je me suis trouvé accusé d’une agression qualifiée bien que je sois le plaignant en tant que doyen, un responsable mandaté par ses collègues et agissant au nom de l’Etat pour gérer les affaires de cette faculté. J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait d’une manipulation et d’une instrumentalisation de la justice.
Une forte mobilisation de la société civile et une solidarité internationale
Comment jugez-vous le procès qu’on vous fait ?
J’ai reçu la convocation le 9 juin et je n’ai communiqué l’information à mes collègues que le 22 du mois par souci d’assurer la bonne marche des examens. J’ai comparu devant la justice le 5 juillet, mais le scoop de cette première séance c’était que le parquet, c’est-à-dire le ministère public a requalifié les chefs d’accusation : alors que j’étais convoqué pour violence légère conformément à l’article 319 du code pénal, je me suis trouvé sous la coupe de l’article 101 pénalisant un fonctionnaire qui utilise sa fonction pour attaquer le public sans aucune raison, ce qui veut dire que je deviens passible de cinq ans de prison. Depuis cette date jusqu’au 25 octobre, on a vécu une période très difficile ma famille, mes amis et moi, et à l’approche de cette échéance, il y a eu une grande mobilisation dont les principales manifestations étaient les banderoles et le port du brassard rouge au sein de la faculté. Mon procès a, également, touché la société civile, puisque une coordination de plus de 40 associations s’est constituée autour dela Ligue Tunisiennedes Droits de l’Homme, elles dénonçaient toutes l’insécurité qui menaçaient les doyens dont la profession était fragilisée au point qu’ils risquaient à tout moment d’être attaqués dans leurs propres bureaux par des individus cagoulés. Cette vague de solidarité a dépassé les frontières de notre pays : des collègues dela Belgiqueet dela Francesont venus manifester leur soutien inconditionnel à mon égard tout en précisant que leur intention n’était nullement de s’immiscer dans les affaires intérieures dela Tunisiemais de défendre les libertés académiques. Une pétition internationale était, également signée dans 27 pays. Certes, notre histoire a connu le despotisme et des passe-droits, mais à aucun moment elle n’a enregistré une comparution d’un doyen élu et en exercice de ses fonctions devant la justice. J’ai confiance en l’indépendance de cette dernière, toutefois ce que j’ai vécu était une tentative de mise à pas de l’université par le biais de l’instrumentalisation de la justice qui essaye de m’incriminer en se basant sur des accusations mensongères d’une fille identifiée par le médecin et le juge devant lesquels elle s’est dévoilée et totalement inconnue pour ses professeurs et son doyen.
La mosquée « Ennour », la pourvoyeuse d’intégristes et d’armes
Vous parlez de manipulation et de changement de griefs, est-ce que vous accusez une partie bien déterminée d’être derrière tout cela ?
Bien évidemment, parce que l’affaire qui remonte au 25 octobre a connu, le 28 novembre, un grand rebondissement, alors qu’il s’agissait d’une simple exigence pédagogique qui relevait strictement des prérogatives du doyen et du conseil scientifique. Donc, il n’a jamais été question du vêtement lui-même, le « Nikab », mais d’une relation interactive entre les professeurs et leurs étudiants et de la bonne marche des études nécessitant que les cours se fassent à visage découvert. Nous défendons des vérités dela Palice. Lefondement du conflit c’est, alors, la présence de groupes d’extrémistes religieux refusant cette lecture pédagogique au nom de leur interprétation de la religion, c’est-à-dire qu’ils voulaient imposer leur volonté à la faculté. Face à cette intrusion et menaces musclées, toutes les associations de la société civile et tous les partis démocratiques fraîchement élus à l’époque ont condamné la violence et apporté leur soutien total au conseil scientifique à l’exception de certains autres qui ont brillé par l’ambiguïté, c’étaient le parti politico-religieux, « Ennahdha » ainsi que le ministère de l’enseignement supérieur et celui de l’intérieur qui n’ont pas bronché pendant tout un mois, une attitude qui a, visiblement, suggéré aux agresseurs qu’ils pouvaient agir en toute impunité. Et ce qui faisait planer l’ombre d’une manipulation c’était que les renforts venaient, comme me l’ont affirmé les étudiants, de « Douar Hicher » et plus précisément de la mosquée « Ennour », le théâtre des derniers événements sanglants. Car le groupe des intégristes religieux appartenant à la faculté était très peu nombreux ne dépassant pas les cinq personnes, mais quand vous en voyez deux cents devant vous, là, vous établissez très vite le rapport et vous comprenez très bien que nous avions affaire à des gens bien organisés ayant une stratégie bien définie. Et pour les cacher, on vous lance des fumées en disant que c’est le doyen qui est politisé appuyant leur allégation par le fait que ce problème n’existe qu’àLa Manouba. L’université respecte la religion et la politique, mais la priorité est au savoir, je défends les libertés académiques qui font partie intégrante des libertés publiques.
. Quelle était l’attitude de l’autorité de tutelle à votre égard lors de votre dernière comparution ?
Le ministère m’a appelé à deux reprises par le biais, tout d’abord, du chef du cabinet, Mr Soufiène Mansouri, ensuite, du directeur général de l’enseignement supérieur, Mr Wahid Gdoura, qui a assisté au procès en sa qualité de camarade de classe mais surtout à titre officiel. Je ne peux qu’apprécier ce geste et j’espère que Mr le ministre, qui se trouve en Arabie Saoudite et auquel je souhaite un bon pèlerinage, de confirmer cette démarche. Toutefois ce pas positif ne m’empêche pas de dire qu’au niveau de la défense, en dehors de l’assistance de plus 25 avocats tous bénévoles, le ministère ne m’en a pas désigné un d’office conformément à l’article 9 de la fonction publique qui stipule que lorsque un fonctionnaire est mêlé à la justice, ils est du ressort du contentieux de l’Etat de lui charger un avocat, et jusqu’à présent, je ne connais pas le nom de celui qui m’a été confié.
Je ne renie pas mon appartenance idéologique, bien au contraire, j’en suis fier
On vous a accusé d’être à l’origine de ces événements et d’appliquer un agenda partisan, qu’est-ce que vous y répondez ?
Ce sont des accusations qui visent, tout simplement, à m’isoler. Je ne nie pas mon appartenance politique, cela fait maintenant 38 ans que j’œuvre dans ce domaine, j’ai combattu en tant qu’étudiant communiste, en tant que militant du l’UGET le despotisme, ensuite comme enseignant du secondaire et plus tard en tant qu’universitaire. Et je teins à préciser que mes collègues m’ont élu sur la base d’un programme pédagogique et non pas politique, et pour rappel, mes collègues syndicalistes peuvent témoigner que c’était seulement cette considération qui était mise en avant le 2 novembre 2011 lorsque le conseil scientifique a pris la décision d’interdire le port du « Nikab » dans les salles de cours, à l’exception des autres aires de la faculté, suite à une assemblée générale convoquée par le syndicat de base de la faculté qui nous a présenté une motion. Donc, la décision était prise à l’unanimité avec un référentiel purement pédagogique et de communication comme l’exige le métier, en fait, elle consiste en l’application de l’article 20 du règlement intérieur de la faculté. J’ai bien évidemment mes idées que j’ai toujours affichées et défendues pacifiquement et je n’ai pas attendula Révolutionpour le faire comme certains, je m’inscris pleinement dans notre projet sociétal et je regrette profondément que le brouillon de la constitution ne s’y réfère même pas et se taise sur les acquis dela Tunisieindépendante, et il faut rappeler quela Révolutions’inscrit dans la continuité de cette voie moderniste et démocratique inaugurée par nos prédécesseurs. Il est vraiment regrettable que le mot magique de liberté académique ne soit pas inscrit dans la constitution. On me porte un autre type d’accusation se rapportant à une thèse sur l’histoire du parti communiste tunisien dont je suis titulaire et je crois qu’en matière de recherche académique, il n’y a pas de « Haram » (interdit), bien au contraire, c’est une fierté pourla Tunisieexactement comme l’est aussi la thèse de mon collègue Alaya Allani sur le mouvement islamiste en 1991 justement quand les militants de « Ennahdha » étaient poursuivis par le régime de Ben Ali. Et comme je suis l’un des rares spécialistes de l’histoire des minorités et en particulier de la minorité juive en Tunisie, on me taxe de sioniste et s’en sert comme on se sert de mon obédience communiste pour expliquer la raison de mon refus du « Nikab » que je considère comme vêtement et je respecte les gens qui le portent même si en tant que Tunisien j’y vois une régression civilisationnelle.
La rétractation du Président de la République dénote une contradiction inquiétante
Dans sa dernière allocution télévisée, le Président de la République était d’un avis contraire au votre concernant le port du « Nikab » en salles de cours considérant votre position comme étant un empiètement sur la liberté d’habit. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Malheureusement, on a mal accueilli, nous universitaires, cette partie du discours où, en fait, il n’était pas entré en contradiction avec nous mais avec lui-même, il était en contradiction avec ses positions personnelles. Sachez que le 20 novembre 2011, une semaine avant qu’il ne soit nommé président, au moment où j’étais mis à terre par les groupes d’intégristes devant la faculté, j’ai reçu un appel de sa part où il a exprimé son soutien à notre lutte pour une université autonome et qualifié ces derniers de hordes sauvages avant de les assimiler à des microbes. Et le 5 janvier 2012, il a reçu une délégation du conseil scientifique pour leur témoigner sa solidarité. Personnellement, je ne les ai pas accompagnés, car ce jour-là c’était le jour de l’évacuation des « Salafistes » du bâtiment, donc j’ai tenu à être avec le procureur dela Républiquepour qu’il n’y ait pas de dépassements. Mes collègues, dont Mr Chokri Mabkhout, qui étaient reçus au Palais par Mr Marzouki nous ont fait un comte rendu dans lequel ils ont relaté le soutien inconditionnel de ce dernier pour notre cause. Mais tout récemment, il a reçu un groupe de ceux-là même qu’il insultait il n’y a pas longtemps, est-ce que c’est la realpolitik ou bien son changement de camp qui le poussent à épouser de nouvelles positions ? Libre à lui s’il soutient cela pour des considérations politiques, mais venant d’un collègue et en l’occurrence un médecin, la chose est tout à fait inadmissible, et je souligne, à ce propos, que les quatre doyens des facultés de médecine partagent l’opinion générale des enseignants. Il s’avère que notre collègue médecin s’est rétracté, c’est dommage, mais je lui fais confiance, car comme il change constamment d’avis, je mise sur une nouvelle rétraction en notre faveur cette fois-ci. Mr le Président m’a promis de venir à la faculté deLa Manoubale 25 mars dernier pour assister à la conférence du Dr Hichem Jaït, mais il ne s’est pas présenté, en tout cas on l’attend toujours pour qu’il rende hommage à cet établissement universitaire devenu le symbole du patriotisme le jour où l’étudiante Khaoula Rachidi a, courageusement, défendu le drapeau national contre les « Salafistes ».
C’est le projet moderniste qui est visé par les intégristes
Ne voyez-vous pas que, de par son incarnation de la pensée humaine, l’attaque par les « Salafistes » de la faculté de La Manouba dépasse le volet purement pédagogique et vise les acquis de la modernité dans son ensemble ?
Absolument, et la suite des événements le confirme, d’ailleurs, à leur déclenchement, les gens se demandaient pourquoi cette faculté et non pas les autres se trouvant juste à proximité. C’est une bataille qui a plusieurs charges symboliques, notre faculté a toujours été le bastion de luttes féroces pour la sauvegarde des projets modernistes par des étudiants progressistes, rappelez-vous les événements de Mars 1982. Une génération de professeurs est passée par là qui ont défendu les valeurs rationnelles de notre patrimoine arabo-musulman, je voudrais rappeler, ici, que cette faculté était toujours celle de Abdelmagid Charfi, Taoufk Baccar, Raja Ben Slama, Amel Grami, Mohammed Haddad, c’est également une faculté ouverte à l’étude des composantes plurielles de notre société ; notre laboratoire « régions et ressources patrimoniales » est reconnu au niveau international comme un centre d’études pour les différents apports humains qu’a connusla Tunisie. Donc, il y a toutes les symboliques, toute une charge qu’on a voulu ébranler, et on m’a dit, à maintes reprises, qu’on me casserait, et, bien évidemment, les menaces dépassaient ma personne, elles visaient la faculté qui est devenue un peula Stalingradde la deuxième guerre mondiale, c’est-à-dire que si elle tombait, le reste suivrait, c’est un peu l’effet domino où la chute de la première pièce fait écrouler le reste. C’est une charge dont les professeurs sont parfaitement conscients, et je salue, par l’occasion, en particulier, mes collègues femmes. Notre combat n’est pas un combat individuel, c’est celui de toute une société civile qui s’est mobilisée pour défendre ses acquis. Je reçois presque quotidiennement des appels téléphoniques de la part de collègues retraités et en exercice me témoignant leur soutien et considérant que ce qui se passe àLa Manoubaest un enjeu vital à la fois pour l’université dans son ensemble et pourla Tunisietelle que nous l’imaginons et que les perspectives qu’a ouvertes pour nous cette vaillante Révolution Décembre 2010/Janvier2011 devraient nous inciter à aller encore de l’avant afin de lever haut, très haut l’étendard du progrès et du savoir.
La sécurité des établissements universitaires devrait être du ressort des doyens et des directeurs
Face à la violence qui sévit à l’université, il ya des voix qui s’élèvent pour réclamer le retour des vigiles. Etes-vous favorable à ce retour ?
L’une des premières grandes décisions prises au lendemain dela Révolution, je crois moins d’une semaine après, c’était celle relative à l’expulsion de ces intrus. Comme vous le voyez ce poste de police n’existe plus et c’est une fierté pour la faculté. Donc, le retour de la police universitaire n’est envisagé par personne, le processus est irréversible. La présence de postes de police à l’université rappelle les régimes autoritaires tels que ceux du « Baâth » comme racontent les étudiants qui étaient en Iraq où même l’armée était autorisée, parfois, à y pénétrer. Conformément à l’article 30 de la gestion, les forces de l’ordre ne pourraient intervenir que suite à une demande formulée par le doyen, le seul responsable de la sécurité des lieux, quand il se trouve dans un état d’incapacité, là, il peut les appeler à la rescousse, ce qui veut dire que leur présence dans l’enceinte de la faculté est tout à fait exceptionnelle. Pour ce qui de la sécurité à l’intérieur, il faut qu’elle soit placée sous les ordres du seul doyen et assurée par un corps recruté par le ministère de l’enseignement supérieur et formé pour cette tâche, car ce que nous avons là ce sont des gardiens n’ayant reçu aucune initiation en la matière. Nous parlons d’un corps de sécurité comme celui se trouvant, par exemple, àla Sorbonneou bien dans la majorité des universités européennes modernes que j’ai visitées où l’autonomie est respectée et où on ne touche ni à la liberté de penser, ni aux libertés syndicales et culturelles. Ce corps fonctionne exactement comme ceux chargés de la gestion du matériel audio-visuel ou bien du nettoyage, par exemple, c’est, donc, l’une des composantes de la faculté dont nous réclamons la présence parmi le personnel y existant. Ce n’est pas dans un esprit répressif que nous voulons mettre en place ces agents de sécurité et il ne s’agit aucunement d’une manigance ou d’une manipulation de notre part comme le prétendent quelques uns.
Recueuillis par Faouzi KSIBI
Source :
http://www.letemps.com.tn/article-71204.html
Salah HORCHANI
Tunisie. Le professeur Kazdaghli au tribunal de cheikh Ubu
Par Ines Mechri
À quelques jours de la reprise des procès, il faudra s’attendre à un dégagement en touche dans la conservation d’un Seif Allah comme l’épée de Damoclès sur la tête des Iconoclastes.
Selon le même processus qui transforma une étudiante victime d’un viol par deux policiers en coupable d’un outrage aux bonnes mœurs, le professeur Habib Kazdaghli s’est retrouvé au matin du 25 octobre devant le juge, inculpé d’avoir giflé une étudiante en niqab alors que c’est elle-même, accompagnée d’une bande d’illuminés, qui a saccagé le bureau de ce doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, le soumettant à des jets de pierres dans le seul apprentissage qui leur convienne, celui de la lapidation des êtres libres.
A l’assaut de la civilité tunisienne
Cette requalification des plaintes déposées en première instance par les victimes réelles en leur propre inculpation en coupables présumés est une instrumentalisation plus idéologique que politique de la justice qu’on n’aura même pas vue sous le régime déchu. Car si Ben Ali a bien fait traduire en justice d’abord Hichem Djaït pour avoir dénoncé la non indépendance de la justice en 1989, puis 18 intellectuels et avocats tunisiens en 1992 pour avoir mis en cause la torture, c’est que l’ancien chef de l’État avait vu ébranlés les verrous judiciaires et policiers de son pouvoir. Mais il n’a jamais osé s’attaquer à la spécificité même de la civilité tunisienne depuis l’indépendance sinon depuis des siècles : l’irruption de la femme dans l’espace public.
En effet, ce qui se joue dans ces deux procès, c’est la visibilité de la femme et son droit à occuper un espace mixte contre l’enfermement auquel elle est assignée, en résidence close et surveillée par prescription divine : que faisait-elle donc cette jeune fille dans sa voiture accompagnée de son fiancé, en pleine nuit, sinon transgresser ce commandement ? Et en imposant le dévoilement du niqab au nom de la règle de la communication pédagogique qui prévaut à l’université, le doyen lui aussi rend à une visibilité ces silhouettes fantomatiques auxquelles un dogme supposé assoupli permet l’accès au savoir, mais uniquement sous la forme d’ombre non identifiable.
La chaîne de résistance à un obscurantisme
Ce matin-là du 25 octobre, devant le tribunal et devant l’Assemblée nationale constituante (Anc), la société civile et les pairs du doyen tunisiens ou étrangers, réunis dans la solidarité immédiate des démocrates, ont soutenu la défense des valeurs universitaires assurée par une cohorte d’avocats. D’un procès à l’autre, il s’établit la chaîne de résistance à un obscurantisme dont l’enjeu est l’enfermement de la femme à propos duquel toute insurrection d’un esprit libre est un péché, une hérésie.
C’est aussi un esprit libre que la justice turque a poursuivi ces derniers jours : Fazil Say, pianiste célébré de Tokyo à Berlin en passant par Paris et Londres pour sa virtuosité, s’est rendu coupable de quelques blagues blasphématoires sur Twitter du genre « Je ne sais pas si vous vous en êtes aperçus, mais s’il y a un pou, un médiocre, un voleur, un bouffon, c’est toujours un islamiste ». C’est aussi un jouisseur qui dit vouloir choisir entre le paradis ou l’enfer selon « les alcools qu’on y propose » ! Fazil Say, fils d’un grand intellectuel laïc turc, compositeur d’un ’’Requiem pour Metin Altiok’’, poète turc mort avec son cercle d’amis dans l’incendie d’un hôtel perpétré par des islamistes en 1993, ne se reconnaît plus dans sa Turquie qu’on donne pourtant en modèle de la démocratie musulmane mais où il risque un an de prison pour une langue trop libre ! Car c’est bien là la supercherie de l’Akp (Parti pour la Justice et le Développement) qu’on reçoit en grandes pompes en Tunisie : on ne dira jamais assez haut le lent grignotage de la laïcité turque ainsi que l’imposture d’une « démocratie » qui garde en prison des dizaines d’intellectuels, de journalistes et de militants de gauche.
Les verdicts de ces trois procès ont été reportés. Car, levée comme un incendie, l’indignation des sociétés civiles allume une passion mobilisatrice contre tant d’archaïsme culturel. Mais la pression internationale a aussi des effets dissuasifs.
Des esprits libres devant le tribunal de Cheikh Ubu
Dans l’attente d’un statut avancé auprès de l’Union européenne pour la Tunisie, le gouvernement islamiste d’Ennahdha rengaine du mieux qu’il peut l’arsenal obscurantiste de propositions constitutionnelles, déléguant à des milices de la vertu, dites autonomes et bien tolérées, l’outillage d’une répression mutilante ou d’un formatage à la soumission des cerveaux malléables des petits enfants, au premier degré de l’apprentissage éducatif.
Avec des aspirations géopolitiques de plus haut vol, celle d’une entrée dans l’Union européenne ou d’une hégémonie moyen-orientale, la gouvernance islamiste turque ne se préoccupe pas de ces billevesées que sont les entreprises de contrôle de l’espace vital des femmes : les petites et arrière-petites filles d’Atatürk, principalement les Stambouliotes, ne semblent pas menacées. Mais le Parquet relevant de l’esprit Akpiste frappe fort au cœur de la liberté de conscience, ne tolérant aucune offense au divin, dans une criminalisation de l’atteinte au sacré qu’on voudrait inscrire dans la prochaine Constitution tunisienne.
À quelques jours de la reprise des procès, il faudra s’attendre à un dégagement en touche dans la conservation d’un Seif Allah comme l’épée de Damoclès sur la tête des Iconoclastes.
À l’heure où les civilisations avancées (faudra-t-il les dire « supérieures » ?) identifient le Boson de Higgs, particule élémentaire pouvant expliquer l’origine de notre univers, nos sociétés accrochées à une lecture littérale de prescriptions ancestrales, loin, très loin de toute élévation spirituelle, portent encore des esprits libres devant le tribunal de Cheikh Ubu.
Source :
Salah HORCHANI
Zakia Hamdaa écrit :
Faut-il demander à la lune ?
La prochaine audience du procès d’Habib Habib Kazdaghli, devrait avoir lieu jeudi 15 novembre ou peut-être serait-elle reportée au jeudi suivant ?
Nous attendrons la réponse des observateurs du croissant de lune [car, le jeudi 15 novembre risque de coïncider avec le premier jour de l’an 1434 de l’Hégire !]. En fonction de leur vision, le Doyen saura s’il doit se rendre au Tribunal ou chez sa mère pour célébrer le nouvel an.
La Manouba , [en l’an] 1433 [de l’Hégire]
Salah HORCHANI
Tunisie-Procès de la Honte, Acte III : Appel pour un Rassemblement
Appel pour un rassemblement de solidarité avec le Doyen Kazdaghli et pour la défense des libertés publiques et académiques devant le Tribunal de première instance de la Manouba
Le Professeur Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba comparaît pour la troisième fois devant le Tribunal de première instance de la Manouba sur la base d’une accusation imaginaire, à la suite d’une plainte déposée par une étudiante niqabée qui a prétendu avoir été violentée par lui...après une intrusion dans son bureau en compagnie d’une seconde étudiante. Elles ont éparpillé ses documents administratifs et l’ont agressé en proférant des propos orduriers à son adresse, ce qui l’a obligé à quitter son bureau et à déposer une plainte auprès des services de sécurité.
Chaque comparution du doyen devant le tribunal a donné lieu à l’organisation d’un rassemblement pacifique au cours duquel les universitaires, les intellectuels, les étudiants et les différentes composantes de la société civile ont exprimé leur solidarité avec le Doyen, les enseignants, les artistes, les journalistes, objet lors de multiples occasions, de diverses formes de pressions et d’agressions verbales et physiques de la part de groupuscules politiques extrémistes qui utilisent la religion comme une couverture pour l’exercice du terrorisme intellectuel et physique.
Tout en saluant tous ceux qui ont exprimé leur solidarité avec le Doyen, soit par leur présence devant le tribunal, soit par le biais de la publication de manifestes et de pétitions de soutien en Tunisie et à l’étranger, les associations de la coalition de la société civile , signataires de cet appel, dénoncent les positions du pouvoir et particulièrement celles des ministères de l’enseignement supérieur, de la culture, de l’intérieur qui se sont caractérisées par l’indifférence au point qu’elles ont semblé parfois confondre l’agresseur et l’agressé.
Tout en réitérant leur condamnation de toutes les manifestations du fanatisme religieux et de la violence verbale et physique et leur attachement à la nécessité du respect des libertés publiques et académiques, ces associations appellent toutes les composantes de la société civile, les partis politiques, les syndicats et les personnalités à continuer à faire preuve de vigilance, à poursuivre la mobilisation et à exprimer à nouveau leur solidarité avec le Doyen Habib Kazdaghli et les universitaires en participant au rassemblement qui sera organisé le jeudi 15 novembre 2012 devant le Tribunal de première instance de la Manouba à 9 heures du matin ou à une date qui sera annoncée ultérieurement au cas où le 15 novembre serait un jour férié pour la célébration du jour de l’An musulman.
Associations signataires :
Association Tunisienne pour la défense des valeurs universitaires
Observatoire des Libertés académiques (FGESRS)
Forum universitaire tunisien
Syndicat des artistes plasticiens
Association Manifeste du 20 mars pour le développement et la démocratie
Association Femmes et Dignité Initiative citoyenne
Association tunisienne pour la citoyenneté
Association tunisienne de défense des libertés individuelles
Association de la citoyenneté et de la démocratie à Hammam Ghezaz
Association Touensa
Association bizertine pour le cinéma
Association Tunisienne pour le droit à la différence
Association Tunisienne pour la Transparence dans l’énergie et les Mines
Association Tunisienne des anciens prisonniers d’opinion
Notre enseignement
L’Observatoire des Libertés et des Politiques Culturelles
Association Libertés- Dignité -Egalité Hakam
L’Association Tunisienne Egalité et Parité
Doustourouna
Citoyenneté et Communication
Kolna Tounès
Vigilance et Egalité des chances
Centre de Tunis pour la Liberté de Presse
Ligue Tunisienne des Juristes
Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme
Association Tunisienne des Femmes Démocrates
LTADO
Lam Echaml
Conseil National pour les Libertés de Tunisie
Association UTIL
Conseil national indépendant pour l’information et la communication
Association des Femmes Tunisiennes pour la Recherche et le Développement
Coalition Femmes Tunisiennes pour la Citoyenneté et l’Egalité
Section Tunisienne d’Amnesty International
Comité de défense des valeurs universitaires, de l’autonomie institutionnelle, des libertés académiques et de soutien à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba
L’Association Tunisienne contre la Torture
Union Générale Tunisienne du Travail
Union Nationale de la Femme
Association de Protection du Littoral Bordj Cedria
Mémoire de la Terre de Tunisie
Centre de Tunis pour la Justice Transitionnelle
Association Tunisienne pour l’Action Citoyenne
Association des avocates indépendantes
Association tunisienne pour le soutien des minorités
Note :
Dans ce cadre, le lecteur intéressé, qui souhaite suivre l’évolution de ce Procès de la Honte, est invité à consulter, régulièrement, l’Article suivant et ses Commentaires :
D’autre part, s’il souhaite avoir un Historique exhaustif des événements ayant conduit à ce triste Procès, événements présentés par ordre chronologique, il est invité à consulter mon Article (et ses 155 Commentaires, à ce jour) intitulé : « La nouvelle tendance du Ministère tunisien de l’Enseignement Supérieur ! », se trouvant sur le Lien suivant
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-nouvelle-tendance-du-ministere-107454
Source :
Salah HORCHANI
Tunisie : procès du doyen d’une fac accusé par une femme en niqab
Un bras de fer oppose cette faculté de 13.000 étudiants aux salafistes depuis le 28 novembre. Habib Kazdaghli a reçu le soutien de nombreux universitaires étrangers et des professeurs et juristes.
L’affaire fait scandale en Tunisie depuis plusieurs mois. Déjà reporté une fois, le procès du doyen d’une faculté tunisienne accusé d’avoir agressé une étudiante en niqab, aura lieu jeudi au tribunal de La Manouba, dans la banlieue de Tunis.
Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, Kazdaghli est poursuivi pour « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions », un délit passible de cinq ans de détention. Ces faits remontent au mois de mars, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral ont mis à sac son bureau, selon lui. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours, accuse l’universitaire de l’avoir giflée.
Tollé en Tunisie
« Je souhaite que ce dossier soit classé le plus tôt possible car il use l’énergie des universitaires qui sont censés s’occuper d’autres choses en ce moment plus importantes pour le pays », avait déclaré M. Kazdaghli fin octobre, qui avait accusé la mouvance salafiste jihadiste d’être à l’origine de ses déboires judicaires.
« Les personnes qui ont intenté ce procès contre moi, ce sont les mêmes qui se sont attaquées aux artistes, se sont attaqués aux journalistes, se sont attaqués à l’ambassade américaine » le 14 septembre, avait-il indiqué. Les poursuites contre le doyen ont déclenché un tollé en Tunisie et lancé un débat sur l’autorisation ou non du voile intégral durant les cours dans les universités.
M. Kazdaghli a reçu le soutien de nombreux universitaires étrangers et des professeurs et juristes français et belges. Plusieurs projets de loi sur le sujet ont été déposés à l’Assemblée nationale constituante (ANC) mais aucun compromis n’est intervenu. Un bras de fer oppose cette faculté de 13.000 étudiants aux salafistes depuis le 28 novembre, lorsque des étudiants et des salafistes avaient organisé un sit-in pour réclamer l’accès aux cours des étudiantes en niqab.
Source :
Salah HORCHANI
Assemblée Générale Commune en soutien au Doyen Kazdaghli, aux Artistes et aux Journalistes :
Mardi 20 novembre 2012 à la FLAHM à 12h30
L’Assemblée Générale Syndicale, tenue à la FLAHM le vendredi 9 novembre 2012, a proposé à un certain nombre de syndicats de base et aux associations de la société civile de tenir à la FLAHM une assemblée générale commune en soutien au Doyen, aux artistes et aux journalistes et pour préparer le Rassemblement qui se tiendra à l’occasion de la prochaine audience du procès.
L’AG se tiendra le mardi 20 novembre 2012 à la FLAHM à 12h30
L’Association Tunisienne de Défense des Valeurs Universitaires, l’Observatoire des Libertés Académiques, le Forum Universitaire Tunisien et quelques syndicats de base se sont associés à cette initiative.
Soyons nombreux à participer à l’Assemblée Générale !
Habib Mellakh
Universitaire, Syndicaliste
Département de français, Faculté des Lettres de la Manouba
Tain... sur les 158 posts il doit bien y en avoir 9 ou 10 qui ne sont pas de vous...
écrivez un bouquin sorte de chronique de l’affaire et arrêtez d’user la fibre optique comme ça.
Motion de soutien au Doyen Kazdaghli émanant de l’Université de Toulouse
Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanité de la Manouba ( Tunis), doit passer en jugement le 15 novembre, à la suite d’une plainte déposée par des étudiantes.
Habib Kazdaghli, tout entier dévoué aux intérêts d’une Université tunisienne laïque et démocratique, a dû affronter l’occupation de son Université par les Salafistes entre novembre 2011 et janvier 2012. Il a été plusieurs fois victime d’injures et d’actes violents.
Habib Kazdaghli a noué des liens très féconds avec l’Université de Toulouse-Le Mirail, notamment avec le laboratoire FRAMESPA où il est chercheur associé. Il bénéficie du soutien de ses collègues de l’Université de la Manouba et des autres universités de Tunisie.
Le conseil d’administration de l’Université de Toulouse-Le Mirail, qui a déjà voté une motion de soutien à Habib Kazdaghli le 3 juillet 2012, réaffirme sa solidarité envers le doyen de la Faculté de la Manouba et demande aux autorités tunisiennes de préserver les libertés académiques au sein des universités de leur pays et de garantir la sécurité de leurs enseignants dans l’exercice de leur fonction.
Toulouse, le 13/11/2012
Le Conseil d’Administration de l’Université de Toulouse2-Le Mirail
Tunisie - Le doyen de faculté accusé de violence par une étudiante en niqab
Accusé d’avoir violentée une de ses étudiantes vêtues d’un niqab, le professeur tunisien Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba comparaît pour la troisième fois devant le Tribunal de première instance de la Manouba, près de Tunis le 15 novembre.
Un scandale selon plusieurs associations et organisations qui se déplacent devant le tribunal à chaque comparution du professeur et doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba située dans la banlieue nord-ouest de la capitale tunisienne et théâtre d’affrontements entre étudiants salafistes et les autres.
Sur le site du magazine tunisien Kapitalis, on compare même son affaire à celle de la Tunisienne victime d’un viol et accusé d’outrage aux bonnes mœurs.
Le fait que la victime devienne coupable de son agression est, selon Kapitalis, « une instrumentalisation plus idéologique que politique de la justice qu’on n’aura même pas vue sous le régime déchu. »
Selon l’appel publié sur le site Mediapart et signé par de nombreuses organisations tunisiennes, l’accusation est « imaginaire ». L’étudiante s’est introduite dans le bureau du doyen en compagnie d’une seconde étudiante :
« Elles ont éparpillé ses documents administratifs et l’ont agressé en proférant des propos orduriers à son adresse, ce qui l’a obligé à quitter son bureau et à déposer une plainte auprès des services de sécurité », lit-on dans l’appel.
Les signataires de cet appel « dénoncent les positions du pouvoir et particulièrement celles des ministères de l’Enseignement supérieur, de la Culture, de l’Intérieur qui semblent parfois confondre l’agresseur et l’agressé. »
Selon le site Kapitalis, les enjeux sont de taille car le doyen de l’universitéa interdit le port du niqab « au nom de la règle de la communication pédagogique ».Il a essayé « de rendre une visibilité à ces silhouettes fantomatiques »,poursuit Kapitalis.
Le magazine laisse entendre que défendre le doyen, c’est lutter contre l’obscurantisme« dont l’enjeu est l’enfermement de la femme à propos duquel toute insurrection d’un esprit libre est un péché, une hérésie. »
Source :
http://www.slateafrique.com/98339/tunisie-un-doyen-de-faculte-proces-salafiste-etudiante-niqab
Salah HORCHANI
TUNISIE/Rassemblement à la Manouba pour soutenir le Doyen Kazdaghli
« Appel pour un Rassemblement de solidarité avec le Doyen Kazdaghli et pour la défense des libertés publiques et académiques
Jeudi 22 novembre 2012 à 9 heures
devant le Tribunal de Première Instance de la Manouba » :
Salah HORCHANI
Soutien au Doyen Kazdaghli émanant des Universités Aristote, de Jannina et de la Macédoine Occidentale
Thessalonique, le 17 novembre 2012
Stavros Kamaroudis
Linguiste,
MdC, Université de la Macédoine Occidentale,
Faculté de Pédagogie - Florina,
Grèce
A Son Excellence l’ambassadeur de la République de Tunisie à Athènes
Excellence,
Permettez-moi de vous présenter une Pétition de Protestation concernant le jugement, injuste a notre avis, du Doyen de l’Université de Manouba, M. le Professeur Habib Kazdaghli, chercheur très estimé en Grèce non seulement à cause de ses recherches sur la Communauté Grecque de Tunisie, mais aussi par ses qualités de personne publique de bonne moralité, de devoir et porteur de valeurs et idéaux démocratiques.
Nous unissons nos voix avec celles de nos collègues du monde entier et nous demandons Votre intervention auprès du Gouvernement Tunisien pour que les poursuites judiciaires soient terminées, ou au moins que l’affaire soit jugé selon les Accords internationaux que Votre Gouvernement a ratifiés.
De la part de 267 signataires, membres de la Communauté Universitaire des Universités Aristote, de Jannina et de la Macédoine Occidentale.
Veuillez, Excellence, de croire à l’assurance de mes sentiments les meilleurs,
Stavros E. Kamaroudis
P. S. Le texte grec concernant l’historique de cette affaire et appelant à la solidarité avec M. le Professeur Habib Kazdaghli, suit :
Ψήφισμα Συμπαράστασης στον κοσμήτορα του Πανεπιστημίου Manouba της Τύνιδας καθηγητή Habib Kazdaghli
Ο Habib Kazdaghli δικάζεται εδώ και μήνες ως « αποδιοπομπαίος τράγος » της απραξίας και της ανικανότητας της τυνησιακής κυβέρνησης να διαχειρισθεί τα προβλήματα των πανεπιστημίων της χώρας.
O Καθηγητής Ηabib Kazdaghli είναι γνωστός στη Θεσσαλονίκη. Συνεργάστηκε, ο ίδιος και άλλοι Τυνήσιοι συνάδελφοι, με το Τμήμα Προσχολικής Αγωγής του ΑΠΘ σε ερευνητικά προγράμματα. Σημαντικές είναι οι έρευνές του για τις Ελληνικές Κοινότητες της Τυνησίας.
Οι αρχές προσπαθούν να τον καταστήσουν υπεύθυνο για την ατελείωτη κρίση της ισλαμικής μαντήλας (niqab – οι φοιτήτριες υποχρεώνονται να τη φορούν και στους χώρους των Πανεπιστημίων). Κυρίως όμως επιθυμούν να τον τιμωρήσουν για τη σθεναρή στάση του ως υπερασπιστή της πανεπιστημιακής αυτονομίας και των ακαδημαϊκών ελευθεριών.
Ένα Μανιφέστο Αλληλεγγύης προς τον Κοσμήτορα Habib Kazdaghli, της καλλιτέχνιδας Nédia Jelassi, και όλους τους υπερασπιστές των ακαδημαϊκών ελευθεριών, της απρόσκοπτης δημιουργίας και της ελευθεροτυπίας συγκέντρωσε περισσότερες από 1.500 υπογραφές προσωπικοτήτων στην Τυνησία.
Ακόμη, περισσότεροι από 40 φορείς και ΜΚΟ, συνυπέγραψαν την Έκκληση για την Υπεράσπιση των Ακαδημαϊκών Ελευθεριών και της Καλλιτεχνικής Δημιουργίας, ως ένδειξη συμπαράστασης στον κοσμήτορα Habib Kazdaghli, τους διωκόμενους καλλιτέχνες και τους δημοσιογράφους.
Τα δύο κείμενα απαιτούν την άμεση παύση των διώξεων κατά του κοσμήτορα και την παύση των διώξεων των καλλιτεχνών Nédia Jelassi και Mohamed Ben Slama, οι οποίοι κατηγορούνται κυρίως από ακραίους θρησκόληπτους στο όνομα της « βλασφημίας προς τα θεία ».
Στην Ευρώπη, το Μανιφέστο Αλληλεγγύης προς τον καθηγητή Habib Kazdaghli και τους Τυνήσιους πανεπιστημιακούς, πρωτοβουλία του Καθηγητή Robert Zitoun, συγκέντρωσε πάνω από 1.800 υπογραφές, μεταξύ των οποίων εκείνες των Albert Jacquard, Alex Kahn, Claude Hagège, Edgard Morin, Fethi Ben Slama, Mustapha Tlili κ.ά.
Η αντιπροσωπεία της Διεθνούς Οργάνωσης Scholars at Risk, που επισκέφθηκε την Τυνησία τον Ιούνιο 2012, έστειλε στις 23 Οκτωβρίου Επιστολή Διαμαρτυρίας στους Υπουργούς Ανώτατης Εκπαίδευσης και Δικαιοσύνης. Τους προσκαλεί « να επέμβουν για να σταματήσει η δίωξη εναντίον του κοσμήτορα Habib Kazdaghli » ή κατ’ ελάχιστον ότι « η υπόθεση θα διευθετηθεί σύμφωνα με τα διεθνώς παραδεκτά κριτήρια τα οποία εγγυάται η « Παγκόσμια Διακήρυξη των Ανθρώπινων Δικαιωμάτων » καθώς και της Συμβάσεως των Κοινωνικών και Πολιτικών Δικαιωμάτων τις οποίες έχει επικυρώσει η Τυνησία. Επαναλαμβάνει ακόμη στο μήνυμα το αίτημα προς τις τυνησιακές αρχές ώστε να σταλεί στο κοινό ένα ξεκάθαρο μήνυμα ότι το τυνησιακό κράτος θα προστατεύσει τις πανεπιστημιακές διοικήσεις και το προσωπικό και ότι ταυτόχρονα θα προστατεύσει τον χώρο της κριτικής και έκφρασης, διδασκαλίας, έρευνας και δημοσίευσης από τις οποθενδήποτε προερχόμενες απειλές ».
Les syndicalistes et les militants de la société civile solidaires à qui mieux mieux du Doyen Kazdaghli
Par Habib Mellakh
Universitaire, Syndicaliste
Professeur de littérature française à la FLAHM
Il ne se passe pas un jour depuis bientôt deux mois sans que ne je reçoive dans ma boîte mail des articles de la presse tunisienne, française, belge, francophone ou anglophone au sujet de cette bataille anachronique du niqab et du procès qui en a résulté, ou des messages de solidarité provenant de partout en faveur du Doyen Habib Kazdaghli et des universitaires en butte aux extrémistes religieux et à leur programme d’assujettissement de la connaissance et des normes de fonctionnement des institutions académiques à des convictions religieuses personnelles. Si le problème du niqab et le procès préoccupent à ce point des universitaires, des médecins, des artistes, des écrivains, des militants de la société civile, des hommes politiques et des journalistes dans les cinq continents, c’est parce que tout ce monde est conscient que l’enjeu de la bataille dépasse le cadre de l’université, et que son issue influera sur l’avenir de la démocratie en Tunisie et peut-être même de ce qu’il a été convenu d’appeler dans un moment d’euphorie « le printemps arabe ».
De fait, en réaction à mes articles sur le procès du doyen de la FLAHM ou aux manifestes que je diffuse en ma qualité de secrétaire général de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, parfois en souvenir de nos luttes pour l’autonomie du syndicat et de l’institution universitaire que j’ai eu la responsabilité de coordonner, à l’orée du nouveau siècle, avec mes camarades syndicalistes, les messages de solidarité des collègues et compatriotes tunisiens nostalgiques de l’âge d’or du SGESRS sont souvent l’expression de la peur du retour à l’université et même dans le pays des anciennes pratiques liberticides et du recours, de nouveau, à l’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique. Une sourde angoisse étreint même certains d’entre eux à l’idée d’une possible remise en cause des acquis de la modernité en Tunisie et du mode de vie de la société tunisienne.
Chez nos amis étrangers prévaut la crainte de voir la Révolution tunisienne, que le Congrès américain a applaudie et que le monde entier a saluée comme le soulèvement d’un peuple digne et courageux qui a fait preuve d’un haut degré de civisme en venant à bout d’une dictature immonde ,dévier des ses objectifs : si les valeurs universitaires, qu’on place dans les républiques civiles sur un pied d’égalité avec les valeurs démocratiques, sont bafouées et que leur défenseur emblématique est traîné dans la boue des tribunaux communs, on peut craindre de voir réservés aux libertés publiques, à plus ou moins brève échéance, le même sort et par là même à la nouvelle idylle de la Tunisie avec la démocratie le sort des autres rendez-vous historiques avortés.
La lourde peine de prison que risque le Doyen, s’il était reconnu coupable, explique la désapprobation générale et le haut degré de mobilisation suscités par l’affaire aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger mais ce sont les craintes liées à l’avenir des libertés et de la démocratie qui la confortent. Ni les reports successifs du procès - le dernier en raison de la coïncidence de la date retenue avec la célébration du jour de l’An musulman - qui semblent dans l’ordre des choses mais qui sont parfois interprétés comme la recherche d’un effet d’usure, ni l’impression favorable laissée par la dernière audience et qui augure de la tenue d’un procès régulier n’ont interrompu la chaîne de solidarité qui s’est, au contraire, renforcée de jour en jour. Ils n’ont pas infléchi la détermination des universitaires et des militants de la société civile à s’opposer à ce procès inique, ni trompé leur vigilance. C’est pourquoi ils ont tenu à organiser un troisième rassemblement à l’occasion de la troisième comparution du Doyen devant le Tribunal de première instance de la Manouba ( qui aura lieu finalement le 22 novembre) en dépit des faits et des signaux qui peuvent contribuer à l’essoufflement ou pousser à la démobilisation. Dans un appel à ce rassemblement lancé le 13 novembre à l’initiative des associations les plus concernées par les problèmes de l’université (l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires, l’Observatoire des libertés académiques ,le Forum universitaire tunisien), la coalition de plus de 40 ONG parrainée par la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme exhorte « toutes les composantes de la société civile, les partis politiques, les syndicats, et les personnalités à faire preuve de vigilance et à poursuivre leur mobilisation ». La défense des libertés publiques se trouve associée dans ce nouveau manifeste d’une matière très explicite à celle des libertés académiques pour montrer que l’effet boule de neige peut avoir raison de toutes libertés et que les libertés publiques sont autant menacées que les libertés universitaires dans le contexte de l’actuelle transition politique.
Le point de départ de la nouvelle campagne de mobilisation a été donnée par le syndicat de base de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba qui a décrété, lors d’une assemblée générale tenue le vendredi 9 novembre 2012, une grève durant toute la journée au cours de laquelle le Doyen comparaîtra devant ses juges et un rassemblement devant le tribunal le même jour « pour protester à nouveau contre le caractère inique et politique du procès, pour demander l’acquittement du doyen, pour le respect de l’autonomie de l’université, des libertés académiques et de l’indépendance de la magistrature » selon un communiqué non daté publié par Khaled Nouisser, secrétaire général du syndicat de base de la FLAHM. La même assemblée générale a suggéré l’organisation d’un meeting commun à la faculté de la Manouba réunissant les syndicats de base des grandes facultés du grand Tunis des institutions du campus universitaire de la Manouba et la coalition des ONG de la société civile pour la défense des libertés et l’indépendance de la magistrature.
Ce meeting, qui a effectivement eu lieu le mardi 20 novembre 2012, à partir de12h30, sous l’égide de l’Union régionale du Travail de la Manouba représentée par son secrétaire général adjoint, Maher Selmi et du syndicat de base de la FLAHM et a vu la participation d’un grand nombre de militants associatifs et d’ »adhérents des syndicats de base, a été largement couvert par les médias et marqué par le très haut niveau des interventions. Les représentants des syndicats de base invités et des associations coorganisatrices de l’évènement, l’Association de défense des valeurs universitaires, l’Observatoire des libertés académiques dépendant de la FGESRS et le Forum universitaire tunisien, les représentants des associations qui ont pu répondre à l’invitation et la charmante jeune étudiante, Hela Arous, représentante de l’Union générale des étudiants de Tunisie ont été unanimes pour soutenir la grève et le rassemblement et pour montrer que les personnes ciblées par le parquet, qu’il s’agisse du Doyen ou de l’artiste Nadia Jelassi l’ont été pour ce qu’ils représentent, c’est-à-dire des emblèmes de l’exercice des libertés. Beaucoup d’intervenants ont tenu à souligner leur confiance dans les magistrats tunisiens qui se battent pour imposer comme les universitaires, les journalistes et les artistes leur indépendance, pour faire respecter, en d’autres termes, les normes internationales de l’exercice de leur métier. Ils ont assuré que le rassemblement n’était pas dirigé contre eux et que son but était de les préserver des pressions de ceux qui ont cousu le procès de fil blanc. Toutes les institutions universitaires présentes se sont associées à la grève de solidarité avec le Doyen et ont annoncé l’organisation d’une grève de deux heures, le jeudi 22 novembre.
Le meeting a été marqué par une grosse surprise, l’arrivée non programmée mais annoncée à ceux qui sont toujours dans le secret des dieux, d’une délégation de constituants conduite par Selma Baccar, venue apporter son soutien à Habib Kazdaghli et promettant d’œuvrer pour la constitutionnalisation de l’autonomie de l’université, des libertés académiques et de la liberté de la création. Le constituant Ali Ben Chérifa a lu, à cette occasion, une pétition de solidarité avec le Doyen de la FLAHM, signé par 50 députés d’horizons politiques différents.
C’est cette même demande de constitutionnalisation des libertés universitaires et de la liberté de création qui a été adressée à M. Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante par une délégation d’universitaires composée de représentants des associations de défense des valeurs académiques, qu’il a chaleureusement reçue le lundi 19 novembre et qui est venue présenter une pétition signée par plus de 1800 citoyens réclamant l’inscription dans la future Constitution de ces libertés et la protection des universitaires, des journalistes, des artistes contre les agressions des extrémistes religieux.
Mardi en fin d’après-midi, le secrétaire général de la FGESRS, Houcine de Boujarra a annoncé dans un long communiqué la participation du syndicat historique et le plus représentatif des universitaires au rassemblement. Sur le plan international, la campagne de soutien continue. Le Mouvement européen France, le Syndicat national de l’enseignement supérieur français, l’Internationale de l’éducation se sont associés au mouvement international de solidarité.
Source :
Salah HORCHANI
Motion de soutien au Doyen Kazdaghli émanant d’universitaires de l’Université de Nice
Nice, le 13/11/2012
Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanité de la Manouba ( Tunis), doit passer en jugement le 22 novembre, à la suite d’une plainte déposée par des étudiantes, l’accusant faussement d’agression.
Habib Kazdaghli, tout entier dévoué aux intérêts d’une Université tunisienne laïque et démocratique, a dû affronter l’occupation de son Université par les salafistes entre novembre 2011 et janvier 2012. Il a été plusieurs fois victime d’injures et d’actes violents.
Habib Kazdaghli a noué beaucoup de relations avec les universités françaises dans un esprit d’échange et de collaboration scientifique. Il bénéficie du soutien de ses collègues de l’Université de la Manouba et des autres universités de Tunisie. Nous, universitaires de l’université de Nice Sophia Antipolis sommes entièrement solidaires avec le doyen de la Faculté de la Manouba.
Nous demandons aux autorités tunisiennes de préserver les libertés académiques au sein des universités de leur pays et de garantir la sécurité de leurs enseignants dans l’exercice de leur fonction.
Les signataires :
André Nouschi ( Professeur honoraire, Université de Nice) , Inès Hammami, (Maître de conférences Université de Nice), Jacques Spindler( Professeur, Université de Nice),Anne Jolliet ( Professeur histoire), Jose antonio Gonzales Alcantud(Université de Granada), Christine Le Bzec (Université de Rouen, G.Meynier (Professeur .honoraire Nancy),Fred. Abecassis(Professeur, ENS Lyon), Fouad soufi(Archives Oran),Nadjia Bouzeghrane(EL WATAN, Oran), J.J. Levy Leblond (Université de Nice), R.Escallier(Université de Nice, Prof.honoraire) ,X.Huetz de Lemps(Université de Nice),D. Brahimi(Professeur honoraire Paris VII), F. Cresti (Université.Catania), M.Aymard(Professeur honoraire, EHESS,Paris), T.Yacine( EHESS,Paris), Anissa Bouayed (EHESS,Paris) , A. Largueche( Univ.Tunis), Hassan al Annabi(Université Tunis, Ancien Ministre Gvt provisoire Tunisien) Ouanassa.
Salah HORCHANI
Le Procès de la Honte est reporté au jeudi 3 janvier 2013
Une nouvelle audience se tenait jeudi matin au tribunal de première instance de Manouba dans le procès du doyen de la Faculté des Lettres de Manouba, Habib Kazdaghli. Celui-ci est accusé par deux étudiantes de les avoir frappées dans son bureau lors de l’occupation de la faculté par un groupe de salafistes. Ceux-ci sont d’ailleurs venus en nombre au tribunal pour soutenir les plaignantes.
Énième report d’audience pour le 3 janvier 2013
Lors de cette nouvelle audience dans le procès du doyen Habib Kazdaghli, les deux parties ont demandé un nouveau report dans cette affaire débutée en juillet dernier. Le juge a demandé à l’accusation et à la défense de verser leurs compléments de pièces aux dossiers d’ici au 13 décembre, les plaidoiries devant avoir lieu le 3 janvier 2013.
Le doyen de la Faculté des Lettres, des Humanités et des Sciences humaines de la Manouba est accusé d’avoir giflé deux de ses étudiantes en niqab. Les faits sont supposés avoir eu lieu lors de l’occupation et du blocage de la faculté par un groupe de salafistes réclamant le droit pour les filles d’assister aux cours et aux examens en voile intégral.
Habib Kazdaghli dément toute agression contre ses étudiantes alors même qu’elles ont pénétré de force et saccagé son bureau, devant lequel campaient les étudiants salafistes. Ces mêmes jeunes se trouvaient ce matin devant le tribunal de première instance de Manouba pour accompagner les plaignantes.
Démonstration de force des salafistes devant le tribunal
Le déploiement du service d’ordre autour des jeunes niqabées a même tourné à la démonstration de force. Les salafistes ont ostensiblement manifesté et déployé leurs banderoles revendiquant la liberté vestimentaire au sein des universités. Plusieurs journalistes ont même été empêchés de filmer la sortie discrète des plaignantes intégralement voilées, le tout sous l’œil d’un imposant service de sécurité de la police et de l’armée.
Les soutiens au doyen n’étaient pas en reste et sont venus nombreux comme à chaque audience. Suite à l’appel lancé par les syndicats universitaires, de nombreuses facultés ont d’ailleurs observé une grève de deux heures ce jeudi matin en signe de solidarité avec leur confrère traîné devant les tribunaux. Société civile et personnalités politiques étaient également présentes pour soutenir l’universitaire.
Source :
Salah HORCHANI
Les universitaires toulousains se mobilisent pour soutenir Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des Lettres, des arts et des Humanités de la Manouba, la célèbre université de Tunis
Habib Kazdaghli est très connu à l’Université du Mirail de Toulouse, où il est invité régulièrement, pour des travaux en commun dans le cadre de du programme Fra.M.Espa. Cet intellectuel tunisien, profondément attaché aux valeurs de laïcité, est en butte à la pression des salafistes à l’intérieur de l’université de la Majouba à Tunis, qui cherchent notamment à imposer le voile intégral aux étudiantes.
« Plusieurs fois victime d’insultes ou d’injures, il est à présent faussement accusé d’agression contre des étudiantes et doit passer prochainement en jugement » explique Alet Valero, professeur à l’Université du Mirail. Ses amis se sont donc mobilisés et sont allés manifester devant le consulat de Tunisie pour dénoncer ce procès inique et réclamer le respect des libertés au sein des universités. Les défenseurs d’Habib Kazdaghli lui apportent leur soutien avec une pétition qui rassemble les signatures d’une soixantaine d’universitaires de Toulouse-le-Mirailet d’ailleurs.
Source :
http://www.ladepeche.fr/article/2012/11/26/1498262-universite-le-soutien-au-doyen-de-la-manouba.html
Salah HORCHANI
TUNISIE : Appel pour un Rassemblement de solidarité avec le Doyen Kazdaghli et pour la défense des libertés publiques et académiques
le jeudi 3 janvier 2013 à 9 heures du matin
devant le Tribunal de Première Instance de la Manouba
Salah HORCHANI
1.Vœux-2.Scandale de la Self-Promotion de MBS, d’une part, et du Procès de la Honte ou Procès du Doyen Kazdaghli, d’autre part !
Salah HORCHANI
Dérives de l’université tunisienne :Les Doyens dénoncent le silence coupable du Ministère
Les doyens des facultés des lettres, des humanités et des sciences sociales de Tunis, La Manouba, Sousse et Sfax ont dénoncé « le silence et la marginalisation » dont fait part le ministère de tutelle devant « la dérive » enregistrée au sein de l’université tunisienne ainsi que la violence et le désordre provoqués par certaines parties estudiantines qui ne respectent ni le règlement intérieur ni les directives émanant des conseils scientifiques.
Les doyens des universités tunisiennes expliquent dans une déclaration issue de leur réunion mercredi 26 décembre 2012 à Sousse que le premier semestre de l’année universitaire 2012-2013 a été marqué par de nombreuses difficultés dont le retard dans la proclamation des résultats des commissions de recrutement et de promotion, le refus de certains étudiants des résultats et des critères adoptés par les commissions des masters, les sit- in et l’appel à la grève lancé par des étudiants de la section de philosophie pour dénoncer, selon eux, « le manque de clarté du cursus ». Les doyens des universités relèvent aussi l’entêtement de certaines étudiantes portant le niqab à refuser les directives issues des conseils scientifiques.
Les signataires de cette déclaration ont aussi exprimé leur étonnement en raison du maintien de l’affaire du doyen de la faculté des lettres de la Manouba Habib Kazdaghli qui comparaîtra pour la 4eme fois devant le tribunal de première instance de La Manouba le 3 janvier prochain.
Tout en affirmant leur confiance dans l’indépendance de la justice, les signataires de la déclaration expriment leurs inquiétudes quant au risque « d’instrumentalisation politique » du dossier, évoquant « les pressions et les violences perpétrées par des groupes d’extrémistes religieux tout au long de l’année dernière à l’encontre des enseignants, du doyen et des étudiants de la faculté des lettres de la Manouba ». Les signataires considérent que le maintien de l’affaire Kazdaghli jusqu’à la moitié de l’année universitaire en cours constitue « une menace pour les libertés académiques et une atteinte flagrante à l’autorité des doyens, un symbole pour l’université et les universitaires ».
Les doyens affirment qu’ils trouvent des difficultés à poursuivre leurs activités dans un climat pareil qui porte atteinte à leurs efforts et constitue une menace quotidienne pour leurs vies et leur sécurité personnelle« mettant en cause l’indifférence du ministère et son refus d’engager un dialogue véritable et une réflexion concernant les difficultés rencontrées.
Par ailleurs, les signataires annoncent le projet de création d’une association des doyens des facultés des lettres, des humanités et des sciences sociales. La principale mission de cette association sera »le suivi des préoccupations pédagogiques et logistiques des établissements universitaires et la réflexion concernant les perspectives pour leurs diplômés".
Les doyens lancent un appel au ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour prendre en considération les dangers issus de la lenteur à engager une réflexion à propos des aspects négatifs qui ont résulté de l’application du régime LMD et l’adoption d’anciennes méthodes dans le traitement des problèmes qui se sont accumulés dans les facultés des lettres, des humanités et des sciences sociales.
Ils affirment à ce propos qu’il est désormais urgent que l’enseignement et la recherche dans les domaines des lettres, des humanités et des sciences sociales reprennent leur place dans l’espace académique en vue de la diffusion d’un savoir au diapason de l’époque. Ils expriment aussi la disposition de leurs établissements à participer sérieusement pour relever le défi et pour présenter des propositions concernant ces différentes questions.
Source :
Salah HORCHANI
« Nouvelle mobilisation nationale et internationale de solidarité avec le Doyen Kazdaghli
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM
La Manouba, le 29 décembre 2012
Le procès du Doyen Habib Kazdaghli reprendra le jeudi 3 janvier 2013 et avec lui le travail de Sisyphe des syndicalistes tunisiens, des militants de la société civile et des instances académiques plus que jamais solidaires de cet universitaire, devenu depuis une année un emblème de la défense des libertés académiques, et plus que jamais déterminés à faire partager à l’opinion publique et au monde entier leur conviction qu’il est innocent, que sa mise en examen est inique et qu’elle vise à éliminer de la scène universitaire, surtout après la requalification des charges retenues contre lui, un farouche défenseur des valeurs académiques et de toutes les libertés. De fait, les responsables universitaires syndicaux et les militants associatifs n’ont pas chômé pendant ces vacances scolaires pour reprendre la mobilisation et préparer de nouvelles actions de solidarité avec le doyen de la FLAHM.
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La solidarité des doyens des institutions des lettres et des sciences humaines
La première réaction est venue de la conférence périodique des doyens des facultés de lettres et sciences humaines du pays. Ces derniers, réunis à Sousse le 19 décembre 2012, expriment, dans une déclaration publiée par l’Agence TAP le 28 décembre 2012, « leur confiance dans l’indépendance de la justice » mais aussi leur inquiétude devant les tentatives « d’instrumentalisation politique » de l’affaire de leur collègue Habib Kazdaghli et considèrent que la longueur du procès, qui traîne et se poursuit même après l’achèvement du premier semestre de l’année universitaire, constitue « une menace flagrante pour l’exercice des libertés académiques et une atteinte délibérée à l’autorité décanale qui représente l’éminent prestige de l’université et des universitaires ». Ils déplorent l’ambiance délétère dans laquelle ils travaillent et qui est caractérisée, en général, par la violence et le désordre provoqués par certaines parties estudiantines rebelles au respect du règlement intérieur et des directives émanant des conseils scientifiques. Ils mettent l’accent en particulier, sur « les pressions et les violences perpétrées par des groupes d’extrémistes religieux tout au long de l’année dernière à l’encontre des enseignants, du doyen et des étudiants de la faculté des lettres de la Manouba ». Ils rappellent « l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent de poursuivre leur travail dans des conditions pareilles qui dilapident leur énergie et qui s’accompagnent de menaces quotidiennes pour leurs vies et leur sécurité personnelle » d’autant que leurs doléances ne trouvent pas d’écho auprès du ministère qui refuse « d’engager un dialogue véritable et une réflexion concernant les difficultés rencontrées ».
La mobilisation du milieu associatif
Le bureau élargi de l’Association tunisienne des valeurs universitaires (ATDVU) qui comprend, outre les membres du bureau de l’association, les représentants des associations et organisations concernées par la défense de l’autonomie institutionnelle et des libertés académiques et particulièrement le Forum universitaire tunisien (FUT), l’Observatoire des libertés académiques, l’association de défense des libertés académiques et de la création, réuni le 20 décembre 2012 pour préparer la mobilisation en prévision de l’audience du 3 janvier 2013, a publié un manifeste rapidement relayé par le tissu associatif et adopté par la coalition des ONG, parrainée par la LTDH. Les associations signataires de la déclaration ( une cinquantaine) réaffirment « que l’obstination à traduire le Doyen devant le tribunal constitue une tentative désespérée d’instrumentalisation de la justice par des parties à l’intérieur et à l’extérieur du pouvoir pour porter atteinte à l’inviolabilité de l’université et outrepasser les organes de direction élus et porter atteinte aux libertés académiques et aux libertés publiques » et ajoutent que « cet entêtement fait partie d’un plan orchestré pour mettre au pas les intellectuels, les journalistes, les artistes, et constitue un prélude pour ouvrir la voie au contrôle de la société tunisienne et imposer un projet de société totalitaire ».
Le pouvoir exécutif dominé par Ennadha est en effet devenu depuis quelque temps, du point de vue du milieu associatif et des acteurs politiques démocrates, l’ogre prêt à tout pour dévorer la magistrature en vue de réprimer toute volonté d’autonomie et d’indépendance et d’étouffer toutes les libertés pour imposer un projet de société rétrograde et installer à court ou à moyen terme un régime dictatorial.
Habib Kazdaghli, Sami Fehri, les artistes d’El Abdellia ou le combat pour les libertés et l’indépendance de la justice
On peut citer, à l’appui de cette thèse, tous les procès et les poursuites qui ont ciblé les défenseurs des libertés dans notre pays et qui ont défrayé la chronique et fait couler beaucoup d’encre : l’affaire Persépolis en novembre 2011, le procès Kazdaghli et les assignations en justice des artistes d’El Abdellia et, cerise sur le gâteau et tragique cadeau de fin d’année offert aux Tunisiens, l’affaire Sami Fehri, directeur de la chaîne de télévision privée Attounsia, en détention illégale malgré la décision de la plus haute juridiction de Tunisie de casser sa mise en examen et le mandat de dépôt prononcé contre lui, entré dans une grève de la faim sauvage en raison de la décision arbitraire prise par les autorités de ne pas le libérer et admis depuis deux jours dans une unité de soins intensifs à cause de la dégradation de son état de santé. Suspecté de contribution aux pertes financières de l’Établissement de la télévision tunisienne, en tant qu’associé, dans la société de production télévisuelle Cactus de Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali, il n’a été inculpé et arrêté qu’après la diffusion sur sa chaîne d’une émission de guignols fort réussie et ayant crevé l’audimat nommée « La logique politique », tournant en dérision les dirigeants politiques du pays. C’est pourquoi plusieurs observateurs estiment que la raison véritable de son arrestation puis du maintien de la décision arbitraire de le garder en prison est l’exercice de son droit à la liberté d’expression qu’il est en train de défendre au prix de sa vie.
Conscients dès lors que c’est l’avenir du processus démocratique qui se joue aujourd’hui en Tunisie , les associations, dont l’Observatoire des libertés académiques dépendant de la Fédération générale de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, ne lâchent pas prise et appellent « les universitaires et toutes les forces de la société civile et démocratique à un nouveau rassemblement le jeudi 3 janvier 2013 à 9 heures du matin devant le Tribunal de première instance de la Manouba pour exprimer leur solidarité avec le Doyen, les intellectuels, les journalistes et les créateurs qui ont fait l’objet dans la dernière période d’actes de violence, d’intimidation et de traduction devant la justice, à l’image de ce qui s’est passé pour l’universitaire et artiste plasticienne Nadia Jelassi et pour réitérer leur attachement aux libertés académiques, aux valeurs universitaires et à la liberté d’expression et de création ».
La solidarité syndicale
Le bureau syndical de la FLAHM a appelé lui aussi, dans un communiqué diffusé le 28 décembre 2012, à un rassemblement le même jour à la même heure et pour les mêmes raisons.
La FGESRS, dont quelques sections ont observé un mouvement de débrayage de deux heures largement suivi à l’occasion de l’audience du 22 novembre 2012, qui a constamment apporté son soutien au doyen de la FLAHM et qui a mobilisé les universitaires depuis le début de la crise du niqab autour de la défense des valeurs universitaires s’est, de nouveau, engagée dans la bataille. Elle a annoncé la tenue d’une conférence de presse, qu’elle organisera conjointement avec le bureau exécutif de l’UGTT, le mercredi 2 janvier 2013 à partir de 14 heures au siège de la centrale syndicale. Dans un communiqué de presse publié le 25 décembre 2012, son secrétaire général, Houcine Boujarra, convie les universitaires et les acteurs de la société civile à participer à cette rencontre avec les médias pour « dénoncer le procès inique intenté au doyen de la FLAHM et tous les procès en vertu desquels des universitaires syndicalistes ont été traduits devant la justice et pour défendre la libre parole, les libertés académiques et l’autonomie de l’université tunisienne ». La FGESRS et ses sections de base n’ont pas recouru à la grève générale, pourtant envisagée par certains militants de base comme une action possible lors de l’assemblée générale du 22 novembre 2012, pour ne pas perturber le déroulement des examens semestriels qui commencent le 3 janvier 2013 dans plusieurs établissements.
Outre le soutien à Habib Kazdaghli et aux défenseurs des libertés, le dénominateur commun de toutes ces initiatives et prises de position est de dénoncer la tendance hégémonique du pouvoir exécutif et de saluer les aspirations et le combat des magistrats tunisiens, à travers leur association et leur syndicat, pour l’indépendance de la justice et l’élection d’un Conseil de l’Ordre des magistrats autonome et représentatif. C’est dans ce sens que les associations signataires de l’appel à un rassemblement de solidarité « réitèrent leur appui aux magistrats qui militent pour résister aux différentes formes de pression exercées à leur encontre par plusieurs parties pendant cette période transitoire pour les détourner de l’administration d’une justice équitable et de la préservation de l’institution judiciaire contre toute ingérence et sont certaines de la capacité des magistrats tunisiens à résister à toutes les tentatives d’instrumentalisation » et que le syndicat de la FLAHM précise que l’un des objectifs du rassemblement « est la revendication d’un pouvoir judiciaire indépendant » selon les termes du communiqué susmentionné. Du coup le rassemblement du 3 janvier, comme ceux qui l’ont précédé, ne doit pas être pris, comme veulent le faire accroire des commentaires tendancieux, pour une remise en cause de l’honnêteté des juges mais pour une riposte de la société civile et des syndicats à la volonté de mainmise du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire.
Soutien de l’Université du Mirail Toulouse, du groupe CRC de la ville de Toulouse et de l’Université libre de Bruxelles
La conférence de presse de la FGESRS, qui sera suivi d’un séminaire sur les libertés académiques, verra la participation d’une forte délégation toulousaine. Ce groupe est d’abord composé de responsables à la fois académiques et syndicaux. Ils représentent en même temps l’Université du Mirail Toulouse – qui s’est distingué en envoyant, chaque fois, à l’occasion des précédentes audiences, des messages de solidarité et dont les professeurs ont organisé, à la fin du mois de novembre 2012, une manifestation de soutien au doyen de la FLAHM devant le Consulat général de Tunisie à Toulouse – et le SNESUP. Les autres membres de la délégation sont des élus municipaux toulousains appartenant au groupe des élus communistes, républicains et citoyens. Xavier Lambert, membre du bureau national du SNESUP et Alet Valero, membre de son bureau toulousain ainsi que Jean Marc Barés, adjoint au maire de la ville de Toulouse et Chloé Rigal, conseillère déléguée à l’action en faveur des jeunes publics « viendront exprimer leur soutien lors de son procès » au doyen de la FLAHM . Dans un communiqué daté du 28 décembre 2012, intitulé, à juste titre, Soutien aux démocrates tunisiens, Pierre Lacaze , président du groupe des élus communistes, républicains et citoyens de la ville de Toulouse ne manque pas de souligner le lien entre le combat mené par le doyen de la FLAHM et « les multiples atteintes aux droits politiques et les multiples atteintes aux droits sociaux et démocratiques du fait de ligues qui partout dans le pays suscitent de nombreux incidents violents, notamment l’attaque des locaux syndicaux sans que le pouvoir islamiste en place n’exerce de véritables pressions sur eux ». Il fait également part de l’ engagement des élus du groupe CRC de la ville de Toulouse à continuer à exprimer leur soutien « jusqu’à ce que justice soit rendu au doyen de l’université » et « à poursuivre leurs actions contre les atteintes à la démocratie en Tunisie », confirmant par là même que le les universitaires, les journalistes, les artistes, les syndicalistes, les acteurs de la société civile et les démocrates tunisiens se battent, chacun dans sa sphère, pour faire avorter le projet liberticide des ennemis de la démocratie.
Mais si la venue de la délégation toulousaine était programmée depuis le mois de novembre 2012, celle de la délégation de l’Université libre de Bruxelles constitue une belle surprise fort appréciée par les universitaires et les militants associatifs qui ont connu ses membres lors de leur dernier séjour en Tunisie, au moment de l’audience du 25 octobre 2012 et qui ont été séduits par leur générosité. La vice-rectrice, Annémie Schaus, le Professeur Jean Philippe Schreiber et l’avocate pénaliste Michèle Hirsh seront présents au procès. Son compatriote et confrère, Laurent Philippe, en habitué des rassemblements de solidarité avec le doyen de la FLAHM, sera lui aussi, mais comme franc-tireur, un observateur du procès. La Fédération internationale des droits de l’homme, toujours présente, déléguera cette fois-ci l’historienne Sophie Bessis ainsi que l’avocate Marie Guiraud. L’Association des Tunisiens en France et La Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives, elles aussi fidèles au rendez-vous, enverront en mission d’observation judiciaire, respectivement Maître Naceur Khémiri et Maître Bardi. Des représentants des ambassades de l’Union européenne, de la Suisse et de l’Autriche sont attendus. Des initiatives similaires ont été prises lors des audiences précédentes par des membres du corps diplomatique d’autres ambassades européennes, à l’instar de celle de la France. Ces derniers ont toujours pris soin de préciser que leur présence au procès ne devait pas être perçue comme une ingérence dans les affaires tunisiennes mais comme un soutien au processus démocratique encore balbutiant en Tunisie.
La quatrième, et en principe, dernière audience sera consacrée au réquisitoire du ministère public et aux plaidoiries des avocats avant la proclamation du verdict. Les militants syndicaux et associatifs sont persuadés que ce sont les faits contrôlés, les choses examinées qui formeront la conviction des juges et non la conviction tenace et irréfutable, parce que partisane qui déforme les faits et les choses. La tournure factuelle prise par le procès, la conduite des dernières audiences avec un respect scrupuleux de la procédure – excepté à l’occasion de l’épisode controversé de la comparution des étudiantes en niqab -, une louable impartialité et un grand professionnalisme plaident en faveur de l’exercice par la Cour d’une justice équitable qui disculpera le doyen de la FLAHM des accusations calomnieuses portées contre lui ».
Salah HORCHANI
Soutien aux démocrates tunisiens
vendredi 28 décembre 2012
Jean Marc Barès adjoint au maire (PCF) de la ville de Toulouse aux bibliothèques, Médiathèques, Archive et à la démocratie locale secteur Sud de Toulouse et Chloé Rigail conseillère déléguée (PCF) à l’action en faveur des jeunes publics seront les 2 et 3 janvier présents à Tunis pour exprimer leur soutien comme élus et militants du PCF à Monsieur Habib Kazdaghli doyen de l’Université de la Manouba à Tunis en procès depuis le 6 mars 2012 contre des étudiants salafistes qui avaient saccagé son bureau et occupé l’université pour en finir avec l’enseignement laïc.
Aux cotés des élus toulousains de nombreux universitaires, les représentants du SNESUP, des avocats, la ligue des droits de l’Homme, avec de nombreux français venus exprimer leur soutien à l’universitaire lors de son procès qui aura lieu le 3 janvier. La veille, le 2 janvier l’UGTT (principale centrale syndicale de Tunisie) organisera une conférence de presse de soutien au doyen de l’Université notamment en faisant le lien entre son combat et les multiples atteintes aux droits sociaux et démocratiques du fait de ligues proches des milieux salafistes qui partout dans le pays suscitent de nombreux incidents violents, notamment l’attaque des locaux syndicaux, sans que le pouvoir islamiste en place aujourd’hui en Tunisie n’exerce de véritables pressions sur eux. La communauté tunisienne en France, comme beaucoup de tunisiens, demande aujourd’hui la dissolution de ses ligues et un engagement clair dans le processus constitutionnel et démocratique pour respecter toutes les opinions et les principes inhérents à la laïcité. Jean Marc Barès et Chloé Rigail seront porteurs d’un message de soutien de l’ensemble des élus communistes de la ville de Toulouse et plus largement du soutien des élus PCF de la région. Ils s’engagent auprès des démocrates tunisiens à exprimer ce soutien jusqu’à ce que justice soit rendu au doyen de l’université, à poursuivre leurs actions contre les atteintes à la démocratie en Tunisie et à faire connaître la situation aux personnalités et médias nationaux et locaux en France.
Source :
http://groupecrcmairietoulouse.elunet.fr/index.php/post/28/12/2012/Soutien-aux-democrates-tunisiens- :
Salah HORCHANI
Tunisie : 2012, année de la révolution trahie
Le procès d’Habib Kazdaghli, doyen de la faculté de la Manouba, reprend le 3 janvier 2013 à Tunis. Cet universitaire respecté risque cinq ans de prison sur l’accusation mensongère d’une étudiante salafiste. L’affaire symbolise la trahison de la révolution tunisienne au cours de l’année noire qui s’achève.
Habib Kazdaghli comparaitra devant ses juges deux ans après la révolution qui devait transformer la Tunisie en démocratie. Mais le procès du doyen de la faculté des lettres de la Manouba prouve que les idéaux du 14 janvier 2011 ont été radicalement trahis. Nos lecteurs connaissent la figure de cet universitaire intègre, victime de l’imposture salafiste, et faussement accusé de violences par une étudiante en niqab qui avait saccagé son bureau. La porteuse du voile intégral avait déposé cette plainte infondée sur le conseil du groupe armé qui la manipulait : la destruction du bureau du doyen risquait en effet de la mener elle-même en prison. La saga de la Manouba, désormais célèbre, et à laquelle Marianne a consacré de nombreuses chroniques( lire « Un homme d’honneur ») résume la lutte de la société civile tunisienne contre les atteintes aux droits humains perpétrés par les commandos salafistes avec la bénédiction du gouvernement islamiste.
C’est pourquoi la mobilisation internationale en solidarité avec Habib Kazdaghli est si importante. De nombreuses délégations seront présentes le 3 janvier à Tunis. Citons notamment le Syndicat national de l’enseignement supérieur, l’Université libre de Bruxelles, la Fédération internationale des droits de l’homme, la faculté de Toulouse-Mirail, l’Association des Tunisiens en France et la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives. Des diplomates français, suisses, autrichiens et un envoyé de l’Union européenne étaient présents aux précédentes audiences. Non pas, ont-ils pris soin de préciser, « à titre d’ingérence dans les affaires tunisiennes mais comme soutien au processus démocratique encore balbutiant ».
L’année 2012 aura été une année noire pour les espérances tunisiennes. L’opinion internationale a surtout été marquée par l’attaque contre l’ambassade américaine en septembre, quelques jours après l’opération déclenchée en Libye contre le consulat américain de Benghazi et qui avait tué l’ambassadeur de Washington. En réalité, pas une semaine ne s’est déroulée sans son cortège de violences : incendie des œuvres des artistes qui exposaient au palais el Abdellia, à la Marsa, inculpation de ces mêmes artistes, considérés comme des coupables alors qu’ils étaient victimes, agressions d’enseignants au sabre, emprisonnement de Sami Fehri, directeur de la chaine de télévision « Ettounsia », qui avait diffusé une émission politique satirique…
La liste est longue : les très mal-nommés « Comités de protection de la Révolution » y figurent dans un rôle sinistre. Ces groupes constitués de militants d’Ennahda, extrêmement violents, ont régulièrement agressé des syndicalistes et des manifestations d’opposants. La mort d’un responsable du nouveau mouvement « Nida Tounes » à Tataouine, lors d’une opération menée par Ennahda, n’a entrainé aucune sanction officielle assez significative pour clore le cycle infernal. Au contraire, la situation a dégénéré depuis deux mois. Les violences ont culminé en décembre à Djerba. Caid Beji Essebsi, fondateur de « Nida Tounes », ex-premier ministre de transition au lendemain de la révolution, était visé en personne avec ses sympathisants. Réunis dans un grand hôtel de l’ile, ils ont été cernés et attaqués plusieurs heures par un commando sans que la police ne bronche.
Le leader et les militants du mouvement estiment aujourd’hui qu’il pourrait s’agir d’une tentative de liquidation de l’homme politique, âgé de 85 ans, opposant très sérieux à Ennahda et ultra-populaire. Selon les derniers sondages, « Nida Tounes » incarne la seule alternative crédible à l’islamisme lors des prochaines élections prévues à l’automne 2013. Devant de telles perspectives, Ennahda, qui, en coulisses, n’envisage pas une seconde de laisser démocratiquement le pouvoir à d’autres, ne peut qu’enchainer provocations et déstabilisations. Alors pourquoi pas, avancent plusieurs observateurs, l’assassinat politique ?
C’est dans ce contexte que va se tenir la quatrième audience du procès de Habib Kazdaghli. L’acquittement du doyen de la Manouba témoignerait d’un début de prise de conscience dans les cercles du pouvoir qui dicte ses ordres aux juges. Sa condamnation, en revanche, confirmerait qu’un processus totalitaire est en marche en Tunisie.
Source :
http://www.marianne.net/2012-annee-de-la-revolution-trahie_a225473.html
Salah HORCHANI
Procès de la Honte : Conférence de Presse
La Fédération Générale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (FGESRS) a annoncé, dans un Communiqué, la tenue d’une Conférence de Presse, au Siège de l’Union Générale Tunisienne du Travail (l’UGTT), Place Mohamed Ali, le mercredi 2 janvier 2013 à 14h , au cours de laquelle prendront la parole, outre le camarade Hassine Boujarra, Secrétaire Général du Bureau National, les représentants des Associations et Syndicats tunisiens et étrangers qui seraient déjà arrivés pour apporter leur solidarité au Doyen Kazdaghli : l’Observatoire des Libertés Académiques, l’ATDVU, Le FUT, la Délégation du SNES-Sup (France), la Délégation de la Mairie de Toulouse, la Délégation de l’ULB (Belgique), des avocats français et belges, la représentante de la FIDH dépêchée à Tunis, etc…
Salah HORCHANI
Tunisie / « Procès de la Honte » ou la « Politique des deux poids deux mesures » : Acte Final !
Salah HORCHANI
Tunisie/niqab : verdict le 17 janvier dans le procès du doyen d’une faculté
la manouba (Tunisie), 3 jan 2013 (AFP) - La justice tunisienne rendra son verdict le 17 janvier dans le procès du doyen d’une faculté jugé pour avoir agressé une étudiante en niqab, a indiqué jeudi à l’AFP l’avocat de l’universitaire, Mokhtar Trifi.
Cette décision a été annoncée par le juge du tribunal de première instance de la Manouba (ouest de Tunis) devant lequel comparaissait Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, à l’issue d’une ultime audience de plaidoiries.
Au cours des plaidoiries un des avocats du doyen a accusé le procureur « de pratiquer la justice comme au temps de (Zine El Abidine) Ben Ali », le président déchu.
« Je suis serein et confiant que la magistrature rendra justice à l’université » a déclaré M. Kazdaghli au sortir de la salle d’audience devant laquelle des militants des droits de l’Homme tunisiens et étrangers et responsables politiques s’étaient massés.
« Nous défendons l’Etat de droit et les institutions », a ajouté le doyen, dénonçant son procès comme « une vaine tentative de mettre à genoux les universitaires et de miner le fonctionnement démocratique de l’université ».
Habib Kazdaghli, dont le procès a été reporté plusieurs fois depuis l’été, a été inculpé d’« acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions » et risque jusqu’à cinq ans de prison.
Les faits remontent au mois de mars, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral ont mis à sac son bureau, selon lui. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours, accuse l’universitaire de l’avoir giflée.
Les deux étudiantes sont poursuivies dans ce même procès pour avoir attaqué le bureau du doyen, un homme de gauche soutenu par les syndicats universitaires et l’opposition.
Un bras de fer oppose depuis 2011 la direction de cette faculté de 13.000 étudiants à la mouvance salafiste. Il a été déclenché le 28 novembre 2011 avec une manifestation d’étudiants et de salafistes réclamant l’accès en cours des étudiantes en niqab.
L’opposition laïque accuse le gouvernement dirigé par les islamistes modérés d’Ennahda de chercher à islamiser la société tunisienne.
Source :
Salah HORCHANI
En Tunisie, la saga judiciaire de la « gifle » du doyen Kazdaghli
Une gifle ? Quelle gifle ? Non pas celle, célèbre, donnée par une policière à Mohamed Bouazizi, un certain 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid et qui servit de détonateur au soulèvement tunisien contre le régime de l’ancien dictateur Zine El-Abidine Ben Ali, mais celle, tout aussi controversée, qui met aux prises depuis des mois une étudiante porteuse du niqab, le voile intégral, et Habib Khazdaghli, le doyen de la faculté des lettres de la Manouba, dans la banlieue de Tunis. En Tunisie, il est des gifles qui deviennent symboles.
Plusieurs fois reporté, le procès, qui s’est déroulé au tribunal de première instance de la Manouba jeudi 3 janvier, a fini par mettre en lumière dans ce dossier l’absence... de gifle. Les deux étudiantes à l’origine de la plainte contre le doyen n’ont pas évoqué un tel geste mais le fait que, selon le témoignage de l’une d’elle, M. Kazdaghli l’aurait « tenue par les bras ». Bref, la gifle n’existe plus que dans le constat médical versé au dossier par la partie plaignante, et contesté par les avocats de la défense.
Fin de la saga de la gifle, donc, mais pas de l’imbroglio judiciaire. Jeudi, le parquet a remis en avant, dans son réquisitoire, l’article 101 du code pénal tunisien qui punit de cinq ans d’emprisonnement un fonctionnaire s’étant rendu coupable de violence dans l’exercice de ses fonctions.
L’affaire remonte au 6 mars 2012, lorsque deux étudiantes pénètrent dans le bureau du doyen, au cours d’un nouvel incident qui oppose, depuis décembre 2011, les autorités de la faculté à un groupe d’étudiants salafistes qui réclame, notamment, le port du niqab pour les jeunes femmes dans les salles de cours.
Face à M. Kazdaghli qui décrit, ce 6 mars, une intrusion violente dans son bureau et ses affaires dispersées, les étudiantes maintiennent que le doyen les a malmenées. Plainte contre plainte, l’affaire témoignait alors plutôt d’une ambiance tendue que d’un fait divers gravissime. Mais cinq mois plus tard, la situation s’est envenimée lorsque le parquet a décidé de requalifier les faits en utilisant l’article 101.Ce qu’il a, de nouveau, justifié, jeudi.
A la sortie des plaidoiries, M. Kazdaghli se disait cependant confiant. « L’épreuve a duré quatre heures, mais l’audience a été correcte », confiait le doyen, soutenu devant le tribunal par des enseignants, des militants et des personnalités de la société civile, en présence de plusieurs observateurs étrangers. Devenue un emblème de la résistance à la pression exercée sur la société par les salafistes, la faculté de la Manouba est toujours la cible de tensions. Une étudiante a de nouveau été exclue, définitivement, de l’établissement, le 24 novembre, pour avoir refusé de se plier au règlement intérieur qui interdit le port du voile intégral dans les salles de cours et pendant les examens ; une deuxième devrait suivre le même chemin en conseil de discipline le 12 janvier.
Quant aux deux plaignantes, elles n’ont toujours pas réintégré la faculté. La première a fait l’objet, au mois de mai, d’une exclusion temporaire d’un an ; la seconde n’a pas certifié sa signature au bas du document exigé par la Manouba prouvant que les étudiants ont bien pris connaissance du règlement intérieur...
Le verdict du procès Kazdaghli a été fixé au 17 janvier.
Source :
Salah HORCHANI
Procès de la Honte : audience du 3 janvier 2013
Le Tribunal de Première Instance de la Manouba a décidé, jeudi 3 janvier 2013, de mettre en délibéré le Procès de la Honte. Le verdict sera rendu le 17 courant .
Le Doyen Kazdaghli est poursuivi pour voies de fait par deux étudiantes niqabées dont l’une avait été exclue de la Faculté pour refus systématique de se dévoiler en salle de cours, et ce, dans le prolongement du long sit-in d’étudiants salafistes, qui a débuté au mois d’octobre 2012 et qui a paralysé la Faculté pendant plusieurs mois,
C’est cette même étudiante qui accuse le Doyen de l’avoir giflée, ce que ce dernier nie avec force, affirmant même que c’est plutôt lui la victime, ayant été attaqué par les deux plaignantes dans son propre bureau, lequel aurait été saccagé.
La défense n’a pas eu grand peine à balayer les arguments de l’accusation, démontant ses incohérences et récusant notamment la production d’un simple témoin, en l’occurrence l’autre étudiante, elle aussi poursuivie pour attaque du bureau du Doyen.
Le Ministère Public n’a requis aucune peine, s’en remettant au jugement de la Cour, ce qui pourrait constituer en soi un indice concernant la nature du verdict.
A noter la présence à l’audience des collègues du Doyen, de représentants de la Société Civile et de diplomates étrangers en poste à Tunis.
Source :
Salah HORCHANI
Procès de la Honte : audience du 3 janvier 2013
Le Tribunal de Première Instance de la Manouba a décidé, jeudi 3 janvier 2013, de mettre en délibéré le Procès de la Honte. Le verdict sera rendu le 17 courant .
Le Doyen Kazdaghli est poursuivi pour voies de fait par deux étudiantes niqabées dont l’une avait été exclue de la Faculté pour refus systématique de se dévoiler en salle de cours, et ce, dans le prolongement du long sit-in d’étudiants salafistes, qui a débuté au mois d’octobre 2012 et qui a paralysé la Faculté pendant plusieurs mois,
C’est cette même étudiante qui accuse le Doyen de l’avoir giflée, ce que ce dernier nie avec force, affirmant même que c’est plutôt lui la victime, ayant été attaqué par les deux plaignantes dans son propre bureau, lequel aurait été saccagé.
La défense n’a pas eu grand peine à balayer les arguments de l’accusation, démontant ses incohérences et récusant notamment la production d’un simple témoin, en l’occurrence l’autre étudiante, elle aussi poursuivie pour attaque du bureau du Doyen.
Le Ministère Public n’a requis aucune peine, s’en remettant au jugement de la Cour, ce qui pourrait constituer en soi un indice concernant la nature du verdict.
A noter la présence à l’audience des collègues du Doyen, de représentants de la Société Civile et de diplomates étrangers en poste à Tunis.
Source :
Salah HORCHANI
Les Alternatifs soutiennent Habib Kazdaghli, doyen de la faculté de la Manouba
Le procès fait au doyen de la faculté de la Manouba à Tunis entre dans le cadre d’un conflit qui a commencé en novembre 2011 entre un petit groupe d’étudiants salafistes et la direction de la faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba.
Ce petit groupe de salafistes a tenté d’imposer ses vues et a demandé, outre la mise à disposition d’une salle réservée à la prière, la possibilité pour les étudiantes de porter le niqab (voile intégral) pendant les cours et les examens, ce qui a été rejeté par le Conseil scientifique de la Manouba, ainsi que par de nombreuses autres universités. Le 6 mars dernier, deux étudiantes intégralement voilées ont agressé H. Kazdaghli dans son bureau. Il a porté plainte. L’une de ces étudiantes prétendant avoir été « agressée » par le doyen, accusation totalement fantaisiste, a porté plainte à son tour. Le procès qui devait avoir lieu le 5 juillet, a été maintes fois reporté à la demande du parquet, la plainte ayant été requalifiée « en acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions », ce qui fait que H. Kazdaghli risque 5 ans de prison. Le procès a eu lieu le 3 janvier, le verdict sera connu sous quinzaine.
Ce qui est en jeu dans ce procès, ce n’est pas seulement son issue judiciaire. L’appel du parquet, signe de soutien à la mouvance salafiste, montre que le gouvernement islamiste de Ennahada s’est impliqué dans ce procès. La faculté de la Manouba a toujours été une faculté ouverte où les enseignants-chercheurs n’ont jamais accepté les dictats du pouvoir, que ce soit celui de Ben Ali ou le pouvoir actuel. Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement le cas personnel du doyen, c’est la liberté de l’Université tunisienne. La Tunisie vit actuellement une épreuve de force -dans l’Université comme dans la société toute entière- entre les tenants d’une conception de l’enseignement universitaire ouverte, scientifique et progressiste et les tenants d’une conception fermée, dogmatique et réactionnaire, reflet du conflit entre deux conceptions opposées du pouvoir. Le doyen, qui déclarait récemment que son procès était « une vaine tentative de mettre à genoux les universitaires et de miner le fonctionnement démocratique de l’Université », a bien résumé le problème.
Les Alternatifs, qui avaient accueilli le doyen Kazdaghli lors de leur université d’été en aout dernier à Méaudre (Vercors), lui apportent leur soutien ainsi qu’à tous les progressistes de l’Université tunisienne.
Le 4 janvier 2013
Source :
http://www.alternatifs.org/spip/les-alternatifs-soutiennent-habib
Salah HORCHANI
Une délégation de l’ULB une nouvelle fois présente à Tunis
Le 3 janvier a eu lieu la dernière audience du procès de Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de la Manouba à Tunis, poursuivi devant le tribunal correctionnel suite à une altercation avec deux étudiantes en niqab, en mars 2012, dans son bureau.
La requalification des faits en actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions vaut aujourd’hui au doyen de La Manouba d’encourir une peine de cinq années de prison.
Cette dernière audience a vu les accusations à l’encontre du doyen s’effondrer et la défense des jeunes femmes en niqab en conséquence transformer ce procès en procès politique.
Le procès du doyen Kazdaghli, dont le verdict tombera le 17 janvier prochain, est donc un procès symbolique à bien des égards, au cœur des enjeux de la société tunisienne, à un moment où des signes de plus en plus inquiétants affichent la volonté d’imposer en Tunisie le rigorisme sur le plan moral, d’y affecter la condition de la femme et d’y saper progressivement, sur le modèle turc, les acquis de la laïcisation de la société. Il témoigne de l’âpreté du climat politique et de la radicalisation des esprits dans la Tunisie post-révolutionnaire, plus que jamais secouée par la question religieuse.
Comme lors de l’audience du 25 octobre dernier, l’Université libre de Bruxelles a tenu à marquer sa solidarité avec le doyen Kazdaghli en étant présente au procès, où elle était représentée par sa vice-rectrice à la politique académique Annemie Schaus et par le professeur Jean-Philippe Schreiber, accompagnés par l’avocate pénaliste Michèle Hirsch.
Pour de plus amples informations, lisez le compte-rendu de la délégation de l’ULB sur le site de l’Observatoire des Religions et de la Laïcité :
Source :
http://www.ulb.ac.be/actulb/index.php?e=3328&page=0#3328
Salah HORCHANI
“Chroniques du MANOUBISTAN”
Par Habib MELLAKH
Préface de Habib KAZDAGHLI
Contexte :
Les faits remontent au mois de mars, lorsque deux étudiantes portant le voile intégral (niqab) ont saccagé le bureau du doyen Habib Kazdaghli, accompagnée d’un groupe de salafistes, lui reprochant d’interdire le port du niqab à l’université. L’une d’entre elles, qui avait été exclue de la faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours, l’accuse de l’avoir giflée et porte plainte.
Les deux jeunes filles sont poursuivies dans ce même procès pour avoir attaqué le bureau du Doyen.
Habib Kazdaghli est donc accusé d’agression par une militante salafiste. Le ministère public ayant jugé bon de requalifier l’accusation en « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».
Les poursuites contre le doyen ont déclenché un tollé en Tunisie et à l’étranger et lancé un débat sur l’autorisation ou non du voile intégral durant les cours dans les universités.
M. Kazdaghli a reçu le soutien de nombreux universitaires étrangers et des professeurs et juristes français et belges qui ont assisté au procès qui a été reporté plusieurs fois depuis l’été. Le verdict est annoncé pour le jeudi 17-01-2013.
Le livre :
« Ces Chroniques du Manoubistan reconstituent les épisodes d’un étrange feuilleton qu’on pensait d’un autre âge.
Les événements se sont déroulés à la Faculté des Lettres de La Manouba, devenue le matin du 28 novembre 2011 l’objet d’une conquête (ghazoua) salafiste.
Elles retracent, de jour en jour, la montée de la violence jusqu’à l’absurde comparution du doyen Kazdaghli, accusé d’agression contre des étudiantes en niqab venues saccager son bureau. Un retournement invraisemblable où, de victime, il devint coupable.
Ces pages sont aussi un recueil de chroniques tunisiennes qui rappellent l’existence en Tunisie d’autres « Manoubistan » et que ces événements font partie d’une campagne savamment orchestrée d’atteinte aux libertés. Des événements qui prouvent aussi à quel point cette offensive liberticide a pour objectif de mettre en péril le projet moderniste tunisien.
Véritable journal de combat et de défense des valeurs humanistes, ces chroniques sont enfin un hymne à la liberté et à la résistance des hommes et femmes du savoir, de la culture et des arts. En dénonçant les briseurs de rêves, elles incarnent un espoir : que la Tunisie soit à « la hauteur » de sa Révolution.
Les auteurs :
Habib Kazdaghli, originaire de la ville d’Hammamet, natif de 1955, est professeur d’Histoire contemporaine à la Faculté des Lettre, des Arts et des Humanités de Mnouba ( Université de Tunis-Manouba). Ses axes de recherche portent sur : l’histoire contemporaine de la Tunisie et du Maghreb, l’histoire du mouvement communiste, l’histoire des minorités et des communautés de Tunisie (Juifs, Grecs, Russes, Maltais, Italiens etc…), l’histoire du tourisme au cours de la période coloniale. Il anime l’axe Histoire et mémoire des communautés, mémoire des lieux, au sein du laboratoire de recherche : Régions et ressources patrimoniales de Tunisie, dirigé par le professeur Abdelhamid Larguèche. Elu depuis le mois de juillet 2011, au poste de doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités (Université de Tunis-Manouba).
Habib Mellakh est né le 22 mai 1952 au Bardo. Après des études primaires à l’école El Arfanya à Tunis, des études secondaires au Lycée de garçons du Bardo et des études supérieures à la Faculté des lettres et sciences humaines de Tunis, il obtient la maîtrise es-lettres françaises en juin 1973 et le diplôme de recherches approfondies en juin 1982. Professeur au Lycée de la rue de Marseille à Tunis, puis au sein de l’Ecole normale supérieure de Tunis et de l’Ecole normale supérieure de Sousse, il enseigne depuis 1984 à la Faculté des lettres, des Arts, des Humanités de la Manouba dont il a dirigé le département de français (1996- 2002) et où il a représenté ses collègues au sein de son conseil scientifique pendant 18 ans. Responsable syndical presque sans interruption de 1975 jusqu’en 2008 et particulièrement en tant que secrétaire général du syndicat de base de la FLAHM, il a été de 1999 à 2003 coordinateur général du Syndicat général de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Professeur de littérature française, il est l’auteur d’un ouvrage sur l’œuvre de Francis Ponge intitulé La pratique poétique pongienne et d’études et d’articles sur la poésie moderne et contemporaine. Il milite après la Révolution du 14 janvier au sein du tissu associatif. Il est l’un des fondateurs de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires dont il est le secrétaire général
Source :
Salah HORCHANI
« Vers un épilogue heureux de l’affaire de la gifle imaginaire
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM
« Je suis issu d’un milieu modeste. C’est grâce à l’école, au savoir et à l’université que je suis devenu ce que je suis et que j’ai pu gravir les échelons de la hiérarchie académique et administrative. C’est cette université qu’on tente vainement, à travers ce procès, de mettre à genoux et dont on veut miner le fonctionnement démocratique. C’est aussi un moment crucial pour l’Etat de droit dans mon pays et pour ses institutions. Mais je suis serein car j’ai confiance dans la magistrature et je suis persuadé que justice nous sera rendue ».Ces propos émouvants tenus par le Doyen Kazdaghli, le 3 janvier 2013, à sa sortie de la dernière audience du feuilleton judiciaire dont il a été, à son corps défendant, la vedette, résument les enjeux de ce procès politique.
Un test pour l’indépendance de la justice et l’avenir de l’Université
Cette affaire hautement médiatisée, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger, constitue une mise à l’épreuve de l’aptitude de la justice à se soustraire aux pressions du pouvoir politique, de la capacité de résistance de la société tunisienne face aux tentatives de confiscation par les extrémistes religieux des libertés publiques en général, des libertés académiques et de l’autonomie de l’Université en particulier. C’est aussi un test pour l’avenir de cette institution presque sexagénaire, fierté d’un peuple assoiffé de savoir et reconnaissant qui apprécie le rôle éminent et historique qu’elle a joué pendant des décades dans la formation des élites, dans le raffermissement de l’Esprit libre, dans l’ascension sociale des catégories modestes et comme fer de lance du projet moderniste tunisien. En dépit des carences souvent constatées, devenues de plus en plus nombreuses pendant les deux décennies de l’ère Ben Ali et réductrices de ce rôle, elle continue à assumer ses responsabilités historiques même si le champ de son action s’est restreint en raison des mutations négatives connues par la société tunisienne au cours de cette période et à cause des moyens insuffisants mis à sa disposition.
Les universitaires, les militants de la société civile, les hommes politiques de la mouvance démocratique, massivement présents le jeudi 03 janvier 2013 comme lors des audiences précédentes (5 juillet, 25 octobre et 22 novembre 2012) pour soutenir le doyen de la Faculté des lettres, des Arts et des Humanités de Manouba (FLAHM), en avaient la pleine conscience comme l’attestent leurs échanges dans les cercles de discussion qui se sont formés depuis le début du rassemblement. Certains des manifestants affichaient ostensiblement ces enjeux sur les pancartes qu’ils avaient arborées sans désarmer durant les quatre heures pénibles et stressantes de la durée de l’audience et sur lesquels on pouvait lire : « L’indépendance de la justice est le garant des libertés universitaires », avec la variante : « L’indépendance de la justice est le garant des libertés publiques » ; « Aucun avenir pour la Tunisie sans la mise en valeur de son université ». Des militants de l’Alliance civile contre la violence, une forte délégation toulousaine composée de membres du SNES-UP et d’élus de la ville de Toulouse, la délégation belge de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) de retour en Tunisie , Sophie Bessis et Maître Marie Guiraud, au nom de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), se sont joints au rassemblement. Il ne faut pas oublier la présence d’observateurs, représentants du corps diplomatique européen : France, Autriche, Suisse, Union européenne et de nombreux amis de la Tunisie dont l’ancien ambassadeur d’Allemagne, Wolf Kerl et l’écrivain et producteur de télévision, Serge Moati. Dans l’autre camp, quinze à vingt jeunes hommes et femmes, étudiants pour une part, militants salafistes pour l’autre part – n’oublions pas que nous sommes à Douar Hicher, l’un des fiefs du salafisme dans le grand Tunis – sont venus soutenir les filles niqabées impliquées dans le saccage du bureau décanal. La large banderole qu’ils brandissaient dénonçait la prétendue violence exercée l’encontre des salafistes et la soi-disant discrimination dont ils étaient les victimes sur le campus de la FLAHM, sous l’œil vigilant d’un important dispositif de sécurité composé de membres d’unités spéciales, visiblement échaudés par des expérience passées où l’absence des forces de l’ordre avait failli entraîner le pire et soucieux de prévenir des attaques semblables à celle qui a visé les syndicalistes lors du rassemblement du 4 décembre 2012 sur la place Mohamed Ali .
Un procès régulier
L’audience tendue et parfois houleuse, selon les témoignages des avocats et des rares amis du doyen qui ont eu l’autorisation de la suivre, s’est déroulée, dans l’ensemble, dans des conditions normales où les droits des différentes parties ont été respectés, même si l’un des avocats du doyen a accusé le procureur « d’exercer la justice comme au temps de Zinelabidine Ben Ali ». Elle a été consacrée aux plaidoiries de la défense et au réquisitoire du ministère public. N’ayant pas pu accéder au prétoire, comme du reste les journalistes présents, j’ai pu grâce à ma connaissance des faits et aux renseignements communiqués par les avocats de Kazdaghli, reconstituer l’argumentaire qui leur a permis de réfuter l’acte d’accusation. Leur stratégie a pris le contre-pied de celle adoptée par les avocats des deux inculpées qui ont repris la sempiternelle rengaine d’un doyen « moderniste », incompétent en matière de gestion des conflits et « politisé jusqu’à la moelle des os » qui a provoqué la crise du niqab en raison de son appartenance politique et idéologique au camp moderniste et laïc.
Sans s’appesantir dans leurs plaidoiries sur le caractère politique du procès, trahi, de leur point de vue, par l’alourdissement des charges retenus contre Habib Kazdaghli, mais sans l’ignorer, ils ont mis l’accent non seulement sur l’absence de preuves étayant l’acte d’accusation mais aussi et surtout sur le caractère avéré imaginaire des faits qui lui sont reprochés , si bien que l’on est en droit, de rebaptiser le procès en cours » l’affaire de la gifle imaginaire« dans un clin d’œil à la journaliste Olfa Ben Hassine qui, à la veille de l’audience du 22 novembre 2012, a publié un article intitulé, non sans malice et avec beaucoup d’humour » le procès de la gifle« .
La réfutation de l’acte d’accusation ou l’accent mis sur la gifle imaginaire
Pour les avocats de Habib Kazdaghli, le constat par le ministère public du saccage du bureau décanal, l’aveu des niqabées sont des faits irréfutables que confirment des témoins : le fonctionnaire présent dans ce bureau et un étudiant arrivé au beau milieu de l’épisode du saccage qui a eu la présence d’esprit de filmer la scène et dont la vidéo, présentée au tribunal accompagnée de sa déposition, est édifiante même si elle de mauvaise qualité. En face des faits – disons euphémiquement – douteux. La prétendue gifle n’est attestée que par un certificat médical douteux contenu dans le dossier. Dans sa déclaration auprès de la garde nationale, la plaignante a accusé le doyen de lui avoir secoué les bras et de l’avoir poussée pour l’amener à quitter le bureau mais n’a jamais parlé de gifle. Cette allégation n’est confirmée par aucun témoignage hormis celui de l’amie ayant commis l’acte de vandalisme. Elle est niée avec force par le doyen dont la version des faits est corroborée par l’employé et l’étudiant. A la décharge du doyen, on peut citer également l’interrogatoire de la plaignante par le juge à l’occasion de la seconde audience (le 25 octobre). A ce dernier qui lui demandait de relater l’agression dont elle aurait été la victime, elle répond : « Le doyen m’a tenu par les bras ». A l’objection qu’il ne pouvait pas, en même temps, la tenir par les bras et la gifler, elle se tait. Par ailleurs, dans une déclaration au journal Echourouk recueillie par un journaliste du quotidien arabophone tout de suite après la prétendue agression et publiée le lendemain (le 7 mars 2012), la plaignante n’a évoqué à un aucun moment la gifle. Elle a seulement dit qu’elle s’était évanouie à cause du refus du doyen de discuter avec elle et de son insistance à lui demander de quitter le bureau.
Tous ces éléments versés dans le dossier concordent pour établir le caractère imaginaire de la gifle. Mais supposons un seul instant que le Doyen a giflé la plaignante, comme elle le prétend, à 14 heures. Tous les spécialistes sont unanimes pour affirmer qu’une trace de gifle s’estompe au bout d’une heure dans les cas extrêmes. Or les avocats de défense ont pu établir, grâce à la procédure judiciaire de l’ordonnance sur requête, que la plaignante avait été admise à l’hôpital régional d’Ettadhamen à 16h25. Sachant que la plainte n’a été déposée que vers 19 heures, on peut supposer que la plaignante n’a été examinée par le médecin que vers 18 heures, c’est-à-dire 4 heures après la prétendue agression, durée qui permet largement la disparition de la trace de doigts, ce qui entache de complaisance le certificat médical initial versé au dossier et qui est aussi contesté, pour d’autres raisons repérables même par le profane qui commence à peine à se familiariser avec les linéaments de la médecine, par les avocats de la défense. Ces derniers sont par ailleurs, curieux de savoir ce qui s’est passé entre 15h15, horaire où l’ambulance a quitté la faculté et 16h25, heure d’enregistrement de la plaignante par le bureau des entrées de l’hôpital, d’autant que la durée du trajet d’une voiture particulière entre la FLAHM et l’hôpital ne dépasse pas un quart d’heure.
Le certificat médical initial récusé par la défense
Pour toutes ces raisons, l’équipe des avocats du doyen a engagé dès le 16 novembre 2012 une plainte ordinale contre le médecin, auteur du certificat médical initial. La manière dont ce constat a été rédigé révèle un manquement aux règles de l’art et de la déontologie médicale et même leur ignorance. Sinon comment expliquer la terminologie utilisée qui constate « une trace de gifle sur la joue droite » alors que le médecin, qui examine un patient agressé, a l’obligation de décrire médicalement et avec précision la marque de violence constatée ? Il n’a pas à en supputer l’origine ou, du moins, ne pas être catégorique quand il décide de faire. Dans le jargon médical on parle d’hématome, d’ecchymose, d’inflammation, de tuméfaction, de trace de doigts, etc. Le médecin oublie que c’est à la seule justice d’établir les faits, confondant le rôle du juge et celui du médecin. Il a ainsi trahi un parti pris en faveur en faveur de la plaignante. La tenue qui dissimule le visage est, par ailleurs, composée de deux ou trois voiles, ce qui rend pratiquement impossible l’observation d’une telle marque sur le visage et renforce la présomption de complaisance selon les avocats de la défense.
Deux autres anomalies confirment le parti pris dans l’établissement du certificat médical. D’abord la durée du repos recommandée (10 jours) est excessive au regard de la marque de violence observée. Cette durée ne peut être prescrite que chez une personne agressée qui présente des dommages tissulaires qui dépassent le stade de la rougeur, c’est-à-dire des lésions comme les ecchymoses, les hématomes, les piqûres ou les brûlures. Ensuite le CMI fait part d’un « état anxio-dépressif », diagnostic qu’un médecin psychiatre ne peut établir qu’après de nombreuses consultations selon l’avis des spécialistes.
Autre bizarrerie : c’est sur la joue droite qui aurait reçu la gifle présumée. Or Le doyen n’est pas gaucher pour pouvoir donner une gifle sur la joue droite. Pendant l’audience, le juge a pu le vérifier grâce à un test qu’il a fait subir au doyen.
Tous ces éléments confortent l’unanime conviction des observateurs en l’innocence du doyen. L’histoire de la gifle apparaît, à la lumière de ces faits comme un mensonge cousu de fil blanc par les marionnettistes, à l’origine de la plainte, qui ont réussi à obtenir du médecin urgentiste un certificat de complaisance, ce qu’il aurait reconnu selon des sources dignes de foi. Il aurait même avoué ne pas avoir examiné la plaignante ! Une enquête a, du reste, été diligentée par le Conseil de l’Ordre des médecins en réponse la plainte ordinale déposée par les avocats. Le tribunal tirerait un grand profit de ces investigations pour faire la lumière sur cette affaire.
Convaincus de l’importance de cette enquête et persuadés que le Conseil de l’ordre des médecins ne peut qu’aller dans leur sens, les avocats de Kazdaghli ont demandé à la Cour d’établir une ordonnance sur requête autorisant le Conseil de l’Ordre des médecins à lui remettre le rapport qu’il a établi. La Cour jugera, au moment de ses délibérations s’il est nécessaire de donner une suite favorable à la requête de la défense.
Le recours à la jurisprudence
Pour parfaire leurs plaidoiries, certains avocats se sont référés à la jurisprudence. En 1925 et en 1967, des enseignants ayant commis des agressions avérées sur leurs élèves ont été relaxés parce que les juges avaient estimé que la relation particulière entre apprenants et enseignants justifiait l’indulgence de la justice et pouvait épargner aux enseignants les peines encourus par d’autres catégories de fonctionnaires dans le cas de figure.
La position du ministère public
Répondant à la thèse de la défense relative au caractère politique du procès, le ministère public a signalé que la requalification délictueuse avait été rendue nécessaire par la fonction de doyen de Habib Kazdaghli et que le procès n’avait aucun caractère politique. Il n’en veut pour preuve que la comparution des étudiants de la FLAHM, auteur d’agressions devant la justice. Il n’a requis aucune peine, mettant la balle dans le camp de la Cour et se limitant à l’indication que c’est l’article 101 qui s’applique dans le cas de ce procès, un article qui prévoit – rappelons-le – une lourde peine de prison.
- C’est la première fois, en vingt ans de barreau, que j’assiste à un réquisitoire où le procureur ne requiert aucune peine, me confie un avocat à sa sortie du prétoire.
- Du jamais vu, renchérit un autre, sidéré par ce qui passe pour une attitude originale qu’il considère comme une manière d’inviter la Cour à la tourner la page d’un procès qui a terni l’image de marque de l’Université et du pays.
Si acquittement il y a, le dénouement sera heureux pour le doyen, l’Université, la magistrature et le pays.
Le tribunal a décidé à la fin de ce marathon judiciaire de mettre en délibéré l’affaire qui connaîtra son épilogue le 17 janvier 2013. Les juges ont entre les mains le destin d’un homme, et plus grave l’avenir de l’Université. Nous n’avons pas à leur dire ce qu’ils doivent faire mais nous sommes certains qu’ils prononceront dans cette affaire un jugement équitable dicté par les faits. La folie procédurière, les manigances politiciennes, les tentatives d’instrumentalisation de la justice érigées en un système de règlement des conflits idéologiques et politiques, qui sont légion pendant cette période trouble de notre histoire, ne passeront pas et n’auront pas raison de la détermination des femmes et hommes de bonne volonté dans ce pays à faire respecter l’Etat de droit et les institutions et à empêcher que l’Histoire ne marche à reculons. ».
Salah HORCHANI
Acquittez le doyen Kazdaghli !
Le 14 janvier 2011, le président tunisien Ben Ali fuyait son pays, après quelques semaines d’une « révolution du jasmin » qui marquait le déclenchement des « printemps arabes ». Jeudi 17 janvier, Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté des lettres de la Manouba, à deux pas de Tunis, saura s’il est condamné par la justice de son pays.
Deux étudiantes, qui refusaient d’enlever leur niqab, le voile intégral, dans les salles de cours de l’université et avaient fait irruption dans le bureau du doyen pour protester contre ce règlement, l’accusent de les avoir giflées. M. Kazdaghli a toujours réfuté ces allégations. Mais il est accusé d’« acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions » et encourt cinq ans d’emprisonnement.
Inquiétante parabole de la révolution tunisienne. De ses illusions perdues. Et de l’affrontement incessant dans lequel elle s’enfonce entre les salafistes, qui entendent imposer la loi religieuse la plus rigoureuse à l’ensemble de la société tunisienne, et les modernistes, qui tentent d’entretenir la possibilité d’une démocratie moderne et progressiste.
Car cette affaire est tout sauf anecdotique. M. Kazdaghli était une cible idéale : intellectuel de la gauche modérée, même s’il fut longtemps membre du Parti communiste tunisien, il incarne à la fois l’héritage du bourguibisme et une conception occidentale, ouverte et indépendante, des libertés académiques et de l’université.
La Manouba, ensuite. Lieu de résistance contre le régime de Ben Ali, elle est devenue, depuis plus d’un an, le symbole de l’opposition aux pressions croissantes exercées par les salafistes pour imposer leur loi. Depuis l’automne 2011, en effet, ils ont multiplié, sans succès, les incidents, provocations et occupations pour réclamer le port du niqab par les étudiantes, en classe et lors des examens, ainsi que la création, dans l’enceinte de l’université, d’un lieu de prière.
La condamnation de M. Kazdaghli serait, pour eux, une victoire hautement symbolique. Elle ne sanctionnerait pas seulement la liberté de penser et d’étudier en Tunisie. Elle démontrerait la faiblesse de la justice et de l’Etat de droit dans le pays et l’emprise croissante qu’y exercent les salafistes, sous l’oeil complaisant du parti islamique Ennahda, au pouvoir.
Elle confirmerait, enfin, l’impasse dans laquelle est en train de s’enfermer la Tunisie. Les futures élections sont sans cesse repoussées, la Constitution et le code électoral sont encore en friche, le gouvernement d’union nationale réclamé par l’opposition reste une vue de l’esprit, la justice est de plus en plus instrumentalisée par le pouvoir, la situation économique du pays ne cesse d’empirer et sa situation sociale menace à tout moment d’exploser. Au-delà du sort du doyen Habib Kazdaghli, le jugement du 17 janvier témoignera, ou non, de la capacité de la Tunisie à arrêter cet engrenage.
Source :
Salah HORCHANI
« Tunisie : Remaniement ministériel, les deux Ministres qui ont la priorité au DÉGAGE ! »
http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/tunisie-remaniement-ministeriel-128992
Salah HORCHANI
Entretien avec le doyen Habib Kazdaghli : « Je regrette la complaisance de l’autorité de tutelle »
A quelques jours du verdict que le Tribunal de La Manouba doit rendre dans l’affaire du doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la La Manouba, accusé d’avoir giflé une étudiante dans l’exercice de ses fonctions, nous avons contacté Habib Kazdaghli qui a bien voulu répondre à nos questions.
Le Monde, dans son édition du 14 janvier, consacre un long article signé Isabelle Mandraud sur votre procès relatif à l’affaire dite du niqab. Elle évoque les différents épisodes de ce triste feuilleton tout en mettant l’accent sur votre manière plutôt courtoise de gérer cette affaire, mais aussi sur votre parcours universitaire et politique. Comment réagissez-vous à cet article aux allures d’hommage ?
Je crois qu’Isabelle Mandraud a suivi cette affaire depuis début décembre 2011 avec un article publié au quotidien Le Monde et suivi par d’autres. Elle a donc accompagné le dossier qu’elle maîtrise parfaitement. Elle a par ailleurs reçu les papiers de Habib Mellakh, notre collègue francisant, qui faisait régulièrement des comptes rendus sur les incidents qui ont émaillé la vie universitaire. Je considère qu’elle a mené son travail avec professionnalisme et objectivité. Evidemment, cela a des effets sur le moral, mais je dois dire que le soutien unanime de l’ensemble des collègues a été important pour moi.
Le verdict qui sera rendu le 17 janvier 2012 correspond au deuxième anniversaire de la Révolution. Ne trouvez-vous pas que ce procès est aux antipodes des objectifs de la Révolution dans la mesure où vraisemblablement la justice n’a pas fait preuve d’indépendance ?
J’estime qu’il y a deux aspects dans cette affaire. Il me semble que l’intervention du ministère de la Justice laisse croire à la continuité du fonctionnement de la justice telle qu’elle se pratiquait avant la Révolution. Il y a par conséquent une instrumentalisation de la justice. Dans cet ordre d’idées la requalification grave de la charge retenue, passible de cinq ans de prison, est incontestablement un signe négatif qui ne témoigne nullement d’une rupture avec l’ancien régime. Mais d’un autre côté, il faut dire que le juge a été tout à fait correct dans sa manière de gérer le dossier. Je pense qu’on peut parler d’une justice qui résiste. En tout état de cause, je demeure confiant dans la justice de mon pays. Le 6 mars, après l’irruption des deux étudiantes dans mon bureau, le procureur a bien constaté qu’il ne s’agissait pas seulement de saccage mais également d’une tentative de détruire des documents officiels.
Pensez-vous, monsieur le Doyen, que votre engagement politique à gauche a pesé en quelque sorte sur ce procès qui vous a été intenté ?
Je ne nie pas mon engagement politique que j’assume, mais à la faculté je n’agis qu’en tant que doyen. On a voulu dire que j’étais contre le port du niqab, cela est faux puisque les étudiantes sont libres de le porter au sein de l’institution. Cependant, elles doivent se présenter à visage découvert en cours et lors des examens. Il s’agit là d’un règlement intérieur instauré par le conseil scientifique de la faculté. J’ajoute que cette année, les épreuves se sont déroulées dans d’excellentes conditions. Nous avons deux étudiantes portant le niqab qui ont passé les épreuves sans aucun incident en montrant leurs visages. Au sein de la faculté nous ne faisons ni politique, ni religion, je tiens à le dire. Notre priorité est que l’université joue pleinement son rôle et s’acquitte de sa mission qui est la transmission du savoir.
Dans quel état d’esprit vous sentez-vous à deux jours du verdict ?
Je me sens totalement confiant. Encore une fois je fais confiance à la justice de mon pays même si je n’exclus pas des tentatives de son instrumentalisation. Faut-il préciser que le certificat médical du médecin accordant 10 jours de repos à l’étudiante qui a porté plainte a été jugé irrecevable. Il pose en effet un problème de forme et de contenu. Le médecin a reconnu d’ailleurs qu’il n’avait pas vu le visage de l’étudiante qui prétend avoir reçu une gifle. Selon des sources proches, le médecin aurait été auditionné par le conseil de discipline de l’ordre de médecin qui a contesté le rapport du médecin en question.
En définitive, dans cette affaire que beaucoup qualifient de « procès de la honte », auriez-vous des regrets ?
Mes regrets concernent à vrai dire l’autorité de tutelle. Sa complaisance face aux dépassements flagrants dont notre faculté a été le théâtre est incompréhensible. Vous savez, le métier de doyen est difficile et fragile. Et durant les épreuves qu’on a endurées l’année dernière, on n’a reçu aucun soutien de la part du ministre. Sauf peut-être pendant l’audience du 25 octobre 2012 quand le directeur de l’enseignement supérieur, que je connais depuis longtemps, a été présent. Lorsque je lui ai demandé s’il venait en tant qu’ami ou responsable de l’autorité de tutelle, sa réponse a été « les deux ». Il se trouve que cela correspondait à l’absence du ministre qui était alors en pèlerinage à la Mecque. Alors est-ce coïncidence ou hasard ? Allez savoir…
Source :
Salah HORCHANI
Tunisie – Affaire Habib Kazdaghli : Report du verdict au 28 mars 2013
Initialement prévu pour ce jeudi 17 janvier 2013, le Tribunal de première instance de la Manouba a décidé le report du verdict dans le procès du doyen de la Faculté des Lettres de la Manouba, Habib Kazdaghli, au 28 mars prochain.
Source :
Salah HORCHANI
Les Raisons du Report
Le Doyen Habib Kazdaghli explique sur sa Page Facebook les raisons de ce report en précisant que le Tribunal souhaite entendre d’autres témoins et avoir le rapport du Conseil de l’Ordre des Médecins concernant le Certificat Médical délivré à la plaignante, en ajoutant : « le tribunal veut s’assurer de chaque élément du dossier, on ne peut que le soutenir dans sa recherche de la vérité, condition importante pour un verdict équitable ».
Salah HORCHANI
Bataille des prétoires entre islamistes et laïcs
Les procès, parfois ubuesques, se multiplient. Le verdict pour un doyen poursuivi pour avoir giflé deux étudiantes en niqab est attendu jeudi. Le pouvoir, dominé par Ennahda, est accusé d’instrumentaliser la justice
C’est l’un de ces procès ubuesques qui défrayent la chronique dans la fiévreuse Tunisie en transition. L’« affaire Kazdaghli » doit trouver son épilogue ce jeudi. Sauf report, le « tribunal de première instance de la Manouba rendra son jugement dans la journée. « C’est un moment important qui se joue pour l’Etat de droit en Tunisie », souligne le protagoniste Habib Kazdaghli, qui se veut « confiant ». Doyen d’une des plus grandes facultés de sciences humaines, dans la banlieue de Tunis, il est poursuivi pour « actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ». En l’occurrence, une prétendue gifle.
Les faits remontent au 6 mars 2012. Voilà alors plusieurs mois qu’un groupe d’étudiants djihadistes mène un combat hargneux pour faire accepter le port du niqab dans les salles de cours. Hors de question pour le corps enseignant. Après plusieurs épisodes de violence, le conseil de discipline exclut quelques étudiants, parmi lesquels une jeune femme portant le voile intégral, Imen. Ce 6 mars, elle débarque avec une amie, toutes deux hystériques, dans le bureau du doyen. La pièce est mise en désordre. Imen assure, elle, avoir reçu une claque. Chacun a porté plainte contre l’autre, tout le monde se retrouve ainsi accusé et partie civile.
Mais « pas question que le verdict ne les renvoie dos à dos », tranchait le professeur Habib Mellakh le 3 janvier, lors du rassemblement de soutien au doyen, le jour des plaidoiries. « Si le tribunal prononce une condamnation, ne serait-ce que symbolique, ce sera révélateur de la volonté du pouvoir de mettre la main sur la justice. J’espère que, par ce jugement, la magistrature fera la preuve de son indépendance », lance l’avocate Monia el-Abed, l’une des nombreuses « robes » de renom engagées dans la défense du doyen.
Habib Kazdaghli n’est pas le seul à faire face à des poursuites en justice. Les procès se multiplient, sur fond de tensions permanentes entre islamistes et modernistes. On ne compte plus les plaintes, d’un camp contre l’autre et inversement. Mais le plus souvent, ce sont les opposants qui se retrouvent dans le prétoire.
Source :
Salah HORCHANI
Le doyen de l’université de Tunis : « Mon procès est un test »
Habib Kazdaghli, doyen de la faculté des sciences humaines de la Manouba, est poursuivi pour une prétendue gifle assénée à une étudiante, militante du voile intégral. Le procès a été différé. Les audiences des témoins auront lieu le 6 mars, les plaidoiries le 28.
Un procès test, dont l’épilogue attendu aujourd’hui, a été reporté, la justice voulant entendre elle-même les témoins interrogés par la police. L’Express a interrogé [le Doyen Habib Kazdaghli].
Ce jeudi, le tribunal de première instance de la Manouba, près de Tunis, rendra un jugement très attendu : celui de « l’affaire Kazdaghli ». Doyen de la faculté des sciences humaines de la Manouba, Habib Kazdaghli est poursuivi pour « actes de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ». En l’occurrence, une gifle, qu’une de ses étudiantes assure avoir reçu. Les faits remontent au 6 mars, en pleine « crise du niqab » à la faculté : depuis plusieurs mois, un groupe d’étudiants salafistes mène un combat agressif pour faire accepter le voile intégral dans les salles de classe. Quelques uns viennent d’être exclus en conseil de discipline pour avoir porté le niqab en cours. L’une d’elle, Imen, débarque avec une amie dans le bureau du doyen, qu’elles mettent à sac. Le doyen porte plainte et Imen fait de même, pour la prétendue gifle. Chacun est à la fois partie civile et accusé. Alors que les procès d’opposants se multiplient, celui du doyen Kazdaghli est considéré comme un test pour la justice tunisienne.
Quel est votre sentiment à l’approche du jugement ?
Je suis confiant, car aucune des accusations portées contre moi ne tient debout. Le certificat médical produit par l’étudiante est un certificat de complaisance. Les traces de gifle ne peuvent pas rester quatre heures, d’autant plus sur une fille doublement voilée ! Un droitier ne peut pas frapper la joue droite, surtout dans l’affolement. Si je suis condamné, on fera appel, on se défendra. Mais quel message enverrait-on, trois jours après l’anniversaire de la révolution ?
Comment expliquez-vous la tenue même de ce procès ?
J’y vois une tentative, vaine, d’instrumentalisation de la justice. Je suis la victime et je me retrouve accusé. Ce n’est pas la seule affaire où çela se passe de cette façon. La justice tombera-t-elle dans le piège qui lui a été tendu ? Au sein même du corps des magistrats, il y a un combat pour l’indépendance, face aux pressions qu’ils subissent. Dans mon cas, la justice a été correcte, neutre, pendant le procès. Elle avait la volonté de chercher la vérité et a accepté des requêtes de mes avocats, c’est un bon signe. L’aspect politique se situe au niveau de ma traduction devant le tribunal, par le parquet, et de la requalification des faits [le ministère public a alourdi les charges cet été, ndlr]. L’objectif était de me faire peur, de m’isoler.
Ce procès est aussi le résultat d’un pourrissement de la situation. Si, dès le début du conflit à la faculté, les étudiants avaient su qu’il y avait une loi à respecter, ils n’auraient pas eu ce sentiment d’impunité, qui les a conduit à envahir le bureau d’un doyen, à penser qu’ils pouvaient continuer à insulter, à agresser. Le gouvernement s’est montré laxiste, si ce n’est complice, avec ces groupes. Il y a une tendance à considérer qu’on peut tout faire, à trouver une explication à tout ,sous prétexte que nous sommes en période de transition. Mais la démocratie a besoin de lois.
Quelle a été la position du ministre de l’enseignement supérieur Moncef Ben Salem, cadre historique du parti islamiste Ennahda ?
Au début, c’était moi la source du problème. On a dit que je n’avais pas su gérer, que je provoquais. Le soutien du ministère a été très limité : le chef de cabinet du ministre et le directeur de l’enseignement supérieur sont venus à l’audience du 25 octobre. Quant au ministre, son silence est total. Je ne demande pas à ce qu’il fasse pression, qu’il intervienne auprès de la justice. Mais qu’au moins, il dise qu’il souhaite un dénouement heureux, quelque chose comme ça.
Comment se passe l’année à la faculté de la Manouba ?
Les examens se sont déroulés sans incidents. Il y a encore des filles qui portent le niqab, mais lorsqu’elles entrent en cours, elles dévoilent leur visage. Une seule a été exclue. La jeune femme qui a porté plainte contre moi vient de signer le règlement intérieur, on lui a demandé de légaliser sa signature en mairie et elle l’a fait. C’est son droit de continuer les études. Elle est en partie victime. Ces femmes sont manipulées par des patriarches illuminés. Ce sont ces derniers qui les ont poussées à aller agresser le doyen dans son bureau, à le provoquer pour le faire tomber dans un piège. J’espère que nous allons tourner la page, avec un dénouement heureux. Je ne regrette pas du tout d’avoir été au centre de cette bataille, car elle mérite d’être menée. Ce n’est pas contre la religion. Je défends l’université, son autonomie, les libertés académiques et la liberté de conscience. L’université a ses lois, universelles, une sphère qui lui est propre. La religion en a une autre.
Source :
Salah HORCHANI
Tunisie. « Ennahda prépare une république islamique à l’iranienne »
Alors que le verdict du scandaleux procès du doyen de la Faculté de la Manouba a encore été repoussé, l’universitaire Habib Mellakh raconte dans un livre saisissant le quotidien de l’affrontement avec les salafistes et appelle à l’unité des démocrates contre le projet théocratique et totalitaire islamiste. Rencontre.
Dans la guerre d’usure qu’ont livrée les salafistes à l’équipe pédagogique de la Manouba, près de Tunis, depuis le 28 novembre 2011, Habib Mellakh a fait office de scribe. Ce professeur de français, syndicaliste de toujours, avait l’expérience des luttes dans une université qui, sous la dictature, avait défendu les libertés académiques et syndicales. Mellakh s’est tenu vaillamment aux côtés du doyen Habib Kazdaghli (victime d’un procès scandaleux, toujours en attente d’un verdict repoussé à mars prochain) en informant jour après jour l’opinion des faits gravissimes qui se déroulaient à la faculté. Il publie aujourd’hui ses « Chroniques du Manoubistan »*. Conçues au départ comme un bulletin interne à l’université, ces notes tissent le récit d’une résistance obstinée à l’obscurantisme. Elles posent aussi les conditions d’une unité des démocrates comme Habib Mellakh nous l’explique dans cette interview.
— Vous êtes, avec le doyen Kazdaghli, au cœur de la lutte contre le salafisme quotidien depuis 14 mois. Votre combat a dépassé les frontières et un éditorial du Monde réclamait la semaine passée l’acquittement du doyen. L’opposition tunisienne à l’islamisme existe fortement et fait peur au pouvoir islamiste. A-t-elle une chance de l’emporter sur Ennahda aux prochaines élections si elle parvient à s’unir ?
— Habib Mellakh : Je pose très clairement dans mes chroniques la question de l’unité de l’opposition. J’ai régulièrement lancé des appels à l’union de la société civile. C’est l’objectif de notre « Association tunisienne de défense des valeurs universitaires » qui regroupe toutes sortes de citoyens, bien au-delà de l’université. Pour créer un Front solidaire, nous nous sommes aperçus qu’il tenait autour du projet bourguibiste, héritage national. Seul le Front des démocrates et des modernistes est capable de réaliser le rêve caressé le 14 janvier 2011 lors de la révolution.
— Comment les partisans de ce sursaut peuvent-ils faire masse face aux islamistes ?
— Habib Mellakh : La conjoncture est favorable. En effet, les Tunisiens sont de plus en plus nombreux à réaliser qu’Ennahda n’est pas un parti démocrate musulman, mais bel et bien un parti religieux radical qui endosse le costume de la démocratie pour rassurer l’Europe et l’Amérique. Le pouvoir ne fait rien pour sanctionner les attaques contre les universitaires, les artistes, les journalistes, les femmes. Il s’agit d’une remise en cause du modernisme tunisien. Les pseudo-Ligues de protection de la Révolution et les salafistes utilisent la violence dans ce but : c’est le bras armé d’Ennahda. Il y a beaucoup de haine de la part des extrémistes religieux.
— Deux Tunisie s’affrontent ?
— Habib Mellakh : Mais nous ferons tout pour l’emporter. Sans doute, face à Ennahda, le Front a-t-il encore du mal à se constituer. Il regroupe des forces diverses, de l’extrême gauche aux libéraux. La formation de ce bloc s’impose comme une urgence. Car ce que prépare Ennahda, ce n’est pas un régime républicain civil, mais à un système islamique à l’iranienne. Ils veulent marcher vers une république théocratique !
— Sait-on quand auront lieu les élections ?
— Habib Mellakh : Elles ne pourront avoir lieu que si le climat politique le permet. Si les agressions recommencent, comme ce fut le cas à Tatatouine (1 mort parmi les opposants à Ennahda) et à Djerba (où la réunion organisée par Caid Beji Essebsi, leader du parti d’opposition Nidaa Tounes, fut attaquée par les islamistes), on ne pourra pas faire campagne dans une atmosphère de respect et de sécurité. La violence dictera sa loi à la démocratie.
Source :
Salah HORCHANI
Chroniques du « Manoubistan »
Par Moëz Majed
Dans le long chemin qui mène une nation vers son destin, il y a souvent des soubresauts, des épreuves, des larmes, du sang et des martyrs. Mais il y a toujours, à des moments clés de l’Histoire, des hommes et des femmes qui, portés par je ne sais quelle inspiration, se dressent face au déferlement des évènements, armés d’une conviction sans faille pour mener une bataille dont l’issue est improbable. Et souvent, les grandes inflexions du cours de l’Histoire se décident selon les issues de telles batailles. Et en regardant cette poignée d’hommes et de femmes se dressant face à l’obscurantisme pour en préserver leur foyer de lumière, on ne peut s’empêcher de se demander d’où peut venir cette force insoupçonnée qui les fait tenir face à la violence, la calomnie et les attaques incessantes. D’où leur vient cette volonté inoxydable leur permettant de résister au harcèlement, à la menace et à l’ignominie ? Eux qui sont pourtant si frêles en apparence. C’est justement de cela que nous parle le livre de Habib Mallakh. Il nous parle de l’une de ces batailles dont l’Histoire de notre pays se souviendra pour les décennies à venir. Et peut-être, si la cause des progressistes tunisiens finissait par triompher, s’en souviendra-t-on pendant plus longtemps encore.
Dans une tribune publiée dans le magazine « Opinions » du mois de novembre 2012, j’ai comparé les évènements de la Manouba à la bataille des Thermopyles (480 av. JC), pendant laquelle Léonidas 1er de Sparte et 300 combattants ont longtemps résisté aux assauts de 500 mille Perses en les retenant, et en laissant ainsi le temps aux armées grecques de s’unir et d’organiser leur défense pour remporter la victoire, un an plus tard, face à Xerxès et son armée.
Loin de moi bien évidemment de prédire, et encore moins de souhaiter le sort de Léonidas et ses 300 à mes amis enseignants de la Manouba. Bien au contraire. Le sens de cette analogie est de mettre en exergue à quel point le combat et l’abnégation d’une poignée d’hommes et de femmes peut faire naître l’espoir d’une victoire prochaine parmi les troupes des forces progressistes ; victoire possible à condition de laisser de côté leurs querelles et de s’unir comme l’ont fait les cités grecques pour vaincre l’armada perse.
Le livre de Habib Mellakh est en ce sens un ouvrage qui revêt une importance historique. C’est un journal de bataille tenu par l’un des acteurs de premier plan et écrit sur le vif. L’auteur nous livre sa vision des évènements avec une précision qui témoigne d’une grande exigence intellectuelle, mais également avec une émotion que la pudeur a du mal à camoufler, chose qui rend la lecture d’autant plus touchante.
Il ne s’agit certainement pas là d’un travail journalistique, mais je ne peux m’empêcher, en lisant ce livre, de penser à la célèbre phrase de Camus parlant des journalistes en les qualifiant d’historiens de l’instant présent. Et c’est dans cette émotion transparaissant dans l’écriture de Habib Mellakh que j’ai pu entrevoir la source de cette détermination sans faille, et cette force insoupçonnée dont sont investis ceux que la providence choisit pour accomplir de grands desseins. C’est sans doute là que naissent les destinées. Et cela est bien heureux, car une pensée effrayante mais, hélas, indiscutable me traverse souvent l’esprit à la vue des évènements qui secouent notre quotidien : c’est qu’en réalité, la civilisation est assez fragile et qu’elle résiste très mal aux assauts de la barbarie.
Les premières hirondelles
Il faut des siècles de raffinement et d’élévation intellectuelle, artistique et spirituelle pour avoir un mausolée comme celui de Sidi Bou Saïd, alors qu’il suffit d’un quart d’heure et d’une poignée d’écervelés pour l’incendier. Et il est miraculeux de voir apparaître dans de pareils moments des hommes et des femmes qui, en tenant tête à ce qui semblait inéluctable, finissent par insuffler l’espoir dans les rangs de ceux qui prônent la lumière. Ces hommes et ces femmes sont les premières hirondelles nous permettant d’espérer qu’un printemps est encore possible. Mais il serait bien injuste de parler de cet ouvrage et de rendre hommage aux enseignants de la Manouba sans avoir une pensée, ou mieux encore, sans tenter de comprendre ou même de s’expliquer sur le point de vue des autres protagonistes de cette affaire. L’un d’entre eux, Mohamed Amine Bakhti, a succombé à une grève sauvage de la faim observée pour protester contre son arrestation pour une toute autre affaire. C’est dire la détermination qui anime ces jeunes gens. Et cela prouve bien qu’ils ont une profonde conviction d’être dans le vrai.
Nul ne peut les taxer de faux militantisme ni de conviction fluctuante. Pourtant, ce sont bien des Tunisiens comme vous et moi... Comment avons-nous fait pour nous trouver si loin les uns des autres ? Pourquoi nos différences de points de vue génèrent-elles de la violence là où elles auraient pu être diversité et richesse ? Pourquoi, pour certains, l’affirmation de soi passe-t-elle obligatoirement par la négation de l’autre ? Ma conviction est qu’il existe une faille dans la conscience collective tunisienne, et que cette faille pourrait être réduite à une seule et unique question : « Qui sommes-nous ? » En réalité, en l’état actuel des choses, les Tunisiens ne savent pas vraiment qui ils sont.
Qu’est-ce qu’un Tunisien ?
Et de cette question hautement culturelle et pas encore élucidée découlent tous les maux de la Tunisie d’aujourd’hui : l’identité arabo-musulmane et son rapport à la modernité, le projet bourguibien, le régionalisme, l’iniquité dans la distribution des richesses et des investissements, le salafisme et l’influence des chaines satellitaires arabes, le refus de la différence et la violence politique, la place de la femme dans notre société... Tout cela découle d’une seule et unique problématique, soit notre incapacité de répondre en quelques mots à la question : « Qu’est-ce qu’un Tunisien ? »
D’ailleurs, le meilleur argument de cette thèse est que, une année après une révolution qui a éclaté pour dénoncer l’injustice, la pauvreté et la tyrannie en décembre 2010, les premières élections libres et indépendantes auxquelles elle a abouti ont été gagnées par les islamistes sur des arguments de moralité, de défense de l’identité arabo-musulmane et de « retour aux sources » ; sur des questions d’identité en somme. C’est également cette faille qui sépare les Tunisiens, que l’on voit béante et insupportable dans le récit de Habib Mellakh. L’impossibilité d’un dialogue constructif entre les enseignants et les sit-inneurs, les fameux évènements du drapeau tunisien, le rôle plus que trouble des autorités de tutelle, ou encore le procès fallacieux intenté à Habib Kazdaghli.
Depuis deux ans déjà, il est presque impossible d’engager un débat de fond dans cette Tunisie en gestation sans buter d’une manière ou d’une autre sur la question lancinante de l’identité. Et pourtant... Cette question est un redoutable piège pour les nations qui entament, à un moment de leur histoire, une réflexion sur leur avenir. La question de l’identité est un argument politicien très prisé par ceux qui aspirent à accéder au pouvoir à peu de frais. Il leur suffit de lancer un tel débat pour enflammer et détourner les foules des vraies questions du moment.
Une voie sans issue
Mais il s’agit là d’une voie sans issue. Un sable mouvant qui a mené bien des peuples vers la discorde, le génocide et la guerre. Pensez à l’Allemagne, à l’ex-Yougoslavie, au Rwanda... La Tunisie serait bien mal inspirée de continuer à se perdre dans de pareils débats. Ceux qui s’aventurent sur de tels sentiers ne sont autres que des apprentis sorciers ou, pire encore, de cyniques calculateurs plus intéressés par des intérêts personnels et partisans que par la réussite de la transition démocratique en Tunisie. A cette question « Qui sommes-nous ? », il faudrait avoir le courage de répondre une fois pour toutes : « Nous sommes des Tunisiens et le reste est sans importance » ! Mais avoir la conscience des risques d’un tel débat ne signifie en aucun cas s’en détourner et l’éviter à tout prix. Car cela reviendrait à laisser le champ libre à ceux qui veulent l’exploiter à des fins politiques. Il est du devoir de l’élite tunisienne de s’en saisir sans pour autant s’y laisser piéger. L’aborder mais surtout s’en libérer. En refermant le livre de Habib Mellakh Chroniques du Manoubistan, j’ai l’impression d’en sortir avec plus d’interrogations que je n’en avais au départ. Le système éducatif tunisien a bien failli quelque part pour se retrouver aujourd’hui face à de telles chimères. Les élites tunisiennes, en laissant le champ religieux aux seuls prédicateurs orientalisés, ont elles fauté et se trouvent-elles aujourd’hui face à un adversaire dont elles ont elles-mêmes favorisé l’émergence ? Ce sont là quelques-unes des questions que m’a inspirées la lecture de ce livre qui est un témoignage précieux de l’un des faits majeurs de la révolution tunisienne. Mais il y a bien une critique, amicale certes, que je pourrais faire à l’auteur ; c’est que je n’aime pas beaucoup le titre qu’il a choisi pour son ouvrage. Car, grâce au combat des enseignants de la Manouba, la faculté n’est pas encore le Manoubistan. La nommer ainsi, c’est présager d’une défaite qui n’est pas souhaitable et qui, grâce à eux, reste tout de même bien improbable.
Source :
http://www.lapresse.tn/20012013/61414/chroniques-du-manoubistan.html
Salah HORCHANI
L’acquittement du Doyen Habib Kazdaghli à l’horizon
A la mémoire du martyr Chokri Belaïd et du grand militant Faouzi Ben Mrad
Par Habib Mellakh,
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM
Depuis la première mise en délibéré du procès du Doyen Habib Kazdaghli le 3 janvier 2013, les observateurs avertis avaient fait montre d’un optimisme raisonnable quant à son issue. L’espoir d’un acquittement dont j’ai fait part dans mon article intitulé Vers un épilogue heureux de l’affaire de la gifle imaginaire publié sur le site deLeaders
mais que je n’osais pas présenter comme une certitude en raison des coups de théâtre survenus auparavant dans le déroulement de cette saga judiciaire, était partagé par les initiés et par tous ceux qui ont fait l’effort de comprendre les arcanes de la justice. Il était fondé sur la régularité du procès, sur la tournure factuelle qu’il a prise, sur les pièces versées dans le dossier et sur les prestations convaincantes des avocats du Doyen qui avaient déjà réussi, lors de l’audience du 3 janvier, à démolir l’accusation.
Les prémices d’un jugement équitable
La rupture du délibéré intervenue le 17 janvier 2013, alors que le verdict était attendu ce jour-là, a certes refroidi l’enthousiasme des optimistes, échaudés par les rebondissements précédents, et conforté le pessimisme des sceptiques craignant le succès des tentatives d’instrumentalisation de la justice, d’autant que l’Association tunisienne des magistrats avait fini par révéler l’ingérence du ministère de la justice dans certains procès. Mais cette rupture a constitué un jugement préparatoire prononcé par une Cour qui a posé l’innocence du Doyen comme une hypothèse de travail qu’elle souhaitait valider par l’audition des témoins à décharge et par l’examen de l’expertise du CNOM ( Conseil national de l’ordre des médecins) au sujet du Certificat médical initial (CMI) délivré à la plaignante par un médecin par trop complaisant. Cette même Cour s’est non seulement dotée de tous les moyens d’investigation susceptibles de lui permettre de découvrir la vérité mais elle a aussi et surtout accédé à toutes les requêtes formulées par les deux parties et particulièrement à leur souhait, lors de l’audience précédente, d’étudier l’expertise faite par le Conseil régional de l’ordre des médecins (CROM) de Tunis, ce qui a entraîné un autre report du procès. Sa sixième et, en principe, dernière audience en première instance, consacrée aux plaidoiries, a vu s’effondrer, grâce à l’expertise du CNOM et du CROM, comme un château de cartes le dossier d’accusation mal concocté par la partie adverse.
Les deux rapports sont venus apporter de l’eau au moulin des avocats du Doyen et conforté le magistral argumentaire en faveur de son innocence. Son acquittement le 2 mai prochain, jour de la proclamation annoncée du verdict, apparaît à l’issue de cette dernière audience comme pratiquement acquis à moins d’un retournement rocambolesque fort improbable. Il faudra mettre en exergue, à l’origine d’un épilogue qui s’annonce heureux, ce professionnalisme, ce souci d’indépendance et cette disponibilité fort louable de la Cour grâce auxquels la « « rocambolade » grotesque d’un procès inique ne tournera au drame de la condamnation d’un innocent. Ces qualités des juges en charge de l’affaire ont été appréciées par les avocats du Doyen qui ont tenu dans leurs plaidoiries à rendre hommage à toute la profession, aussi bien à « la magistrature debout » ( le ministère public) qu’à « la magistrature assise » ( les juges qui rendent les jugements), louées « pour leur détermination à se soustraire aux pressions du pouvoir politique », dans une allusion évidente aux grèves et au rassemblement initiés par les magistrats tunisiens pendant les deux dernières semaines pour revendiquer l’autonomie du pouvoir judiciaire.
L’appareil judiciaire a été mis à l’épreuve, à l’occasion de ce procès et d’autres procès similaires. Ce qui est testé aujourd’hui, c’est sa capacité à assurer sa neutralité et son autonomie. C’est le pressentiment de la réussite même relative de ce test qui a motivé le V de la victoire, arboré à la sortie du prétoire par les supporters du Doyen et leur scansion de l’hymne national. Cette intuition attend sa confirmation le 2 mai prochain et lors du déroulement des procès d’opinion en cours dont les dénouements nous renseigneront sur l’issue d’une gestation difficile qui peut aboutir à l’indépendance de la magistrature ou à l’avortement d’un processus très prometteur mais constamment menacé par les multiples tentatives d’instrumentalisation de la justice.
Un procès éminemment politique
Comme lors de la première séance de plaidoiries, ce sont deux Tunisie qui se sont affrontées, par joutes oratoires interposées : la Tunisie des démocrates viscéralement attachés à la sécularisation des institutions et une Tunisie des théocrates niant à l’Université et aux institutions le droit de se soustraire à l’influence religieuse. Mais il y avait cette fois-ci moins de passion et d’enthousiasme : deux parmi les voix les plus courageuses, les plus libres de la Tunisie et les plus allergiques aux euphémismes se sont tues à jamais. Maîtres Chokri Belaïd et Faouzi Ben Mrad, les deux tribuns, qui nous ont souvent séduit par leur franc parler, charmé par leurs envolées lyriques et convaincu par leurs démonstrations magistrales, ne sont plus de ce monde. Paix à leur âme ! Le débat a tourné, du fait de cette confrontation, autour du caractère politique du procès même si la part du lion dans ces plaidoiries a été réservée aux faits, à l’examen du dossier dans son ensemble, particulièrement à la clé de ce procès, l’expertise du Conseil de l’ordre des médecins et à un débat sur la procédure judiciaire suivie par la Cour.
Le souci des avocats des niqabées n’était pas d’innocenter leurs clientes des accusations portées contre elles, ni de trouver des circonstances atténuantes à leurs actes d’agression, ce qui a paru insolite, mais d’enfoncer le doyen. A l’inverse, les avocats de ce dernier ont choisi de ne pas insister sur des faits avérés comme l’intrusion dans le bureau décanal et son saccage et ont renoncé, en concertation avec leur client, qui a fait preuve d’une grande magnanimité, à se constituer partie civile. Un éducateur ne saurait exiger de ses étudiantes des dommages mais son rôle est de les inciter au respect des règles académiques sans le recours à une pédagogie répressive !
Faute de charges avérées, les avocats de la plaignante ont fait au Doyen un procès d’intention, serinant la sempiternelle rengaine d’un doyen politisé jusqu’à la moelle des os, persécutant les niqabées pour leurs convictions religieuses et leur niant leur droit à l’éducation en leur interdisant le port du niqab. Ce faisant, ils feignent d’oublier que le doyen et le conseil scientifique de la FLAHM, justement dans un souci du respect des libertés religieuses, ont reconnu à ces étudiantes le droit de le porter à l’université, mais non en toute circonstance et certainement pas pendant les cours, les examens et les séances d’encadrement. Ces défenseurs du niqab faussent ainsi le problème en transformant l’exigence du respect des règles académiques et des libertés universitaires en une atteinte aux libertés individuelles et en oubliant qu’il ne saurait y avoir dans les républiques civiles et démocratiques de primauté des normes religieuses quand elles contredisent les libertés fondamentales et que la liberté vestimentaire y est limitée par les règles professionnelles.
De leur côté les avocats du doyen, sans trop s’appesantir sur ce chapitre, ont repris l’argumentaire développé, lors de la première audience des plaidoiries, d’un procès éminemment politique. Evoquant le contexte de la mise en examen, ils ont rappelé la campagne initiée par plusieurs ministres du gouvernement provisoire se relayant pendant les jours consécutifs au saccage du bureau décanal pour imputer la responsabilité des évènements de la Faculté de la Manouba, à un doyen de gauche et de surcroît moderniste, fauteur de troubles pour servir des desseins idéologiques et politiques condamnables. Ces ministres avaient condamné le Doyen avant que le parquet ne se saisisse de l’affaire et ne le mette en examen.
Aux yeux de ces avocats, rien dans le dossier ne justifiait cette mise en examen. Dans l’interrogatoire de la police judiciaire, il n’est fait à aucun moment mention de la prétendue gifle. Les témoins à décharge, pourtant fonctionnaires de l’Etat réputés pour leur intégrité et ayant accédé à des grades élevés de la fonction publique, n’ont pas eu l’heur de bénéficier de la confiance du ministère public. Les fonctionnaires auraient-t-ils perdu leur crédibilité au point d’être suspectés de connivence avec leur supérieur hiérarchique ? Leur témoignage serait-il suspect alors qu’on donne plus de poids à celui de la complice de la plaignante qui a participé à l’intrusion et au saccage du bureau ? La déclaration de cette dernière devant l’officier de la police judiciaire serait-elle plus crédible que celle des fonctionnaires alors qu’elle constitue, selon toute vraisemblance, un faux témoignage servant à transformer l’agresseur en victime ? Est-il légitime de tenir compte d’une plainte déposée plusieurs heures après celle du Doyen et servant à ternir son image de marque dans un contexte où ce dernier et ses collègues n’ont cessé d’être l’objet, durant toute l’année universitaire, d’agressions de la part des défenseurs du niqab contre lesquelles ils ont porté plainte ? C’est un parquet aux ordres et dépendant d’un ministre de la justice acquis à la cause des niqabées qui a retenu contre le doyen l’accusation de voie de fait simple en vertu de l’article 319 du Code pénal, estime l’un de ses avocats alors qu’il aurait dû classer l’affaire.
C’est ce même ministère public qui a requalifié le délit qui lui est reproché en acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions pour pouvoir le juger en vertu de l’article 101, plus sévère et susceptible de lui faire encourir une peine de cinq ans de prison alors que la requalification n’est légitime que lorsque de nouveaux éléments sont versés au dossier et que nous ne nous trouvons pas dans ce cas de figure, renchérit-il. De son point de vue, l’article 101 ne s’applique que lorsque le fonctionnaire incriminé est un agent qui a le pouvoir d’utiliser la force comme les agents de l’ordre public et qui le fait sans motif légitime. Il ne saurait concerner les enseignants en vertu d’un arrêt de la Cour de cassation qui appuie cette interprétation du Code pénal.
L’examen du dossier montre le caractère non avéré de la prétendue gifle. Sur cette question, les avocats ont repris l’argumentaire développé lors de l’audience du 3 janvier 2013 et que j’ai résumé dans mon article susmentionné intitulé Vers un épilogue heureux de l’affaire de la gifle imaginaire.
Un certificat de complaisance
Mais le clou des joutes oratoires auxquelles se sont livrées les deux parties aura été le débat sur les rapports du CNOM et du CROM. Les avocats de la plaignante ont tenu d’abord à remettre en cause l’objectivité de ces expertises, entachées à leurs yeux de complaisance. N’a-t-on pas vu ces messieurs du Conseil brandir à l’occasion de la première audience une banderole soutenant le Doyen de la FLAHM, prétend l’un de ces avocats à l’imagination rocambolesque et qui n’hésite pas à ajouter d’autres broderies quand il reconstitue le récit de la prétendue gifle ? Se souvenant que, lors de l’audience du 3 janvier, il avait été acquis que le doyen qui est droitier ne pouvait pas donner de gifle sur la joue droite comme le prétend le CMI, il l’a imaginé donnant un coup du revers de la main.
- On n’aurait pas eu à ce moment-là la trace de deux doigts et une banale rougeur, rétorque un avocat de la partie adverse, mais l’empreinte de quatre doigts et un bleu, dans un dialogue qu’aurait immortalisé l’auteur des Plaideurs.
- Je ne savais pas que le Doyen était un champion de tennis, commente amusée une collègue qui assisté à la scène.
Cet avocat à l’imagination débridée a ensuite tenu à relever ce qu’il considère comme une contradiction entre l’expertise du CROM de Tunis et celle du CNOM. Celle du CROM considère dans sa conclusion que le CMI ne respecte ni les conditions de forme, ni les conditions de fonds requises pour la rédaction de ce genre de document et qu’il est, par là même, irrecevable par la justice alors que celle du CNOM ne fait pas ce genre de déduction même si elle constate la violation des règles de prescription du CMI, affirme notre avocat qui estime qu’il s’agit d’infractions mineures. Il dénonce ce type de commentaire comme une atteinte à l’indépendance de la magistrature. Seuls, Les juges seraient, à ses yeux, habilités à juger de la recevabilité des CMI. Il a demandé à la fin de sa plaidoirie la convocation du médecin, auteur du CMI.
En se basant sur les deux expertises et en ne reconnaissant qu’aux seuls médecins la compétence pour juger de la recevabilité par la justice d’un CMI, les avocats du Doyen n’ont pas manqué de relever les graves infractions aux règles de la déontologie médicale aussi bien au niveau de l’examen médical de la plaignante que sur le plan de la conformité du CMI aux règles de forme et de fonds exigibles dans l’élaboration des CMI. Ils ont, dans la foulée des rapports établis par les instances qui veillent au respect de la déontologie, fait l’inventaire des atteintes les plus significatives à l’éthique de la profession. Fait gravissime et insolite relaté par l’un des avocats et qui mérite, pour ces raisons, d’être rapporté : la patiente plaignante s’est fait examiner à la carte. Parce que le médecin femme qui l’a auscultée à son entrée aux urgences n’a diagnostiqué qu’une crise de nerfs et n’a vraisemblablement pas voulu établir de certificat médical de complaisance, elle a jugé utile de changer de praticien. L’auteur du CMI sollicité par une infirmière a reconnu avoir accepté de remplacer sa consœur et ne pas avoir vérifié l’identité de la patiente. Il a avoué en outre, qu’en utilisant la formule « trace de gifle », il n’avait fait que rapporter les propos de cette dernière et que décrire ce qui lui apparaissait comme l’empreinte de deux doigts alors qu’il aurait dû procéder à un examen physique complet sans omettre l’inspection, la palpation et la mesure de la rougeur constatée. Il a jugé, a posteriori, le congé octroyé comme exagéré et a promis de respecter à l’avenir les dispositions relatives à l’établissement des documents médicaux. Forts de ses aveux et de l’examen de l’ensemble des pièces du dossier, les avocats du Doyen ont considéré que l’affaire avait été montée de toutes pièces, que l’accusation était le fruit d’une machination ourdie pour des raisons politiques et sollicité en conséquence l’acquittement du doyen.
Nous verrons le 2 mai prochain le bout du tunnel sauf si la Cour décide d’une autre rupture du délibéré pour auditionner à une date ultérieure le médecin, auteur du certificat de complaisance, Mais ce scénario hautement improbable est celui d’une histoire dont il serait judicieux de confier la narration à un disciple de Kafka ! Quant à moi, je préférerais écrire la Chronique d’un acquittement annoncé.
Source :
Salah HORCHANI
Tunisie. Le ministre de l’enseignement supérieur défend le voile intégral à la fac
Moncef Ben Salem, ministre tunisien de l’enseignement supérieur, part en guerre contre le refus des enseignants d’admettre en cours des étudiantes sans visage. A deux jours du verdict qui doit être prononcé dans le procès du doyen de la Manouba, Habib Kazdaghli, symbole de la résistance de l’université contre l’obscurantisme, le pouvoir islamiste persiste à jouer la carte salafiste.
L’islamo-salafisme bout toujours à gros bouillons sous le couvercle de la marmite tunisienne. Pour preuve, cette déclaration musclée du ministre de l’enseignement supérieur, Moncef Ben Salem, en pleine Assemblée constituante, samedi 27 avril, sur le thème brûlant des étudiantes en voile intégral :
« J’appelle tous mes collègues universitaires à laisser les étudiantes niqabées passer leurs examens...En attendant d’étudier en profondeur la question , pour ne pas avoir à le regretter plus tard...Je pourrai être contraint , vraiment contraint, de soumettre la question du niqab aux députés pour trancher ».
A la veille du verdict qui doit être prononcé le 2 mai dans le procès opposant le doyen Habib Kazdaghli à une étudiante en niqab, laquelle l’accuse faussement de l’avoir giflée, ces propos prouvent qu’Ennahda n’a pas du tout l’intention de détendre l’atmosphère. Moncef Ben Salem menace donc de faire voter l’autorisation du voile intégral à la fac, autrement dit d’ajouter un tison de plus au brasier qui brûle entre les deux Tunisie.
Pourquoi ? Parce que toutes les preuves, désormais, sont là : le doyen Kazdaghli est innocent. L’étudiante a menti. Elle n’a jamais été giflée. L’ordre tunisien des médecins a reconnu que le pseudo-certificat médical brandi par l’accusation était un faux.
L’ensemble des professeurs, en Tunisie, a soutenu le doyen dans sa défense des valeurs académiques et des libertés universitaires. L’affaire a largement dépassé les frontières. Des milliers d’enseignants, prestigieuses figures dont plusieurs prix Nobel, sont venus à la rescousse de leur collègue de la Manouba en signant une pétition internationale. Rappelons que Habib Kazdaghli risque cinq ans de prison sur la base d’un témoignage mensonger ! Chacun sait donc, y compris au sein du pouvoir, que l’accusation va dans le mur, qu’une condamnation serait la preuve terrible qu’il n’y a plus d’Etat de droit en Tunisie.
« Même la jeune fille accusatrice m’inspire de la pitié, me confiait il y a quelques jours le doyen de la Manouba. Elle et ses amies étaient amenées en estafette au tribunal, encadrées par des barbus, comme des bestiaux.Quelle manipulation ! Je veux qu’on comprenne qu’à la Faculté, il y a un règlement qui n’est pas dirigé contre la religion ou la politique mais qui défend l’égalité de tous face au savoir. On me disait, au début : laissez-la entrer en cours, laissez-la dans un coin...Mais non ! Dans une Tunisie qui a joué à fond la carte de l’éducation des femmes, je ne vais pas faire d’apartheid entre celles qui portent le niqab et celles qui ne le portent pas ! La personnalité, c’est le visage. Ce sont les exigences de notre beau métier d’enseignant ».
Le procès intenté au doyen s’est déroulé comme un feuilleton, depuis le 5 juillet 2012, avec une avalanche d’audiences sans cesse reportées. Tout a été fait pour décourager ses soutiens. Mais personne ne s’est lassé, la popularité de Habib Kazdaghli s’est renforcée.
« En réalité, explique le doyen, il s’agissait de tester jusqu’où pouvait aller l’instrumentalisation de la justice. On voulait la mettre au pas, comme la faculté ! C’est un jeu morbide : il a déclenché deux grèves des magistrats, le 28 mars et le 18 avril derniers. Preuve que le calcul était faux : la justice réclame bel et bien son indépendance. »
Sur le terrain, le harcèlement salafiste continue. A la Faculté des sciences de Tunis, un sit-in d’étudiantes en niqab a été soutenu par Ennahda et par les groupes extrémistes. Dans les lycées, nouvelles violences : à Menzel Bousalfa, le principal a été attaqué par des salafistes cagoulés qui lui reprochaient de refuser les adolescentes en niqab.
En cette saison des examens, en revanche, tout semble calme à la Manouba, preuve que la détermination du doyen soutenu par l’équipe pédagogique a payé. Trainé en justice comme un fauteur de troubles, Habib Kazdaghli a en réalité imposé la sérénité dans son université. Contre les sabres et les menaces de mort, il a tenu.
Le verdict du 2 mai ne peut pas être autre chose qu’un acquittement.
Ennahda le sait. Moncef Ben Salem le sait. L’islamisme est en train de perdre la partie dans les facs : aux dernières élections universitaires, ses candidats ont été défaits.
Face à cet échec, reflet de sa déroute dans le pays, le pouvoir, comme d’habitude, ne joue pas la carte du dialogue mais celle du pire.
Source :
Salah HORCHANI
Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté de la Manouba a été acquitté par la justice tunisienne. Il était accusé d’avoir agressé une étudiante voilée. Laquelle, en revanche, a été condamnée avec une autre militante salafiste à deux mois de prison avec sursis pour « atteinte aux biens d’autrui » et « préjudice à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».
« La justice tunisienne m’a acquitté et les deux étudiantes ont été condamnées à deux mois avec sursis », a indiqué, jeudi 2 mai, Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba (FLAHM). Il était accusé d’avoir giflé, le 6 mars 2012, une étudiante et militante salafiste, qui avait comparu devant le conseil de discipline quelques jours auparavant.
« Je suis soulagé que cette histoire prenne fin, c’est un soulagement pour la Tunisie car les tentatives de porter atteinte à la modernité de l’université ont échoué », a-t-il poursuivi.
Le ministère public avait requalifié l’accusation en « acte de violence commis par un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ». Kazdaghli encourait donc cinq ans de détention, au lieu de quinze jours pour une simple agression sans gravité. Le procès, qui a traîné en longueur, étant repoussé à de multiples reprises, avait rapidement pris une tournure politique en confrontant une nouvelle fois les modernistes et les laïcs, d’un côté, à la majorité gouvernementale, de l’autre.
« Opération orchestrée »
En octobre 2012, Habib Kazdaghli avait confié sa version des faits à Jeune Afrique, affirmant qu’il s’agissait « d’une opération orchestrée : ce jour-là, elle [la plaignante, NDLR] m’avait agressé avec une de ses camarades et avait dévasté mon bureau, si bien que j’avais demandé l’intervention de la police. Pendant que je déposais plainte au commissariat, l’étudiante faisait venir une ambulance et m’accusait d’agression. » Celle-ci avait d’ailleurs été exclue de la faculté pour avoir porté le niqab en salle de cours. Une pratique à laquelle le doyen s’opposait fermement, ne cédant pas à la pression des salafistes.
En Tunisie, les jugements ne sont pas annoncés lors d’audiences mais rendus publics au greffe du tribunal. L’AFP a pu obtenir une copie du document, confirmant que le tribunal avait condamné les étudiantes pour « atteinte aux biens d’autrui » et « préjudice à un fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions ».
Source :
http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130502162514/
Salah HORCHANI
Procès Kazdaghli : Leçons et conséquences d’un acquittement attendu (1/2)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM
Comme pronostiqué dans mon dernier article publié sur le site de Leaders intitulé L’acquittement du Doyen Habib Kazdaghli à l’horizon, la chambre correctionnelle du tribunal de la Manouba a rendu en première instance un verdict d’acquittement en faveur du défenseur emblématique des libertés académiques et de l’autonomie de l’institution universitaire. Nous l’avons appris le jour de la sentence, par hasard, sur Twitter peu après 13 heures par un internaute relayant vraisemblablement des journalistes bien informés et à l’affût des nouvelles provenant du tribunal de la Manouba alors que nous étions sur des charbons ardents à attendre le verdict dans le bureau du Doyen. Nous n’avons même pas eu le temps de nous interroger sur la véracité de l’information que l’un des avocats de la défense, d’une énergie débordante et qui s’est concentré depuis plusieurs mois sur l’affaire – il se reconnaîtra – appelle depuis le greffe du tribunal pour confirmer la bonne nouvelle. Des signes de bonne augure l’annonçaient depuis quelques jours, dont le bouquet prémonitoire de roses de l’Ariana, d’arômes et de menthe offert au Doyen par une collègue et amie quelques heures avant le prononcé du jugement et d’autres signes que je passerai sous silence de peur de m’autosuggestionner et de m’imaginer disposant de dons de médium !
Un épilogue attendu
Les amis du Doyen et les Tunisiens, qui suivent les péripéties du procès presque à la loupe, à travers ces chroniques ou qui collectent leurs informations à la source, n’avaient pas besoin de mes dons de médium pour être rassurés et confiants car tout plaidait en faveur de ce dénouement heureux. Le scénario ubuesque, imaginé et ourdi par la plaignante et ses complices, d’une gifle administrée sur la joue droite par un droitier laissant, plusieurs heures après l’agression, une trace encore visible sur une joue protégée par un niqab (sic !), n’a convaincu personne. Même la plaignante, pourtant interrogée à plusieurs reprises au sujet de la gifle, n’a pas osé, tellement la ficelle était grosse, tromper le juge en confirmant cette version rocambolesque des faits ! Enfin, l’expertise établie par le Conseil de l’ordre des médecins a conclu que le certificat médical initial, pièce maîtresse de l’accusation, était un certificat de complaisance.
Dans ce scénario mal concocté, les marionnettistes salafistes et leurs alliés ont métamorphosé, dans une bizarre inversion des rôles et dans un tour de prestidigitation intellectuelle et morale condamnable, un agresseur qui reconnaît avoir fait irruption dans le bureau du Doyen en une victime ( la plaignante), et une victime coutumière des agressions salafistes pendant la crise du niqab en un délinquant de droit commun( le Doyen) . N’ont été dupes de la supercherie que ceux qui avaient bien envie de l’être, d’autant que la version du Doyen avait été corroborée par des témoins des plus crédibles.
Pour le Doyen et les défenseurs des libertés universitaires aussi bien dans le milieu associatif que dans la sphère syndicale, autant en Tunisie qu’à l’étranger, c’est la fin d’un long calvaire qui a duré quatorze mois en raison d’un procès aux allures d’un feuilleton interminable et connaissant des péripéties ubuesques – dont la requalification de l’accusation – qui ont failli ébranler notre confiance dans la justice tunisienne et dans sa capacité à redorer son blason après plus d’un demi-siècle de dépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Nous sommes au bout du tunnel et le probable pourvoi en appel de la plaignante ou du ministère public ne changera pas le verdict prononcé par les juges de première instance, du moins pour le Doyen qui verra son acquittement confirmé.
Le couronnement d’un combat pour le triomphe des valeurs de la nouvelle République
C’est aussi le couronnement logique, laborieux et souhaité d’une longue bataille qui a pu parfois prendre l’allure d’une résistance émouvante et épique pour sauver un innocent que d’aucuns voulaient immoler à l’autel du fanatisme religieux et politique. Cette situation n’est pas, sans rappeler, toutes proportions gardées, les mobilisations de solidarité menées en faveur d’accusés célèbres traduits devant la justice dans des procès iniques ou les victimes passées à la postérité d’erreurs judiciaires en raison de l’acharnement de « l’Infâme » – comme dirait Voltaire – à les persécuter.
Révoltés par ce procès inique, les universitaires et les militants tunisiens de la société civile se sont mobilisés pour ce combat parce qu’ils étaient soucieux de réussir le nouveau rendez-vous avec la démocratie. Les amis de la Tunisie dans le monde entier, fervents amoureux du printemps tunisien étaient, eux aussi, désireux de voir le processus initié le 14 janvier 2013, couronné par la naissance d’une république civile et démocratique. Les Tunisiens et les amis de la Tunisie avaient tous la certitude que le procès intenté à Habib Kazdaghli était à fois le procès des libertés universitaires et le procès des libertés démocratiques.
Les motivations citoyennes de ces actions concertées, exprimées dès le début du procès, sont révélatrices des enjeux cruciaux d’une société en devenir qui aspire à la démocratie, à la diffusion et à l’exercice de la liberté de la pensée, de la liberté d’expression et de recherche, au développement de l’esprit critique, au respect de la différence et du pluralisme mais qui risque de voir, in fine, sa Révolution confisquée par un régime théocratique qui nie toutes ces libertés au nom prêt à penser, du dogme absolu, du monolithisme politique, idéologique et religieux. Dans ce contexte où tout peut basculer, l’Université se devait de jouer un rôle de premier plan dans une symbiose parfaite avec la société civile pour la défense des libertés fondamentales encore balbutiantes et pour aider à l’avènement de la démocratie. La crise du niqab à la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba lui a donné l’opportunité de défendre, à la faveur du procès intenté au Doyen Habib Kazdaghli, ces aspirations et ces valeurs de la République en gestation.
L’acquittement apparaît, de ce point vue, comme la consécration de l’attachement de l’élite tunisienne et des défenseurs des libertés à ces valeurs et la preuve de leur capacité à les faire valoir. C’est aussi une caution à la pertinence et à l’efficacité d’une stratégie du front et de la coalition à opposer aux tentatives de confiscation par l’islam politique des objectifs de la Révolution. Cette mobilisation quantitative et qualitative est, de fait, inédite dans l’histoire de l’université tunisienne. C’est la première fois que la société civile s’y investit d’une part. D’autre part, elle ne s’est pas essoufflée en dépit des manœuvres multiples et vaines pour nous avoir à l’usure. Elle balise la voie pour les combats à venir qui s’annoncent plus durs que celui de la défense des valeurs universitaires qui n’est pas encore achevé. (à suivre).
Procès Kazdaghli : Leçons et conséquences d’un acquittement attendu (2/2)
Par Habib Mellakh
universitaire, syndicaliste, professeur de littérature française à la FLAHM
(suite)
Une victoire de l’Etat de droit et des valeurs universitaires
L’acquittement du Doyen permet de poser les jalons de la construction d’une République nouvelle où le respect de l’Etat de droit et des institutions est une valeur primordiale. Les juges en charge de ce procès, en jugeant en leur âme et conscience, ont envoyé, par ce verdict, des signaux très forts à la société tunisienne pour la rassurer sur l’intention des magistrats tunisiens à contribuer à cette édification. Ils ont fait, à l’occasion de ce procès, honneur à la Révolution de la Dignité en passant avec un grand succès le test de l’aptitude de la justice à assurer sa neutralité et son autonomie. Nous avons, du reste, loué à l’occasion de cette chronique et à chaque audience du procès, le professionnalisme de ces juges et leur honnêteté. C’est sur ces qualités que nous nous sommes basés pour justifier notre optimisme quant à son issue.
Nous sommes en train d’assister, sur les ruines de l’ancienne justice, pas encore à la naissance d’une nouvelle justice républicaine (le chemin est encore parsemé d’embûches, voire d’obstacles), mais à un sursaut rageur, à un combat pathétique des juges, soucieux d’exercer la justice en toute indépendance et conformément aux normes internationales en vigueur. Les verdicts de procès d’opinion ou d’affaires mettant en cause la liberté d’expression ou la liberté de création, récemment instruits, confirment ce sentiment ainsi que les luttes des juges à travers leur syndicat et à leur association pour mettre fin à un demi-siècle de soumission au pouvoir politique malgré la volonté de mainmise de ce pouvoir sur le pouvoir judiciaire, particulièrement affichée au moment des débats sur la loi portant création de l’Instance provisoire de la magistrature. La société civile et les partis démocrates devraient se montrer plus solidaires avec les magistrats pour les aider à conquérir leur indépendance. Sans justice indépendante, point de libertés académiques, point de libertés démocratiques. C’est l’une des leçons à tirer du procès Kazdaghli.
La reconnaissance de l’innocence du Doyen, qui est un refus de l’instrumentalisation de la justice par les fossoyeurs des libertés académiques, va conforter, par ailleurs, la résistance des défenseurs de ces libertés, confrontés, particulièrement à la faculté des sciences, à une nouvelle « ghazoua ».
Un vent révolutionnaire semble aussi souffler sur le Conseil de l’ordre des médecins qui rompt avec les vieux réflexes d’indulgence vis-à-vis des fautes professionnelles commises par certains membres de la profession. L’expertise innocentant le Doyen est à l’honneur d’une instance qui semble décidée à faire triompher l’Etat de droit et à veiller au respect par les médecins du code déontologique de la profession.
De la nécessité de la vigilance
L’acquittement du Doyen, s’il confirme le bien fondé de notre combat pour les règles académiques, ne signifie nullement une victoire définitive sur ceux qui ne les reconnaissent pas, qui essaient asservir la connaissance et les moyens de sa transmission à leurs croyances religieuses sectaires et qui rêvent de transformer la Tunisie en Tunistan. Ce qui se passe en ce moment à la faculté des sciences de Tunis où un groupe d’étudiants, bénéficiant de l’appui du ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, revendique depuis plus de deux mois le droit des niqabées à suivre les cours et à passer les examens tout en portant le voile intégral, dans un remake très médiocre des évènements survenus au cours de l’année universitaire écoulée à la Manouba, est révélateur du long chemin qui reste à parcourir.
Réagissant à l’acquittement du Doyen , une cinquantaine d’étudiants affiliés à l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE), syndicat nahdhaoui, ont organisé, le lendemain du verdict, une assemblée générale à la Faculté des lettres des arts et des humanités de la Manouba pour appeler à « dégager »un doyen sioniste, ennemi de l’islam, persécutant les niqabées pour leurs convictions religieuses et leur niant leur droit à l’éducation en leur interdisant le port du niqab.
Le verdict du 2 mai 2013 est une décision de justice qui réconcilie les Tunisiens avec l’Etat de droit et des institutions et, par là même, avec l’esprit de la Révolution de la dignité et Elle jette les fondements d’une nouvelle République, celle dont rêvaient les martyrs. C’est une victoire qui a comblé de bonheur les Tunisiennes et les Tunisiens, qui se sont habitués à voir en Habib Kazdaghli une icône de la défense des libertés, de la femme et de l’enseignement. Elle balise la voie à d’autres conquêtes. Mais le combat est encore long !
Source :
Tunisie-Société : Des niqabées trichent aux examens du bac dans un lycée de Kairouan
Dix sept élèves niqabées ont été prises en flagrant délit de triche dans une épreuve du bac, lundi, au lycée des Aghlabides à Kairouan (centre). Qui a dit que le niqab est le signe de la pureté et de l’intégrité de la femme ?
Selon ’’Hakaekonline’’, citant son envoyé à Kairouan, les surveillants ont remarqué une anomalie dans la salle d’examen. En prêtant l’oreille, ils ont découvert que 17 filles étaient en communication discrète avec l’extérieur à travers une oreillette kit main libre.
Les surveillants ont expulsé les tricheuses de la salle et les ont conduites à l’administration pour qu’elle prenne les mesures nécessaires contre elles.
En voilà, à quoi sert aussi le niqab dit « islamique », si cher aux salafistes : vol, tricherie, et autres petits et grands délits.
Source :
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