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Accueil du site > Actualités > International > La « nuit de l’eau » : un charity business pas très potable

La « nuit de l’eau » : un charity business pas très potable

Professeur des écoles, deux élèves élus au conseil municipal d’enfants de ma commune sont venus présenter à leurs camarades le projet festif « La nuit de l’eau » organisé samedi 22 mars au centre Nautique pour la troisième année consécutive. Le site précise : « Les clubs de natation mettent en place des animations festives, éducatives et solidaires dans les piscines à travers la France. Les clubs font donc appel à la générosité de chacun pour venir prendre part à l’événement et effectuer des dons pour financer le programme Wash au Togo. » Le programme Wash fait le constat que « l’insuffisance de source d’eau potable à portée des enfants constitue également un risque majeur pour leur santé. L’UNICEF soutient le gouvernement du Togo afin d’améliorer l’accès à l’éducation et l’équité dans les écoles primaires nationales, au travers du programme EDUCATION POUR TOUS ».

Derrière les bons sentiments et les images d’Épinal d’enfants togolais souriant devant la figure tutélaire d’Alain Bernard, se cache une réalité qui ne doit rien au hasard. D’Eugène Jamot à Bernard Kouchner en passant par Louis-Paul Aujoulat, le tropisme (néo-)colonial français s’est toujours appuyé sur les french doctors. « Les adultes allaient derrière les grands arbres alors que les enfants se soulageaient dans la cour ou sur la route. Il y avait beaucoup de maladies, nous étions désespérés. C’est quand les gens de l’UNICEF sont venus que l’on a su que la solution était juste sous notre nez. Depuis, nous avons construit des latrines dans toutes les maisons et dans l’école ! » explique Finadja, villageoise de Djatieni. C’est ainsi que l’UNICEF justifie son action. Comment donc ? Les togolais seraient incapables de subvenir correctement à leurs besoins ? Le contrôle des populations s’est toujours reposé sur l’encadrement sanitaire et éducatif, en Afrique comme ailleurs, même si la geste coloniale hier, et l’humanitaire aujourd’hui, poussent très loin cette mise en scène de la puissance occidentale. Mais au service de qui au juste ? De notre seule bonne conscience ?

Au Togo, dans les années 1970 à 1999, il existait un peu partout, au moins dans les villes, des pompes – sources d’eau potable mises à disposition pour la population. Depuis 2000, dans les villes ces fontaines publiques ont été remplacées par des kiosques où une bassine d’une capacité de 34 litres se vend à 25 FCFA. Or le coût de la vie par personne pour les plus pauvres n’excède pas les 600 FCFA par jour (moins d’1€). Essayons de prendre pour exemple le cas du père d’une famille de 5 personnes, où la consommation journalière en eau est de 50 F CFA par jour. Ici, nous voyons que le besoin quotidien en eau s’élève à 250 F CFA pour ce père de famille. Il lui restera alors 350 F CFA (0,50 €) pour couvrir les besoins de première nécessité (nourriture, ect…).

L’eau est un besoin vital, comment en est-on arrivé à en faire une source majeure de paupérisation ?

Au Togo, comme ailleurs, les Plans d’Ajustement Structurels imposés par le FMI et la Banque Mondiale ont permis à des multinationales françaises de bénéficier de la vague de privatisation de la fin des années quatre-vingt-dix pour rafler des secteurs économiques. En 2000, la Lyonnaise des eaux, en alliance avec une société canadienne, a pris le contrôle de la Compagnie d’eau et d’électricité togolaise. Depuis 2001, BNP Paribas possède 53 % de la Banque togolaise pour le commerce international. Le groupe Bolloré a pris le contrôle en mai 2009 du port autonome de Lomé, capitale du Togo. L’éviction de l’espagnol Progasa du port autonome fut avant tout une décision politique. Le peuple Togolais n’est pas dupe : la main mise de Bolloré en Afrique sur les infrastructures et les transports lui assure le contrôle de l’économie d’extraction des richesses.

Quel lien avec l’UNICEF et la « nuit de l’eau » ? Il est aisé de vérifier que « DirectMatin » appartenant au groupe Bolloré est un des partenaires officiel de l’opération caritative ainsi que la Lyonnaise des eaux qui, d’après la voix du nord, « mène déjà un projet Eau, sport et santé. « Nous serons là aussi pour faire passer le message que l'eau du robinet est bonne à boire », explique Antoine Bousseau, le directeur. Tous se reconnaissent dans une idée simple : « l'eau c'est la vie »

Ainsi les grands groupes français non content de gérer directement la distribution de l’eau et les grandes infrastructures au Togo, font appel à la générosité du citoyen français par le biais du Charity business pour pallier les défaillances d’un système qui profite de la dette colossale du pays pour privatiser des biens communs.

De même, un projet nommé "Projet de forage à titre de don " a été signé le 22 février 2008 entre les gouvernements chinois et togolais. Il consiste à la réalisation de 200 nouveaux forages équipés de pompes à motricité humaine. Nous ignorons quelles ont été les contreparties de ce « don ». Mais il apparait clairement que l’eau, à travers l’action humanitaire, est une des stratégies pour maintenir sous étroite dépendance les pays africains. Ce n’est pas une fatalité. Cinq ans après les avoir privatisés, le Mali a ré-étatisé ses réseaux d’eau et d’électricité. Un cuisant échec pour le FMI et de la Banque mondiale. Les tarifs d’eau et d’électricité avaient fait un bond de 60%, entre 1998 et 2002. Le nombre des mauvais payeurs explosant, EDM, filiale de Bouygues les traquait sans répit, attisant la colère populaire. Pour soulager les consommateurs, l’Etat mit la main à la poche : l’année suivant la privatisation, le Mali versa 16 millions d’euros de compensations à la filiale de Bouygues... En d’autres termes, le Mali a subventionné Bouygues en gonflant sa dette pour reprendre le contrôle sur la distribution d’eau.


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2 réactions à cet article    


  • Plus robert que Redford 22 mars 2014 15:37

    Toujours le même dilemme

    On fait quelque chose, même imparfaitement ou de façon critiquable

    Ou, on ne fait rien...


    • claude-michel claude-michel 23 mars 2014 09:16
      La « nuit de l’eau »....80% des eaux usées vont dans la nature sans aucune filtration...85% des cours deaux sont pollués...mais tous les mois nous payons des milliards a des compagnie mafieuses pour avoir de l’eau propre.. ?...Arnaque... !

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