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Accueil du site > Actualités > International > La pauvreté augmente le risque de devenir handicapé, surtout dans les pays (...)

La pauvreté augmente le risque de devenir handicapé, surtout dans les pays du Sud

Les données statistiques sont formelles : il y a proportionnellement beaucoup plus de handicapés parmi les pauvres. Ce constat démontre à quel point il est difficile pour une personne handicapée d’améliorer son sort. Mais un autre phénomène beaucoup moins connu se cache derrière les froides statistiques. La pauvreté n’est pas seulement le karma des handicapés, elle est en plus elle-même à l’origine de nombreux handicaps physiques et mentaux. Le nouvel ordre économique mondial ne fait rien pour arranger les choses.

Lors d’une entrevue accordée en 2006 à C. S. Soong, producteur et animateur de l’excellente émission Against the Grain, Nirmala Erevelles de l’université de l’Alabama expliqua à quel point la notion de handicapé est une construction socioculturelle autant sinon davantage qu’un fait biologique (on peut écouter l’entrevue, diffusée le 12 décembre 2006 et en reprise le 9 janvier dernier, à compter de la 36e minute du fichier audio téléchargeable sur cette page).

Nous sommes tous confrontés à divers handicaps que nous devons surmonter à un moment où l’autre de notre vie. Dans le cas des personnes handicapées, cette construction socioculturelle met la barre haute : elles doivent en plus surmonter le handicap d’être en dehors de ce que nous considérons comme la normalité.

Les personnes handicapées doivent faire face non seulement à des obstacles visibles différents selon leur handicap, mais en plus à des obstacles invisibles, beaucoup plus difficiles à surmonter que les visibles.

Ces obstacles, visibles et invisibles, se doublent d’une relation dialectique entre handicap et pauvreté mise en lumière par Erevelles : autant un bon nombre de handicapés naissent avec leur handicap, autant une large proportion deviennent handicapés parce qu’ils sont pauvres, particulièrement dans les pays du Sud.

C’est un fait reconnu que les personnes handicapées sont, en très grande majorité, au bas de l’échelle parce qu’elles ne parviennent pas à occuper un emploi qui leur permettrait de sortir de la pauvreté. Il faut dire que les systèmes éducatifs des divers pays (y compris dans les pays riches) les marginalisent dès le départ de la course à obstacles qu’est la vie en société, et qu’en plus elles ne sont pas « productives » selon les normes néolibérales du système économique.

Le fait que la pauvreté soit non seulement l’effet, mais également la cause de nombreux handicaps (Disability and Poverty : Uncovering the Empirical Dynamics) est cependant beaucoup moins connu.

Non seulement le système économique et social, basé sur la productivité optimale et la compétition entre les individus, rejette les personnes handicapées, mais en plus il contribue à mettre en place des conditions engendrant des personnes handicapées.

La malnutrition, les conditions de travail et de vie quotidienne insalubres, le manque d’accès à des soins adéquats, les guerres, même celles menées par des pays dit civilisés avec leurs dommages collatéraux, la violence, les brutalités policières, etc., sont le lot de millions de personnes. Plusieurs, manque de chance, en deviennent handicapées pour le reste de leur vie pourtant déjà misérable.

La cerise pourrie sur ce gâteau tout aussi pourri est l’attitude des institutions financières internationales : les ajustements structuraux ont détruit le peu de programmes et de services publics pouvant contribuer à atténuer les effets pervers de cette dialectique.

Le pire est que les organisations venant en aide aux personnes handicapées et les personnes handicapées elles-mêmes sont très peu représentées lors des consultations qui servent à établir les fameux plans de réduction de la pauvreté, considérés présentement par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international comme le nec plus ultra en matière de développement.

Mais cela pourrait changer.


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7 réactions à cet article    


  • morice morice 15 janvier 2008 09:33

    Merci pour cette mise au point salutaire. Un petit détail, l’URL du dernier lien ne marche pas.


    • tvargentine.com lerma 15 janvier 2008 09:44

      L’Argentine,le Brésil,le Chili sont des pays Sud Américains qui ne sont pas des pays pauvres !

      Ils ont été dirigé durant des dizaines d’années par des dictatures qui ont pillé les richesses sans parler de l’emprise économique nord américain sur les choix de politique économique.

      Cela a bien changé et nous pouvons affirmer que ces pays ne sont pas "pauvres".

      Ensuite,l’Algérie ou l’Afrique du Sud ne sont pas des pays pauvres mais tres riche et peut etre que la politique économique interne de ces pays ne permet pas une juste répartition équitable des ressources.

      C’est pays ne sont pas "pauvres"

      Les pays asiatiques ne sont pas des pays "pauvres" mais la tres forte croissance économique développe des richesses qui permet un tres fort développement dans tout ces pays.

      Quand vous dites ’pays du sud’ = ’pays pauvre’ c’est faux’

      Arrêtons avec les images d’Epinal sur le Sud du continent !

       


      • Michel Monette 15 janvier 2008 13:06

         Je n’ai pas utilisé le terme « pays pauvres » dans cet article. Il y a des pauvres au Sud comme au Nord. Vous serez cependant d’accord avec moi qu’il y en a beaucoup plus au Sud.


      • ZEN ZEN 15 janvier 2008 10:17

        Lerma prend la notion de "pauvreté" au sens absolu . Elle est bien sûr le produit d’un système économico-social. En Argentine, 50% de la population vit dans la détresse sociale, malgré un redressement économique récent, mais après un pillage systématique du pays provoquant une déroute financière sans pareille.

        "La cerise pourrie sur ce gâteau tout aussi pourri est l’attitude des institutions financières internationales : les ajustements structuraux ont détruit le peu de programmes et de services publics pouvant contribuer à atténuer les effets pervers de cette dialectique." ...si on peut parler de gâteau...

        Oui, les effets des pressions du FMi en Afrique se sont révélés pervers...

        "


        • moebius 15 janvier 2008 23:09

           c’est une ensemble de mesures populistes et démagogiques qui ont conduit l ’Argentine a cette déroute économique...démagogique parfaitement je prend un exemple simple voir un peu simpliste, mais c’est un peu paticulier au peronisme ambiant et au culte de l’homme providentiel qui sévit en Amérique du sud. donc...en France sur le panneau de de chantier d’une opération de construction public ,vous avez la region , les collectivité locale que sais je ? construit ici un projet de... a hauteur de tant de... en collaboration avec tel organisme privé ect En Argentine pour le meme type de projet de mes yeux vu, se sera c’est grace au segnor el presidente que nous construisons ici ce projet, remercions le senor el presidente.... C’est merci papa c’est trés charitable et trés bon de ta part, c’est catho et c’est une culture.. Le FMI et les institutions financieres ont beau jeu ici..d’etre des anonymes..et c’est le comble.


          • laelia laelia 26 janvier 2008 09:01

            Notre regard sur le handicap et la misère : ne pas faire l’autruche..... Se souvenir que l’on peut être pauvre (matériellement ) sans être pour autant misérable ( moralement ). 

            De quoi une société a-t-elle besoin ? De son moral et de la morale et des moyens matériels en sus.... beaucoup de moyens

             

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