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La presse turque face au bâillon gouvernemental

Ceux qui ne s’embarrassent d’aucun scrupule se délectent parfois à comparer les pommes et les poires. Ils se dévoient alors grossièrement, empruntant des raccourcis que tout bon sens récuserait. C’est ainsi, par exemple, que le pouvoir islamo-conservateur turc se trouve à l’occasion assimilé aux pires dictatures. Coupons court à toute controverse : il s’agit là, au mieux, d’une erreur de jugement imprescriptible. Mais il ne faudrait pas se détourner d’une caricature pour se jeter naïvement dans les bras d’une autre. Car c’est peu dire qu’il convient de mettre en doute certains arguments électoraux rabâchés par l’AKP et son chef de file, Recep Tayyip Erdogan. On pourrait d’ailleurs gloser des heures durant sur la prétendue liberté d’expression en vigueur à Ankara, largement fantasmée pour le coup.

En réalité, l’immense polémique née sur les braises de la place Taksim n’est que l’arbre qui cache la forêt. La Turquie voit l’ensemble de ses médias faire face au chantage à la grenade d’un pouvoir pour le moins intempérant. Que des intellectuels, avocats ou journalistes cherchent à rompre les lisières politiques relève d’un certain ordre logique. Que l’État, via ses élus, se montre intransigeant et ne veuille pas battre sa coulpe, chacun pouvait le prévoir. Et puisqu’il est hors de question de parler de pair à compagnon avec les autocrates turcs, il fallait bien qu’une impasse se manifeste tôt ou tard. Le bras de fer engagé à Istanbul, sous couvert de protéger le parc Gezi, résulte en fait, au moins partiellement, du chemin de croix imposé depuis des années aux journalistes, priés par les autorités de montrer patte blanche afin de pouvoir exercer leur métier. Ainsi, la presse fait désormais jeu égal avec les pantins et les automates en matière de docilité. On est tout au plus à un cheveu du serment d’allégeance. Et, pour l’heure, les discours officiels, de pure forme, ne font que jeter de l’huile sur le feu démocratique.

La presse à l’épreuve du bâillon

Les industriels ayant l’heur de traiter avec les pouvoirs publics se contentent souvent de mettre une sourdine à leurs récriminations. Pis, les patrons des grands groupes de presse, essentiellement issus du milieu des affaires, se méfient comme de la peste d’un éventuel retour de bâton en cas d’outrecuidance trop affirmée. Car Recep Tayyip Erdogan tenant les rênes du pays d’une main de fer, il peut distribuer les bons et les mauvais points à sa guise, décidant le cas échéant de délier ou non les cordons de la bourse. Parce que l’enjeu financier est de taille, les opportunistes succombent sans broncher à la tentation de se placer sous le joug gouvernemental et de s’en tenir à une prudence de Sioux. En toute logique, peu se risquent à fâcher un client fortuné qui, de surcroît, légifère comme bon lui semble.

La mainmise du Premier ministre atteint un tel degré qu’il se permet même de s’immiscer dans les moindres recoins médiatiques, se prononçant volontiers sur le sort à réserver aux éditorialistes, journalistes ou chroniqueurs un peu trop insolents. Qu’on se le dise : prendre des libertés excessives revient souvent à se mettre à dos l’AKP, parti majoritaire et – forçons le trait – organe de contrôle de la presse faisant fonction. C’est pourquoi l’autocensure règne aujourd’hui en maître absolu, s’emparant de tout sujet sensible et dictant sans ambages (ni scrupules) ses exigences rédactionnelles. Ceux qui osent délier la langue prétendent d’ailleurs que certains professionnels de l’information s’adressent directement à Erdogan, ou à ses proches conseillers, afin de prendre les ordres et baliser leur travail. C’est l’hégémonie du non-sens.

Comme le Premier ministre ne se refuse rien, il va jusqu’à réunir à Ankara les patrons de presse et leurs rédacteurs en chef afin de déterminer quelques lignes rouges à ne franchir sous aucun prétexte. De quoi parasiter un peu plus le bon fonctionnement d’un quatrième pouvoir devenu… impuissant. Au grand dam des démocrates, c’est encore Erdogan qui a le dernier mot concernant certaines hautes nominations. C’est dire si le gouvernement turc semble faire peu de cas de l’indépendance des journalistes. Et il y a pis encore : en coulisses, les manœuvres pullulent en vue d’écarter les plus bavards, regardants et impétueux. Pourquoi en effet ne pas remplacer les esprits trop critiques par des factotums inoffensifs, menés tant à la baguette que par le bout du nez ? La couverture des événements de la place Taksim a d’ailleurs démontré à quel point la pensée journalistique se fossilisait et se sclérosait, comme paralysée par des intimidations maintes fois répétées.

Plus généralement, dans un contexte où la Turquie enregistre une hausse significative du nombre de journalistes emprisonnés, la liberté d'expression semble connaître un recul aussi soudain que spectaculaire. Même la série télévisée Le Siècle magnifique, qui dépeint sans fard les turpitudes de Soliman 1er, n’a pas échappé aux vitupérations de l’ancien maire d’Istanbul. « Je maudis et condamne les réalisateurs de ces séries et les propriétaires de cette chaîne de télévision », avait-il osé. Nul besoin d’avoir inventé l’eau chaude pour comprendre que le pouvoir islamo-conservateur turc s’évertue à bâillonner la presse, quitte à fragiliser la démocratie et à nourrir un peu plus les mouvements de contestation qui embrasent actuellement le pays.

 

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1 réactions à cet article    


  • fukara67 24 juin 2013 20:51

    Encore un torchon plein de mensonges !!!

    EN gros vous dites il n y a pas de censure de l’état mais les journalistes s’auto censure ??

    c’est grave d’une part parce que ces journalistes ne méritent pas d’être journalistes car ils baissent la froque devant un pouvoir !!

    d’autres part on se demande d’où sort alors tout ces titres à la une contre le gouvernement ???

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