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Le Printemps confisqué

Le Printemps arabe est, semble-il, la première fois dans l’Histoire contemporaine qu’une révolte citoyenne fut confisqué par ceux qui ne l’ont pas faite. En l’occurrence, ici, les islamistes. Ce dit Printemps n’a tenu aucune de ses promesses, ni sur le plan social, ni sur celui des libertés.

Les Etats-Unis, un premier temps déstabilisés par ces mouvements qui partirent de la Tunisie suite à l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (de son vrai prénom Tarek) en janvier 2010 pour rejoindre l’Egypte, touchant à peine le Maroc puisque le roi de ce pays règne par l’islam, ne mirent pas longtemps à réagir.

Le maillon fort de l’Afrique du Nord était, sans conteste, la Libye qui, lui, n’a pas connu de « Printemps arabe ». Maillon fort parce qu’électron libre. Ce qui a de déterminé l’intervention américaine en Libye -avant le Printemps arabe - à travers ses servants européens de prime abord, ce fut le sous-sol de ce pays recelant l’obsession américaine, objet de toutes les guerres étasuniennes de ces dernières décennies : le pétrole. La Libye disposait de réserves estimées, en 2011, à 46,4 milliards de barils, ce qui fut loin d’échapper aux think thanks étatsuniens, ni à la France qui fut en pointe dans l’agression d’un pays souverain, en l’occurrence la Libye. Les Etats-Unis d’Amérique décideront donc par commencer par ce pays leur conquête par ce pays longtemps demeuré l’électron libre de l’Afrique.

Mais le poids de la dette américaine, plus de 10.000 milliards de dollars en 2010, ne permettait pas matériellement à ce pays d’entreprendre aucune guerre que ce soit. Obama décida donc de la faire par procuration en actionnant ses harems traditionnels : l’Union européenne et les pays du Golfe.

Il fit donc appel à ses favorites ces deux harems : l’Union européenne où se distingua la France qui a toujours tenté de remplacer la Grande Bretagne en tant que partenaire privilégié des USA, d’où son zèle durant la question libyenne. Et dans le Golfe, il y avait une autre courtisane des Etats-Unis qui voulait aussi le rôle de sa favorite et ce, au détriment de l’Arabie saoudite : le Qatar.

 

Le Qatar récolte ce qu’a semé l’Arabie saoudite

« Les collusions des partis islamistes avec le Qatar, la Turquie, les puissances américaine et européenne ne sont pas qu’une vue de l’esprit », soutient Amel Boubkeur, chercheur en sociologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, France). Ce sera cet émirat islamiste, aux ambitions inversement proportionnelle à la superficie de son territoire, qui se chargera du « gros œuvre » en Libye en parachutant en Cyrénaïque, fief de l’islamisme libyen, plus de 5.000 membres de ses Forces spéciales (formées, bien sûr, à West point, aux Etats-Unis) un mois avant « l’insurrection ». Ces Forces spéciales étaient chargées d’instruire militairement et d’encadrer les djihadistes de cette région. Alors que l’Arabie saoudite n’agissait que par l’argent, le Qatar fit montre de plus d’ »entregent » en se montrant plus agressif, n’hésitant pas faire usage des djihadistes autrefois alliés à leur financier wahabite. .

L’argent n’est pas seulement « le nerf de la guerre », il est aussi le nerf électoral. Et c’est les millions de dollars du Qatar, massivement injectés dans les partis islamistes d’Afrique du Nord, qui a permis de financer la campagne électorale des Frères musulmans en Tunisie, au Maroc où nous eûmes droit de la part de M. Benkirane (du Parti de la Justice et du développement PJD) lors du discours qu’il prononça à l’occasion de sa nomination comme Premier ministre, à cette phrase pour le moins ahurissante : « Nous disons à nos concitoyens que nous ne pouvons rien faire contre le chômage. Seuls Dieu le peut. Nous vous appelons donc à redoubler de prières ». Le Qatar a également financé, ave succès, la campagne électorale des Frères musulmans en Egypte.

L’Algérie ne tomba pas dans le piège car chez les citoyens de ce pays la plaie de la « décennie rouge » ne s’est pas encore refermée. Ils ne voulurent pas rééditer l’expérience qui leur a coûté plusieurs dizaines de milliers de morts.

Mais avant d’aller plus loin, il nous faut préciser quelque chose d’essentiel : le qualificatif de révolutions accolé à ces révoltes par des occidentaux observateurs autoproclamés, est impropre parce qu’elles ne furent, justement, que des révoltes car une Révolution implique un bouleversement total de structures et d’institutions. Ce qui ne fut pas le cas des pays touchés par ces « révolutions » comme nous l’allons voir plus loin.

En Afrique du Nord, la réaction des USA fut presque un jeu d’enfant : Toujours déstabilisés par les révoltes arabes, les Etats-Unis se focalisant sur la Tunisie turbulente et l’Egypte, actionnèrent donc le joker islamiste qui, de tout temps, a servi de paillasson aux différents gouvernements des Etats-Unis. Nous parlons ici de l’islamisme contemporain qui, inventée en 1979 en Afghanistan, fit tâche d’huile en se rependant dans les pays arabes à travers les anciens « volontaires » arabes d’Afghanistan. Cet islamisme fonctionna dans les pays arabes avec le consentement des régimes en place qui, voulant les domestiquer parce qu’il leur servait dans leur lutte contre le communisme, lui donnèrent accès aux différentes institutions nationales. L’islamisme sunnite, qui est étranger à l’Islam et professe une doctrine réactionnaire, est depuis sa création soumis aux Etats-Unis avec qui il partage l’idéologie ultralibérale, c’est-à-dire un capitalisme sans sécurité sociale ni syndicats. Il se manifesta dans un premier temps dans le début des années 1980 avec le dit « Groupe Bouyali ». Les services algériens de sécurité écrasèrent ce mouvement. Mais, comme dirait Brecht, « le ventre de la bête est encore fécond ». Il ressuscitera au début des années 1990 en commençant par l’Algérie où durant toute une décennie, appelée en Algérie « La décennie rouge » il fit plusieurs dizaines de milliers de morts à commencer par les intellectuels.

L’islamisme chiite, qui diverge avec l’islamisme sunnite, est un islamisme de résistance comme nous le démontre l’Histoire récente avec, notamment, le Hezbollah.

Pendant que des adolescents tombaient sous les balles des dictatures d’Afrique du Nord, les islamistes ont bien évité de s’impliquer dans ces extraordinaires mouvements de contestation citoyenne, les plus fabuleux de ce début du 21ème siècle. Ils sont demeurés en embuscade, attendant les instructions de Washington via Doha, qui se sont entendus comme les compères, dans les westerns, s’entendaient pour attaquer la diligence. Il s’agit là, en l’occurrence, de la diligence démocratique. L’Occident capitaliste n’y trouve rien en à redire, lui si prompt aux atteinte des Droits de l’homme uniquement dans les pays du Sud. Il faut dire que le capitalisme occidental, vivant en crise capitaliste, est tout heureux de l’intrusion qatarie dans ses pays respectifs, notamment en France dans un premier temps, là où il se propose d’investir dans les banlieues (ces banlieues habitées par des citoyens d’origine musulmanes, donc susceptibles de convertir à l’islamisme).

 

La fascination pour Israël

Il faut rappeler que dès l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Egypte, leur leader Mohamed Morsi déclara, dans sa première allocution publique, que « Nous respecterons les engagements égyptiens antérieurs sur le plan international ». C’est-à-dire maintenir les accords israélo-égyptiens appelés « Les accords de Camp David ».

Il faut aussi rappeler qu’en Tunisie les relations avec Israël qu’entretenait Ben Ali de manière officieuse se perpétuèrent par le pouvoir Ghannouchi. Ainsi qu’au Maroc.

 

La question subsidiaire

Que s’est-il passé entretemps entre l’Arabie saoudite et les Etats-Unis pour que ce dernier change de manière aussi impromptue de maîtresse ? Divergences tactiques ou divergences structurelles ? Le Qatar voulait désormais jouer dans le cour des grands et, surtout, comme nous l’écrivions plus haut, le rôle de favorite des USA dans le monde arabe. Il lui fallait donner donc des gages supérieurs à ceux de sa rivale l’Arabie saoudite.

Le premier gage du Qatar offert aux USA sera la Libye, bien avant les « révolutions arabes ».

 

Le Printemps arabe est, semble-il, la première fois dans l’Histoire contemporaine qu’une révolte citoyenne fut confisqué par ceux qui ne l’ont pas faite. En l’occurrence, ici, les islamistes. Ce dit Printemps n’a tenu aucune de ses promesses, ni sur le plan social, ni sur celui des libertés.


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4 réactions à cet article    


  • jaja jaja 26 juin 2013 10:50

    Bonjour l’auteur,

    Vous faites comme si les processus révolutionnaires dans le monde arabe étaient terminés et s’achevaient par la victoire définitive des Frères musulmans...

    Le peuple égyptien descendra encore en masse ce 30 juin contre la dictature de Morsi et qui sait ce que seront devenus ces soulèvements dans quelques années ?

    De toutes façons tous les progressistes arabes voulaient la chûte des dictatures qui étaient toutes peu ou prou soumises à l’impérialisme américain et au sionisme.... Ce n’est pas alors qu’un certain nombre sont tombés qu’il faut pleurer ! Rien n’est nulle part achevé....


    • lulupipistrelle 26 juin 2013 12:55

      Toutes les révoltes , toutes les révolutions sont confisquées...


      Mais le mérite du mouvement c’est de faire réfléchir... pas sûr que les peuples du printemps arabes vont se soumettre...
      Au contraire cette phase de désillusion, et d’impuissance sera propice à une évolution des mentalités... 

        • Les révoltes, car il n’y a eu QUE révoltes, bien que confisquées- comme l’ont été toutes les révoltions en ce bas monde - ne sont pas totalement éteintes en AFN où l’opposition laïque aux islamistes dits (à tort) modérés demeure vivace. Du moins en Tunisie.
        • Il apparait que ces islamistes là - comme vous le soulignez pour l’Egypte - semblent avoir mis depuis peu de « l’eau dans leur vin », histoire peut-être d’amadouer les occidentaux. Ces derniers auraient tort de croire en cette soudaine « modération ».
        • Enfin pour être complet sur la région, il existe un facteur majeur dont nul n’a fait état jusqu’à ce jour, à savoir le manque flagrant de culture citoyenne dans la majorité des peuples concernés. C’est dans ce manque d’éducation que réside l’obstacle PRINCIPAL à l’émancipation de millions d’êtres gavées uniquement, et depuis toujours, du Coran quelque peu biseauté que les différents pouvoirs leur ont administré des décennies, sinon quelques siècles, durant.

        • Dwaabala Dwaabala 26 juin 2013 22:25

          Il y a quand même un précédent historique, le Printemps 79 iranien où le peuple révolutionnaire se vit réprimé et écarté du pouvoir par... les ayatollah.

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