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La Russie se positionne sur le groupe petrogazier hongrois MOL, la Hongrie dans le doute

Surgutneftegaz, quatrième groupe pétrolier russe, a racheté 21% des actions MOL, une des plus importantes entreprises hongroise, dans le cadre d’une opération qualifiée d’inamicale par le président de MOL. Rappel des circonstances de l’affaire et mise en perspective.

Une fois n’est pas coutume, et même actuellement avec le départ du Premier Ministre Ferenc Gyurcsany, l’ensemble de la classe politique hongroise semble rester en accord sur un point : MOL, le raffineur hongrois, doit conserver son indépendance.
 
Le retrait d’OMV : une victoire a la Pyrrhus ?
 
Depuis 2007, les tentatives d’acquisition “amicales” d’OMV, la compagnie pétrolière rivale autrichienne, ont été repoussées par MOL, la hongroise. A tel point qu’OMV a fini par décider de capituler et de céder la semaine dernière les 21% qu’elle détenait de MOL au quatrième producteur de pétrole russe, Surgutneftegaz.
Zsolt Hernadi, le président de MOL, qualifie cette opération d’inamicale. “Cette affaire ne peut pas être amicale, car toute opération amicale suppose une communication préalable entre les protagonistes. Or, il n’y a pas eu de communication entre Mol et Surgut”, a-t-il précisé.
 
Raissa Khodchenko, porte-parole de Surgut, confirme que la compagnie russe n’est pas entrée en contact avec MOL avant la transaction. “Pourquoi y-aurait-il eu un quelconque contact”, dit-elle. “Surgut a simplement acheté un bien sur le marché que la société a trouvé intéressant à acquérir” . Raisa Khodchenko dément d’autre part une tentative d’acquisition complète de MOL par Surgut.
 
Le président de MOL se montre de plus suspicieux quant au montant de la transaction entre OMV et Surgut. Elle permet finalement à OMV de ne pas avoir perdu d’argent dans sa tentative infructueuse de rachat de MOL. Surgut a payé très cher les actions détenues par OMV, près du double du cours, soit 1,4 milliard d’euros au total. Dès la réouverture de la côte, Surgut pouvait considérer que l’opération générait une perte immédiate de 600 millions d’euros. Il faut mettre ce chiffre en perspective, sachant que Surgut dispose d’une réserve de cash de l’ordre de 20 milliards de dollars, supérieure à sa propre valeur de marché estimée à 17 milliards de dollars.
 
M. Hernadi ne voit pas de logique de partenariat derrière ce rachat. “Il n’y a pas de complémentarité naturelle entre les activités respectives de MOL et Surgut”, dit-il.
M. Hernadi accuse en fait OMV d’avoir servi de façade à Surgut dans une opération inamicale. Ce que OMV réfute en mentionnant que “la société cherchait un acquéreur, la société a trouvé un acquéreur, point final”. Le porte-parole d’OMV, Thomas Huemer, cite un article paru la semaine dernière dans le quotidien autrichien Die Presse :” Pendant l’été 2007, Zsolt Hernadi a fait clairement savoir à OMV qu’il préfèrait vendre à n’importe quel géant du pétrole russe plutôt qu’à OMV”. Et de poursuivre : “ Désormais, son voeux a été exaucé”.
 
De son côté, Surgut affirme que l’achat de parts dans MOL sera une base sérieuse pour initier une coopération mutuelle sur le long terme entre les deux compagnies. Surgut considère cet investissement comme une opportunité pour augmenter ses capacités de raffinage avec une meilleure proximité de ses clients finaux en Europe.
 
Cette offre de coopération de Surgut a été immédiatement repoussée par MOL, qui cantonne Surgut dans un rôle d’investisseur financier, et surtout pas de partenaire.
 
Alors, pourquoi Surgut investit autant d’argent dans MOL ?
 
Surgut dispose aujourd’hui d’une unique raffinerie située a Kirishi, dans la banlieue de St Petersbourg. Cette raffinerie gigantesque est capable d’absorber plus du tiers du pétrole extrait par Surgut, soit environ 450 000 barils par jour.
La capacité totale de raffinage de MOL se situe autour de 336 000 barils par jour, répartie sur 2 raffineries principales situées en Hongrie et en Slovaquie, principalement alimentées par le pipeline Drujba ("amitié" en russe) qui part de Sibérie et qu’exploite Sibneft, filiale de Gazprom à 100%.
 
Surgut espère à priori augmenter ses capacités de raffinage, en partenariat avec MOL. Mais alors, pourquoi ne pas avoir négocié préalablement le support du gouvernement hongrois ?
 
Si l’on considère la logique de surprotection mise en place par les gouvernements hongrois pour sécuriser Mol (la fameuse “Lex-Mol”), l’opportunité immédiate de récupérer une partie significative de MOL est une aubaine qui peut expliquer la démarche. Ceci même si Surgut sait qu’elle ne va pas avoir la partie facile pour affirmer ses droits en tant qu’actionnaire, face à la détermination annoncée du gouvernement hongrois de préserver l’independance de MOL.
 
Il faut tenir compte aussi d’un autre fait significatif. La prise de participation dans MOL est le premier investissement importantréalisé par Surgut depuis 10 ans dans le domaine pétrolier, alors que Moscou encourageait plutôt les autres groupes pétroliers russes à le faire.
 
Surgut s’est contentée d’accumuler les milliards. Et les observateurs de rappeler les liens étroits qui existent entre Vladimir Bogdanov, le directeur de Surgut, et le Premier Ministre russe Vladimir Poutine.
 
Ce qui fait dire à certains que Surgut, bien que société privée, s’est comportée de telle manière qu’elle ne semble pas être autorisée à disposer librement de son propre argent. Par exemple, des rumeurs ont circulé récemment sur une fusion entre Surgut et Rosneft (le leader de l’industrie pétrolière russe largement detenu par l’état), endetté au niveau du montant des réserves de cash de Surgut. Cette rumeur a été dementie en haut lieu à Moscou.
 
Le Vice-Premier Ministre russe, Igor Sechin, qui qualifiait Surgut de meilleure compagnie pétroliere russe privée dans les colonnes du Wall Street Journal, aurait en fait, selon certains, encouragé l’opération MOL.
 
Selon le rapport de Suzanne Nies -"Oil and Gas delivery to Europe"- publié en 2008 par l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales), les capacités des pipelines russes sont déjà proches de la saturation. Il va falloir les doubler d’ici 2020, si l’on tient compte des prévisions de consommation. Or, Drujba n’est pas utilisé au maximum de son potentiel, spécialement dans sa partie sud, sachant notamment que la consommation de pétrole en Hongrie, République Tchèque et dans les Balkans a diminué. Un autre facteur favorable pour un positionnement russe chez MOL.
 
De son côté, la Hongrie est déjà bien dépendante de la Russie pour ses importations de gaz et de pétrole. Le rachat de la participation d’OMV dans MOL par Surgut permet aussi de renforcer les positions stratégiques russes en cas de recomposition du paysage énergétique sur l’Europe Centrale et Orientale. Le contexte économique actuel, qui touche la Hongrie de plein fouet, pourrait même servir d’accélérateur à ce renforcement.
 
L’union sacrée autour de l’indépendance de MOL n’évite pas les joutes entre les 2 partis politiques principaux en Hongrie.
 
Le Fidesz, le parti d’opposition de centre-droit, accuse le MSZP au pouvoir d’être trop proche de Moscou, en traitant ses responsables d’avoir agi dans cette affaire comme “des amateurs ou des collaborateurs”.
 
Le gouvernement sortant de Ferenc Gyurcsany rétorque qu’il n’était pas averti de la transaction et le ministre des finances sortant a mentionné que la Hongrie évoquerait l’affaire Surgut avec le gouvernement russe.
 
Quel que soit l’angle sous lequel on l’approche, c’est une affaire a suivre.  

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