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La spoliation de biens culturels, une corrosion identitaire

L’Irak, la Syrie, le Cambodge, le Niger ou encore l’Afghanistan, tous des pays au patrimoine historique et culturel opulent. La guerre qui a ravagé ces terres historiques en plus de massacrer des peuples martyrs a donné naissance aux pillages de biens culturels. Des objets d’art, supports de la mémoire collective, qui sont outragés par les réseaux de trafiquants et qui circulent en toute impunité dans certaines capitales du marché de l’art. 

La guerre, une simonie fructueuse

Ce sont 6 sites historiques syriens classés patrimoine de l’Unesco qui ont été touchés par les conflits armés depuis 2011. Les anciennes villes de Damas, Bosra et Alep, l'oasis de Palmyre, le Krac des Chevaliers, le Qal'at Salah El-Din, ainsi que des villages antiques situés dans le nord du pays ont été endommagés par les tirs de roquettes, de tanks et d’armes à feu. Le minaret de la mosquée des Omeyyades à Alep à cause des violents combats qui s’y sont déroulés s’est littéralement effondré.

À cela s’ajoutent les actes de vandalisme et pillages réguliers des sites archéologiques protégés ou de musées éminents. En avril 2003 en Irak, le musée National a été mis à sac par des réseaux mafieux peu scrupuleux de la mémoire historique du pays. 15 000 pièces ont été dépouillées. Ces réseaux organisés, souvent au service de marchands d’art qui alimentent des collections privées, se sont multipliés au cours de ces vingt dernières années.

Avec un chiffre d’affaires estimé entre 10 et 15 milliards de dollars, ils devraient s’intensifier et prospérer. Le marché de l’art très fécond accroît la spéculation et renforce la pression sur les patrimoines les plus vulnérables. en 2013, il générait 12,05 milliards de dollars, soit une progression de 13% par rapport à 2012.  « 2014 s'annoncerait déjà comme une année record », déclare Thierry Ehrmann, le fondateur de la société Artprice.

 

Un combat acharné mais inégal

Troisième trafic dans le monde après celui des drogues et des armes, le trafic illicite de biens culturel cause des dommages démesurés aux peuples qui en sont victimes.

La Convention de 1970 de l’Unesco a été la première mesure mise en œuvre pour lutter contre. C’est à la fin des années 60, quand les musées, les collectionneurs privés et les institutions officielles se sont vus proposer de plus en plus d’œuvres d’origine illégale, que la Convention a vu le jour. Celle-ci propose un processus pour interdire et empêcher l'importation, l'exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels.

Inventaires, certificats d’exportation, mesures de contrôle et d’agrément des négociants en biens culturels, application de sanctions pénales ou administratives, campagnes d’information sont les actions préconisées par l’Unesco. Des mesures qui ont été significatives et déterminantes, en 40 ans, elles ont permis des restitutions remarquables et contribué au placement des objets culturels au cœur de la coopération et des relations diplomatiques. En 2011 par exemple, les autorités ont officiellement restitué 21 000 antiquités grecques, romaines, byzantines, bulgares et ottomanes au patrimoine culturel de la République de Bulgarie.

Même si l’effort est ardent, face aux réseaux organisés qui se sont professionnalisés le trafic illicite de biens culturels est devenu l’une des plus grandes activités criminelles transnationales avec le trafic d’armes et de drogues. Fertile et juteux, il permet de financer le terrorisme ou de blanchir l’argent sale.

 

L’identité collective profanée, Irina Bokova engagée

Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco, a fait de la lutte contre ce trafic, le fer de lance de son combat. Elle s’est fortement engagée et impliquée pour la préservation culturelle et déclare que « (…) le vol, le pillage, le trafic illicite sont une négation pure et simple des peuples. Ils ravalent l’histoire au rang de marchandise. Ils portent un préjudice grave, souvent irréversible, à la mémoire collective, à la cohésion sociale, à l’enrichissement mutuel. ». Un message fort qui admet les conséquences néfastes du pillage de biens culturels.

L’œuvre d’art en plus d’être un objet témoignant des usages des civilisations anciennes et révolues, exprime tout un pan de l’histoire propre à un territoire et à sa population. Elle est représentative de la mémoire collective et la piller c’est annihiler toute l’identité d’un peuple. Comment procéder à la reconstruction d’un pays quand tout son héritage culturel a été violé ?

«  Les monuments, les tableaux, les statues, les livres, sont les accumulateurs qui emmagasinent ce que l’âme des peuples a conçu de plus beau, de meilleur, de plus profond au cours des temps et de ces énergies jaillit l’étincelle qui donne un élan nouveau aux aspirations de la nation. », affirmait Hippolyte Taine en 1865. Un homme inspiré et inspirant que l’on gagnerait à écouter. 



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Jade


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