Mise face à ses responsabilités, la Ligue Arabe menace la Syrie de suspension, après avoir constaté que cette dernière n’appliquait pas le plan de sortie de crise élaboré il y a tout juste une dizaine de jours. Mais, toujours retorse, la Syrie s’est donnée jusqu’au 16 novembre pour convaincre la Ligue Arabe de revenir sur sa décision. Et pendant ce temps le monde regarde les soubresauts de ce régime à l’agonie que tous savent condamné à plus ou moins terme.
Damas joue-t-elle un énième coup de bluff dans le conflit l’opposant à la communauté internationale, et plus particulièrement arabe ? Probablement que oui au regard des manifestations pro-régime qui se sont déroulées Samedi dans la capitale syrienne.
Toujours plus isolée, la Syrie tente, désespérément, de maintenir le dialogue avec la communauté internationale. Consciente que l’échec de la médiation offerte par la ligue arabe serait une catastrophe, mais soucieuse de continuer à réprimer sa contestation interne, la Syrie est plus que jamais face à la complexité de sa propre ambivalence. Echaudé après la décision de la Ligue Arabe de le suspendre de ses instances, le Régime syrien a donc demandé à ses partisans de défiler en masse à Damas ce Samedi.
A cela plusieurs raisons. Tout d’abord l’effet de démonstration des forces, supposées du régime. Ensuite l’intention, très indirectement dissuasive, visant à montrer aux opposants du régime qu’une riposte existe à leurs manifestations. Ensuite et surtout le souhait, d’un point de vue diplomatique, de prouver le bienfondé des arguments de défense du régime maintes fois invoqués pour justifier l’acharnement de sa répression. Car pour Damas tout affaiblissement du régime alaouite, et à plus forte raison s’il s’agit de son effondrement, équivaudrait à une secousse terrible, voire suicidaire, pour la région. Car derrière le risque de guerre civile inéluctable en pareil cas, correspondrait, pour le régime, des risques de déstabilisations des pays voisins de la Syrie. Ceux la même qui, dans le cadre de la Ligue Arabe, ont décidé de la quasi mis au ban de la Syrie.
Sensibles à ces arguments ; la Ligue Arabe a prévu de mettre en application ses mesures « d’exclusion » à compter du mercredi 16 novembre. Depuis lors et d’ici au 16 novembre le régime syrien s’est acharné, s’acharne et s’acharnera à prouver sa bonne foi. Pour lui on se trompe tout autant sur la nature des manifestations qui le contestent que sur sa sincérité à trouver une issue à la crise qu’il affronte. Argument hypocrite et sans grand fondement objectif.
Un plan de sortie de crise appliqué en apparence
Car bien qu’il ait accepté le plan de sortie de crise proposé par la Ligue Arabe le 2 novembre le régime ne cesse pourtant de réprimer dans le sang sa population. C’est cette tromperie que la Ligue Arabe entend faire cesser en menaçant la Syrie d’exclusion.
Ce plan qui prévoyait une évacuation militaire des villes, un arrêt de la répression et une reprise des négociations avec l’opposition est officiellement, selon Damas, toujours d’actualité. Le régime syrien a en effet certifié vouloir l’appliquer. Pour preuve l’invitation faite à la Ligue Arabe de procéder à l’envoie de ses « experts » chargés de la surveillance de la mise en application, par le régime syrien, de ce plan.
Ambitieux le régime s’est donné jusqu’au 16 novembre pour convaincre ses voisins arabes de sa bonne foie. Lucide, ce dernier sait que la Ligue Arabe est tout aussi ennuyée que lui dans cette affaire. Car le monde les regarde tous ne pas réussir à régler par eux-mêmes, entre décideurs arabes, une sortie de crise qui depuis trop longtemps gangrène la région.
En attendant le régime syrien réprime encore. Tout le monde, ou presque, pressent qu’il est condamné à plus ou moins long terme. Mais personne ne veut être le premier à en précipiter la chute. Les russes et les chinois n’ont pas grand intérêt à le voir s’effondrer. Les israéliens et les américains rêvent d’entrainer l’Iran, qui aujourd’hui ne peut plus grand-chose économiquement sans la Syrie, dans la chute du régime alaouite, et ce dans un grand projet de refondation complète de la région. Les européens sont impuissants et simples spectateurs.
Bref pour la Syrie et le monde le grand jeu de cache-cache se poursuit.
Prochaine étape : le mercredi 16 novembre.
Grégory VUIBOUT le 14-11-11

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