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La Tunisie à la croisée des chemins

La Tunisie est source d'espoir. La Tunisie est source d'inquiétude. La quête de la démocratie peut-elle se muer en crainte d'un islamisme radical ?

Le printemps tunisien, source d'espérance pour beaucoup, est à la croisée des chemins. 

La Tunisie a montré la route aux "révolutions arabes".

Le gouvernement autoritaire de Zine El Abidine Ben Ali (membre de l'internationale socialiste) a été renversé en 2011. 

Les manifestations responsables de cette fin peu glorieuse ont vu se côtoyer dans la rue des jeunes gens épris de liberté, des syndicalistes luttant contre le néolibéralisme, des islamistes minoritaires portés par le désir de la charia, des chômeurs en quête d'une vie quotidienne meilleure.

Les forces en présence

Aujourd'hui, en février 2012, quelles sont les forces en présence ?

Des élections ont eu lieu, en octobre 2011, gagnées par les islamistes de Ennahdha. Un gouvernement assure la transition dans un pays qui se cherche.

Deux réalités sont cependant intangibles : il n'y a pas d'exception arabe à la revendication démocratique mondiale ; et la Tunisie est dans le mouvement de contestation de la mondialisation capitaliste mais très ancrée dans son périmètre national.

Printemps arabes et printemps des peuples

Cette situation rappelle largement les révolutions du printemps 1848 en Europe, lorsque les peuples ont revendiqué la démocratie, la liberté, mais aussi la justice sociale. Après quelques mois, ces révolutions se sont terminées par des régimes autoritaires et un développement historique du capitalisme mondial.

Qu'en sera-t-il des" printemps arabes " ? 

Un colloque organisé par le REASOPO (Rencontre Européenne d'Analyse des Sociétés Politiques) a réuni à Paris, dans les locaux de sciences po, universitaires, syndicalistes, politiques, avocats, acteurs du forum social, venus du Maghreb. Avec un programme "Printemps arabes, mythe et fictions".

Des représentants tunisiens ont pu s'exprimer sur ces questions devant un public très nombreux.

Ils ont retracé à grands traits l'histoire de la révolution tunisienne et pensé l'avenir immédiat.

Les causes de la révolution

Adnan Hajji, leader syndicaliste du conflit du bassin minier de Redeyel (région de Gafsa), à l'origine, dès 2008, des revendications sociales, insiste sur la situation néolibérale du pays dans les dernières années du régime Ben Ali. 

La sous traitance effective pour des entreprises occidentales a changé la donne des entreprises tunisiennes, accompagnée par la privatisation des services publics.

L'explosion sociale de décembre 2010 n'a pas eu pour but la fin du régime de Ben Ali. Mais très vite mouvement social et mouvement politique s'additionnent car les négociations avec le gouvernement n'ont rien donné de tangible. 

Depuis 1995, il n'y a plus de véritable état tunisien. La famille Ben Ali Trabelsi s'est emparée des commandes.

Les ressources du pays, mines, eaux, forêts, tourisme, sont exploitées mais le taux de chômage, officiellement de 18%, est en réalité de 35%. Les régions de l'ouest expédient leurs matières premières vers l'est et Tunis ; les taux d'investissement à l'ouest sont de l'ordre de 18 % contre 82 % à l'est. Les jeunes chômeurs de Jendouba (440 000 habitants) vont à la capitale. Kasserine (là où a eu lieu un véritable massacre par les forces de l'ordre) n'a pas un seul investisseur. 

L'Union Générale des Travailleurs Tunisiens, UGTT, omniprésente et fédératrice, a débattu avec le régime Ben Ali qui a reconnu comprendre les revendications de développement de l'ouest du pays, mais les minoritaires du syndicat, le 11 janvier 2011, ont imposé la déclaration de grève générale.

Les juges d'instruction n'ont pas tenu compte des violences policières. Les manifestations d'avocats à Sidi Bouzid, où a débuté la révolution, ont été organisées avec des revendications très poussées. La sécurité policière a été à son comble, comme le précise Ridha Raddaoui, avocat du bassin minier de Gafsa .

On connaît la suite...

Et maintenant ?

Actuellement les syndicalistes font état des appels à la violence, au meurtre, venant d'islamistes mettant en avant le verset du Coran qui condamne les révolutionnaires, le gouvernement restant silencieux.

Le fait que dans un autre pays du Maghreb, le Maroc, les catholiques se cachent, interpelle. Les journalistes et les avocats dialoguent pour imposer les droits de l'homme. La gauche est dispersée (extrême gauche, centre gauche et divers partis). 

La nouvelle ère avait déjà mal commencé. Mohamed Ghannouchi, premier ministre, à qui Ben Ali avait légué le pouvoir, avait été remplacé par un ancien ministre de Bourguiba, Beji Caïd Essebsi. Les trente ans du Bourguibisme étant jugés pas très différents des années Ben Ali.

À l'intérieur du pays l'état est totalement absent, ni sous préfet, ni conseil municipal, ni police à Redeyef, une insécurité totale. Le gouverneur s'est même enfui. Des élections transparentes ont eu lieu, mais à Gafsa, bastion de l'extrême gauche, elles ont été perdues par la gauche ; les islamistes ont présenté à Gafsa deux listes indépendantes et une liste officielle Ennahdha.

Le gouvernement mis en place depuis le 23 octobre n'a pas pris une seule mesure pour améliorer une situation socioéconomique très dégradée. Il n'y a pas de travail. Les jeunes s'impatientent car la dignité n'existe pas sans liberté et sans travail.

Les jeunes cybernautes continuent les blogs, les messages postés sur YouTube et Facebook. Mais les syndicalistes confessent qu'ils ne les connaissent pas bien, et souvent ils opposent ceux qui sont dans les rues, les ouvriers, à ceux qui sont sur internet.

Les partis et syndicats sont puissants mais ne sont plus seuls : de nouvelles formes de contestation se font jour. Le vote n'est plus qu'une expression parmi d'autres.

Islamismes

Ajmi Lourimi, membre du parti Ennahdha au pouvoir, responsable culture et universitaire, reste optimiste, et propose une "offre islamique d'état séculier". Pour Ben Ali, les islamistes étaient tous identiques, hors de toute modernité. La révolution a tranché : "l'islamisme est au sein de l'équation". La porte est ouverte à la modernité politique.

Alors qu'en France la révolution à été précédée par le siècle des Lumières, au Maghreb, le mouvement social a précédé le mouvement politique. La révolution culturelle reste à faire. Et les nouvelles valeurs de l'état moderne sont à inventer. 

Bourguiba avait mis en place un état nouveau mais pas moderne. Il y avait constitution, lois, séparation religion/état, liberté d'expression, mais en fait c'était un régime policier. La modernisation du pays avait alors été forcée, sans tenir compte de ses valeurs traditionnelles. 

Les islamistes ne veulent pas gouverner seuls, ils veulent un consensus. L'avenir de la Tunisie est la démocratie. L'islamisation n'est pas nécessaire, la pays étant musulman. Les libertés individuelles doivent être mises en avant. Le statut personnel des femmes doit être maintenu et garanti. Le 18 octobre 2011, Ennahdha a rencontré la gauche marxiste pour un accord sur les acquis des femmes, la liberté de croyance, les rapports état/religion. Un projet social et un programme de développement économique doivent être maintenant débattus.

Ainsi donc le sort de la Tunisie se joue en ce début d'année 2012. Un islamisme moderne et anticapitaliste va-t-il s'imposer ou, et c'est une expression boutade de Kamal Lahbib, membre marocain du forum social mondial, "un néolibéralisme hallal" peut-il se constituer ? 

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La Tunisie à la croisée des chemins

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11 réactions à cet article    


  • SNOOP 21 février 2012 17:18

    les tunisiens ont voté ennahda. 
    les islamistes vont appliquer leur charia par petites touches...et figer la société comme ils l’ont fait en perse et en égypte, deux grandes civilisations.
    laissons parler ATATURK


    • et EN SYRIE ASSAD CONTINUE A MASSACRER SON PEUPLE

      ON N ENTEND PAS LA VOIX DU MINABLE SARKO

      peut etre que la france 4ème vendeur d’armes fournit le tyran...SARKO LE MENTEUR BONIMENTEUR SE TAIT .DEVRONS NOUS CITOYENS ENVOYER COMME EN ESPAGNE DES VOLONTAIRES REPUBLICAINS POUR DEFENDRE CE PEUPLE MARTYR oui des « BRIGADES INTERNATIONALES ».
      SARKO L AMI DES RICHES DES FACHOS EST AUSSI UN GRAND AMI DES TYRANS ...qui croit qu’il est la par la volonté de son dieu.pour toujours (mais non son DIEU C EST LE FRIC !)


    • SNOOP 21 février 2012 17:22

      « Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d’un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’islam, cette théologie absurde d’un bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »
      ATATURK


      • baska 21 février 2012 18:39

        Snoop alias jacob le simplet, t’es un petit troll de merde.

        Ce qui est certain, en matière d’atteinte des droits de l’homme le parti Ennahda de Tunisie n’arrivera jamais à la cheville des criminels de sion que tu idolâtres. Ce que fait subir cette clique sans foi ni loi aux Palestiniens relève de la barbarie la plus absolue.
        Et cette citation que tu brandis à chaque fois, je te répète pour la énième fois qu’elle n’est pas de Kemal Atatürk mais qu’elle est tirée du livre du collaborationniste Michel Benoist-méchin. Seul cet admirateur d’hitler, il voyait en lui le fédérateur de l’Europe et le nouvel Alexandre le grand, relate cette citation. Pas crédible du tout !

        • Lolo Le Caid 21 février 2012 19:44

          Vous-y croyez vraiment aux « révolutions arabes » ?

          C’est pourtant Washington qui a organisé le départ son « fidèle agent » Zine El Abidine Ben Ali… pourquoi ?

          Parce-que l’Empire a jugé que le moment était venu pour redessiner la carte de toute la région confessionnelle et ethnique et fonder le « Grand Moyen Orient » dans lequel le pouvoir sera confié à leurs auxiliaires de longue date : les islamistes. Chose que Sarkozy  n’avait pas compris au départ en a persistant à aider la répression policière en Tunisie.  

          Certes Ben Ali (tout comme l’Egyptien Moubarak) étaient les « amis des USA » mais ils étaient désormais vieux et malades et la rue commençait réellement à gronder…  Il fallait donc anticiper toute véritable révolution et canaliser la colère populaire au profit de l’Empire.

           Avec l’aide de l’armée tunisienne (entièrement équipée et aux ordres de Washington)  la succession s’est faite avec peu de dégâts. Dès qu’il a reçu l’ordre de s’en aller, Ben Ali s’est immédiatement exécuté et Obama a été le premier chef d’Etat au monde à féliciter « la révolution du peuple tunisien »…

          Si la Tunisie a eu « l’honneur » d’inaugurer le « Printemps arabe », c’est tout simplement parce qu’elle en constitue le maillon le plus faible.

          La preuve, il a fallu employer de plus gros moyens pour se débarrasser du régime de l’insoumis Kadhafi…

          Et Sarko, cette fois-ci a bien retenu la leçon et s’est précipité pour sous-traiter l’opération US pour ne pas rater ce rendez-vous avec l’Histoire...

          Certes, aujourd’hui c’est presqu’un sacrilège de jeter le doute sur l’authenticité et la spontanéité des « révolutions arabes »… Certains vont s’indigner sincèrement ou hypocritement en évoquant « le sang des martyrs »… Et pourtant, il faut oser douter, se démarquer des médias dominants et continuer à chercher. La vérité ne doit pas s’arrêter là où commencent les intérêts de l’Empire.  

          Voici une suggestion de lecture, publiée sur Agoravox, il ya moins d’une semaine : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-islamisme-et-l-empire-un-flirt-110394


           


          • Henri François 22 février 2012 08:39

            Au caïd Lolo,
            Fantasmer est l’un des dérivatifs préférés de l’intelligence lorsqu’il est utilisé à petites doses.
            Il m’étonnerait que les Etats Unis bien conscients de la faiblesse du pouvoir de Ben Ali (au contraire de la France de Sarko) aient « ordonné » à ce dernier de s’enfuir par la voix d’une armée « équipée par les yankees » (elle l’est mais par la France qui en outre instruit ses officiers).
            Il est néamoins évident que Washington essaie de pousser actuellement ses pions dans le pays mais rassurez-vous, malgré l’activité de se alliés qatari et saoudien, l’amerloque n’arrivera pas à y imposer sa marque.


          • Henri François 22 février 2012 08:27

            Peu nous importe aujourd’hui de savoir, ou de croire, si les Etats Unis, ou tout autre état de cette planète, a été à la source de la révolte tunisienne qui a réveillé, enfin, les peuples arabo- musulmans.
            Il faut au contraire insister sur le fait que ce petit pays est à nul autre pareil. Il est le seul à conjuguer à la fois certaines valeurs occidentales et d’autres orientales, la plupart traditionnelles, héritage d’une certaine lecture de la religion. En outre sa position géographqiue et le métissage plusieurs fois millénaire de sa population ont fait de lui, qu’il le veuille ou non, un pion essentiel de l’équilibre de paix dans cette région.
            Actuellement les tunisiens ont la lourde tâche d’apprendre la démocratie, LEUR démocratie et, de ce fait, commettent des erreurs qu’on aurait tort de stigmatiser, mais qui le plonge, surtout aux yeux de l’étranger, dans une certaine confusion. 
            Sans leader charismatique, mais pouvant s’appuyer sur une jeunesse sensée et très active, ils prendront du temps à s’organiser sainement mais il y arriveront à force de PATIENCE et surtout de VIGILANCE, qualités dont ils ne manquent pas. 
            Et surtout, il reste, à présent, à chacun d’entre nous qui aimons ce pays jusqu’à être tunisien de coeur, à faire savoir au monde entier une vérité qui ne peut être contestée aujourd’hui, malgré les propos désobligeants essaimés ici et là : la SECURITE des personnes et des biens y règne, foi d’un homme qui comme moi y est retourné vivre - en paix - depuis plus d’une quinzaine d’années.


            • alainmarc 22 février 2012 09:41

              Vivant en Tunisie, je ne peux qu’approuver ce message, ici à Jerba tout est calme et tout fonctionne normalement. Le seul problème étant le manque de touristes qui nuit à l’économie.
              N’ayez pas peur, la Tunisie n’est pas à feu et a sang, les salafistes ne font pas régner la terreur. Revenez donc gouter la douceur de ce beau pays ! 


            • lemouton lemouton 22 février 2012 10:35

              Je continue à croire en l’incompatibilité compléte religion <—> état.. smiley

              Une politique d’état ne peut être que laïque...
              (et zutt.. encore un mot en « ..ique »).. smiley

              Je ne vois pas en quoi des textes religieux, figés dans des formules commodes par leur simplicité, seraient adaptés et pourraient aujourd’hui avoir une quelconque force de loi..


              • Henri François 22 février 2012 16:24

                Et pourtant lemouton, bien des démocraties ont respecté, sans jamais faire référence à Dieu bien sûr, bon nombre des formule ou « des commandements » empruntés à la religion. Ne serait-ce que dans les démocraties de nations où la religion catholique est la plus répandue.
                En matière de religion monothéiste on ne peut nier la présence de certains de ses préceptes ou conseils dans les lois qui sont en vigueur dans de nombreuses nations pourtant...laïques.
                Sachez enfin qu’en ce qui concerne la Tunisie, le leader islamique lui-même, Rached Gannouchi, a déclaré récemment que dans la Constitution en cours d’élaboration, il suffisait que l’article premier de l’ancien texte soit reconduit pour affirmer la religiosité du pays. Dans cet article il est écrit que « ...la Tunisie est une République, sa langue est l’arabe et sa religion l’Islam. »
                Il est d’autre part acquis que dans cette cosntitution nouvelle seront également conservés des textes qui combattent l’intrusion de la religion dans la gouvernance du pays, comme par exemple dans le statut de la femme, l’interdiction de la polygamie.
                A ce sujet laissez moi vous affirmer que le Coran dit ceci grosso modo « ...tu pourras avoir une deux et même trois épouses, à la condition que chacune d’entre elles ait les mêmes égards et les mêmes ressources. Mais saches qu’il te sera très difficile d’y arriver ». 


              • lemouton lemouton 23 février 2012 15:19

                « ...la Tunisie est une République, sa langue est l’arabe et sa religion l’Islam. »
                Il est d’autre part acquis que dans cette cosntitution nouvelle seront également conservés des textes qui combattent l’intrusion de la religion dans la gouvernance du pays,

                Alors si je comprends bien :

                1- la constitution reconnait l’islam comme religion d’état

                2- la constitution conservent "des textes qui combattent l’intrusion de la religion dans la gouvernance du pays"

                il n’y a pas comme un bric à brac de contradiction là ???
                Il ne serait pas plus simple de créer une république laïque..  ??? smiley

                je ne sais pas mais cela sent l’enfumage théologique à pleines narines !!! smiley

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