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La victoire de Trump préfigure la débâcle du PS en 2017. Times are a changing !

La mondialisation, c’est aussi la synchronisation des tendances sociopolitiques, notamment dans des pays cousins comme les States et la France. « Un monde s’effondre, le vertige ! » Cette formule a été twittée par le très officiel ambassadeur de France aux Etats-Unis. La classe médiatique est surprise du résultat, comme elle le fut lors du vote sur le TCE en France puis lors du Brexit. Pourtant, les analystes ne peuvent pas être étonnés s’ils se penchent sur la vie des gens aux Etats-Unis et sur le fonctionnement de l’Etat ainsi que des médias. Les intellocrates n’ont visiblement pas capté le sens de ce jeu démocratique ressemblant à une mauvaise blague. Trois clés pour saisir la victoire de Trump qui est aussi la débâcle des démocrates battus du reste dans les deux chambres du Congrès.

(1) La désagrégation de l’instruction et la mise à l’écart d’une partie de la jeunesse. J’avais chroniqué il y a quelque années un livre signé Henry Giroux. J’en donne plus bas une copie*, en traçant à cette occasion un parallèle avec l’état peu engageant de notre système éducatif. Mêmes causes, mêmes effets. Les faiblesses de notre éducation nationale font le terreau du « populisme » dont l’un des ressorts est le déficit d’instruction. Mais aussi le déficit dans l’information ce qui conduit au point suivant.

(2) Des médias bien pensants et arrogants ont dit à l’électeur américain qu’il fallait voter Hillary et que Trump était le diable. Plus précisément, les journaux en vue ne sont pas bien vus dans les contrées reculées des Etats-Unis, là où les gens ne vivent pas comme à LA ou New-York ou parmi les classes en voie de déclassement dans l’Ohio. Les journalistes ont été hués dans les meetings de Trump. Ils sont perçus, à tort et à raison, comme méprisants. Mais aussi partisans et complices de ce qu’ils pensent être le Système avec ses élites mondialisantes et mondialisées. La France est sur ce chemin, avec des journaux sur le déclin, naguère promoteurs d’une culture mais devenus des tabloïds des bobos, comme l’Obs ou Libé par exemple.

(3) Le déclassement et l’abandon économique. On accuse la mondialisation de tous les maux. Or, si la fracture sociale s’étend, elle est due à des facteurs sociaux, politiques et nationaux. La mondialisation permet des échanges et favorise la croissance. Ce sont les politiques et les intellectuels qui n’ont pas su trouver le bon modèle pour que cette globalisation serve à transformer le modèle social avec une équité dans l’accès au monde matériel. Il existe des solutions, j’en ai déjà parlé. En réalité, la mondialisation a été captée par les mieux placés socialement et culturellement. Ce sont les classes supérieures et les Etats qui sont responsables de la situation, car ils ont abusé des systèmes de captation des revenus et des avantages fiscaux alors que des populations en masse se sont paupérisées. Ce constat vaut pour la politique des Etats-Unis jouée le temps de l’illusion Obama mais aussi la politique des pays européens et de la France. Les états ouvriéristes américain ont voté Trump. Le Nord de la France, patrie du socialisme ouvrier et de Maurois, vote FN. Mêmes causes, mêmes effets.

(4) Je rajoute un point supplémentaire. La banque de la colère, notion chère à Sloterdijk, a trouvé son candidat naturel, un certain Donald Trump. Chez nous, le FN peut jouer ce rôle.

On a assisté à la défaite des démocrates et d’un Système sociopolitique. Les Démocrates ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes. La défaite est cuisante mais ils ont façonné le terrain pour la débâcle. Comme le dit la formule, dura lex, sed lex, que je transpose ainsi, la défaite est cruelle mais c’est la démocratie ! Les Etats-Unis sont clivés. Et c’est le paradoxe de la division d’un pays à une époque où tous les gens sont connectés. Le paradoxe est facile à lever pour qui sait se servir de la nouvelle philosophie de l’émergence (sur laquelle je travaille)

Pour compléter cette analyse, cette recension du livre de Giroux paru en 2013 mais pas traduit en français à ma connaissance. Je crois bien que ce texte éclaire le vote Trump. Mais aussi quelques similitudes avec la situation actuelle de la France. Ce qui semble annoncer la débâcle du PS en 2017. Que ce soit Hollande ou Valls, ils suscitent la même désaffection en France que Hillary Clinton face aux populations situés dans les franges déclassées et délaissées. Il ne faut pas s’en réjouir mais apprécier la situation et se dire qu’il ne faut pas se nourrir d’espoirs mais plutôt nourrir les espérances et les résistances. Ne pas trop attendre du politique mais plutôt de nos actions et pensées. Nous sommes libres et responsables. Ce qui n’empêche pas d’être attentif sur les signes d’un possible effritement de la civilisation occidentale.


L’Amérique en guerre contre sa jeunesse. Recension d’un livre de H. Giroux

Pour le grand public, l’Amérique est une hyper puissance n’hésitant pas à guerroyer aux quatre coins de la planète. On connaît un peu moins l’autre Amérique, celle des citoyens, une Amérique très contrastée avec ses cinquante Etats et ses populations diversifiées. Les clichés persistent mais la société a évolué, livrant aux observateurs une face inquiétante de ce pays devenu très singulier et dont certaines pratiques nous paraissent étrangères, ne serait-ce que ces armes en vente libre et ces parents instruisant leurs enfants à l’usage du tir à balle réelle dès le plus jeune âge. Ces mêmes enfants qui souvent sont empoisonnés de médicaments sous prétexte qu’ils sont hyperactifs. Ce qui semble n’être que des points de détail ou de simple excès traduit en fait l’évolution de la société américaine vers une tendance autoritariste, pas vraiment démocratique. Nombre de recensions médiatiques en font état, appuyées par quelques essais édifiant dont celui publié par Henry Giroux en 2013. L’auteur est professeur au Canada, spécialiste des questions d’éducation et surtout intellectuel critique dans le sillage d’Adorno et Marcuse. Le portrait qu’il livre de l’Amérique est cauchemardesque mais laisse place à l’espoir (Giroux, America’s education deficit and the war on youth, Monthly Review Press, 2013)

Giroux a focalisé son étude sur la manière dont est « traitée » la jeunesse, avec une analyse du système éducatif reliée à une observation approfondie du contexte politique actuel qui se durcit, devenant militariste, autoritariste, sans oublier la culture régnante dans les médias qui, loin de favoriser les réflexes citoyens et démocratiques, incline à la cruauté, la violence, l’individualisme, le carriérisme et la consommation comme seul horizon de l’existence. Ce contexte s’est révélé lors des élections présidentielles de 2012 et surtout lors des prestations républicaines aux primaires avec les surenchères droitières des prétendants et des discours autoritaristes, dirigés contre les faibles et l’aide sociale, mâtinés de culte militariste avec comme think tank la nébuleuse du Tea party. Bref, la réélection de Barack Obama ne doit pas nous illusionner. Ce n’est pas encore un signe d’espérance, c’est juste que l’Amérique a échappé au pire en écartant le candidat républicain selon Giroux. Le deuxième thème étant le capitalisme de casino. C’est ainsi que l’auteur désigne ce qui pour nous est du néo, voire de l’ultralibéralisme. La notion de capitalisme de casino me semble plus appropriée, signifiant bien les conséquences, les uns amassant en quelques années des fortunes, les autres mis à la porte une fois leur maison saisie par les banques.

2012 aurait ainsi été une année charnière, révélatrice, avec une rhétorique politicienne marquée par le darwinisme social et la culture militariste. Et une sorte d’élévation du politique au rang du religieux, processus bien plus dangereux que l’inverse, la politisation du religieux. En résumé, des idées totalitaires sont apparues dans le débat politique selon les dires de Giroux dans son introduction. La face sombre de l’autoritarisme s’est affichée.

Les quatre piliers du fondamentalisme américain : Les Américains restaient confiants dans leur mythe d’une nation libre vouée à déployer les valeurs d’égalité, justice et démocratie. Hélas, ce mythe a été bien écorné depuis les attentats du 11 septembre si bien que les Etats-Unis sont plus proches des pays autoritaristes comme l’Iran et la Chine. Telle est l’opinion de Giroux qui dans le second chapitre développe les traits de quatre fondamentalismes qui ont gagné le pays depuis deux décennies. (i), la religion du marché, (ii) le fondamentalisme religieux, (iii) le fondamentalisme dans l’éducation formatée, (iv) le culte pour le militarisme et la cruauté. Ces quatre caractères sont entrelacés et se complètent, étant propagés par deux piliers de la vie américaine, la rhétorique politicienne des intellectuels idéologues et surtout les médias. Le résultat, c’est une société cruelle, individualiste, vouée à la sanction du marché, la domination des plus forts, la mise au rebut des plus faibles, les attaques contre le système de solidarité, la diffusion de la cruauté, de l’esprit militarisé et pour clore le tout, une justification religieuse prenant les formes d’un prosélytisme pour une Amérique carrément théocratique. Bien évidemment, ces quatre fondamentalismes ne décrivent pas la totalité de ce pays largement contrasté dans ses cultures et classes sociales mais ils indiquent l’accroissement d’une tendance éloignant peu à peu l’Amérique de ses valeurs anciennes où l’humain avait sa place.

En fait, la religion du marché et le culte de la puissance militaire sont loin d’être étrangers à l’Amérique, pas plus que le fondamentalisme chrétien qui il y a des décennies, restait cantonné dans les paroisses mais qui actuellement, envahit la sphère des débats publics. Quant à l’éducation, elle subit des attaques depuis quelques temps et c’est ce phénomène que Giroux s’est proposé d’analyser avec force détails tout en reliant cette transformation du champ éducatif aux tendances culturelles portées par les trois autres fondamentalismes. Avec notamment la culture guerrière renforcée depuis une décennie, analysée dans le chapitre trois. Au welfare state s’est substitué le warfare state. Avec un flux interrompu d’images dans les médias incitant les spectateurs à visionner la violence, à jouir des humiliations perpétrées par les dépositaires de la force, à vénérer l’uniforme et les armes. Dans un tel contexte, la torture devient une méthode banalisée qu’on peut employer dès lors que l’ennemi est considéré comme une sorte de sous-homme. Alors que l’incarcération intempestive des jeunes et des minorités ne choque plus, comme si la case prison était naturelle pour une catégorie d’individus qui seraient nés pour finir entre quatre murs après avoir commis des délits. L’affaire Trayvon Martin est analysée comme un fait significatif de la vie américaine contemporaine. Ce jeune noir de 17 ans tué par un policier hors service a suscité une émotion nationale, révélant au peuple américain qu’il n’en avait pas fini avec le racisme.

Un constat important explicité avec une remarque du sociologue critique Wright Mills. Lorsqu’un régime devient autoritaire et violent, ce n’est jamais de manière spontanée et autonome. Il y a toujours un contexte social et culturel qui rend possible la germination d’un tel régime et surtout son enracinement. Et justement, enraciné il l’est, ce système pratiquant le capitalisme de casino et dont les plus féroces défenseurs plaident pour la suppression des aides sociales. On aurait pu penser que la crise de 2008 aurait refroidi ce régime économique et politique or il n’en a rien été. Le casino de la finance est revenu, grâce notamment à la politique bienveillante de la FED. Mais le plus important c’est le terreau social et culturel. La domination des plus riches n’a cessé de s’accroître depuis la crise financière. Et la rhétorique politicienne anti-sociale ne s’est pas effacée, loin s’en faut, certains Américains pas très « futés » étant même prêts à penser que les pauvres sont responsables des ennuis économiques du pays.

La production d’inégalités de revenus est l’un des signes amenant l’Amérique sur une pente dangereuse, celle d’un état autoritaire avec un pays intérieur perdant peu à peu le sens du contrat social et des solidarités encadrées par l’« Etat pour tous » au service du bien collectif. D’après Giroux, depuis 2000, le public américain a été amené vers une vision « dystopique » légitimant le marché comme seule solution, avec les initiatives privées et les coupes dans toutes ces mesures sociales catégorisées sous le vocable péjoratif d’assistanat. La société tend à devenir suicidaire en brimant les minorités, en punissant dès le moindre faux pas les jeunes d’une certaine catégorie, avec une police brutale et une politique de tolérance zéro qui serait accompagnée de succès si l’on en croit le maire Bloomberg de New-York. Pendant ce temps, l’Etat fédéral claque chaque année 700 milliards de dollars pour le budget militaire, un montant équivalent à celui dépensé par les autres pays de la planète.

La politique américaine tend à devenir suicidaire, mais avec un processus lent définissable comme corrosion du tissu social avec une dureté exercée contre la jeunesse, surtout si elle n’est pas de la « classe blanche et aisée ». La jeunesse n’est plus le lieu où la société place ses espérances et rêves, elle devient le signe d’un cauchemar qu’il faut masquer. Personne n’a préparé une génération à évoluer dans un monde si dur, cruel, privé d’espérances, conçu comme une jungle darwinienne (chapitre 5). Avec au final, pour reprendre une formule de l’auteur, une jeunesse vendue aux publicitaires, au système financier, au capitalisme de casino. Il y a ceux que l’on vend car ils sont bien formés et aussi solvables et les autres, sans éducation, livrés aux bons alimentaires ou aux petits boulots mal payés qui ces temps-ci se sont développés avec le contexte de crise. Sans autre alternative que la misérable errance ou alors un logement en prison. Quelques mouvances luttent contre ces tendances des Etats-Unis à suivre une voie suicidaire dont l’un des ressorts est la pulsion sadique. Le constat s’avère inquiétant.

Un tiers de l’ouvrage publié par Giroux concerne le devenir de l’éducation avec un chapitre nous introduisant aux tendances du moment avec comme exemple l’élaboration des manuels scolaires dans un Etat plutôt conservateur, le Texas. Une pédagogie de la censure et de l’ignorance est mise en place, en supprimant de la liste des personnalités éclairées Thomas Jefferson parce qu’il plaidait pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Par ailleurs, des notions comme impérialisme, démocratie, capitalisme, ont été remplacées par d’autres concepts moins connotés du point de vue politique. Les nouveaux manuels accentuent la description d’une séquence historique couvrant les années 80 et 90, celles de la « révolution conservatrice » en négligeant la séquence précédente avec ses mouvements civiques, ses luttes émancipatrices et la contre-culture dirigée notamment contre la guerre. Une novlangue s’y déploie, adaptée à la pensée sectaire qu’elle véhicule.

Ces attaques contre l’éducation ne sont pas des épiphénomènes. Elles faisaient partie de la rhétorique du candidat républicain aux primaires, Rick Santorum. Le dessein des « conservateurs » étant de barrer l’accès des élèves aux méthodes critiques avec le doute, le débat sur la société et ses valeurs, la mise en cause des décisions politiques, le sens de l’intérêt public, la possibilité qu’il existe une réalité entre le blanc et le noir. Une mouvance anti-intellectuels se dessine ; servant de ressort à une culture de l’autoritarisme et de l’Etat autoritaire qui semble émerger en ce 21ème siècle en se superposant à ce qui, en comparaison, était un Etat providence il y a quarante ans. L’éducation devient une formation et une instruction pour naviguer dans l’Etat autoritaire, le marché, la consommation, en laissant de côté la raison et le débat critique. Tel se présente le nouveau fondamentalisme où politique et religion s’amalgament. D’après Giroux, cette nouvelle pédagogie est dangereuse pour l’avenir. Elle conduit à délaisser la raison, l’intérêt public, la politisation du citoyen, au profit d’une instruction finissant par ressembler à une rhétorique sectaire.

Les attaques sont menées sur la culture, les contenus, les méthodes pédagogiques, les enseignants ainsi que le fonctionnement des établissements où la police dispose de ses entrées et ses méthodes musclées. Si bien que les cas de jeunes élèves finissant au poste se généralisent, avec des motifs anodins, un geste déplacé, un mot de trop, une bataille de boulettes de pain à la cantine. Cet ordre autoritaire se marie parfaitement avec la culture pratiquée par ceux que Giroux désigne comme intellectuels fermés (gated intellectuals). Fermés à l’éthique, à l’éveil du sens de la responsabilité envers les autres, au sens critique appliqué à l’observation de la vie politique et économique. Intellectuels fermés aussi dans le sens où ils ouvrent vers un horizon unique, celui de l’insertion de l’élève dans le grand marché avec des gros lots à gagner mais surtout beaucoup à consommer pour ceux qui obéissent à la dure règle du jeu. Une éducation formant des zombies ivres de centres commerciaux et autres divertissements, étrangers aux sentiments éthiques. L’actualité semble donner une illustration de ce constat tracé sur les intellectuels fermés qui sont peut-être aussi ceux poussant Obama à intervenir en Syrie. Auquel cas, l’hypothèse d’un président coincé par une frange dure mais tentant de s’y opposer tient la route. Une frange d’anti-intellectuels qui occupent les plateaux de télévision pour instiller leur rhétorique à sens unique formant des gens stupides.

Face à ce constat sombre et cauchemardesque, Giroux n’incite pas à accepter le monde tel qu’il est. Il consacre quelques pages aux mouvements alternatifs constitués dans le sillage de la crise de 2008 et l’après-Bush, mouvances parmi lesquelles la plus connue du grand public est OWS. Il faut résister au capitalisme de casino et au warfare state en développant l’éducation, le sens critique, la liberté de parole et d’analyse (chapitres 8 et 10). Le mouvement « Occupy » est à la fois intellectuel et politique. Il est plus structuré que nos indignés européens avec leurs tentes sur les grandes places espagnoles. Il se veut indépendant des autorités professorales, mais néanmoins revendiquant le label qualité des universitaires et des experts. Et prend soin de développer un langage qui soit celui de la critique, de l’éclairage, de la réflexion, de l’ouverture. Ce qui s’inscrit dans le ressort éducatif comme résistance face au capitalisme guerrier, fondamentaliste et darwinien. Face à la novlangue ultralibérale qui ferme l’esprit, il faut une langue riche et affranchie permettant de donner à voir et à penser. Et d’être visionnaire en réfléchissant une existence non réduite à la consommation de biens et services. Inventer une autre société avec des valeurs partagées pour résister à l’individualisme. Bref, OWS est aussi un combat pour l’espérance. Un mouvement qui se veut visionnaire, basé sur l’intelligence et la raison. Ce combat mené avec l’usage des mots et du sens semble bien relever de Hegel plutôt que de Marx. La lutte de la classe, celle des gens instruits !

Le portait de l’Amérique signé Giroux est saisissant. Il s’inscrit dans des cadrages multiples. Je vous en propose trois. D’abord le volet socioculturel. Les phénomènes décrits par l’auteur ne tombent pas du ciel. On en voyait les prémisses en lisant les écrits de Lasch, d’abord sur le narcissisme qui parfois devient haine de soi et se projette sur les autres. Puis sur cette révolte des élites en rupture avec les responsabilités et les valeurs observées par les anciens. Ainsi, le processus américain a conduit le pays vers sans doute l’esquisse d’un nouveau régime. Leo Strauss nous explique que les citoyens sont en cohérence avec le régime et donc, le portait de l’Amérique du warfare state et du capitalisme de casino laisse penser à l’avènement de ce régime autoritaire dénoncé par Giroux. Avec, comme ressort, un nihilisme d’un genre nouveau, pas celui des Allemands du début du 20ème siècle mais celui des élites ultralibérales et fondamentalistes qui refusent de vivre avec les valeurs de solidarité et d’entraide avec l’aide des plus faibles. Après le cadrage socioculturel d’un Lasch et l’explication idéologique à la Strauss, on proposera une incursion dans le psychopolitique avec l’ouvrage inachevé de Broch sur la folie des masses où une similitude se dessine. D’un côté, vers 1910-30 les chefs politiques joueurs désignés aussi comme démagogues démoniaques guidant les masses en leur proposant des moyens pour satisfaire les pulsions archaïques et infantiles supportées par des fixations délirantes (cf les gated intellectuals). De l’autre côté en 2013, les élites américaines du capitalisme de casino avec leurs obsessions fondamentalistes, militaristes et leur sadisme maîtrisé ; des élites qui semblent répondre au portrait des hommes démoniaques du crépuscule.

Il faut se souvenir où nous ont mené, entre 1914 et 1945, les hommes du crépuscules, en Europe, au Japon et ailleurs. On doit prendre au sérieux cet essai de Giroux et être conscient que si on laisse les démoniques aux manettes, ça pourra mal finir, avec un monde autoritariste, policier et brutal, pire qu’actuellement.

Ceux qui, assurés de revenus corrects, ne s’inquiètent que de leur retraite en espérant une vie sereine dans un monde sûr ne méritent ni l’une ni l’autre et d’ailleurs n’auront ni l’une ni l’autre (paraphrase d’une formule bien connue).

Enfin, on ne peut passer sous silence l’actualité avec l’administration américaine qui, selon Brzezinski, doit maintenant faire avec l’éveil d’une conscience politique qui s’oppose à la guerre et dont l’instruction passe par les médias alternatifs (cf. mon précédent billet sur la mouvance anti-système). Pour info, un dernier sondage Gallup indique que seulement 23% des Américains font confiance aux médias de masse (mainstream) qui s’essoufflent, laissant présager l’avènement d’une nouvelle ère. Il se passe quelque chose d’important cette année 2013 et pour en comprendre quelques ressorts, lisez ce percutant essai de Giroux ! We are the hope !


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63 réactions à cet article    


  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 9 novembre 08:47

    Ce qui préfigure la débâcle du PS, c’est la débâcle du parti démocrate américain et la politique néo-libérale que le clan Clinton-Obama a menée depuis 8 ans.

    Les électeurs américains ont rejeté ce système comme les électeurs français avaient rejeté Sarkozy en 2012.
    En politique comme en chirurgie, un rejet ne signifie pas que la prochaine greffe va prendre !
    Trump a été élu sur la rupture qu’il a affichée : arrêt de l’immigration qui concurrence les emplois, mise en place de barrières douanières pour pratiquer le préférence nationale, fin des traités commerciaux. Même le front national ne propose pas ça.
    Le parallèle entre la France est les USA en est d’autant plus hasardeux.

    • Paul Leleu 9 novembre 14:26

      @Jeussey de Sourcesûre

      bah si .... Trump Le Pen c’est un peu pareil... maintenant je vois pas ce qu’ils vont apporter de mieux dans ma vie... c’est surtout ça


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:23

      @Paul Leleu
      85% des Français ne veulent pas du FN.

      Le FN n’arrivera jamais au pouvoir. Parce que les Français n’en veulent pas.


      Son rôle est de salir la souveraineté, par des propos racistes, xénophobes et islamophobes, pour éviter que les citoyens normaux se rassemblent pour sortir de l’ UE, de l’euro et de l’ OTAN.
      Il sert à diviser et à décourager les Français de songer au Frexit.



    • lsga lsga 9 novembre 20:27

      @Fifi Brind_acier
      Il y a un gros risque que les électeurs du FdG ne votent pas au 2nd tour pour laisser passer Marine Lepen, exactement comme les électeurs de Bernie Sanders ont laissé passer Trump.


      Je ne suis vraiment plus un soutien de JLM à cause de son positionnement nationaliste. Toutefois, j’ai bien l’impression que Jean Luc Mélenchon est la seule personne qui sera capable de battre Marine Lepen en 2017. À moins que ne surgisse un inconnu qui arrive à séduire l’extrême gauche. 

    • kako 10 novembre 02:18

      @Fifi Brind_acier
      Je ne partage pas du tout votre avis. Je vous rappelle qu’on avait dit la même chose à propos de Trump, il y a quelques mois, voire quelques semaines. Le FN a beaucoup édulcoré ses propos depuis déjà un moment et même si le fond xénophobe demeure, les propos franchement racistes ont disparus. Mais ce qui est important c’est surtout la lassitude des français. C’est exactement ce qui s’est passé aux USA ; chômage, précarité, appauvrissement de la population, violence, pas de perspectives d’avenir. Çà, c’est un mélange explosif ! Et comme les français ont déjà tenté l’alternance en vain, que pensez vous qu’ils vont faire ? Garder Hollande ? Voter pour un vieux cheval de retour ayant montré son incapacité comme Sarkozy, ou encore Juppé, voire Fillon ? Ils n’auront pas le choix. Ils sont presque obligés de voter pour MLP. Je n’aime pas cette idée, mais je pense que c’est inéluctable. 


    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 10 novembre 05:31

      @kako
      Si, si, ils auront le choix ! Ils pourront voter pour l’ UPR.
      « Les 10 raisons qui imposent de sortir de l’ UE » et sans le FN, dont les Français ne veulent pas.


    • fred.foyn fred.foyn 9 novembre 08:50

      (

      (La victoire de Trump préfigure la débâcle du PS en 2017..et celle de la droite traditionnelle..) Reste l’inconnue celle des électeurs..seront ils enfin à la hauteur de leur pays ?..Vont ils mettre le bulletin de MLP dans les urnes ? ou rester cloitrés dans leur fosse septique ?..Moi j’ai depuis le début défendu Trump sans états d’âmes pour un changement dans mon pays !

      • Paul Leleu 9 novembre 14:24

        @fred.foyn

        content que la caste se casse la figure... mais faudra préciser en quoi Trump ou Le Pen vont être un mieux pour moi. Concrètement... pas pour le spectacle. perso je vois pas...


      • howahkan howahkan 9 novembre 09:29

        Salut Bernard

        je cite : On doit prendre au sérieux cet essai de Giroux et être conscient que si on laisse les démoniaques aux manettes, ça pourra mal finir, avec un monde autoritariste, policier et brutal, pire qu’actuellement.

        Oui bien sur...

        mais regardons si « on » laisse tout faire on obtient la dictature des brutaux, si on ne laisse pas faire on obtient la même chose au bout d’un moment, par des lois, la corruption , police au service exclusif d’un pouvoir x etc...car les brutaux finissent par diriger comme cela se produit en Europe, Us et partout ailleurs..

        parce que la majorité est divisé donc refuse de collaborer donc n’a aucun poids....

        le pouvoir affronte chaque humain 1 par 1......il gagne donc toujours...

        mais à 1 contre 6.9 milliards ????

        le point de basculement radical est donc l’ unification VOLONTAIRE des humains...qui ne peut se faire QUE sur une volonté de collaboration et de partage équitable..cela ne peut se faire par notre façon d’être actuelle qui est cette pseudo compétition qui elle n’amène que ce qu’elle peut amener...avec ce possible suicide collectif....avec guerres, destructions, vols etc et machines...

        le veut on ??

        la Russie semble, vue de loin, initier autre chose ..

        moi je dis que c’est la masse faite d’unités narcissiques , le culte du moi je à son apogée,un « moi je » qui nie totalement le collectif SAUF POUR LE VOLER...7 milliards de « moi je », sauf exceptions pas encore assez nombreuses mais ça augmente, qui refusent de coopérer pour ne pas partager qui a amené ce monde là ou il en est depuis disions 3000 ans, difficile de savoir vraiment tant l’histoire est fausse..

         et ceci est toujours bien en place...ce qui fait ce monde violent car sa base est le conflit avec moi même, non perçu, qui s’ étends aux autres..car la masse qui refuse la vie donc la mort ne vit pas elle survit, or la survie ad æternam n’existe pas...ceci crée une insécurité non comprise...que la pensée binaire fuit en imaginant son opposé...la sécurité...ceci est la quête humaine de tous....j’essaye de fuir cette insécurité sans rien en savoir et je cherche une sécurité..

        Comment la pensée,seul programme en marche va faire cela par rapport à ce qu’elle peut faire qui est limité à ...ses........désirs, eux aussi inconnus, incompris ?

        Dans un monde de relation ou déjà « moi je » va mal, il a peur de sa fin , donc il souffre etc chacun va chercher sa propre sécurité , ce qui dans un monde de pseudo compétition ne peut se faire QUE sur le dos des autres......et là il y a x milliers d’années lorsque nous quittâmes le « paradis » mental d’un humain éveillé donc en contact avec L’Origine qui est alors le guide , nous avons en un instant créé ce monde de violence, de guerre, de souffrance , de vol, de destruction etc...parce que notre cerveau ,enfin ce qu’il est reste en fonction déconne à plein....

        la pensée ,la science donc ne savent pas vivre, ce n’est ni bien ni mal cela n’est pas leur domaine de compétences...ce sont uniquement des moyens qui en l’absence de nos autres capacités elles connectées avec disons Mère Nature ,avec la profondeur de Mère Nature, avec la cause primordiale de notre existence , des moyens qui en cette absence vont se prendre pour la cause primordiale de notre existence...pour cela il faut nier L’Origine et donner la toute puissance à l’humain, le quasi créateur et seule raison d’etre de L’univers...A SES PROPRES yeux..encore une fois juge et partie...

        Pensée qui est notre seule fonction en marche aujourd’hui , sauf exceptions assez nombreuses je pense en fait, mais pas suffisantes pour créer encore un point de fracture avec ce monde dégénéré..car nous régressons mentalement avec un programme qui est machine, se prends pour un « je » , s’ auto déclare génie etc et fait des machines...

        etc....


        • Yohan Yohan 9 novembre 09:45

          Les sans dents ont voté et leur sentence est irrévocable


          • ZenZoe ZenZoe 9 novembre 09:48

            Trump a tout compris. Il a bâti sa campagne sur l’anti-establishment, et il a raison. Aux Etats-Unis comme dans presque tous les pays occidentaux, on n’est plus dans le clivage gauche-droite, républicains-démocrates, on est dans un clivage élites-peuples. Les profiteurs contre les exploités, les privilégiés contre les laissés-pour-compte, une minorité arc-boutée sur ses pouvoirs contre une majorité privée de parole.. Hillary représente cette élite détestée et au fond le résultat ne surprend pas.
            Par contre, si les Américains ont montré qu’ils votaient librement, les électeurs Français sont généralement plus influençables et votent au coup de sifflet. Ils ne voteront peut-être pas Hollande, mais pas Le Pen non plus par exemple, parce qu’on leur dit que c’est mal. Sur le fond, ça se discute, mais il reste que les électeurs Français sont plus frileux .


            • Massada Massada 9 novembre 09:57

              Heureux !

              on se rappelle les promesses du candidat Trump, notamment de dénoncer l’accord nucléaire avec l’Iran et de transférer l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem, la capitale de l’Etat hébreu.


              • agent ananas agent ananas 10 novembre 08:15

                @Massada
                Trump raconte beaucoup de conneries ...
                En fait Trump est plus crédible quand il ment que Hillary lorsqu’elle dit la vérité.
                C’est pourquoi il a été élu.


              • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 9 novembre 10:09

                «   transférer l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem. »


                ça économisera les frais de transport !


                • Massada Massada 9 novembre 10:20

                  @Jeussey de Sourcesûre

                  oui et surtout les États-Unis devraient opposer leur veto à tout vote des Nations Unies qui injustement porterait sur Israël.

                  Les États-Unis devraient considérer le mouvement BDS contre Israël comme intrinsèquement antisémite et prendre des mesures fortes, à la fois diplomatiques et législatives, pour contrecarrer les actions qui visent à limiter les relations commerciales avec Israël.

                  Les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale éternelle et indivisible de l’Etat juif.

                  enfin, pas « d’état palestinien sous Trump »

                  Elle est pas belle la vie smiley


                • Abou Antoun Abou Antoun 9 novembre 10:11

                  L’auteur,
                  Si vous voulez faire le malin en mettant du globbish dans vos titres essayez au moins de respecter la grammaire.
                  Vous pouvez dire : « Times are changing » (les temps changent), ou bien « Times are a changing .... » où .... désigne un substantif auquel s’applique le qualificatif ’changing’.
                  Mais « Times are a changing » ne signifie rien du tout.
                  J’espère que vos contributions scientifiques sont un peu plus rigoureuses.


                  • Bernard Dugué Bernard Dugué 9 novembre 10:16

                    @Abou Antoun

                    Come gather around people Wherever you roam And admit that the waters Around you have grown And accept it that soon You’ll be drenched to the bone And if your breath to you is worth saving Then you better start swimming or you’ll sink like a stone For the times they are a-changing

                    Come writers and critics Who prophesize with your pen And keep your eyes wide The chance won’t come again And don’t speak too soon For the wheel’s still in spin And there’s no telling who that it’s naming For the loser now will be later to win Cause the times they are a-changing


                  • Jeussey de Sourcesûre Jeussey de Sourcesûre 9 novembre 10:21

                    @Bernard Dugué

                    Tout ça pour dire « fuck » ?

                  • Gabriel Gabriel 9 novembre 10:33

                    @Bernard Dugué
                    And my sister’s hand in the pants to trump. Amen !


                  • Abou Antoun Abou Antoun 9 novembre 10:40

                    @Abou Antoun
                    J’oubliais simplement que Bob Dylan est prix Nobel de ... littérature.
                    Trop drôle !


                  • Abou Antoun Abou Antoun 9 novembre 20:40

                    @Abou Antoun
                    Pour aller au fond des choses.
                    Pour avoir valeur de citation (à condition effectivement de citer) il eut fallu écrire l’expression avec un trait d’union. Telle quelle l’expression n’a strictement aucun sens. même pas capable de recopier !

                    explication :

                    « A- » before a verb was a prefix quite common in 16th C. English. It is still, today, quite common in Appalachian English, in the US, which is where Dylan no doubt took his influence.

                    It can mean « engaged in », as in « He’s a-runnin ! And fast ! », or « She’s a-birth, and there’s no point in hoping she’ll not. »

                    It can also mean « motion to, into », as in « I’m going a-long », « I’m going a-bout », « I’m going a-round », « I’m going a-breast ».

                    It is not today used in formal English, but it is an archaic usage from the 16th C. English (as one sees in the words « around », « about », and « abreast »), so it is not an « Americanism ». It is an archaic form of English that survives in America (and with consideration for the powerful influence this prefix worked over our prepositions, I’d suppose it survives in parts of Britain, as well — Scotland, perhaps ?).

                    Being a colloquialism, its usage is largely regional, and so hasn’t gotten enough attention to register on my personal « research radar » — I, having lived in/come from Appalachia, find it rather intuitive. But my linguistic skills aren’t sharp enough to describe precisely how the usage might work, unfortunately.

                    This is the sort of thing that, if you want to know how it’s used, you’ve got to move to the place where it’s spoken and hear it in speech for yourself.


                  • hunter hunter 9 novembre 10:25

                    J’espère qu’il va nettoyer le marigot...y’a du taf !

                    Adishatz

                    H/


                    • LE CHAT LE CHAT 9 novembre 11:24

                      Juppé tremble déjà , lui le chouchou de l’establishment à la française ! smiley


                      • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:30

                        @LE CHAT
                        C’est plutôt Hollande qui déchante, fallait voir sa tête ! Et celle de la volaille médiatique ! Quel spectacle, rien que pour ça, merci Trump !!


                      • Ratatouille Ratatouille 9 novembre 13:12
                        Henry Giroux son cite 
                        http://www.henryagiroux.com/index.html

                        http://www.henryagiroux.com/index.html


                        Henry Giroux : « Le fascisme est une étreinte de l’antipolitique profond ».

                        https://mohsenabdelmoumen.wordpress.com/2015/08/28/henry-giroux-le-fascisme-est-une-etreinte-de-lantipolitique-profond/

                        .extrait

                        Mohsen Abdelmoumen : La notion de « jetabilité » revient souvent dans vos écrits, que ce


                        soit en parlant de la jeunesse, de la politique, de l’avenir, etc. Pourquoi insistez-vous sur ce thème ?

                        Henry Giroux : Le capitalisme mondial a adopté une série de caractéristiques qui exigent un nouveau langage afin de comprendre de tels changements ainsi que les effets dans les registres économiques, politiques et pédagogiques qui visent à des degrés divers ceux qui supportent le poids de ses forces oppressives. Non seulement nous avons vu une séparation entre le pouvoir, qui est mondial, et la politique, qui est locale, mais nous avons vu une attaque à part entière sur l’État social, l’avènement de l’État punitif et l’émergence de ce qui pourrait être appelé une culture autoritaire de la cruauté. Dans de telles circonstances, j’ai essayé de saisir la sauvagerie actuelle des différents régimes du capitalisme néolibéral en développant un paradigme axé sur l’intensification de ce que je l’ai appelé la politique de la jetabilité.
                        Sous le néolibéralisme, la politique devient une extension de la guerre et les populations qui ne contribuent pas ou qui adhèrent à l’idée que la seule valeur qui importe est la valeur d’échange sont considérées comme inutiles ou une menace pour les élites dirigeantes. Une des conséquences est que, dans cette nouvelle conjoncture historique, la pratique de la jetabilité s’élargit pour inclure de plus en plus d’individus et de groupes considérés comme superflus, expédiés dans des zones d’abandon, de surveillance, et d’incarcération de masse. La jetabilité n’est plus l’exception mais la norme. Comme la portée de la jetabilité a été élargie pour inclure un éventail de groupes s’étendant de la jeunesse de l’université et les minorités pauvres aux chômeurs et les membres de la classe moyenne qui ont perdu leurs maisons dans la crise financière de 2007, un changement dans la radicalité et la portée de l’appareil de la jetabilité constitue non seulement un nouveau mode de politique autoritaire, mais exige également un nouveau vocabulaire politique pour comprendre comment le contrat social a pratiquement disparu tandis que les mécanismes d’expulsion, de jetabilité et la violence d’État ont fusionné et sont devenus une menace.
                        ous un néolibéralisme sauvage, les citoyens sont réduits à des données, des terroristes potentiels, des consommateurs et des marchandises, et en tant que tels revêtent des identités dans lesquelles ils deviennent de plus en plus, en reprenant les mots João Biehl, « inconnaissables, sans droits de l’homme et sans que personne ne soit responsable de leur condition ». Dans cet appareil de mort sociale, non seulement la cécité morale prévaut de la part de l’élite financière, mais les mondes intérieurs des opprimés sont constamment remaniés sous la force des pressions économiques et d’une culture de la crainte, tandis que leurs vies ressemblent à la marche de la mort – des individus rejetés qui restent invisibles et absents dans le discours politique dominant, des droits et de la morale civique. Le discours de la jetabilité désigne et rend visible des zones croissantes d’exclusion et d’invisibilité incorporant de plus en plus d’individus et de groupes qui étaient autrefois considérés comme essentiels au maintien de la vie publique.
                        Comme nous l’avons vu avec la brutalité des meurtres racistes des jeunes Noirs aux États-Unis, la jetabilité cible des personnes spécifiques et des espaces sociaux en tant que sites de danger, de violence, d’humiliation et de terreur. C’est plus évident dans l’ascension d’un État brutal de punition-incarcération qui impose sur les dépossédés son pouvoir racial et basé sur la classe, l’émergence d’un État de surveillance qui espionne et élimine les dissidents, l’émergence de vastes appareils culturels qui colonisent la subjectivité dans les intérêts du marché, et une classe politique qui est indifférente à des concessions politiques et semble à l’abri du contrôle des États-nations.
                        La politique de la jetabilité est au centre de mon travail car elle indique clairement les mécanismes d’une forme plus brutale de l’autoritarisme conduite par ce que le psychologue Robert Jay Lifton appelle à juste titre un « âge saturé de mort » où les questions de la violence, de la survie et du traumatisme imprègnent la vie tous les jours. Rejetés par l’État des entreprises, dépossédés des dispositions sociales et privés des conditions économiques, politiques et sociales permettant des modes viables et essentiels d’organisation, des populations croissantes d’Américains se retrouvent aujourd’hui habitant des zones d’abandon. Ces zones de détresse et l’exclusion en phase terminale constituent une signature de marque de fabrique et une intensification d’une politique néolibérale de jetabilité qui est implacable dans la violence matérielle et symbolique qu’elle mène contre les 99 pour cent pour le bénéfice de la nouvelle élite financière. Ce qui est devenu clair est que l’expropriation, la dépossession, et le désinvestissement capitalistes ont atteint un point où la vie est devenue complètement insupportable pour plus de la moitié du public américain vivant dans ou au bord de la pauvreté. Comme je l’ai dit dans une grande partie de mes écrits récents, la preuve de telles zones d’abandon et de terreur peut être vue dans la guerre contre les immigrés, les minorités pauvres, les sans-abri, les jeunes vivant dans l’endettement, les chômeurs de longue durée, les travailleurs, la classe moyenne déclinante, qui ont tous été poussés dans d’invisibles communautés de contrôle, de harcèlement, de sécurité et d’administration à travers le complexe du punition.


                        • L'enfoiré L’enfoiré 9 novembre 13:16

                          Bonjour Bernard,


                           Le titre est parfait.
                           Pour les Européens on pourrait le traduire par « Amer Exit » comme je l’ai écrit ce matin.
                           Même électorat que pour Le Pen qui veut faire du protectionnisme mais quand on regarde la différence de dimensions entre les USA et la France, elle a un problème de réglage du compas.
                           Chruchill avait voulu créer avec justesse, de l’Europe Unie pour contrer les grands blocs qui se construisaient : URSS... puis Chine... que l’on appelle de manière assez hautaine BRICS
                           Quand on produit plus que ce qu’on peut consommé (souvent grâce aux nouvelles technologies), les frontières sont des ennemies. 

                          • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:34

                            @L’enfoiré
                            Le FN ne veut sortir de rien du tout, alors le blabla sur les frontières..., à d’autres !


                            Le FN, c’est juste un épouvantail médiatique au service du système.

                            S’il était dangereux, il serait censuré comme l’ UPR.

                          • izarn 9 novembre 13:49

                            "La mondialisation permet des échanges et favorise la croissance. Ce sont les politiques et les intellectuels qui n’ont pas su trouver le bon modèle pour que cette globalisation serve à transformer le modèle social avec une équité dans l’accès au monde matériel.« 
                            Non c’est faux !
                            Premièrement les échanges internationaux ont toujours existé, depuis des milliers d’années.
                            Deuxio, ce qui est en cause, ce ne sont pas les échanges commerciaux en eux-meme, mais les MODALITES de ces échanges. Il ne s’agit nullement de »modèle social". Vieille rengaine capitalisme contre communisme.
                            L’équité ne doit pas etre d’abord sociale, c’est un autre problème galvaudé comme un attrape couillon par les gauchistes. L’équité doit etre organisée dans les échanges commerciaux et financiers. Le faible ne doit pas etre écrasé par le fort sous pretexte de liberté et de liberalisme mal compris. Donc le faible doit se protéger, et non pas s’ouvrir à tous les prédateurs sous prétexte de pseudo croissance, qui désormais culmine à zéro, au mieux ! Ouvrons les yeux !
                            La globalisation ça ne marche pas ! Stiglitz le disait déja en 2007 !
                            Combien de fois faudra-t-il le repeter sur Agoravox ?
                            Trump élu, on continue à sortir ces aneries ? Incroyable !
                            De fait s’agit de faire disparaitre le néo-libéralisme. Pas forcement le capitalisme en lui-meme.
                            TAFTA et CETA sont catastrophiques de ce point de vue. Tout est logique.
                            La est la question...La se trouve le noeud essentiel.
                            Le reste c’est de la foutaise qui n’aboutira à rien !
                            La charrue avant les boeufs ! Les lendemains qui chantent !


                            • factorisation 9 novembre 15:31

                              Triste jour


                              • julius 1ER 9 novembre 16:30

                                @Dugué 


                                cet article entre en résonance avec celui-ci dont voici le lien :

                                cet autoritarisme dont vous vous faîtes l’écho ne vient pas de nul part mais est le produit la résultante même de ces politiques Ultra-libérales formatées pour l’économie casino !!!

                                quand la masse ne supporte plus les températures élevées... plutôt que faire baisser les températures ... on casse le thermomètre , c’est bien plus facile !!!

                                • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 10 novembre 05:40

                                  @julius 1ER
                                  Si les masses ne supportent plus la mondialisation, il faut sortir de l’ UE le plus rapidement possible. Ce sont les Traités européens qui ont ouvert les portes à la mondialisation par les 4 libertés : liberté de circulation des capitaux, des hommes, des marchandises et des services.

                                  C’est écrit noir sur blanc dans le TFUE, le Traité de fonctionnement de l’ UE.


                                • julius 1ER 9 novembre 16:45

                                  ce lien que vous donnez sur Giroux est des plus intéressant .... 


                                  en tous cas rappelez que relire Marx n’est pas vain, mais une vraie nécessité pour toujours avoir des repaires !!!
                                  en tous cas sur cet article il n’y a pas grand -chose à jeter mais à conserver, car il aura de la valeur dans quelque temps tellement il sonne juste !!!

                                  • lsga lsga 9 novembre 16:52

                                    @julius 1ER
                                    « Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. »

                                    K.Marx, maifeste du parti communiste. 

                                  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:16

                                    @lsga
                                    « Les échecs de la Gauche occidentale ».
                                    Circulez, il n’y a plus rien à voir, la Gauche des euro-nouilles et des néo cons va disparaître dans les tréfonds de l’ histoire....


                                  • lsga lsga 9 novembre 20:35

                                    @Fifi Brind_acier
                                    Wao ! un article avec des mots écris ? Même pas une vidéo d’Asselineau qui paopotte pendant des heures ? C’est un progrès ! Pour t’encourager je vais lire ton article. Je te conseille de ton côté de grapiller des passages ici et là dans celui-là :



                                    C’est le point de vue matérialiste révolutionnaire sur les raisons de l’échec de la gauche petite bourgeoise. 

                                  • lsga lsga 9 novembre 20:39
                                    @Fifi Brind_acier
                                    et bien, le contenu de l’article lui-même est un progrès. C’est amusant, car la question coloniale est également au centre du petit livre de Rosa Luxembourg que je t’ai mis en lien. 

                                    J’ai quand même une divergence avec l’article : La Russie est du côté des Européens et des Américains. Le conflit se fera très certaine entre un axe USA-Europe-Russie contre un axe Chine-Afrique-Amérique du Sud. 

                                    Nous allons perdre ce conflit, et c’est tant mieux. 

                                  • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:13

                                    « Le FN peut jouer ce rôle », j’ai cessé de lire la suite des couillonnades...
                                    L’auteur ne semble pas comprendre que les Français ne veulent pas d’un Parti raciste, xénophobe et islamophobe depuis 40 ans. Ils veulent des dirigeants qui ne divisent pas les Français et ne répandent pas la haine dans la société.


                                    C’est l’ UPR qui a le vent en poupe, 48 adhésions nouvelles le 8 novembre !
                                    Le 1er Novembre, Asselineau annonçait l’élection probable de Trump.

                                    Et Asselineau explique pourquoi Hollande et la volaille médiatique n’a rien compris.

                                    "Sur l’affaire Trump comme sur toutes les autres, M. Hollande n’a strictement rien compris du phénomène historique qui va balayer tout l’occident : le réveil des peuples contre l’oligarchie et la dictature planétaire qu’elle veut imposer.

                                    On a certes le droit de ne pas tout apprécier dans la personne et dans les déclarations de Donald Trump. Mais lorsque l’on est un chef d’État un tant soit peu avisé, on n’insulte pas l’avenir comme M.  Hollande l’a fait. Sur l’affaire Trump comme sur toutes les autres, ce médiocre personnage aurait tout simplement mieux fait de se taire.

                                    Décidément, il est grand temps que le « régime Hollande » cesse.

                                    L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche marque le début d’un changement historique mondial et M. Hollande appartient déjà à l’ancien monde ..."


                                    • covadonga*722 covadonga*722 9 novembre 20:18

                                      @Fifi Brind_acier
                                      Le 1er Novembre, Asselineau annonçait l’élection probable de Trump.


                                      moi pareil le 9 novembre je vous annonce la non élection « plus que probable » de MR Asselineau
                                      en Mai 2017 



                                    • Fifi Brind_acier Fifi Brind_acier 9 novembre 20:38

                                      @covadonga*722
                                      Sauf que les Français ne veulent pas du FN depuis 40 ans ! C’est ballot !


                                      Mais surtout ne changez rien, la volaille médiatique fait sans cesse le lien FREXIT- TRUMP- FN.
                                      Vous allez servir d’idiots utiles encore quelques temps ...

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