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Accueil du site > Actualités > International > La vraie élection de Barack Obama

La vraie élection de Barack Obama

68% en faveur de Barack Obama. Ce n’était pas le 4 novembre mais le 15 décembre 2008.

C’est fait ! Barack Obama vient d’être officiellement élu 44e Président des États-Unis ce lundi 15 décembre 2008. Sans aucun suspens.

Pour Barack Obama, ce n’était qu’une formalité constitutionnelle (le 12e amendement de la Constitution des États-Unis) qui terminait l’interminable procédure de la désignation du Président américain, l’affaire ayant été entendue pour lui dès la nuit du 4 novembre 2008.


Le risque mineur d’une invalidation

Pourtant, Obama aurait pu avoir encore un petit problème que ses détracteurs (très rares en ce qui concerne la légitimité du nouveau Président) avaient cherché à monter en épingle.

On prétendait qu’il n’était pas né à Hawaï, ce qui lui aurait fermé les portes de la Maison Blanche. On prétendait qu’il était né au Kenya et que sa mère (certes globe-trotteuse) avait retraversé l’Atlantique quelques jours après son accouchement.

Le principal défenseur de cette thèse, Philip Berg, soutient curieusement que Barack Obama aurait aussi la nationalité indonésienne, ce qui est contradictoire puisque né au Kenya, Obama aurait alors déjà la nationalité britannique et que l’Indonésie refuse toute double nationalité.

L’hypothèse a été formellement rejetée le 8 décembre 2008 par la Cour suprême des États-Unis.


Élu haut la main par le collège électoral

Ce dernier obstacle franchi, Obama a donc pu être élu le 15 décembre 2008 par 68% de ses électeurs. Grands électeurs. En fait, seulement 365 voix en sa faveur et 173 en faveur de John MacCain. Sur un total de 538 grands électeurs.

On pourrait presque penser que le système se rapproche de l’élection présidentielle française sous la IIIe puis IVe République. Avec quatre différences notables.

D’une part, les grands électeurs américains ne sont pas parlementaires et ne servent qu’à élire le Président des États-Unis.

D’autre part, ils ont un mandat impératif, c’est-à-dire que, élus sous la couleur de leur candidat, ils doivent absolument voter pour ce candidat. Du moins au premier tour. Et si aucune majorité absolue ne s’était dessinée, alors ils auraient retrouvé leur liberté de vote pour rechercher une issue majoritaire.

Dans le cas où le Président élu (Obama) aurait été déclaré inéligible (ce qui aurait pu se faire a posteriori, contrairement à la France où le Conseil Constitutionnel contrôle a priori la validité des candidatures à l’élection présidentielle), ses grands électeurs auraient eu, également, la liberté de vote.

En raison du mandat impératif, aucune incertitude ne planait donc sur le scrutin du 15 décembre 2008.

Enfin, autre différence aussi, contrairement à l’ancienne élection présidentielle où les parlementaires se réunissaient dans le même lieu, les grands électeurs du collège électoral votaient dans la capitale de leur État et pas à Washington, montrant une fois encore (au-delà du mode de scrutin) à quel point la Constitution américaine tient au caractère fédéral des États-Unis.

Je n’oublie évidemment pas une quatrième différence, la plus importante, qui est la désignation même de ces grands électeurs et qui a fait l’objet de tout l’enjeu des élections du 4 novembre 2008.

Barack Obama a donc été désigné (comme ses prédécesseurs) par un jeu successif de deux élections majoritaires, en somme, des scrutins à tiroirs : d’abord battant Hillary Clinton (mais aussi John Edwards et Bill Richardson) aux primaires de son parti, ensuite battant John MacCain (et d’autres candidats moins médiatisés) à l’élection principale.


Préparation très active

Depuis le 5 novembre 2008, Barack Obama s’active et se prépare à succéder à George W. Bush. La période de transition est très longue (deux mois et demi, alors qu’en France, c’est entre une et deux semaines de jours), ce qui lui permet de se mettre dans le bain progressivement et de penser aux nombreuses nominations à décider.

Obama joue alors au bon élève. Ou plutôt, au bon professeur chargé de choisir ses meilleurs élèves. Et cela esquisse un gouvernement très captivant, avec des grosses pointures (dont sa rivale Hillary Clinton et un Prix Nobel), qui seront sans doute très difficiles à réunir pour en faire une équipe cohérente et soudée.

Obama doit faire face aux nombreux lobbyistes (notamment parmi ses amis) et essaie de faire des nominations qui prennent en compte la parité des sexes et la diversité (hispanique, asiatique etc.).


Le futur gouvernement des États-Unis

Avec toutes les informations qui s’égrainent depuis six semaines, voici sous réserve le gouvernement qui devrait épauler Barack Obama au début de son mandat :

Affaires étrangères : Hillary Clinton (sénatrice et épouse de Bill Clinton).

Défense : Robert M. Gates (sortant à ce poste en fin de mandat de George W. Bush).

Commerce : Bill Richardson (gouverneur du Nouveau-Mexique et ancien ministre de l’Énergie de Bill Clinton).

Énergie : Steven Chu (Prix Nobel de Physique 1997 attribué en même temps qu’au physicien français Claude Cohen-Tannoudji).

Éducation : Arne Ducan (responsable des écoles de Chicago).

Sécurité intérieure : Janet Napolitano (gouverneure de l’Arizona). [sous réserve]

Santé et services sociaux : Tom Daschle (sénateur). [sous réserve]

Trésor : Timothy Geithner (président de la Federal Reserve de New York). [sous réserve]

Intérieur : Ken Salazar (sénateur). [sous réserve]


En voyant toutes ces personnalités de très haut niveau, on peut comprendre aisément que le futur Vice-Président Joe Biden, bien connu pour ses gaffes, aura un rôle complètement effacé (on l’imagine mal concurrencer par exemple Hillary Clinton sur la politique étrangère des États-Unis). Il aura cependant la possibilité constitutionnelle d’assister aux réunions du cabinet.

Toutes ces informations nominatives, incomplètes (il manque la Justice) et parfois juste envisagées, resteront sous réserve jusqu’à l’investiture de Barack Obama.

Ensuite, après être nommés par Obama, ces ministres seront présentés au Sénat pour avis et consentement (« advice and consent ») par un vote simple. Une fois approuvé, le ministre (le mot "ministre" est ma traduction française, mais on dit aux États-Unis "Secrétaire" « Secretary » ou "membre du cabinet") prête serment avant de prendre ses fonctions.

Le Sénat a même établi une liste des ministres qui n’ont pas reçu son agrément.

Obama a déjà nommé beaucoup de membres de son propre staff à la Maison Blanche, d’abord son porte-parole Robert Gibbs, et aussi quelques conseillers dont le plus connu est Paul Volcker aux affaires économiques.


Qui remplacent les sénateurs qui doivent démissionner ?

Il est à noter que plusieurs sénateurs seront amenés à démissionner, notamment : Barack Obama, Joe Biden, Hillary Clinton, peut-être Ken Salazar et Tom Daschle.

C’est au gouverneur de l’État dont le sénateur est l’élu de nommer son remplaçant jusqu’à la prochaine élection (novembre 2010). Parmi n’importe quel citoyen qui peut donc se retrouver parachuté sénateur sans avoir d’autre mérite que d’avoir été choisi par le gouverneur. C’est d’ailleurs l’objet de l’arrestation du gouverneur de l’Illinois Rod Blagojevich et aussi le thème de l’excellent film de Franck Capra "Mr. Smith au Sénat" (1939).

Chose étrange pour les citoyens français puisqu’en France, le successeur d’un parlementaire est son suppléant (élu avec lui) ou son suivant de liste en cas de scrutin proportionnel (avec un changement adopté par la réforme des institutions et la loi organique définitivement adoptée ce 12 décembre 2008, celui qui permettra à un ministre démissionnaire de retrouver son siège sans réélection).


La grande fête avant de remonter les manches

Dans un mois, le 20 janvier 2009 sur les marches du Capitole, ce sera l’investiture de Barack Obama.

Une cérémonie voulue la plus ouverte possible (malgré les risques d’attentat) et qui pourrait accueillir quatre millions de citoyens américains. 240 000 invitations seront distribuées gratuitement pour accéder aux tribunes VIP et les parlementaires en disposeront de plusieurs centaines. Il sera interdit de vendre aux enchères ces invitations qui pourraient monter jusqu’à 40 000 dollars (ce qui fut le cas dans le passé).

Inutile de chercher à réserver un hôtel à Washington, les hôtels étaient complets depuis plusieurs mois (la date étant connue depuis longtemps).


En attendant, Monsieur Obama, bonne fête de Noël !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 décembre 2008)


Pour aller plus loin :

Pas d’inéligibilité a posteriori pour Obama.

Élu par le collège le 15 décembre 2008.

Sur l’élection du 4 novembre 2008.


(La plupart des photographies proviennent du New York Times.)


Documents joints à cet article

La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama La vraie élection de Barack Obama

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1 réactions à cet article    


  • JONAS Virgule 17 décembre 2008 15:37

    @ L’Auteur :

    Vous avez une vision très française du peuple Américain ?

    Vous dites : La grande fête avant de remonter les manches ".

    C’est retrousser les manches, car le peuple américain, les a remontés bien avant nous !

    Gardez ce mot pour les Français, lorsqu’ils seront décidés….  smiley

     

    Amicales salutations.



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