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La zone d’influence russe, la CASFOR et l’Iran

La proposition russe d’offrir ses services à l’Iran en matière d’enrichissement est l’occasion de faire le point sur les rapports entre ces deux pays, fondamentaux pour comprendre les équilibres géo-stratégiques dans cette partie du monde.

Autour du bassin de la Mer Caspienne, la Russie et l’Iran sont les deux pays les plus importants. Comme partout ailleurs dans le monde, la proximité géographique est appelée à jouer un rôle dans l’importance des échanges entre pays. En l’occurrence, dans le domaine militaire, l’histoire des relations Iran-Russie est très intéressante. Après l’écroulement du bloc communiste, les États-Unis ont essayé d’empêcher la Russie de vendre des armes à l’Iran, alors que l’ex-empire n’a eu de cesse de contourner l’engagement qu’il avait pris à cet égard en 1995.

La guerre en Afghanistan, à la veille du 11 septembre 2001, entre le Front uni et les taliban alors au pouvoir, voit les Russes et les Iraniens soutenir le même parti : celui du Front uni que les deux pays approvisionnent en armes, tandis que les taliban sont soutenus principalement par l’Arabie Saoudite et le Pakistan.

A la suite des attentats contre le World Trade Center, les États-Unis ont eu besoin d’alliances dans le Caucase, afin de pouvoir attaquer l’Afghanistan, en concertation avec d’autres pays dont la France, qui a maintenant le commandement des forces occidentales de la zone de Kaboul. Ils ont ainsi obtenu le soutien de plusieurs républiques ex-soviétiques d’Asie centrale, telle, par exemple, l’Ouzbekistan. Cette présence américaine au coeur de l’ancien empire russe n’est pas pour plaire à Moscou, qui voit son champ d’influence se réduire dans les territoires qu’elle contrôlait il y a encore quelques années.

C’est dans ce contexte que la Russie s’est lancée dans le projet de l’organisation de sécurité de la Mer Caspienne, désignée sous l’acronyme CASFOR, pour contrebalancer la présence américaine et reprendre la main pour ce qui touche aux questions de sécurité en Asie centrale. Depuis peu, la CASFOR est officiellement en cours de formation. Or, la volonté de Poutine est d’obtenir la participation de l’Iran à cette nouvelle force. Cette alliance aurait pour effet de donner plus d’importance dans le Caucase, sur le plan militaire, aux deux pays, au détriment des Américains. Au-delà de cette alliance, qu’elle voit le jour ou pas, l’Iran et la Russie cherchent le moyen d’intensifier leur coopération, notamment dans le domaine du nucléaire. La Russie avait obtenu, en février dernier, un contrat pour la fourniture de combustible nucléaire à l’Iran. C’est dans le même esprit de coopération et de renforcement de l’alliance entre les deux pays, afin de leur assurer le contrôle du Caucase, que s’inscrit la proposition russe d’héberger les activités d’enrichissement de l’Iran sur son territoire.

L’UE-3, embourbée dans des négociations avec l’Iran dont elle a peu de chances de sortir victorieuse, n’a pourtant pas apporté son soutien à cette proposition russe, comme le montre la déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay :

Q : S’agit-il d’autoriser Téhéran à convertir sur son territoire l’uranium à condition, qu’il l’envoie ensuite en Russie pour enrichissement ?

R : Notre position est connue. [...] M. Douste-Blazy a réitéré notre préférence pour une reprise des négociations dans le cadre de l’accord de Paris. Nous attendions pour cela un geste concret de Téhéran.


Ce manque d’enthousiasme peut s’expliquer facilement. Alors que la coopération entre l’Iran et la Russie a pour but, entre autres, de reprendre l’avantage contre les États-Unis, Moscou n’est pas en bons termes non plus avec l’Europe. Les divergences sont nombreuses, de la guerre en Tchétchénie aux rapports des Européens avec l’Ukraine, dont le soutien à la Révolution orange a été très mal perçu à Moscou. La possibilité, non écartée par Douste-Blazy, d’une entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, n’est pas non plus le moins du monde du goût du Kremlin.

Voilà donc les Européens à la croisée des chemins : ils vont bien être obligés de faire un choix, dans le bras de fer qui oppose l’Iran à l’Occident, en prenant en compte toutes ces données.


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