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Accueil du site > Actualités > International > Le bout du tunnel pour la Tunisie ?

Le bout du tunnel pour la Tunisie ?

 Pas si sûr ! Le doute s’est installé et le bât blesse toujours. C’est à dire les craintes de voir s’installer pour le long terme un pouvoir parfumé d’islamisme… à défaut du jasmin tant souhaité depuis prés de trois ans.

 Conformément à ce que demandait son peuple dans son ensemble mois après mois par la voix de ses représentants syndicaux, toutes classes confondues, la Tunisie s’est réveillée dimanche avec un nouveau chef de gouvernement chargé de la conduire, enfin, et le plus vite possible, vers une véritable démocratie, mais c’est en effet la qualité de l’homme choisi et les conditions dans lesquelles il l’a été qui posent question.

 A l’issue d’interminables palabres et de querelles, le nouveau promu, Mehdi Jomaâ, 51 ans technocrate, ingénieur de profession ayant fait toute sa carrière professionnelle au sein du groupe Total, n’a été désigné que par 11 des partis politiques sur les 21 qui avaient à désigner le nouveau premier ministre dit de "transition". Chez les déficients, quatre se sont abstenus et les six autres ont tout simplement marqué leur désaccord en quittant, excédés, la salle des délibérations. Parmi eux, les principales formations dites d’opposition au groupe des « islamistes modérés » d’Ennahda, c'est à dire les poids lourds Nina Tounés (centre droit) et Front Populaire (gauche). C’est d’ailleurs cette dernière qui avait payé le prix du sang récemment, avec l’assassinat de deux de ses dirigeants les plus influents, par un groupe terroriste. Très vite les assassins avaient été identifiés, mais tardivement poursuivis en vain à l’époque, par le Ministre de l’Intérieur devenu par la suite la tête du gouvernement, issu comme le précédent de la mouvance des Frères Musulmans.

 Et c’est justement là que le bât blesse. Dans ce dernier gouvernement des « frères » siégeait au poste de Ministre de l’Industrie …Mehdi Jomaâ. Donc pour une grande partie des tunisiens, celui qui est chargé aujourd’hui de relancer la Tunisie vers la démocratie, est proche d’Ennahda le parti responsable, selon les citoyens, de l’actuelle descente aux enfers du pays et que quelques éditorialistes locaux comparent à une secte. Dans l’ensemble de la Presse locale, des sites d’informations et des réseaux sociaux, les craintes, voire même le rejet d’une telle désignation, ont fleuri. De même qu’au sein des partis d’opposition où quelques uns n’ont pas hésité à la décrire comme une mascarade ayant conduit « à une nouvelle manœuvre frauduleuse et mafieuse des islamistes ». 

 Pourtant çà et là au lendemain même de cette attribution contestée, quelques voix se font entendre proposant une patience supplémentaire de quelques jours avant de se faire une opinion définitive sur la valeur indépendante du nouvel élu. Celui-ci devra, dans un peu plus d’une semaine, former un cabinet réduit (de transition donc) composé de spécialistes apolitiques comme l’ont exigé les syndicats d’ouvriers, du patronat, des avocats et la Ligue des droits de l’Homme, initiateurs de cette démarche et du programme complet de celle-ci. Charge donc à ce cabinet d’avaliser, après avis de juristes, la nouvelle constitution sur laquelle planche, en vain, depuis des mois et des mois l’Assemblée Nationale Constituante, puis de désigner une commission, indépendante du pouvoir politique, chargée d’organiser les élections générales et de les valider. Une fois cette tâche accomplie, le cabinet et son chef démissioneront et laisseront la place aux politiques et leurs élus.

  Il aura en outre et avant de de s'effacer, stoppé dans le pays l’inflation galopante, rassuré les instances (financières surtout) internationaes en renforçant sur place la sécurité contre une éventuelle recrudescence du terrorisme attribué à Ansa Charia ( Rien que la Charia) un groupe salafite aux ordres d’Al Quaïda Maghreb qui, selon des sources dignes de foi (agences de presse), vient de tenir congrès à Benghazi, en Libye. Il est bon de rappeler à ce sujet qu’il y a plus d’un an Rached Ghannouchi , leader tunisien de la « Confrérie des Frères Musulmans  » s’était affiché publiquement en compagnie du chef, aujourd’hui en fuite, de la « filiale » tunisienne de ce groupe armé placé sur la liste internationale des "groupes terroristes".

 Dans quelques jours cette nation si peu belliqueuse qu’est la Tunisie apercevra donc ou non le bout du tunnel. Dans la crainte d’une nouvelle déception, les services sécuritaires du pays, garde nationale, police et armée, se prépareraient déjà, en dehors de leurs hauts commandements respectifs mais à travers la volonté de leur syndicat commun en ce qui concerne les deux premières nommées et d’officiers pour l’armée, à intervenir an cas de troubles graves, voire même d’une guerre civile.

 Pour le grand malheur, si proche de l'Europe, de l'Afrique du Nord qui a déjà vécu une telle tragédie en Algérie et qui la vit actuellement avec la Libye. Un grand malheur également pour tout le monde arabophone de confession musulmane, qui avec un symbole tunisien détruit, s'ajouterait les déboires de l'Egypte, remous et vioences aveugles de la Syrie, en Irak et en Afghanistan pays et contrées où la diplomatie occidentale, s'appuyant souvent sur ses alliés de la Péninsule Arabique et Israël, a perdu toute fiabilité, accumulant erreurs sur erreurs, par mensonges, laxisme, méconnaissance des populations concernées ou...profits à court terme. 


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12 réactions à cet article    


  • claude-michel claude-michel 17 décembre 2013 12:33

    Un tunnel en Tunisie....et pourquoi pas un printemps arabe.. ?


    • Henri Diacono alias Henri François 17 décembre 2013 18:01

      Question inutile Claude et agressive comment souvent chez vous, hélas ! Je vais y répondre sans prétendre vous convaincre car sur le sujet vous demeurerez à jamais sourd.
      Je puis vous affirmer pour le vivre au quotidien, notamment par de nombreux échanges avec des « responsables » dont la fonction restera dans l’ombre, que le tunisien ne se laissera pas confisquer son printemps par des religieux. Jamais.
      Dans cette décision la notion de l’islam majoritairement pratiquée dans le pays y est pour beaucoup. Le malékisme, c’est à dire un mélange (astucieux à mon avis) entre certains principes du Coran et tout un panel de traditions populaires auquel se sont mêlés au cours des siècles la multitude des cultures qui s’y sont incrusté à travers bon nombre d’invasions. Religions comprises.


    • claude-michel claude-michel 18 décembre 2013 08:41

      Par Henri Diacono alias Henri François....C’est de l’humour mon cher....et comme vous devez le savoir...l’hirondelle ne fait pas le printemps..même en Tunisie.. !


    • MuslimADieu MuslimADieu 17 décembre 2013 15:03

      Mon cher Henri

      Le temps jugera.
      Je vois que tu fais plus confiance aux islamistes que moi.
      Il sembles que tu leurs accordes la possibilité qu’ils soient sincères.

      • Henri Diacono alias Henri François 17 décembre 2013 18:21

        Non Muslim, je fais confiance aux tunisiens. Pour plusieurs raisons qu’il est inutile d’énumérer ici. Je sens - moi aussi j’ai des visions ou des transes comme les prophètes - que l’islam à la sauce « frères musulmans » ou « whaabisme » vit peut-être ses dernières heures en cette terre. N’oublions pas que c’est une minorité du peuple - ignare jusque là question élections libres - qui a conduit au pouvoir provisoire voilà trois ans Ghannouchi, ses sbires et sa poignée de complices laïcs. Depuis, ce parti a fait ses preuves d’incompétence, souvent mafieuses dans la conduite du pays écœurant bon nombre de ses partisans. Pour l’instant il s’accroche au pouvoir par crainte, peut-être, d’un revers de bâton qui risque de le détruire lors des prochaines élections tant attendues qu’il perdra et les divulgations de ses pratiques sordides qui seront mises au grand jour.. Et soyez assuré que pour se maintenir aux commandes, il ne pourra jamais user de la violence comme il l’avait essayé voilà quelques mois.


      • MuslimADieu MuslimADieu 17 décembre 2013 19:09

        tu sais Henri, entre nous, je penses que bientôt les Tunisiens risquent d’accepter n’importe qu’elle dictature qui les protégerait des islamistes. Ca c’est passé en Algérie et en Egypte. BEN ALI a joué sur ça aussi.

        Les islamistes gardent rarement le pouvoir. C’est l’histoire qui dit cela. Ils ne savent pas diriger. Ils ne savent que mentir et embobiner les gens. Ils ne peuvent survivre qu’avec du pétrole sous terre et un peuple lobotomisé. Comme en Libye par exemple. Je penses que les Tunisiens doivent crever l’abcès religieux par la raison avant qu’un dictateur à l’ancienne ne s’en occupes et fasse le sauveur, tout acclamé par les occidentaux comme l’était BEN ALI.
        C’est une lecture coranique des événements qui m’est propre. Il y a un vrai mouvement musulman anti-islamiste en Tunisie. Ils sont si nombreux à dire qu’ils sont musulmans mais que l’islamisme n’est pas l’islam.J’aime à penser que si ce n’étais cela, Allah aurait déjà abandonné les Tunisiens et aurait refermé laissé se refermer la porte de l’espoir de liberté.


      • alinea Alinea 17 décembre 2013 15:14

        Ah ! Que je comprends les opposants, de partir en claquant la porte !
        Qu’un peu d’intelligence se distille parmi ces nouveaux dirigeants, c’est tout le mal que je vous souhaite.
        Bien à vous Henri


        • Henri Diacono alias Henri François 17 décembre 2013 18:28

          Merci pour vos encouragements Alinéa. Je suis convaincu que la transition s’effectuera sans violence, en douceur et que les islamistes partiront par la « petite porte ».
          Une remarque toutefois. En face - à l’exception du Front Populaire qui a payé le prix du sang - les opportunistes, politiciens habitués aux vestes retournées, ne manquent pas.


        • cedricx cedricx 17 décembre 2013 16:21

          Bonjour Henri, je ne crois pas que les tunisiens choisirons la voie de la violence, ils savent que celle-ci serait fatale à leur pays, si malgré tout une infime minorité franchissait la ligne rouge, nous assisterions à un retour brutal d’un régime du type Ben-Ali avec l’assentiment de la majorité silencieuse, il n’y aurait pas d’autre choix hélas. 


          • Henri Diacono alias Henri François 17 décembre 2013 18:39

            Salut Cedricx. Il n’y aura pas de ligne rouge, du moins je le crois. Tout d’abord parce que le Tunisien quoiqu’on en pense n’est pas un belliqueux et surtout (lisez bien la fin de mon article) il est à peu prés certain que les forces sécuritaires s’y opposeront. D’autre part, mon petit doigt me dit que l’occident qui se tait n’est pas étranger à la « transition » enfin acceptée, que l’Algérie veille et que le printemps arabe refleurira par la force d’une démocratie nouvelle que ne lâcheront pas une poignée de partis politiques nouveaux, devenus très populaires auprès des citoyens.


            • S.B. Sabine 17 décembre 2013 18:49

              La Tunisie...chouette pays, chouettes gens, chaleureux, qui vénèrent les enfants. Mais depuis que l’ombre des barbus plane sur eux...non.

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