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Le brouhaha nationaliste comme acoustique à la surdité dictatoriale

Une décennie orageuse marquée par une fracture douloureuse de la cohésion interne de la Côte d’Ivoire s’est refermée avec la chute de Laurent Gbagbo ce 11 avril 2011 ainsi que l’envol des colombes sur Yamoussoukro ce 21 mai 2011. Il fut dommageable que l’opinion publique ait vite escamoté la violence inutile et les nombreuses victimes de ce long conflit pour se déporter avec passion autour des tensions paranoïaques de la gestion des ayant-droit au titre du commandement national. Une scène inédite d’un sceptre pour deux leaders aux charismes diamétralement irréconciliables. L’Afrique, en cinq décennies, s’est révélée particulièrement fertile à exposer au monde les plus valeureux fils sortis de la crue de sa brigade anticoloniale comme seuls architectes et référents incontournables du continent. Un seul dénominateur commun de toutes ces figures de proue du continent. Elles tiennent lieu dans l’imaginaire africain de vigiles clairvoyants en face des dangers qui planent sur la nation. Elles naviguent aux avant-postes de défense pour ranimer la flamme d’un nationalisme des ressources naturelles contre la soif des prédateurs d’outre-mer. Ainsi, des lauriers furent tissés pour ces leaders nègres aux oppositions tranchées contre toute forme de soumission aux forces extérieures. Samory Toure, Kwame NKrumah, Patrice Lumumba, Laurent D. Kabila, Robert Mugabe. Et Laurent Gbagbo s’est piqué d’ambition, tout à son propre péril du reste, à vouloir conclure en apothéose la fronde kamikaze de l’élite rédemptoriste africaine.

Curieusement, le contexte socio-économique que traverse le continent ne semblait pas tout à fait indiqué pour un regain de surenchère anticoloniale. Les effets secondaires de la grande récession de 2008-2009 n’en finissent pas de propager leurs métastases sous forme de crises énergétiques et alimentaires. Conséquemment, des familles entières basculent dans la précarité, la pauvreté et le chômage épidémiques. L’accès à une éducation qualifiée ou à l’eau potable relève quasiment du sursaut de l’héroïsme personnel. C’est dans ce contexte précis que la lutte pour le monopole du titre de timonier national est venue assombrir le paysage des priorités nationales tant à Harare qu’à Abidjan. Les images d’une autre Afrique d’autant plus fascinée et introvertie, dansant avec une frénésie immodérée autour de ses héros commandeurs-éclairés ponctuèrent les scoops de l’actualité du continent. L’innovation économique et technologique semble avoir cessé de hanter nos sommeils. Un désert de sentiers autour des défis de ce siècle dont les seuls nomades sont les groupes rebelles et l’endoctrinement enivrant des jeunes en quête de lendemains meilleurs. Les galettes amères, pétries à la levure de xénophobie, servies aux quémandeurs d’asile et d’emploi tant en Afrique du Sud, en Libye, en Côte d’Ivoire qu’au Gabon ont fini par ébrécher la denture artificielle de l’Union Africaine. Les sirènes de la renaissance du continent se sont dissipées à pas lents mais définitifs avec le référendum de la partition du Soudan. Une renaissance africaine littéralement victime d’une fausse couche.

Nul n’aura donc l’impertinence d’une remise en cause de la prolifération des milices comme gagne-pain pour la jeunesse désœuvrée. Des rites de baptême de mission pseudo nationaliste leur sont apposés avec pour seule profession de foi le renoncement à la main trop visible de l’extérieur rapace. Une typologie nationaliste exclusive de restauration du passé par voie de recours au nationalisme des ressources de l’Etat. Telle se caractérise la grammaire des architectes de la contestation populiste par milices semi-urbaines ou groupes de pression politiques par mobilisation de chômeurs payés par session d’agitation politico-sociale. Des milliers de jeunes chômeurs rebaptisés « patriotes » à Abidjan, « Ninja » à Brazzaville, « al Shabab » dans les rues de Mogadiscio, combattants de l’UNITA et Groupe Séparatiste pour l’Indépendance du Cabinda en Angola, les jeunes du Front de Libération Nationale au Burundi, l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo, les Patriotes-Résistants de Dongo autour de la rivière Ubangi, le Mouvement pour l’Autodétermination de Bakassi, le Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger et les combattants du Mend au Nigeria, les Janjaweed au Soudan et l’Armée de Résistance du Seigneur en Ouganda avec sa cohorte d’enfants soldats pour entretenir les escarmouches frontalières et terroriser les paisibles villages. Tous ne doivent leur survie que par la longévité des timoniers tropicaux aux rênes de l’industrie de la contestation comme mode de gestion tropicalisée du pouvoir politico-économique. Ces architectes de la contestation politique sont une caisse de résonance d’un brouhaha nationaliste comme acoustique d’une forme de surdité dictatoriale. Hymnes, slogans au vitriol et danses abasourdissants pour la gloire de nos guides éclairés ne peuvent, loin s’en faut, combler le vide de projet de société crédible. Bien au contraire, c’est le seuil différentiel où une nation brouille les signaux lisibles de son avenir. Un indice révélateur de surdité dictatoriale des timoniers tropicaux. La méprise de l’enrôlement des jeunes chômeurs dans les rangs des milices comme l’expression d’un nationalisme exaltant au lieu d’en repérer un geste de désespoir et de résignation devant l’avenir confisqué. 

L’instrumentalisation du brouhaha nationaliste et démocratique comme stratégie de conquête et de contrôle du pouvoir comporte ses limites notoires. Pas plus que l’abondance des ressources naturelles, la rareté de ces mêmes ressources ne saurait sceller l’état de progrès économique d’une nation. En matière de ressources naturelles, le Japon fait difficilement un décompte à son palmarès. Et pourtant, la rareté des ressources naturelles, caractéristique du pays du soleil levant, est de loin un handicap. Le Japon se classe parmi la plus large économie mondiale. Sa richesse se jauge, non pas aux ressources naturelles qui s’amoncellent à ses pieds, mais à l’esprit d’ingéniosité, de créativité et de courage de son peuple.

En plus, il n’est pas très éloigné de nous le temps où Singapour se singularisait dans le paysage international par la piraterie dans ses ports, ses marins somnolents par excès d’alcool au milieu de ses 48 ethnies et son marché noir à donner des frissons même aux plus grands bandits de renom. L’île aux odeurs nauséabondes, en plus de sa malaria mortelle, était lamentablement dépourvue de ressources naturelles. Lee Kuan Yew, premier ministre de l’île de 1959 à 1990, se forgea une vision de transformer l’île insalubre en un bastion industriel. En une génération, il métamorphosa l’île en un dragon industriel galopant sur les sentiers ardus des industries high-tech. Singapour est devenue aujourd’hui le salon de l’exposition aéronautique de l’Asie, 3ème centre mondial de raffinage pétrolier, 4ème producteur de semi-conducteurs, le grand géant incontournable producteur mondial de disques d’ordinateurs, de matériel électronique, chimique et biomédical. 

Une chose est la défense des ressources naturelles d’une nation par coup de théâtre nationaliste. Une autre, leur gestion rigoureuse comme fondation pour une transition dans un autre type de capitalisme. Du reste, depuis ces 150 dernières années, les prix des matières premières, en général, ont connu un déclin notoire en raison de la production de masse et du progrès dans les transports. De 1970 à 1990, les prix des ressources naturelles ont chuté de 60% de leur valeur. Dans l’équation compétitive des nations, le poids des ressources naturelles n’est plus un critère d’avantage comparé. L’économiste Britannique Hamish McRae fait bien de remarquer que depuis 1991, la Grande Bretagne est devenue le premier pays mondial à récolter plus de dividendes de son économie des services – la finance immatérielle – que de sa finance matérielle. D’ici 2030 les hommes capteront directement l’énergie solaire pour le transport et le chauffage de leur maison. Ils viennent de réussir un coup de poker en transmuant les ordures en richesse naturelle : notre planète recycle ses ordures en gadgets de marketing de luxe aussi bien dans l’art que dans l’habillement ou les biens de consommation divers. Le capitalisme intellectuel vient de supplanter le capitalisme matériel.


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1 réactions à cet article    


  • Alexis_Barecq Alexis_Barecq 21 mai 2011 17:38


    Dénonciation brouillone du néocolonialisme... mais dénonciation quand même.

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