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Le casse-tête turc

Aussitôt installé, le nouveau président de la république française, sans renier ses positions sur la Turquie, s’inscrit dans la logique d’un « non à venir », pas si lointain des positions de plusieurs partenaires européens. Ainsi, les « calendes grecques » qui définissent la politique européenne sur le dossier turc ne seront pas remises en cause, du moins dans un premier temps. Tout comme les négociations d’intégration, que tout le monde à Bruxelles définit comme un processus à tellement long terme, qu’elles peuvent (dixit) « le comparer à la rencontre théorique de deux lignes parallèles ». Le dossier turc n’est pas des plus aisés. Il est semé d’embûches et de « réalités oxymores ».

Constants oxymores

L’armée turque, en premier lieu. Elle est considérée (et elle l’est effectivement à certains égards) comme un facteur important de modernité, comme le garant historique de la « vocation occidentale » de la Turquie. Cependant, le modèle occidental ne supporte pas une marche en avant et un contrôle garanti par des coups d’Etat, réels ou suggérés. On s’en accommode parfois (ce fut le cas récent en Thaïlande), mais on ne peut raisonnablement accepter que ce modèle politique soit permanent. Nous désirons une Turquie démocratique, mais on ne peut avoir qu’une république militarisée. En effet, le rôle de l’armée est structurel, voire constitutionnel. Le Conseil de sécurité joue un rôle prépondérant et souvent les « politiques » qui y siègent sont là pour se faire admonester. Le MIT, service secret de la gendarmerie, a réussi le tour de force d’utiliser les Loups gris (extrême droite nationaliste) pour ses coups tordus et, en même temps, à faire d’une partie de l’extrême gauche son porte-parole. Si la puissance économique de l’armée n’est plus ce qu’elle était (dans les années 1980 elle contrôlait près de 70% de l’économie), elle est toujours un acteur fondamental, par ses banques, ses fonds d’investissements, ses conglomérats industriels, ses propriétés - souvent à vocation touristique -. L’armée est un corps social, un acteur politique, un protagoniste économique qui « garantit la laïcité », utilisant l’ensemble de ses leviers.

Les partis politiques

Face à l’armée, les partis politiques souffrent d’un manque de légitimité structurel. Les majorités impressionnantes au parlement ne sont qu’un reflet déformant d’une loi électorale (imposée par l’armée) qui interdit toute représentation au-dessus du seuil de 10 %, faite sur mesure pour éviter une représentation autonome kurde, et qui donne des majorités absolues avec une fourchette de 23 à 28 % des suffrages). La faiblesse de la représentation politique n’est que le résultat lointain des desseins du fondateur de la république Mustafa Kemal Atatürk, qui créa dans un premier temps un parti unique puis celui de l’opposition avec les meilleurs de son parti unique. Cette consanguinité y est toujours présente, d’autant plus que la loi électorale a comme résultat qu’un parti passe de la « majorité absolue » à la « non-existence parlementaire » de manière constante. Cela permet par ailleurs des alliances inattendues comme celle de la gauche nationaliste (Bullent Etchevit) avec l’extrême droite (Loups gris) qui fut au pouvoir avant le « raz-de-marée électoral » (34% des voix) du parti islamique (AKP) en 2002. Après chaque coup d’Etat, l’armée « normalise » le jeu politique, en interdisant certains partis et en en créant d’autres. Entre 1960 et 1980, les victimes furent les partis de gauche. Depuis, c’est le tour des partis confessionnels, considérés comme un péril pour la laïcité kémalienne.

Les mafias ethniques et « politiques ».

Apparus dans les années 1950, les clans mafieux, ethniques et confessionnels, se sont structurés géographiquement et politiquement autour des forces politiques et de la minorité kurde. Cela les rend indestructibles, tout le monde les utilisant et eux, utilisant tout le monde. A partir de l’ère Turgut Ozal, et le énième retrait des militaires, on parle de structures politico-mafieuses intégrées, tant cette dynamique devient évidente. S’en suivront les scandales à répétition qui mettront au jour ces connivences, si besoin était, et culminent avec le mouvement des lumières fermées (Scandale Sussurluck) : tant que lumière n’est pas faite, les citoyens éteignent leurs lumières une fois par jour à huit heures précises. Or, les mafias, liées aux partis et à des institutions bancaires, sont là aussi pour mener la guerre sale contre le PKK et se débarrasser de tout ce qui n’est pas intégrable (mouvements de droits de l’homme, gauche extrême, journalistes, juges, écrivains, etc). La période Tansu Tciller exportera ce système de guerre sale aux pays turcophones (Azerbaïdjan, Asie centrale) au nom de la « Grande Turquie ». Elle utilisera les nervis des Loups gris et les mafieux de son camp. Sentant le danger venir, l’armée interviendra à nouveau, de manière feutrée cette fois-ci « change à nouveau le jeu politique ». Cela permettra le retour des islamistes en force et une redistribution de cartes tant que le parti religieux « reste dans la logique kémaliste ».

Ainsi, pour poser le problème clairement, une démocratie formelle existe bel et bien, avec l’armée comme clé de voûte. Si l’Union européenne exige une « démocratie réelle », c’est-à-dire la fin d’une armée arbitre, les risques précités deviendront majeurs. C’est là tout l’enjeu.


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10 réactions à cet article    


  • Darkfox 1er juin 2007 12:26

    Comme quoi .. c’est très bien que la Turquie n intègre pas l’UE ... Beaucoup trop de chose a faire peu être dans 15 ans ou 20 ans mais vraiment pas maintenant et d ailleur qu a t on a perdre si on ne l’intègre pas ? C’est un question qui m’a toujours interloqué.


    • docdory docdory 1er juin 2007 13:43

      @ l’auteur

      Nous sommes typiquement dans un système de double contrainte :

      - Soit l’armée garde un rôle prépondérant en Turquie , mais alors c’est contraire au modèle-type de société démocratique euro-conforme ,

      - Soit l’armée renonce à tout pouvoir selon le principe romain bien connu « cedant arma togae » , mais alors , comme dans tout pays musulman , le pouvoir sera rapidement et totalement inféodé aux diktats des religieux , selon les principes énoncés par le coran , ce qui est également contraire au modèle de société euro-compatible !

      Le delai d’attente imposé à la Turquie correspond inconsciemment au temps qui est nécéssaire pour que la religion musulmane soit totalement ringardisée ou tombée en désuétude dans ce pays , ça rique d’être long !

      Au fond , la démocratie n’est réellement viable que lorsque les ennemis des libertés ne sont pas prépondérants dans une population . Or l’islam étant intinsèquement liberticide ( ce qu’avait parfaitement compris Atatürk ) et restant une religion ultra-majoritaire en Turquie , le problème ne risque pas de se résoudre de sitôt ...


      • Alper 2 juin 2007 23:58

        Il y a certainement des liens entre des « mafias » d’extrême droite et des politiques turcs, mais faire de ces liens (avérés en effet par l’accident de voiture de Susurluk) la colonne vertébrale de la politique turque sous le gouvernement de Tansu Ciller qui de plus aurait été exportée partout dans le monde turc, est complètement fantaisiste.

        De même faire de l’Armée turque l’instance qui tirerait tous les fils de la politique turque, c’est pas mal parano.

        Bref cet article (orienté) étant destiné à ceux qui, d’ailleurs, sont tout prêt à recevoir ce genre d’arguments, visant à écarter la Turquie de l’UE, ou plus largement de l’« Occident », tout ça à force d’être répété et re-répété finit par se mordre la queue, d’autant plus que l’UE comme telle est à l’agonie et qu’on se dirige vers un autre système (noyau dur ?) où la Turquie pourra avoir une place.

        Enfin en tant qu’Agoravoxien d’origine grecque (d’après votre nom) c’est très gentil de s’enquérir des dysfonctionnements de la démocratie turque, mais vous pourriez un peu parler aussi des dysfonctionnements de la « démocratie » grecque aujourd’hui ;)


        • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 3 juin 2007 08:14

          Mon article précédant (29 mai) concernait justement la Grèce : « Spéculations à la grecque ». Jettez donc un coup d’œil. Ci joint un long rapport, qui reprend dés éléments fournis par le conseil de sécurité turc, mais aussi des « éléments » fournis par Bakou, Moscou, Tbilissi et Tashkend. La presse turque à l’époque en avait fait largement l’écho.

          AZERBAIDJAN L’accident de voiture, en novembre 1996, dans lequel le baba (parrain turc) Abdullah Catli, membre des Loups Gris, recherché par Interpol pour trafic de drogues, a trouvé la mort en compagnie d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur a eu des répercussions à Bakou, la capitale azerbaïdjanaise. En effet, Catli, mais aussi le secrétaire d’Etat à l’intérieur Sedat Bucak, qui se trouvait, lui aussi, dans cette voiture et a été le seul rescapé de l ‘accident, étaient liés à l’extrême droite turque, au trafic de drogues et au financement des milices au Kurdistan. Ils avaient, à plusieurs reprises entre 1995 et 1996, rendu visite aux plus hautes autorités azeris. Un rapport du MIT (contre-espionnage militaire turc) indiquait par ailleurs que Catli, agissant en tant qu’agent du MITEM (contre-espionnage civil) et de la police turcs avait, depuis Bakou, mis en place une filière d’héroïne à destination de l’Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas, et installé des laboratoires dans l’enclave du Nakhitchévan. Depuis 1995, les clans qui se disputaient le pouvoir en Azerbaïdjan, profitant de la tourmente levée par les enjeux pétroliers et du bras de fer qui opposent toujours Moscou et Ankara, ont diversifié leurs activités en y incluant le trafic de drogues. Bakou continue d’être un centre important pour l’industrie des drogues de synthèse, tandis que les filières de l’héroïne sont en pleine mutation. Dans un tel contexte les autorités se contentent de réprimer les cultures locales de cannabis dont 388 tonnes ont été saisies durant les dix premiers mois de 1999. Les clans à la tête de l’Etat Le “coup d’Etat” d’avril 1995 qui avait permis l’élimination du ministre de l’Intérieur Rovchnan Djavadov (et de son clan qui contrôlait les troupes spéciales de l’Intérieur - OPON - et la mafia du port de Soumgaït), a consacré la prise en main totale du pouvoir en Azerbaïdjan par le clan du Nakhitchevan dont l’homme fort est le président Gueïdar Aliev. Jusqu’en 1995, la mafia de Soumgaït contrôlait une part importante du trafic de l’opium afghan, qu’elle faisait transiter par le Kirghizstan du sud, fief du seigneur de la guerre Bekmanat Osmonov. Ce dernier trafique opium et armes dans la région. Il fournit du matériel militaire, notamment aux opposants tadjik, en échange de l’opium afghan qu’il livre en Azerbaïdjan. L’opium était ensuite transformé en héroïne à Soumgaït avant d’être livrée en Turquie par les Loups Gris azéris (dirigés par Alexandre Guamidov), copie conforme du groupe d’extrême droite turc du même nom. Les changements dans les rapports de forces entre des clans qui, traditionnellement, sont les prédateurs des infrastructures pétrolières et influencent les projets dans ce domaine, modifient également les filières caucasiennes des drogues, car toutes les factions sont, à des degrés divers, impliquées dans le trafic. Désormais, l’homme fort à Bakou n’est autre que Nadig Aliev, businessman lié aux pétroliers anglo-américains et fils du président. Les Loups Gris ont tiré les conclusions de la victoire du clan Aliev à Bakou et travaillent désormais avec la mafia du Nakhitchevan. Ainsi, l’héroïne est en passe de changer radicalement les alliances politiques des mafias caucasiennes, aussi bien en Arménie, en Géorgie qu’en Azerbaïdjan. Pour leur part, les Etats de la région utilisent la drogue comme une arme diplomatique. Pour les autorités russes, l’Azerbaïdjan était, après la Tchétchénie, le deuxième foyer d’activités criminelles transcaucasien. Il semble que le clan Aliev a longtemps été, aux yeux de la Russie, trop gourmand en ce qui concerne l’exploitation du pétrole caspien. L’aide massive que Moscou a apporté à l’Arménie lors du conflit du Haut-Karabah, était un message très clair envoyé aux autorités de Bakou. Tant que la mafia du Nakhitchevan, qui touchait très peu à la drogue, détournait les ressources pétrolières de l’Azerbaïdjan ou pratiquait le racket douanier, cela ne préoccupait que le parlement azéri (selon son président Rasool Gouliev, plus de 135 millions de dollars avaient été extorqués en 1994 par les douanes de Bakou). Mais quand le clan du Nakhitchevan signe, en 1994, “l’accord Pétrolier de la Caspienne”, qui se propose de faire déboucher un futur oléoduc sur le golfe d’Alexandrette, en Turquie, via l’Arménie, (ce qui présuppose une normalisation avec l’Arménie et la fin du conflit du Haut-Karabakh) le Nakhitchevan, la Russie et le reste des clans azéris se liguent pour faire capoter le projet.

          Dépassé : (Ainsi, les propos tenus par Souret Gousseinov et par l’ancien ministre de la Défense Raguim Gaziev, évadés d’une prison de Bakou en septembre 1994 avec l’aide des services spéciaux russes, reflètent tout à fait cette position. Gousseinov et Guaziev, dont l’amitié pour les militaires russes n’a jamais été un secret, prétendent avoir pour objectif le renversement du régime d’Aliev, l’annulation de “l’accord pétrolier de la Caspienne” dans sa forme actuelle et le démantèlement de la mafia du Nakhitchevan. Une organisation politico-militaire pro-russe voit alors le jour, l’“Union des citoyens” à laquelle adhèrent Ayaz Moutalibov, l’ancien président renversé en 1992, et le colonel Aliakram Goumbatov, président de l’éphémère république auto-proclamée du Talysh-Mugan à la frontière iranienne, évadé de la prison de Bakou en même temps que Gaziev.)

          Un autre clan, des plus importants, celui de Rochvan Djavadov, impliqué également dans le trafic de drogues mais en conflit avec la mafia du Nakhitchevan, semble faire cause commune avec eux. Il ne reste, comme allié du clan Aliev que les Loups Gris, qui le poussent à un rapprochement avec la Turquie, et les réfugiés du Haut-Karabakh, appelés eraz. ) Ces derniers, chassés de leurs terres par milliers, ayant perdu tout espoir de revenir un jour, vivent autour de Bakou dans des conditions extrêmement précaires sous des tentes et dans des wagons désaffectés. Objets de discrimination de la part de la population de Bakou, ils se sont très vite transformés, comme les eraz géorgiens réfugiés d’Abkhazie, en un terreau de la criminalité et un réservoir d’hommes de main manipulés par le pouvoir. En effet, le gouvernement leur laisse entendre que les terres tenues sur la frontière russe par les clans hostiles aux Aliev, actuellement habitées par des Lesghiens du Daghestan, considérés comme une menace pour l’Azerbaïdjan, pourraient leur être attribuées. Le clan du Nakhitchevan et le pouvoir d’Aliev, entre lesquels il est parfois difficile d’opérer une distinction, ont une dette à l’égard des Loups gris et des eraz. Ils ferment donc les yeux sur leurs activités illicites, en particulier sur le trafic de drogues, d’autant qu’il constitue un exutoire à l’extrême paupérisation qui pourrait se révéler une source supplémentaire de problèmes pour Aliev et ses alliés. Ainsi, en Azerbaïdjan, l’héroïne pour certains (la mafia de Nakhitchevan) est une source de profits. Pour d’autres, un moyen de se financer et d’asseoir leur pouvoir politique (Loups Gris). Pour les eraz enfin, une stratégie de survie. Moscou tire partie de cette situation. Après avoir poussé le gouvernement arménien à adopter des positions plus radicales et signé dans la foulée un accord de coopération militaire qui garantit la présence des troupes russes en Arménie, la Russie s’“inquiète” désormais de l’insécurité que font régner les “racketteurs et trafiquants de drogues azéris” sur le sol géorgien, et des sabotages dont est l’objet le gazoduc russe qui approvisionne l’Arménie en gaz naturel. Les autorités arméniennes ont parfaitement saisi le message : elles ont déclaré à plusieurs reprises qu’elles prendraient des mesures politiques et n’hésiteraient pas à user de la violence contre ces trafiquants” et qu’elles “se donnaient le droit de les poursuivre en Géorgie et en Azerbaïdjan”. Comme par hasard , les incidents frontaliers arméno-azéris se sont tus à Gandja, dans la région d’Evlakh, fief de l’ennemi mortel d’Aliev, Souret Gousseinov. En revanche, les services secrets militaires russes (GRU) “prévoient” chaque année, qu’ils se multiplieront du côté du Nakhitchevan. La plaque tournante du Nakhitchevan L’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan est devenue, durant la seconde moitié des années 1990, une plaque tournante pour tous les trafics. Longtemps territoire de repli pour des clans en lutte pour le pouvoir en Azerbaïdjan, il est un des passages les plus fréquentés des filières de l’opium à destination des laboratoires turcs. Fief du clan des Aliev, refuge de Aboulfaz Elchibey, premier président élu de l’Azerbaïdjan, renversé après les défaites azéris dans le Haut-Karabakh, le Nakhitchevan vit sous influence turque. Les Loups Gris azéris, dont le cheval de bataille idéologique est le panturquisme, y sont par ailleurs très présents depuis que la mafia arménienne a quitté Soumgaït. Quand cette ville était sous influence arménienne, l’opium venait sans intermédiaire du Tadjikistan, où la nomenclature arméno-russe de Douchanbé échangeait la drogue contre du bois de construction, des meubles et des produits de première nécessité. Transformée en héroïne à Soumgaït, elle prenait la “route caucasienne” et, traversant la Géorgie, était acheminée depuis le port de Soukhoumi vers la route des Balkans. Coupés des laboratoires de Soumgaït, les mafieux arméniens se sont repliés en Arménie ou dans le Haut-Karabakh, où ils rejoignent désormais les routes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), alimentées par l’Iran. Aujourd’hui, le Nakhitchevan reste une “terre non conflictuelle”, où cohabitent les filières des Loups Gris (pro-turques), celles du parti Dachnak arménien et du PKK (anti-turques), toutes jouissant de protections qui pérennisent le trafic. Cependant, ce statu quo est précaire. L’Iran, pour exprimer son mécontentement d’avoir été exclu de l’accord sur le pétrole caspien, se rapproche de manière de plus en plus patente de l’Arménie et de son “protecteur” russe (la construction d’un gazoduc entre l’Iran et l’Arménie a été annoncée). Les dirigeants du Nakhitchevan, menacés d’être pris en étau, restent cependant conscients des enjeux politiques de la drogue et agissent avec la plus grande prudence. C’est pourquoi les filières du PKK ne semblent pas particulièrement inquiètes. Pour l’Azerbaïdjan et la Turquie, ne pas mettre le feu aux poudres au Nakhitchevan, sur le territoire duquel pourrait éventuellement passer le futur oléoduc, vaut bien que l’on ferme les yeux sur les trafics. De plus, comment faire la part entre laboratoires contrôlés par des amis ou par des adversaires de la Turquie ? Celle-ci se contente donc de jouer les gendarmes au Kurdistan irakien, en sachant bien que les routes de la drogue n’y passent que de manière marginale. Depuis 1998, la route principale de l’héroïne (qui traverse précédemment l’Asie Centrale) prend un chemin beaucoup plus classique. Elle traverse, en toute impunité, l’Azerbaïdjan et la Géorgie et de là elle bifurque soit vers la Turquie, soit, via la Mer Noire, vers la Roumanie. Ce qui tend à indiquer que les conflits internes entre clans, aussi bien à Bakou qu’à Tbilissi, sont terminés et que la voie de l’héroïne est désormais normalisée.


        • Gazi BORAT 4 juin 2007 08:27

          « Les liaisons dangereuses »

          Les liens entre services secrets, armée, extrème droite et mafia sont beaucoup plus une conséquence de la guerre froide qu’une spécificité culturelle turque.

          L’Italie a connu le même phénomène durant la période des « années de plomb », la Grêce au moment du coup d’état de 1967 et les autres pays de l’OTAN (dont la Turquie) parreillement.

          Il s’avère que le réseau Gladio de la Turquie, qui aurait du s’autodétruire à la fin de la Guerre Froide dégénéra ensuite en prenant son autonomie en raison de deux facteurs : le lucratif trafic de l’héroïne et le conflit du Kurdistan.

          J’invite ceux que le sujet intéresse à effectuer des recherches sur les mots-clés Abdüllah Catli, Oral Celik, Mehmet Agar, etc..

          gAZi bORAt


        • Gazi BORAT 4 juin 2007 08:47

          « Loups Gris en Asie Centrale »

          Les Loups Gris de Turquie se sont implantés en Asie Centrale soviétique à l’occasion de la guerre froide et avec la bénédiction de la CIA, rompant l’accord officieux conclu par Atatürk avec la Russie Soviétique échangeant la neutralité de la Turquie concernant la question des Turcophones soviétiques contre la non-ingérence de l’URSS dans la vie politique turque et son contrôle des activités du PC turc.

          gAZi bORAt


        • Michel Koutouzis Michel Koutouzis 4 juin 2007 09:01

          Certes, la guerre froide joue un rôle fondamental. Cela dit, dans ma réponse je me réfère aux années 1990, c’est à dire d’après la chute de l’URSS. Il s’agit de la récomposition caucasienne et du rôle que jouèrent l’extrême droite turque et ses services secrets. Cette période est derrière nous, heureusement. Les loups gris (à part dans les camps des eraz à Bakou), ne sont plus vraiment actifs. Je vous concède que la guerre des mafias, qui décapita ses chefs historiques, a fait baisser leur présence et leur importance au sein de la société turque.


        • Alper 4 juin 2007 15:17

          Casse tête démocratique par Alper (IP:xxx.x36.231.68) le 4 juin 2007 à 15H16

          Tout à fait, par exemple « Le Bataillon Basque Espagnol » (B.B.E.) qui est une organisation terroriste d’extrême droite luttant contre les membres de l’E.T.A a été utilisée par l’Etat espagnol. Ou encore « Le Commando de Caça aos Comunistas » milice d’extrême droite au Brésil que les gouvernements ont utilisé contre les gangs dans ce pays. Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique a également eu recourt aux terroristes protestants comme le l’UVF (Ulster Volunteer Force) ou la LVF (Loyalist Volunteer Force) contre l’IRA. Les terroristes de l’EOKA (-B) ont été largement utilisé par le gouvernement putschiste grec de l’époque. Même la « plus grande démocratie du monde », les USA, ont recourt a des moyens pas vraiment conventionnels dans sa « guerre contre le terrorisme ».


        • Alper 4 juin 2007 15:03

          Je viens de lire votre article « Spéculations à la grecque » que vous estimez être une critique de la Grèce. Il s’agit, si j’ai bien lu, d’opérations boursières où des grands ont plumé des petits, ce qui dans le milieu boursier n’est rien que du très commun et banal.

          Non quand je souhaitais que vous vous enquissiez de la démocratie grecque, c’était sur le même mode et la même passion que vous le faites pour la Turquie, à savoir fondamentalement. Parmi d’autres exemples les critiques :

          . De l’ultranationalisme grec, qui repose depuis le 19eme siècle et la guerre d’indépendance sur un anti-turquisme primaire.

          . Du soutient de la Grèce aux terroristes du Pkk, soutiens financier (50 millions d’€ par an) et matériel (formation d’artificiers pour organiser des attentats en Turquie en particulier durant la période estivale...). Si ma mémoire est bonne deux ministres (intérieur et défense) ont dû démissionner après l’arrestation du chef terroriste Abdullah Ocalan.

          . De l’engloutissement des subventions européennes, peu de gens le savent mais la Grèce a bénéficié durant plus de 10 ans de la majeure partie des aides communautaires, et sans réels contrôles. En 2002 la Commission européenne sans doute lassée, a demandé à la Grèce le remboursement 161 millions d’euros d’aides d’État illégales accordées à Olympic Airways entre 1998 et 2002. Fin 2006 rien n’était encore remboursé...

          . L’assassinat du professeur Sadık Ahmet, représentant de la minorité turque (que les Grecs appellent les « Grecs Musulmans », le mot « turc » étant banni du vocabulaire). Assassinat qui est survenu après une campagne haineuse et des dizaines de menaces de mort.

          Etc etc ;

          Je compte sur vous.

          Plus directement et pour ma part, je pense que la propagande antiturque est déjà dépassée, comme je l’ai dit l’UE à 28 ou 29 n’a plus d’avenir, donc le « Non à la Turquie dans l’UE », n’a plus vraiment de force ni de pertinence, d’autre part d’autres sujets plus cruciaux pour l’avenir vont prendre la place d’une fixation sur la Turquie qui au fond n’est pas un sujet très intéressant et enfin je pense que les relations entre la Turquie (les Turcs) et la Grèce (les Grecs) sont destinées à s’améliorer et se normaliser, les sociétés grecques investissent d’ailleurs beaucoup en Turquie (en particulier dans le secteur bancaire). A bon entendeur :)


          • Alper 4 juin 2007 15:16

            Tout à fait, par exemple « Le Bataillon Basque Espagnol » (B.B.E.) qui est une organisation terroriste d’extrême droite luttant contre les membres de l’E.T.A a été utilisée par l’Etat espagnol. Ou encore « Le Commando de Caça aos Comunistas » milice d’extrême droite au Brésil que les gouvernements ont utilisé contre les gangs dans ce pays. Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique a également eu recourt aux terroristes protestants comme le l’UVF (Ulster Volunteer Force) ou la LVF (Loyalist Volunteer Force) contre l’IRA. Les terroristes de l’EOKA (-B) ont été largement utilisé par le gouvernement putschiste grec de l’époque. Même la « plus grande démocratie du monde », les USA, ont recourt a des moyens pas vraiment conventionnels dans sa « guerre contre le terrorisme ».

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