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Accueil du site > Actualités > International > Le chaos africain, Parole de femme, « L’aide fatale »

Le chaos africain, Parole de femme, « L’aide fatale »

Les hommes ne mangent pas de la même façon selon qu’ils vivent dans le Nord ou dans le Sud du monde.
Dans le Nord du monde, ils se groupent autour d’une table. Ils mangent des sucres lourds et des animaux gras en s’appelant « cher ami », puis succombent étouffés dans leur graisse en disant "docteur, docteur ".
Dans le sud du monde, ils sucent des cailloux ou des pattes de vautours morts et meurent aussi, tout secs et désolés, et penchés comme les roses qu’on oublie d’arroser.
Pierre Desproges


Pour faire simple, les gros mangeurs du nord entretiennent une situation diabolique qu’ils partagent avec les responsables et systèmes politiques africains qui s’inspirent des pays en difficulté.
La mauvaise graine pousse sous toutes les latitudes et s’exporte très bien.

Tous ces gens qui font des métiers publics sont des vendus. Manu di Bongo, lui-même, n’est pas blanc-blanc.


Dieu merci il existe des femmes de qualité qui ont un regard vrai, un raisonnement juste...

Dambisa Moyo est l’une d’entre elles.
Née en Zambie ou elle passa son enfance. Diplômée en économie d’Oxford et de Harvard. Elle a travaillé pour la Banque mondiale avant d’entrer chez Goldman Sachs. Le magazine Time l’a choisie parmi les femmes les plus influentes de notre époque.

Dans son livre provocateur et implacablement documenté, L’aide fatale, Dambisa Moyo affirme que l’assistance financière a été et continue d’être pour une grande partie du monde en développement un total désastre sur le plan économique, politique et humanitaire. Entre 1970 et 1988, quand le flux de l’aide à l’Afrique était à son maximum, le taux de pauvreté des populations s’est accru de façon stupéfiante : il est passé de 11% à 66%. Pourquoi ? Adressée directement aux gouvernements, l’aide est facile à subtiliser, elle encourage la corruption à grande échelle et fragilise le pouvoir, objet des plus vives convoitises. Plus grave encore, l’aide sape l’épargne, les investissements locaux, la mise en place d’un vrai système bancaire et l’esprit d’entreprise. Dambisa Moyo propose une série de mesures souvent assez radicales pour sortir de cette spirale. On comprend pourquoi son livre a suscité de si vives réactions et débats au Nord comme au Sud et au cœur des institutions financières nationales et internationales.
Décidément les femmes sont vraiment stupides, elles ne comprennent rien aux affaires, l’islam a tout compris...lui qui les bride et les emprisonne depuis le début des temps. Et des pingouines en burqa qui en redemandent.

Cette brillante universitaire, africaine de surcroit, a soutenu devant un auditoire de chercheurs, gestionnaires de fonds, banquiers, universitaires et journalistes « qu’aucun pays au monde ne s’est développé avec l’aide uniquement ». « L’aide pour l’aide n’existe pas » dans tous les cas. Et, avec la crise actuelle et la dépréciation des principales devises internationales, les pays africains devraient comprendre que l’investissement direct étranger diminuera.

Décidément les financiers, étendent et développent leurs funestes perspectives sans issue. Maintenant l’Europe, édifice étrange et fascinant. Navire colossal jailli des conflits mondiaux meurtriers, échoué au milieu d’une terre douloureuse et convulsive sous le choc d’un étrange présage... Nautilus explosé avec ses quatre mâts, sa voilure brisée et sa coque envahie par des plantes spéculatives omnivores. Apparition étrange et fantasmatique, à mi-chemin entre la vie paroxystique et la mort la plus troublante. Mâles et sales pouvoirs financiers.
Et les rêveurs de surenchérir avec leurs petits bras et leur coeur d’enfant :

Soyez prévenus vieillards

soyez prévenus salopards
le temps où vous donniez vos fils à la patrie
comme on donne du pain aux pigeons
ce temps-là ne reviendra plus

Debout les femmes,
les femmes émancipées surtout,
les burqas et voilures au musée,
Carnavalet ou de la marine
debout les femmes libres
pour penser et bâtir demain.

Nous revenons à notre africaine issue de l’enfer du machisme, écoutons Dambisa Moyo :
« Il faudrait donc que l’Afrique puisse profiter de cette crise pour inventer son développement et ne pas rester à attendre et à espérer un hypothétique sauvetage de son économie par les puissances mondiales qui elles-mêmes cherchent à se sauver. »
Innover en recherchant les voies et moyens d’offrir aux marchés internationaux des produits transformés utiles et nécessaires. Même si le discours ambiant répète à loisir que l’Afrique ne doit pas être oubliée par les pays développés, on se rend compte, dans les faits, que très peu d’actions concrètes ont été prises ces derniers mois pour aider l’Afrique. Mme Okonjo-Iweala, directrice de département à la Banque mondiale, demandait récemment au Forum économique de Davos que les pays développés octroient 0,7% de leur plan de relance économique à l’Afrique. Mais aucune réaction n’a été enregistrée après cette déclaration.
Profiter de la crise.

L’Afrique a des atouts. D’abord un taux de croissance moyen qui, ces sept dernières années, tournait autour de 7% par an. Ensuite la multiplication des bourses de valeurs africaines, au nombre de 23 à présent. Une plus grande stabilité politique avec des démocraties de plus en plus viables même si des problèmes demeurent dans certains pays.

Rejeter l’aide basée sur le show-business

Dambisa Moyo fait une genèse de l’aide depuis 1800 jusqu’à nos jours passant en revue chaque fois la caractéristique majeure de l’aide suivant la période. Par exemple, l’aide sous les cinq ans du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, était axée sur la reconstruction de l’Europe. Alors qu’en Afrique l’aide est axée sur le développement, ce qui est un anachronisme. Dans les années 40-50, l’aide en faveur de l’Afrique visait l’établissement des grandes infrastructures comme les routes et les chemins de fers. Ensuite, dans les années 70, il fallait lutter contre la pauvreté. Dans les années 80, il s’agissait de soutenir l’initiative privée. Dans les années 90, le thème de l’aide portait sur la bonne gouvernance. Et, depuis 2000, l’accent est mis sur l’intervention des stars (Bono, Angelina Jolie, Bob Geldorf, Madonna…) et autres vedettes qui viennent s’apitoyer sur le sort de l’Afrique pour mobiliser l’aide. Ce qui est dommage, dira l’économiste zambienne, déclenchant les applaudissements de l’audience, une centaine de personnes triées sur le volet pour leur intérêt au thème du jour.

Pour Dambisa Moyo, l’aide en tant que solution pour engendrer la croissance et lutter contre la pauvreté en Afrique a échoué. En effet, des trillions de dollars ont été investis en Afrique sans grand succès. La corruption reste toujours un problème, l’espérance de vie faible, et l’on pourrait continuer cette liste d’indicateurs économiques pas encore satisfaisants sur le continent. Elle donnera encore cet exemple frappant : « Il est plus cher et plus difficile de transporter un bien d’Addis Abbeba sur Abidjan que de transporter ce même bien de Tokyo à Abidjan ». Près d’un demi-siècle après les indépendances africaines, on en est encore là : le commerce intra-africain est dérisoire, malgré la mise en place, ces derniers jours dans la capitale éthiopienne, d’un embryon de gouvernement africain tiré par le guide libyen Mouammar Kadhaf.

La Zambienne est catégorique, « l’aide ne marche pas sur le continent ». Et donc, pour elle, il faudrait que les pays africains cessent de gaspiller leurs ressources en allant participer à des rencontres comme celles de Doha où l’on discute du commerce international, car les gouvernements des pays occidentaux qui y participent représentent les intérêts de leurs électeurs et n’accepteront jamais de modifier les termes du commerce international en faveur des pays africains. Car il faut bien qu’ils protègent et défendent leur base électorale pour pouvoir se faire réélire.
« L’Afrique doit donc inventer son développement, et ne plus penser que l’aide est la solution . »

Célestin Monga :
Comme l’Europe, l’Afrique connait des problèmes institutionnels et de gouvernance, l’inefficacité des systèmes bancaires et financiers, la faiblesse de la productivité, etc. Mais elle n’a pas le monopole de ces difficultés-là.
Pourquoi lui est-il plus difficile de s’en émanciper que les autres ? Parce qu’elle souffre de quatre déficits sévères d’ordre méta-économique : déficit d’amour-propre et de confiance en elle-même ; déficit de leadership ; déficit de savoir et de connaissances ; déficit de communication et d’échange, de connexion à la conversation globale. C’est pourquoi le travail sur les mentalités, proposé par des auteurs comme Cheikh Anta Diop, Fabien Eboussi Boulaga ou Jean-Marc Ela sont essentiels.


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49 réactions à cet article    


  • Ca fait un bout de temps que j’ai envie de lire ce livre. Merci pour ce résumé.


    • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 12:32

       l’infréquentable Roungalashinga

      Puisqu’il semble évident que l’Afrique souffre entre autre de quatre déficits sévères d’ordre méta-économique : déficit d’amour-propre et de confiance en elle-même ; déficit de leadership ; déficit de savoir et de connaissances ; déficit de communication et d’échange, de connexion à la conversation globale...au travail les idéalistes africains !

      Bien à vous


    • Marcel Chapoutier Marcel Chapoutier 7 mai 2010 00:24

      Cette femme est traitre à son continent « Elle a travaillé pour la Banque mondiale avant d’entrer chez Goldman Sachs ».Elle a travaillé donc pour les prédateurs qui contribuent à la ruine et à l’impossibilité pour tout les pays d’Afrique d’avoir un vrai développement...La banque mondiale contribue en imposant une privatisation de tout les services y compris la santé et l’éducation, de l’eau et des ressources minières (cadeaux aux multinationales) à l’appauvrissement général de tout les pays d’Afrique.

       La soi-disant aide est en fait un prêt qui assujetti à vie un pays qui y souscrit sous prétexte d’assainissement des finances. Comment se fait-il que des pays dont le sol regorge de richesses, or, diamants, pétrole, uranium, coltan ect, n’ont quasiment aucune infrastructure routière, ni hôpitaux, ni école...Toute ces ressources ne sont-elles pas pillées par les multinationales avec la complicité de la banque mondiale et du FMI.

       Le peu d’argent qui arrive dans les pays est aussitôt détourné par les dictateurs (les Bongos, les Sassou N’Guesso, les B Compaorés, (mis au pouvoir avec l’aide des pays occidentaux pour servir la soupe, qu’ils utilisent pour s’acheter des hôtels particuliers à Paris , des Rolls, des Ferrari ect, voir les bien mal acquis)...C’est la triste réalité, on est donc loin des théories fumeuses de cette dame... 


    • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 mai 2010 10:13

      Bonjour Jack,

      " Décidément les femmes sont vraiment stupides, elles ne comprennent rien aux affaires, l’islam a tout compris...lui qui les bride et les emprisonne depuis le début des temps. Et des pingouines en burqa qui en redemandent. " Magnifique dans la bouche d’une jeune africaine ! Ces africains sont étonnant tellement ils ont fait cet effort de bien parler français et nous donnent les leçons que nous méritons, mais que ne mettent ils pas leur intelligence au profit de leur continent et leurs terres.


      • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 12:45

        Lisa SION 2

        Un homme, une femme, qui sauraient se mettre tout entiers au service d’un état africain, sans magouille, sans en retirer pour eux-même le moindre profit, mais qui se donneraient entièrement, et de façon désintéressée, deviendraient des modèles pour l’environnement.
        Nelson Mandela fut à un moment un phare, il était un peu seul.
        Il existe une mentalité de cours terme, d’immédiateté dans la mentalité africaine qui fait beaucoup d’ombre aux solides projets de long terme.
        Merci de votre passage


      • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 mai 2010 10:58

        Mais c ’est exact .

        Depuis combien de temps dit-on ce vieux précepte  :

        Vaut mieux apprendre à pêcher à celui qui n’ a rien que de lui donner du poisson .

        N’ est-il pas pas recommandable que chacun se prenne en main ?

        Virer les dictateurs corrompus , les gouvernements véreux et se mettre au turbin .


        • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 mai 2010 12:48

          Comment on fait  ?

          Mais c ’est un problème à eux , le salaud qui les nique est un des leurs ....


        • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 12:50

          Capitaine,
           
          La pédagogie n’est pas en phase avec le profit.

          Bien sur votre exemple est excellent.

          Mais regardez comme nous sommes mal engagés dans cette Europe.

          Alors l’Afrique...c’est tellement loin, croit-on

          Toujours sur la brèche !


        • Furax Furax 6 mai 2010 12:13

          Très bon article comme d’hab.
          Le diagnostic n’est pas nouveau hélas. Les habitudes désastreuses sont difficilesà éradiquer. Corruption, corruption...
          Mais, personnellement, j’ai confiance. L’Afrique a un avenir beaucoup plus réjouissant que le nôtre


          • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 12:54

            Furax,

            Cinq siècles de colonisation laissent une empreinte qui ne colle pas avec la mentalité africaine, ou d’une manière partielle et imparfaite.
            L’Afrique à long terme doit façonner sa culture et développer ses valeurs.

            Merci de votre visite.


          • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 13:01

            Parkway,

            Adressée directement aux gouvernements, l’aide est facile à subtiliser, elle encourage la corruption à grande échelle et fragilise le pouvoir,

            Là est le vrai problème.

            Du plus puissant au plus misérable...l’éthique est presque inexistante.
            c’est pour moi incompréhensible...à ce point là.

            L’IMAGE DE L’HOMME QUI SCIE LA BRANCHE OÙ IL EST ASSIS.


            • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 14:17

              Pasou,

              Très intéressant tout ça.

              « L’Afrique ne peut et ne doit se développer qu’à son rythme »

              Je vis depuis 10 ans bientôt dans un environnement africain, ce que vous dites est la plus triste vérité.

              Les caractères humains dans leur diversité appellent à des modes comportementaux qui réclament des moyens et des modèles variés et adaptés.

              Les américains en quelques siècles ont anéanti l’erthnie originelle, le contenu de racine
              en prenant tout simplement la place des amérindiens.

              Ils se sont montrés efficaces mais tout à fait génocidaires. 

              Les romains imposaient le glaive et la charrue, plus tard les européens et judéo-chrétiens,
              le glaive et la croix.

              L’Afrique ? laquelle ? aux Africains ? lesquels ?
              La solution est dans leurs mains ? lesquelles ?


              • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 14:25

                Petit rectificatif en ce qui concerne les Romains : à partir du moment où ils payaient le tribut et ne troublaient pas l’ordre public, les Romains laissaient chaque peuple vivre selon ses traditions et ses dieux qu’ils respectaient tout autant que les leurs et qu’il ne fallait pas fâcher. D’ailleurs les gouverneurs des provinces de l’empire romain étaient issus des populations indigènes. De toute façon il leur était techniquement impossible d’imposer leur modèle de civilisation par la force.


              • vivien françoise 6 mai 2010 15:15

                les races n’ existent pas. De ce fait, inutile de faire des pavés


              • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 15:17

                Et la notion de QI n’est qu’une invention occidentale. Peut-on vraiment mesurer l’intelligence de quelqu’un ?


              • jules simon 6 mai 2010 15:41

                D’accord avec l’auteur :

                Oui l’aide apportée à l’Afrique a souvent été plus nocive que bénéfique ( et particulierement la coopération française).
                Oui l’Afrique doit se développer à son rythme.

                Mais pour que ce développement puisse se faire il faudrait que les états Africains et les compagnies occidentales (et depuis quelques années chinoises) changent la politique d’exploitation des ressources naturelles.



                En lisant l’article j’étais quasiment certain que j’allais retrouver dans les commentaires l’éternelle rengaine nauséabonde de PASOU sur les QI et les races  smiley

                la question a se poser est plutot : QI et développement : la poule ou l’oeuf ?

                Au moins aujourd’hui PASOU reconnait qu’il ne connait rien a l’Afrique, alors si j’ai un conseil a lui donner c’est de fermer sa gueule sur le sujet !


              • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 15:42

                Graindesable,

                Tout à fait sur la forme, quand au fond, le tribut ne souffrait aucun retard.


              • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 15:55

                Françoise,

                Il est plus juste de parler de caractère et de comportement en se gardant peut être
                de solliciter exagérément le cerveau gauche et en cherchant le lobe droit qui prend
                en occident la taille d’un pois-chiche.
                L’étalon est occidental, il en fallait un, mais il souffre de carence universelle.
                Ne nous voilons pas la face il n’est pas simple de communiquer dans tous les cas de figure,
                Pas nécessaire d’évoquer les différences ethniques.
                Merci de votre passage...propulsif.


              • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 16:13

                @ Jack
                Pour le versement du tribut sans délai je suis d’accord, c’est là le propre du conquérant.


              • vivien françoise 6 mai 2010 16:23

                M. Mandon,
                Je dis ce que je pense. Je ne parle ni à mon émisphère gauche et encore moins au droit !


              • vivien françoise 6 mai 2010 16:27

                Hémisphère pas émisphère


              • jules simon 6 mai 2010 16:55

                PASOU,


                vous qui aimez les statistiques, intéressez vous pour une même « race » (pour reprendre vos termes) à l’impact de l’environnement (social entre autres) sur le développement des enfants et sur l’évolution de leur QI.
                Vous verrez que le milieu fait bien plus que pousser à l’évolution, il conditionne.

                Mais sans doute pensez vous que le niveau de QI est congénital.


              • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 mai 2010 15:45

                A-t-on déjà mesuré les différents Quotients d’ Idiotie selon les Continents  ?

                Ou le Quotient d’ Infériorité et le QS le quotient de supériorité  ?


                • jules simon 6 mai 2010 15:51

                  Salut Cap’tain,

                  pour le QS faut voir PV !


                • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 15:57

                  et le capitaine de ronchonner dans sa barbe


                • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 16:10

                  Quand on voit le Quotient d’Idiotie de nos dirigeants on a peu de leçons à donner. De plus ces dictateurs africains ne sont-ils pas issus de nos meilleures écoles occidentales ?


                • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 16:35

                  Graindesable,

                  Au fond l’espèce humaine témoigne de beaucoup d’intelligence et de faculté d’adaptation.
                  Cependant, l’éthique, les valeurs humaines, l’ambition d’être en soi-même font cruellement défaut.
                  La gratuité du geste n’existe pas. En son temps, j’avais tenté de montrer le mécanisme de l’amour.
                  S’intéresser à l’autre, c’est une manière de s’aimer chez lui ex. évangélique :

                  Le Samaritain à l’époque virtuelle

                  Évangile de Luc X, 29-37

                  Un docteur légiste se leva.... « Qui est mon prochain ? »

                  Jésus lui dit :

                  « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent, le battirent et s’en allèrent le laissant à demi mort.

                  Voici un prêtre qui passait par là, il vit cet homme et prit l’autre côté de la route.

                  De même un lévite qui arrivait près de là, il vit l’homme et passa. Mais, un Samaritain en voyage vint à passer près de cet homme, il le vit et fut touché de compassion. S’étant approché, il versa de l’huile et du vin sur ses plaies et les banda. Puis il le mit sur sa monture et l’emmena dans une auberge où il prit soin de lui.

                  Le lendemain il sortit deux deniers et les donna à l’aubergiste en lui disant : « Prends soin de cet homme, et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. »

                  A ton avis, lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme tombé entre les mains des voleurs ? »

                  Le docteur légiste répondit : « C’est celui qui a pratiqué la miséricorde envers lui. »

                  Jésus répondit : « Va et fait de même. »

                  Cela m’intrigue d’autant plus que cette métaphore est un enjeu majeur, c’est l’un des principaux gages d’éternité.

                  Le héros central est un paria. En Galilée, à l’époque de Jésus, les Samaritains étaient aussi méprisés qu’un Palestinien aujourd’hui en désaccord avec la politique d’Israël. En somme tous les Palestiniens.

                  Les Samaritains avaient des pratiques barbares aux survivances païennes.

                  C’étaient des gens de la nature et de modeste condition.

                  Paysans, commerçants, gens pratiques, peu intéressés par le Grand Livre, au fond incultes dans la lettre et ignorants du message mosaïque.

                  Contrairement au prêtre et au lévite qui contournent l’homme blessé à demi nu, pensez donc, la nudité, l’émergence de la sexualité, à cette époque, quand on vit dans l’abstraction de la foi, dans le Livre, dans sa tête, si loin de son ventre et de ses besoins physiques, ses désirs.

                  Le réflexe le plus naturel dans ce cas, c’est la peur, le recul, la fermeture et il serait mal venu de porter un jugement sur cette évidence.

                  Revenons à notre homme providentiel, le Samaritain, je l’imagine un peu rond, avec un turban rouge sur la tête, pour égayer un peu. Il marche d’un bon pas, c’est un solide gaillard qui semble déterminé, peut-être un modeste commerçant qui se rend au marché pour son petit commerce mensuel.

                  Les chemins de l’époque ne sont pas sécurisés, il est donc courageux.

                  A travers l’expérience de la roue de médecine, de ses frères les Amérindiens qui ont pratiqué le courage, ailleurs, beaucoup plus tard, je sens qu’il est bien présent, vigilant, à l’écoute, bien centré.

                  C’est un guerrier spirituel, il ne le sait pas et c’est sans importance. Dans cet état d’esprit, il est attentif à tout, au danger, à la misère, aux autres, à l’autre.

                  C’est un homme pratique, il agit. Peut-être qu’il possède, dans les sacs posés sur le dos de son âne, du vin pour désinfecter les plaies du malheureux, de l’huile pour masser ce pauvre corps meurtri étendu sur le chemin.

                  L’homme qui vit dans la nature a le geste juste, le bon réflexe, son efficacité est naturelle et se transmet d’instinct de père en fils.

                  La gratuité du geste s’inscrit dans l’empathie. Il sait que cet homme au-dessus duquel il pratique les premiers soins ce pourrait être lui. Il est plein de compassion comme une mère qui fait son enfant, comme elle il sait d’instinct que cet homme le prolonge, comme la mère il s’aime dans ce geste vital.

                  Tout ça est tellement simple, tellement sain que les théologiens eux-mêmes n’en perçoivent pas l’essentiel en s’égarant dans des considérations morales qui écornent, voire déforment le message.

                  Bon ce n’est pas tout, le Samaritain a un projet, une activité, il remet maintenant le blessé dans les mains d’un hôtelier en lui donnant des consignes. Il a materné, il paterne et promet de repasser. Il poursuit sa route, il assume sa vie.

                  Quel est le sens du message ?

                  Donner du temps à la personne en difficulté et, pour la personne qui reçoit, le souvenir attendri, une pensée d’amour ?

                  Ce Samaritain est étranger au cadre du savoir biblique, étranger au caractère apostolique formel et conventionnel. Intentionnellement, c’est un étranger.

                  Pas de réelle gratuité du geste. Entrer en contact avec l’autre c’est voir chez lui notre miroir. L’autre est un autre nous-même. S’aimer chez l’autre.

                  Le Samaritain a donné de son temps, de son affection, de son aide sans rien recevoir en retour... le blessé pourra faire de même en pareilles circonstances.

                  Au hasard des chemins, si nous rencontrons un être en difficulté, tentons de nous reconnaître.

                  J’ai le souvenir que dans un train qui revenait d’Italie, j’ai rencontré un prof qui rentrait d’un séminaire consacré à l’iconographie. Il me révéla que dans une présentation médiévale, relative à la parabole du Samaritain, les illustrations successives présentent la particularité suivante : le Samaritain apparaît sous les traits présumés de Jésus, assume les soins et disparaît. On le voit de dos s’éloignant.

                  Maintenant, c’est l’hôtelier qui occupe la scène, curieusement, il a le visage présumé de Jésus, puis il disparaît avec le blessé dans sa maison.

                  Plus tard, sur le seuil de l’hôtellerie, notre convalescent se présente... devinez l’empreinte de son visage ? Eh oui bien sûr, c’est comme une chaîne de solidarité dans sa permanence et sa continuité, il a le visage de Jésus.

                  « Aime ton prochain comme toi-même. »

                  La pensée d’éternité s’inscrit dans cette attitude d’esprit et dans l’élan et le positionnement actif du Samaritain qui ouvre une voie, une perspective vers un autre lui-même.


                  • vivien françoise 6 mai 2010 22:04

                    A L’ auteur,
                    Aujourd’hui, c’est jour gras pour moi, donc je vais en rajouter encore un peu car demain c’est vendredi jour du poisson.
                    Vous encensez tellement les femmes mais vous ne parlez que des histoires de fils, de frères, d’hommes en somme. 
                    La communication est rendue difficile quand l’un des interlocuteurs se moque de l’autre en racontant des fables de bon samaritain. 
                    Françoise
                     


                  • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 16:55

                    A tous,

                    Fondamentalement et beaucoup plus loin que toute forme de démarche philosophique ou religieuse,
                    cela peut être simplifié en deux ligne pour vous épargner cette histoire.

                    "La gratuité du geste s’inscrit dans l’empathie. Il sait que cet homme au-dessus duquel il pratique les premiers soins ce pourrait être lui. Il est plein de compassion comme une mère qui fait son enfant, comme elle il sait d’instinct que cet homme le prolonge, comme la mère il s’aime dans ce geste vital."

                    Dans tous les pays en difficulté, c’est à dire sur tous les continents, il existe des soignants libres de tout engagement politique ou religieux qui fonctionnent de cette manière, simplement en phase avec ce geste d’amour, qu’ils ont reçu lorsque leur mère les a mis au monde.
                    Cette sensation originelle qui se passe de mot, laisse des traces profondes dans nos cellules et conditionne ce geste gratuit.
                    Ne pas produire ce geste n’est pas l’indice d’un manque de générosité. J’invoquerai la maladresse, le trouble, la timidité, le refoulement.
                    Constatez combien dans les grandes catastrophes naturelles les hommes se sentent solidaires.


                    • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 16:59

                      Ça n’intéresse personne que l’Afrique, avec un tel potentiel, se développe. Le maintenir à feu et à sang par le jeu des dictatures est le meilleur moyen de continuer son pillage. On nous servira comme justification la soupe de l’infériorité intellectuelle de l’africain, de la fatalité de sa condition etc. Tout est fait pour lui maintenir la tête sous l’eau.


                      • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 17:13

                        Mais qui maintient cette instabilité et au profit de qui ?


                      • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 20:12

                        L’Afrique doit inventer son propre modèle de développement à condition que l’on ne l’en empêche pas. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de la main plusieurs siècles de colonisation qui qu’on le veuille ou pas font partie de l’histoire du continent, des siècles de découpages territoriaux aux seuls profits des colonisateurs niant tout cohérence et ne respectant pas les différents territoires ethniques, des contacts avec l’homme blanc. Après l’indépendance somme toute récente des Etats africains, quel autre modèle que le modèle de l’ancien colonisateur pouvaient-il adopter ? Dans des frontières incongrues ? Avec une immaturité évidente face à nouveau défi ? Avec les USA et l’URSS qui s’affrontaient via Etats africains ? On ne peut pas leur demander de retourner au système tribal d’avant la colonisation ! Le défi des pays africains n’est pas celui-là. A eux d’inventer leurs démocraties.
                        Quand à l’Irak, même si je suis contre l’invasion américaine de ce pays, vous ne me convaincrez pas que la dictature de Saddam Hussein ait été un modèle d’épanouissement pour les Irakiens.


                      • Alois Frankenberger Alois Frankenberger 6 mai 2010 17:59

                        Le problème majeur de l’Afrique c’est surtout qu’ils ont un taux de natalité très supérieur à leur taux de croissance économique : le gateau à partager grandit moins vite que le nombre de convives... et donc, la pauvreté s’accroit de plus en plus.

                        Si on faisait la même chose en Europe, on serait vite un pays du tiers monde !


                        • Le péripate Le péripate 6 mai 2010 18:15

                          Je ne suis pas d’accord. La transition démographique s’est toujours opéré après qu’un certains nombres de conditions soient remplis : élévation du niveau de vie et éducation des femmes notamment.
                          De plus il est faux de dire que les pays africains s’appauvrissent. Faites un tour sur Gapminder et fouillez. Ils progressent moins vite, et là ou ils régressent, la guerre est l’explication. L’explication générale de cette relative stagnation a été donné par Hernando De Soto : la dissimulation des richesses, un droit très relatif et la toute puissances des potentats.

                          Et puis plus fondamentalement, c’est méconnaître la nature de la richesse : il n’est de richesse que d’hommes.
                          La métaphore du gâteau est profondément trompeuse. C’est d’ailleurs son rôle idéologique.


                          • Le péripate Le péripate 6 mai 2010 18:57

                            Mais bien sûr Pasou que les hommes sont absolument égaux entre eux, et pour moi cette question ne souffre pas de discussion, j’en ferais même s’il le fallait un dogme. Non, je rigole... à peine.
                            Cette égalité absolue est l’égalité devant le Droit (à ne pas confondre avec les lois), et n’a rien à voir avec la naissance ou l’épaisseur du portefeuille ou encore l’histoire.

                            La découverte que la liberté et la propriété, qui sont presque une seule et même chose, avait un tel pouvoir pour améliorer nos vies a été une découverte hasardeuse, qui aurait pu ne pas se produire. Un peu comme ’l« invention » du vivant, la Vie.

                            Partout où l’homme souffre, c’est à cause du manque de liberté.


                          • Le péripate Le péripate 6 mai 2010 18:59

                            Au fait, merci de m’avoir rappelé que c’était Bodin l’auteur de cette maxime.

                             smiley


                          • Graindesable Graindesable 6 mai 2010 20:27

                            Je ne vois pas la différence entre un analphabète blanc jaune ou noir. Je ne vois pas la différence entre un homme cultivé blanc, noir ou jaune. Le potentiel nous l’avons tous, nous appartenons à la même espèce. Maintenant il suffit d’avoir les moyens de pouvoir le développer.


                          • rocla (haddock) rocla (haddock) 6 mai 2010 18:35

                            Il est probable aussi que certains groupes humains ont une attitude différente face à la vie et aux événements .

                            Il serait très intéressant de savoir la manière de vivre de ces groupes avant l’ arrivée de nous .


                            • Monica Monica 6 mai 2010 19:26

                              Merci, Jack, de cet excellent article, qui, encore une fois, rend hommage aux femmes libres.


                              Dambisa Moyo dénonce avec raison les illusoires « solutions » apportées par les « aides » en Afrique.

                              Puisque vous êtes parti de la citation de Desproges sur l’alimentation, ajoutons à ce réquisitoire les aberrations du système d’exploitation de l’Afrique par les pays riches, qui a consisté à faire arracher des plantes vivrières pour faire pousser des aliments inutiles à ces populations ! 

                              • jack mandon jack mandon 6 mai 2010 20:33

                                Monica,

                                Je reste convaincu que l’apport de l’énergie féminine sur tous les sujets brulants qui bouleversent le monde constitue une vraie chance d’équilibre et d’harmonisation.
                                Sur un plan symbolique, l’Afrique dans ses racines traditionnelles ( très yin) peut apporter au monde dit nouveau (yang) et vice versa. Il en va de même pour l’homme et la femme.

                                Merci de votre apparition.

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