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Accueil du site > Actualités > International > Le Dalaï Lama citoyen d’honneur à Paris malgré les protestations (...)

Le Dalaï Lama citoyen d’honneur à Paris malgré les protestations chinoises

Le 6 juillet 2009 Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama fêtera ses 74 ans, dont la majorité en exil. Le cadeau de la mairie de Paris sera le trophée de citoyen d’honneur. Polémique au sein du conseil municipal, boycott des vendus de l’UMP qui préfèrent soutenir la Chine et son carnet de chèque. Bertrand Delanoë s’illustre encore en humaniste. La Chine bien sûr, se plaint et menace !

Pour son anniversaire, la « fête » à la pagode du bois de Vincennes sera calme, pas d’extravagances pour ce pays et son chef spirituel blessés depuis les années 50. Comme pour Aung San Suu Kyi, je craint que le Dalaï Lama ne foulera jamais son pays libre, pourtant il y a encore de l’espoir. Ils ont beau être tout les deux malades, notre détermination doit rester forte et sincère. Nous avons vu le poids de nos actes lors de manifestations le « combat » n’est pas inutile et encore moins désespéré.

Ainsi, le 6 juin 2009, lors de sa venue en France, malgré les contestations d’ingérence de la Chine, le maire de Paris remettra l’écharpe de citoyen d’honneur au Dalaï Lama. Enfin une bonne nouvelle après les récentes déclarations françaises, où pour quelques airbus vendus (OK, 240), la France à « baisser son froc » devant la « matraque » chinoise. Ce pays se plaint d’ingérence de la France dans sa politique intérieure, oui si l’on considère que le Tibet est chinois, mais justement il ne l’est pas et a été annexé illégalement par la Chine. Quel est le pays qui fait de l’ingérence en voulant interdire à l’autre de recevoir un homme qui représente tout un peuple ? Cet homme qui n’est même pas en guerre contre ses oppresseurs, un homme qui ne demande que ce que demande tout les peuples de la terre : être propriétaire de leur pays. Combien de tibétains pacifistes devront mourir sous les coups chinois avant de retrouver leur patrie, certes féodale comme l’affirme les chinois.

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Lors de sa venue au mois de juin prochain, le Dalaï Lama ne fera pas que recevoir le titre de citoyen d’honneur d’une ville où il ne vivra jamais, dans un pays qui ne reconnaît plus son combat. Il fera une conférence au palais de Bercy sur le thème « éthique et société », elle se déroulera le dimanche 7 juin. Son message, moderne par delà les générations, encourage la compassion. Je sais, ce n’est pas si facile d’aimer son voisin bruyant ou le jeune de quartier qui vous fais peur, mais penser au moustique qui nous aide de son mieux à rester tolérant, il est finalement notre meilleur ami car il nous aide vraiment à monter le meilleur de nous. Bref, dans ce monde capitaliste et individualiste, son message dénote. Pourtant, j’aimerai tant vivre dans un monde où les choses de donnent gratuitement et où l’on fait la fête avec son voisin plutôt que de regarder « Nouvelle Star »…

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Alors, montrons au Dalaï Lama qu’il est bienvenue dans notre pays, et que comme lorsque la flamme olympique est venue, nous sommes capable de dire haut et fort ce que fait subir la Chine au peuple tibétain. Qu’un président peut être en contradiction avec son peuple parce que ses objectifs proviennent d’une époque désormais révolue où la soif de l’argent excuse tout.

NEPAL-TIBET/PROTESTS

Soutenons le Dalaï Lama, soutenons le Tibet libre.

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livre à ce sujet : Puissance de la compassion


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13 réactions à cet article    


  • Marie-Thérèse Marie-Thérèse 1er juin 2009 09:56

    Bonjour,

    Merci beaucoup pour votre article...
    Bien cordialement

    Marie-Thérèse
    http://sunyat.free.fr


    • amipb amipb 1er juin 2009 19:15

      Oui, merci pour cet article qui commence déjà à se faire démonter par quelques anti-cléricaux primaires pour qui n’importe quel religieux, même s’il est profondément respecté par son peuple, et opprimé depuis plus de 50 ans, n’est que le tenant d’un « régime féodal » cruel et dépassé.

      L’épisode des jeux olympiques de 2008 a montré une facture importante entre les connaisseurs du pays et du peuple et celles et ceux qui jugent par le petit bout de la lorgnette, pensant que le bouddhisme tibétain n’est qu’un « délire de bobo », Mélenchon en tête. Et tout cela sans rien dire des milliers de morts, des 6000 monastères détruits et de l’oppression chinoise, qui a transformé la capitale religieuse, Lhassa, en un immense bordel entouré de prisons.

      L’attitude de Mr Delanoë, pour qui je n’ai pas de sympathie particulière, n’en est que plus remarquable.

      Longue vie au Dalaï Lama, longue vie aux tibétains et à leur culture.


      • Surya Surya 1er juin 2009 20:39

        La France en prend toujours pour son grade lorsqu’il s’agit du Dalai Lama, plus que les autres pays, peut être parce que la France est encore perçue comme un pays qui a une certaine influence en ce qui concerne les droits de l’homme ? En 1989, la même année où le Dalai Lama a reçu le prix Nobel de la Paix, les étudiants de Tien An Men citaient la révolution française dans leur lutte.

        Quand je pense que la station de métro Concorde à Paris est décorée du sol au plafond avec le texte de la déclaration des droits de l’homme !

        Ca fait longtemps que France a coupé le courant, la lumière s’est éteinte. Si nous avions continué dans cette voie d’humanisme, nous aurions, nous aussi, comme le Dalai Lama, une véritable alternative à proposer au monde tel qu’il est désormais. J’ai l’impression, et j’espère me tromper, que le Dalai Lama, par la non violence et les valeurs de compassion et de tolérance qu’il prone, est maintenant la seule voix à incarner cet idéal.

        Alors un grand bravo à B.Delanoe. En ne cédant pas aux pressions, en ne cédant pas aux critiques et en croyant en cet idéal, il s’est montré à la hauteur de ses convictions, et de la réputation (malheureusement de plus en plus fausse de nos jours) de la France défenseuse des droits de l’homme, de la fraternité, de l’humanisme et de la démocratie.

        Et tant pis si le peuple chinois nous déteste pendant quelques temps, comme les dirigeants chinois l’annoncent à l’avance. Nous, on ne le déteste pas du tout, au contraire, et je suis sûre qu’ils s’en rendront compte un jour.


        • amipb amipb 1er juin 2009 22:11

          Non, il n’est pas seul : voir Aug San Suu kyi et des milliers d’autres exemples, parfois anonymes, à travers le monde. Le problème est que l’on préfère montrer la violence aux informations, c’est, paraît-il, plus vendeur.

          La non-violence ne doit pas se nourrir d’espoir, sinon elle est vouée à l’échec. Il doit s’agir d’un acte naturel, qui ne demande rien en retour. C’est une sorte de sacrifice, mais quel cadeau pour nos enfants et petits enfants, si elle permet de changer peu à peu les mentalités !


        • Antidote Europe 1er juin 2009 21:17

          Merci pour cet article humaniste. L’association Antidote Europe exprime tout son soutien au prix nobel de la paix et lui souhaite la bienvenue en France.


          • Phil279 1er juin 2009 21:17

            « Rappelons que le daïla-lama a été formé par le Waffen SS, Heinrich Harrer.
            Pour juger du caractère “démocratique” du Tibet, laissons-lui la parole dans son ouvrage Sept ans d’aventure au Tibet :
            “La domination qu’exerce les moines du Tibet est absolue. C’est l’exemple type de la dictature cléricale”.
            Il est stupéfiant de remarquer que le dalaï-lama actuel, en 1994, a voulu réunir à Londres des personnalités occidentales ayant connu un Tibet indépendant.
            Sur les sept personnalités, il y avait les deux Waffen SS, Harrer, l’alpiniste, et Beger, l’ethnologue d’Auschwitz [1], et un diplomate chilien du nom de Miguel Sorano qui a fait carrière dans le sillage de Kurt Waldheim, en étant proche de Pinochet et des communautés nazies du sud du Chili ».

            Heinrich Harrer est né le 6 juillet 1912 et mort le 7 janvier 2006. Il s’engage, en 1933, dans les SA (Sturmabteilung), puis en 1938, après l’invasion de l’Autriche par l’Allemagne, dans les SS (Schutzstaffel). Après avoir réussi l’ascension de la première face nord du mont Eiger, le 24 juillet 1938, il devient une des vedettes du régime nazi.
            En 1939, alors qu’il est en Inde pour préparer l’ascension du Nanga Parbat, une montagne de l’Himalaya, il est fait prisonnier par les Britanniques. Il s’échappe en mai 1944 et part se réfugier dans les montagnes tibétaines. Il entre à Lhassa en février 1946 où il devient le précepteur du jeune Tenzin Gyatso, le futur dalaï-lama.
            Il quitte le Tibet pour revenir en Autriche, lors de l’arrivée de l’armée populaire chinoise en 1950.

            En 1952, Heinrich Harrer, publie un livre Sept ans d’aventure au Tibet dont, en 1997, Jean-Jacques Annaud tirera un film, Sept ans au Tibet. Ce film alimentera une polémique sur les liens du dalaï-lama avec son précepteur nazi. Les publications émanant des bureaux du dalaï-lama ont d’abord nié cette relation, puis prétendirent que le séjour de Harrer au Tibet fut une “rédemption”.

            En fait, la présence de Heinrich Harrer au Tibet, durant l’été 39, fait suite à une expédition très officielle, dirigée par un certain E. Schäfer, nommé, en 1936, SS-Untersturmführer de l’état-major de Himmler.
            Organisée par l’Ahnenerbe [2], cette première expédition avait pour mission la recherche des origines de la race aryenne.
            Un des membres de cette expédition était l’ethnologue Beger qui s’illustrera plus tard à Auschwitz par de prétendues recherches scientifiques sur la race aryenne.
            Les fantasmes nazis reposaient sur la prétendue présence d’aryens purs aux confins du Tibet ou de l’Afghanistan. Le Nanga Parbat, objectif de l’expédition Heinrich Harrer, est précisément dans cette région. Rappelons aussi que la croix gammée elle-même est un symbole solaire de la religion traditionnelle tibétaine, choisi comme tel par Adolf Hitler.


            [1] Le Hauptsturmführer Bruno Beger appartenait à l’Ahnenerbe (voir [2]). Compte tenu de la pénurie de “commissaires judéo-bolcheviques”, Bruno Beger fut envoyé à Auschwitz rechercher 115 détenus (79 hommes juifs, 30 femmes juives, 4 originaires d’Asie centrale et 2 Polonais). Ils furent mis en quarantaine et, avec la collaboration d’Eichmann transférés à Natzweiler, où ils furent gazés. Les cadavres furent rapatriés à Strasbourg et mis de côté pour des études raciales.
            [2] L’Ahnenerbe, est une organisation formée par la SS, en 1939, pour explorer “la sphère, l’esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique”. Le président de l’organisation était Himmler, son directeur commercial le Standartenführer Sievers, et l’un de ses chercheurs le Hauptsturmführer Prof. Hirt, directeur du département d’anatomie de l’université du Reich, à Strasbourg.


            • Antidote Europe 1er juin 2009 21:35

              Le daïla-lama défend l’autodétermination de son peuple. Rappelons que le Tibet a été annexé par la force. Le daïla-lama mène un combat pacifiste pour préserver la culture d’une population alliéner par un régime chinois despotique qui pourchasse sans relache les opposants chinois et se maintien au pouvoir par l’oppression.
              Le peuple chinois n’est en cause mais s’est bien le parti unique au pouvoir, le parti communiste chinois qui gouverne par la terreur au Tibet.
              Toutes vos divagations historiques sont sans fondemnent éthique.
              La dictature cléricale que vous dénoncée prone la paix , l’harmonie et les valeurs morales universelles tels que la bonté , l’humilité , la tolérance.
              Alors que le régime communiste chinois a imposé son arrogance et la soumission , n’apportant que le malheur, l’obscurantisme, le desespoir et la mort.
              Votre longue tIrade n’est que propagande inspirée d’un régime manipulateur et sans scrupule. 


            • amipb amipb 1er juin 2009 22:16

              Votre commentaire est totalement dépassé, par ailleurs, Mr Heinrich Harrer a été bien obligé de s’enrôler dans les SS pour pouvoir assouvir sa passion de la montagne et récolter des fonds.

              J’aimerai savoir ce qui vous embête chez le Dalaï Lama ? Le fait qu’il soit religieux ? Que son gouvernement soit démocratique ? Qu’il prône la compassion ? Ou est-ce parce que la Chine, cette Chine qui cristallise cet exotisme économique dont nous sommes devenus si friands depuis Peyrefitte, est responsable de la tragédie de son peuple ?


            • Surya Surya 2 juin 2009 13:39

              Je ne comprends pas où vous voulez en venir et ce que vous cherchez à prouver. Je suis déjà allée écouter deux fois le Dalai Lama lors de conférences, et il est vrai (je précise que fais de l’ironie, là) que son discours reflète parfaitement l’état d’esprit de quelqu’un élevé selon les principes du nazisme, et cherchant à diffuser ces idées (= racisme, rejet des différences, mépris pour le reste de l’humanité, envie de dominer le monde... etc...)
              J’ai vu le très beau film de JJ Annaud à sa sortie, et on y voit un Harrer, certes arrogant et imbu de sa personne au début, se transformer petit à petit au contact du bouddhisme et du (alors très jeune) Dalai Lama.
              Je ne sais pas si l’on peut également citer Wernher von Braun comme autre exemple de serviteur du nazisme qui se serait modifié intérieurement, (ou s’il est juste quelqu’un étant passé de l’autre côté, et puis dans le cas de von Braun le bouddhisme n’a rien à voir là dedans), en tout cas je crois que pour Harrer, c’est le cas.
              Le Dalai Lama n’a pas été formé par Harrer, c’est Harrer, bien que déjà adulte, qui a été formé par le Dalai Lama.


            • Phil279 1er juin 2009 21:20
              Le Dalaï Lama, champion de la non-violence ?

              par Domenico Losurdo

               
               
               

              La campagne anti-chinoise en cours de nos jours présente, et célèbre, le Dalaï Lama comme le champion de la non-violence, véritable héritier de Gandhi. On notera cependant à ce propos que l’Occident libéral s’est montré pendant longtemps tout autre que sympathique à l’égard de Gandhi. C’est avec un souverain mépris que Churchill parle de ce « faquir séditieux », de ce « misérable petit vieux, qui est notre ennemi depuis toujours », de ce « vieux va nu pieds » (1) , qui prétend mettre la main sur « ce qui nous appartient « et « veut l’expulsion de l’Angleterre hors de l’Inde » (2). L’incontournable arrogance impériale se charge parfois aussi de tons racistes, comme on le voit en particulier dans une prise de position de 1931 :

              « Il est alarmant et nauséabond aussi de voir Gandhi, un avocat subversif du Middle Temple, maintenant dans cette attitude de faquir selon un modèle bien connu en Orient, gravir, à grands pas et à moitié nu, les escaliers du palais du vice roi pour aller parler d’égal à égal avec le représentant du roi-empereur alors qu’il s’emploie encore à organiser et conduire une campagne provocatrice de désobéissance civile » (3).

              En tout cas, contre le mouvement indépendantiste, qu’il soit violent ou non-violent, on sait recourir à tous les moyens, et Churchill en 1932 salue le lancement en Inde de mesures « plus drastiques que toutes celles qui s’étaient avérées nécessaires depuis l’époque de la Mutiny de 1857 » (4) c’est-à-dire depuis la révolte des Sepoys et de la sanglante répression qui avait en son temps suscité l’indignation de Marx.

              De nos jours encore, les accents chers à Churchill sont loin d’avoir disparu. Un journaliste historien qui, dans les colonnes d’organes de presse étasuniens et occidentaux généralement les plus autorisés, s’emploie à célébrer le retour du colonialisme (Colonialism’s Back-and Not a Moment Too Soon - « le colonialisme est de retour et c’est pas trop tôt » - NDT), s’exprime ainsi en parlant de Gandhi : il « avait une année de plus que Lénine, avec qui il avait en commun une approche de type quasiment religieux de la politique, mais son « excentricité le rapprochait aussi de Hitler, de vingt ans son cadet » (5). Comparé à Lénine, le leader du mouvement indépendantiste indien subit le sort réservé au bolchevisme qui, du point de vue des historiens et journalistes de cour, n’est que le frère jumeau du nazisme.

              La tendance principale de l’idéologie dominante est cependant aujourd’hui bien différente. Dès les premières années de la guerre froide, une fois abandonnés la haine et le mépris nourris en particulier par Churchill envers le « subversif » et « oriental » ennemi de l’Empire britannique et de la civilisation occidentale, Gandhi est promu au rôle d’apôtre de la non-violence : non-violence qu’on va opposer à ces mouvements révolutionnaires d’émancipation des peuples coloniaux qui se développent en Asie et dans le monde entier ; c’est ainsi que Gandhi devient inopinément l’antithèse de Mao, de Ho Chi Minh, Castro et Arafat. Viendra ensuite une manoeuvre de réal-politique ultérieure et décisif : une campagne multimédiatique martelant que l’hérédité de Gandhi en tant que champion de la non-violence serait aujourd’hui assumée par le Dalaï Lama, comme par hasard désigné en 1989 Prix Nobel de la paix.

              Et pourtant la réalité n’est pas difficile à vérifier. Elle est révélée clairement dans deux livres qui ont pour auteur unique, ou co-auteurs, deux fonctionnaires (de niveau plus ou moins élevé) de la Cia. Le premier, qui a collaboré pendant des décennies avec le Dalaï Lama et exprime son admiration et sa dévotion envers le « leader bouddhiste qui s’est voué à la non-violence », rapporte en ces termes le point de vue exprimé par son héros : « S’il n’y a pas d’alternative à la violence, la violence est autorisée ». D’autant plus qu’il faut savoir distinguer entre « méthode » et « motivation » : « Dans la résistance tibétaine contre la Chine la méthode était l’assassinat, mais la motivation était la compassion, et cela justifiait le recours à la violence ». De façon analogue le Dalaï Lama, cité et admiré par le fonctionnaire de la Cia, justifie et même célèbre la participation des Usa à la seconde guerre mondiale et à la guerre de Corée, puisqu’il s’agissait de « protéger la démocratie et la liberté ». Ces nobles idéaux allaient continuer à inspirer Washington à l’occasion de la guerre du Vietnam, même si, dans ce cas-là, les résultats ne furent malheureusement pas à la hauteur des intentions (6). On comprend que, sur de telle bases, la syntonie se révèle parfaite avec le fonctionnaire de la Cia, qui tient à se faire photographier avec le Dalaï Lama dans une posture amicale et affectueuse. Il tient même à déclarer que lui aussi, exactement comme son vénérable maître bouddhiste, n’aime pas les « armes à feu » mais qu’il se résigne à en approuver et promouvoir l’emploi seulement quand cela s’avère inévitable (7). Ainsi donc, réinterprétée à la lumière des enseignements du prix Nobel pour la paix, la non-violence semble être devenue la doctrine inspiratrice de la CIA !

              Ce sont justement les fonctionnaires de cette agence redoutée dans le monde entier qui finissent par faire un portrait désacralisant du Dalai Lama. En 1959, il s’enfuit de Lhassa : c’est la réalisation d’un « objectif de la politique américaine depuis au moins une décennie ». Au moment de son passage de la frontière entre la Chine (Tibet) et l’Inde, le Dalaï Lama nomme général un des tibétains qui l’avaient assisté dans sa fuite, tandis que deux autres, sans perdre de temps, avec la radio qui leur avait été fournie par la Cia, transmettent à cette dernière un message urgent : « Envoyez-nous par voie aérienne des armes pour 30.000 hommes » (8). Malgré l’équipement sophistiqué fourni aux guérilleros, la mise à leur disposition d’un « inexorable arsenal dans le ciel » (les armes parachutées par les avions étasuniens) et la possibilité de bénéficier d’arrières sûrs au-delà de la frontière chinoise, et en particulier dans les bases du Mustang (au Népal), la révolte tibétaine, préparée dès 1959 par le lancement d’armes et équipements militaires dans les zones les plus inaccessibles du Tibet (9), échoue. Les commandos infiltrés depuis l’Inde accusent des résultats « généralement décevants » ; « ils ne trouvent qu’un rare appui dans la population locale ». En résumé : la tentative d’ « alimenter une guérilla sur une vaste échelle par voie aérienne s’est révélée un échec lamentable » ; « en 1968, les forces de la guérilla au Mustang vieillissaient » sans être capables de « recruter de nouveaux éléments ». Les USA sont obligés d’abandonner l’affaire, provoquant alors une grande désillusion chez le Dalai Lama : « il observa avec amertume qu’en 1974 Washington avait effacé son soutien du programme politique et paramilitaire » (10).

              Il est donc assez difficile de voir dans le Dalai Lama l’héritier de Gandhi ! La seule vague analogie est avec le Gandhi de la première guerre mondiale, qui s’emploie à recruter des soldats indiens pour l’armée britannique et espère ainsi gagner la reconnaissance de Londres. De la Grande-Bretagne, l’Inde hérite l’aspiration à détacher, d’une manière ou d’une autre, le Tibet de la Chine : encadrés dans un corps spécial (Special Frontier Force), les guérilleros tibétains combattent sous commandement de l’armée de New Delhi au cours de la brève guerre de frontière sino-indienne de 1962, puis au cours de la guerre indopakistanaise de 1971. C’est dans ce contexte que s’insère l’appui fourni par le Dalai Lama à la politique indienne d’armement nucléaire.

              La collaboration avec les USA va jouer un rôle plus important encore : s’ajoutant au terrible embargo imposé par Washington et aux opérations persistantes de sabotage ou de terrorisme promues à partir de Taiwan, la révolte tibétaine était destinée, dans les plans de la Cia, à « contraindre Mao à éparpiller ses ressources déjà minces » et à provoquer l’étranglement de la République populaire chinoise. Il est vrai que l’objectif principal ne sera pas poursuivi. Mais dans tous les cas, outre le fait qu’ils affaiblissent le grand pays asiatique, les Etats-Unis « tirent bénéfice des renseignements recueillis par les forces de la résistance » tibétaines. De plus, la CIA et l’armée étasunienne peuvent expérimenter « de nouveaux types d’équipement, par exemple des avions et des parachutes » et « de nouvelles techniques de communication », et accumuler de précieuses expériences ; « les leçons apprises au Tibet » trouvent leur application « dans des lieux comme le Laos et le Vietnam » (11).

              Comme on peut voir, la non-violence du Dalaï Lama n’est qu’un mythe ; sur deux photos de 1972, on peut même le voir, avec le général indien Sujan Singh Uban, passer en revue et haranguer la Special Frontier Force, pour qui il avait donné son « consensus » afin qu’elle soit employée dans la guerre contre le Pakistan, quelques mois auparavant (12). Mais comment expliquer le mythe ? Une fois de plus celui qui va nous aider à donner une réponse est le fonctionnaire de la Cia qui a maintenu des contacts pendant des décennies avec le leader indépendantiste tibétain. En 1950, quand la guerre de Corée éclate, l’agence reçoit des instructions pour que soient conduites contre la Chine non seulement des « opérations paramilitaires » mais aussi une « guerre psychologique » (13). Le projet verra des perfectionnements ultérieurs à la suite de la révolte de 1959 ; le « groupe de stratégie psychologique » invite l’administration Eisenhower à « alimenter la rébellion le plus longtemps possible et à lui donner la plus grande emphase dans les moyens d’information » ; « la Cia paye une société de public relations pour aider les tibétains à publiciser leur cause » (14). L’orientation de fond de cette guerre psychologique avait déjà été définie dans les premières années de la guerre froide : il s’agissait d’ « appeler au rassemblement les bouddhistes d’Asie contre l’expansion des communistes chinois » (15). Au communisme synonyme de violence il fallait opposer le bouddhisme synonyme de non-violence. On ne s’étonnera pas alors que l’ « écran » (screen) de la non-violence commence à auréoler la figure du Dalaï Lama (16). Ce ne sera pas seulement une personnalité singulière qui connaîtra une aveuglante transfiguration mais aussi le monde dont elle est l’expression : le Tibet pré-moderne et pré-révolutionnaire va devenir un lieu d’enchantement, d’où se sont évanouis l’esclavage, le servage, la violence de la classe dominante, et même la violence en tant que telle. En réalité, bien loin de cette idylle, la Lhassa de ce bon vieux temps ressemblait à la « Florence des Borgia » (17). Mais la guerre psychologique, les sociétés de public relations et Hollywood (qui avait déjà joué un rôle central dans la Guerre froide) savent faire des miracles : le Dalaï Lama et le bouddhisme tibétain deviennent l’incarnation de la non-violence.

              Se réclamant de Gandhi et du Dalaï Lama, des cercles qui se disent de gauche et même des radicaux – qu’on pense pour ce qui concerne l’Italie au « Partito radicale transnazionale », dirigé par Marco Pannella- non seulement stigmatisent comme sanguinaires les mouvements de libération nationale ( comme par exemple la résistance palestinienne), mais vont plus loin encore : ignares des leçons de la non-violence et en proie à des pulsions d’homicide et totalitaires, les soit disant « radicaux », en opposition à ces mouvements de libération nationale, appuient régulièrement les guerres lancées par Washington pour l’exportation de la « démocratie » et , avec une emphase toute particulière, les guerres déclenchées par Israël contre ses voisins arabes : en tout premier lieu, contre le peuple palestinien. Le soutien aux guerres israélo-étasuniennes est-il en contradiction avec le principe de non-violence ? Les « radicaux » n ‘ont aucune difficulté à se référer au Gandhi qui, pendant la première guerre mondiale, soutenait l’effort de guerre de l’Empire britannique et faisait taire ses adversaires, en les accusant d’être lâches et même « efféminés ».

              En ce point, la « non-violence » s’est transformée en une idéologie de la guerre (pour le moment froide).

              Extrait (inédit) de « La non-violenza. Dilemmi morali e promesse non mantenute »), (« La non-violence. Dilemnes moraux et promesses non tenues »). Essai, en cours de rédaction.

              Le texte original (et traduction) se trouvera sur le site Domenico Losurdo.

              Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio, le 17 août 2008. Notes

              (1) Ferguson 2004, p. 276 et Chada 2000, p. 387 et 390.
              (2) Chada 2000, p. 384 et 300.
              (3) Chada 2000, p. 298.
              (4) Chada 2000, p. 319
              (5) Johnson 1989, p. 521 ; dans Paul Johnson cf. Losurdo 2006, chap. III § 9
              (6) Knaus 1999, p. X et 313.
              (7) Knaus 0999, p. X et 274.
              (8) Knaus 1999, p. 178 ; Conboy, Morrison 2002, p.93.
              (9) Knaus 1999, p. 225 et 154-155.
              (10) Knaus 1999, p. 281, 235, 292 et 293.
              (11) Knaus 1999, p. 215 et 316 ; Conboy, Morrison 2002, p.IX.
              (12) Conboy, Morrison 2002, p. 247-48.
              (13) Knaus 1999, p. 63.
              (14) Knaus 1999, p. 204 et 181.

              • amipb amipb 1er juin 2009 22:24

                Votre commentaire passe sous silence de nombreuses choses, quand il ne s’agit pas d’attribuer des paroles au Dalaï Lama, au travers d’une personne au passé douteux.
                1) Le Dalaï Lama n’a jamais demandé une résistance armée par la CIA, il s’agit de son frère.
                2) Il a rédigé une longue lettre destinée aux 2 belligérants (les combattants du Mustang et le gouvernement chinois), demandant la cessation immédiate des hostilités.

                Par ailleurs, il a mérité le Prix Nobel de la Paix car il n’a jamais prôné la violence contre les chinois, bien au contraire. Autrement, je me demande comment il aurait pu s’entourer de grands maîtres comme Kalou Rinpoché ou Dilgo Khyentsé Rinpoché, voir de Matthieu Ricard et sa brillante rigueur scientifique.


              • Antidote Europe 1er juin 2009 21:40

                Il n’y a pas de campagne anti chinoise, mais une frange de la population chinoise silencieuse terrorisée, un peuple tibétain et des hommes de bonnes volontés qui se bat tent humblement pour la reconnaissance des particularités culturelles d’e la population d’une province tibétaine à bou de souffle. 


                • Phil279 2 juin 2009 21:59

                  Aucun argument, pas de sources juste des affirmations :
                  Propagande

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