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Accueil du site > Actualités > International > Le Darfour brûle au feu des passions tribales, religieuses et (...)

Le Darfour brûle au feu des passions tribales, religieuses et internationales

Il a fallu que le chaos dans lequel est plongé le Darfour atteigne son paroxysme et que l’on y compte, selon les Nations unies, 400 000 morts et 2,5 millions de réfugiés, pour que les grands de ce monde s’émeuvent et parlent de génocide.

 

 

Il a fallu plus de cinquante ans de drame qui ravage la société soudanaise, provoqué par des sécheresses successives, des haines tribales, la répression des rébellions et les massacres continus qui en ont résulté, pour que le monde occidental finisse par s’émouvoir et parler de « génocide ».

Quand je me suis trouvé à Khartoum en 1952, venant d’Égypte, c’était le bon moment pour apprendre que Le Caire venait de reconnaître le droit à l’autodétermination du Soudan.

J’avais trouvé, dans la capitale du Soudan anglo-égyptien, une atmosphère de club colonial britannique où, malgré les rigueurs du climat, se jouait déjà, avec brio, la prochaine indépendance de ce pays, dans le palais du nouveau gouverneur général, Sir Robert Howe, et du « civil secretary », sorte de secrétaire général, un Écossais, ancien officier des « Black Watch », Sir James W. Robertson. Ce survivant de l’Empire victorien possédait l’expérience et le flair qu’avaient pu lui apporter tous les recoins de ce pays où avait servi la Couronne depuis 1922.

Sir James avait insisté longuement sur le réveil et sur le rôle de l’islam, partagé, disait-il, à cette époque, en deux dominations dominantes conduites par deux grands chefs religieux. Il avait mentionné en passant, mais sans faire de commentaires, ni de prédictions, le fait que dans le Sud, au-delà du 10° parallèle, vivaient des Africains noirs de religion catholique ou protestante, si exogènes par rapport aux habitants du Nord qui représentaient 70% de la population soudanaise, que ce territoire était administré en partie par l’administration coloniale du Kenya à Nairobi.

« Cela allait changer, disait-on dans les milieux anglais. C’est là que se joue depuis plusieurs années le sort politique du pays tout entier. »

Ce que les officiels britanniques ne disaient pas, c’était que depuis 1947, le Nord Soudan s’opposait violemment au sud du dixième parallèle en raison d’une différence fondamentale entre les religions, les sentiments politiques et les nuances de couleurs en présence.

« Cela n’est pas étonnant, me dit-on, à Khartoum, quand on considère que depuis des siècles, le Sud a toujours été persécuté et livré au pillage par les gens du Nord. C’est dans le Sud qu’au XIXe siècle, les expéditions turco-égyptiennes allaient réapprovisionner leurs marchés aux esclaves. C’est là aussi que le Mahdi lui-même , chef religieux craint et respecté, envoyait ses hommes de main durant la première moitié du XXe siècle. Cet état de choses, au moins les Britanniques avaient tenté de le réformer. »

Le lendemain de mon arrivée, avertis par je ne sais quel téléphone de brousse, trois étranges personnages vinrent me rendre visite à mon hôtel. Ils se présentèrent comme étant trois chefs soudanais du Sud. Conscients de l’incongruïté de leur démarche, ils me souriaient en montrant leurs rangées de dents - incisives comprises - taillées en pointe, comme le sont parfois celles de certaines peuplades cannibales.

L’un était instituteur. Il professait dans un collège religieux de la Mission italienne catholique, le second était le fils d’un chef de tribu, le troisième catholique et négociant en coton blanchi. Les trois « mages » étaient vêtus, à l’anglaise, de flanelle grise.

Ils m’ont confié qu’ils désiraient profiter de mon passage pour faire connaître au monde extérieur les sévices que leur faisaient subir régulièrement les gens du Nord, des bandes de gangsters anonymes équipés d’armes automatiques. Rien ne pouvait leur résister. Ils brûlaient des villages entiers, violaient les femmes, incendiaient les maisons ou les paillotes. 

« Nous n’avons aucune confiance dans les gens du Nord, me déclarèrent-ils, S’il arrivait un jour que le pays soit administré par eux, tout tomberait inévitablement sous leur coupe et, par conséquent, sous leur exploitation et leurs exactions. Depuis 1945, des rezzous mettent à sac nos villages, dont ils tuent les habitants, et assassinent les personnalités du Sud Soudan qui ont exprimé le désir de se séparer du Nord auquel ils ne voulaient plus être rattachés que par les liens ténus d’une fédération. [...] Il ne s’agissait plus déjà de considérer les interventions de l’armée de Khartoum comme des expéditions punitives mais comme des actes d’une guerre sans pitié, mais personne n’en parle... », se plaignaient mes interlocuteurs.

Ils ne pouvaient pas prévoir, même en imaginant le pire, que cet état de chaos allait durer jusqu’à l’an 2000 et s’étendrait à d’autres provinces dans l’Ouest du pays, jusqu’aux frontières du Tchad.

À la longue, dans l’indifférence générale des puissances, les raids meurtriers se sont transformés en un conflit endémique qui dura plusieurs décennies, opposant les armées rebelles et les forces gouvernementales soudanaises.

Les tentatives de médiation en vue de la paix furent nombreuses et toutes également inefficaces, au Kenya et à Khartoum. Les plus récentes eurent lieu à plusieurs reprises, entre juin 1987 et décembre 2002, entre le gouvernement soudanais des gens musulmans et les victimes en rébellion du Sud Soudan, représentées par l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Elles se terminèrent apparemment, sinon définitivement, par une déclaration d’intention de paix avec les sept factions sudistes à Machako, au Kenya, en décembre 2002. Une déclaration finale prévoyait un cessez-le-feu et une période d’observation de 6 ans, à la suite de quoi il y aurait éventuellement un référendum d’autodétermination. Il avait fallu attendre encore trois ans pour que le conflit Nord-Sud prît fin.

Les analystes africains et l’organisation des Médecins sans frontières estiment que ce conflit, dont les premières manifestations remontent à plus d’un demi-siècle, aurait fait environ 1,5 million de morts. Il est pourtant impossible en l’absence de statistiques véritables d’accorder la moindre crédibilité à ces estimations locales.

Ce que les administrateurs britanniques du Soudan de l’ère coloniale ne disaient pas, ou bien qu’ils ne savaient pas encore, c’est que dans les régions situées au Sud du 10° parallèle se trouvaient des champs pétrolifères pleins de promesses autrement plus intéressantes que quelques centaines d’hectares pouilleux.

Cinquante années plus tard, il était devenu légitime de se demander si la guerre Nord-Sud dont les combats venaient de se terminer n’avait pas d’autres causes que des conflits locaux religieux ou tribaux.

Le 30 août 1999 un consortium a entrepris la construction sous le nom de « Great Nile oil project » d’un oléoduc de 1610 kilomètres entre la Mer Rouge au Nord et une zone pétrolifère qui s’étend sur pratiquement toute la largeur du Sud Soudan, entre Bor, Bhar el Ghazal, et Bahr el Arab, près de la République centre-africaine. Des capitaux malaisiens, chinois de RPC et canadiens ont été investis dans cette entreprise. Plus tard, une société française allait poursuivre, à l’invitation du gouvernement soudanais, ses prospections dans la région de Bor, après vingt ans d’interruption, pour cause de guerre.

En septembre 2001, les premières expéditions de pétrole furent réalisées Depuis, la production de pétrole soudanais a atteint 500 000 barils par jour, contre 270 000 en 2003, et pourrait bien atteindre 750 000 barils par jour en 2006. Le premier bénéficiaire de cette exploitation est la République populaire de Chine. Ceci se révéla ne pas être du goût du gouvernement de Washington.

Dans le Sud du Darfour également, ont été décelés d’importants gisements d’hydrocarbures, mais le pays déjà affecté par des sécheresses et famines successives, par la guerre qui a ravagé pendant cinquante ans le Sud Soudan,et a eu des répercussions politiques et économiques démesurées, longtemps ignorées hors d’Afrique.

Dans cette région mitoyenne du Tchad et de RCA, les Anglais à leur arrivée au début du XXe siècle, avaient aidé les tribus nomades fixées et paysans traditionnels qui étaient parvenus à faire fructifier des cultures vivrières. Pas plus.

À partir des années 1970, cette région frontalière avec le Tchad est devenue pour ses voisins l’objet d’importantes intrigues géopolitiques. Hissène Abré, en son temps, président du Tchad, se servit du Darfour comme arrière-base de ses forces armées. Khartoum manifesta un moment le désir de s’en servir comme d’un potentiel « cadeau » à la Libye, en remerciement de son appui, soutien politique et militaire. Muhamar Kadhafi y a vu un temps un possible affermissement de sa vision panarabe.

Le déclenchement d’une guerre au Darfour avait fait réapparaître des « personnages » déjà connus dans le reste de l’Afrique, et notamment au Sahara occidental : silhouettes de groupes mercenaires de bande dessinée, dont les effectifs sont mal connus, composées d’un 4 x 4 « pick-up » diesel japonais Toyota peint en ocre, et capables d’emporter à cent quarante à l’heure à travers la brousse des groupes de combats d’une dizaine d’hommes vêtus de kaki, coiffés d’un chèche de couleur sable et armés de fusil d’assaut Kalachnikov, de missiles antichar RPG 7 (et en réalité anti-tout), quelquefois, de canon sans recul de 105 millimètres. Ainsi, ont fait leur apparition les « Cavaliers du diable », connus au Soudan sous le nom de « janjawid », connus également sous le nom anglais de « technicals » et dont il est maintenant avéré qu’ils sont les auteurs des vagues génocidaires que les experts sont peu enclins à définir dans le détail. Constatant le développement du sursaut populaire darfourien, les autorités soudanaises - qui le nient - avaient laissé carte blanche à ces milices pro-gouvernementales pour lancer des attaques contre les populations sédentaires.

Lors de leurs opérations contre les « rebelles », les forces gouvernementales soudanaises ont mené une campagne systématique de « purification ethnique » contre la population appartenant aux mêmes groupes ethniques que les rebelles. Conséquence, plus de 1 800 000 Darfouriens sont dans des camps, et environ 220 000 ont fui vers le Tchad voisin, où ils survivent dans des camps de réfugiés. Tous dépendent entièrement de l’aide humanitaire internationale, indique-t-on aux Nations unies. Pendant ce temps, les « Cavaliers du diable » des milices arabes mènent ce que les Nations unies qualifient de campagne de la « terre brûlée » contre une population estimée à 870 000 personnes environ, des civils pour la plupart, alors que « les autorités soudanaises imposent un embargo sur l’information » , selon ce que rapportent Human Rights Watch et Reporters sans frontières (RSF).

Du Nord au Sud, cette région a été soumise à toutes les famines les plus meurtrières du continent et de tous les temps, génératrices de guerres locales pour la conquête de terres cultivables et de pâturages. Pendant des siècles elle a été le terrain de parcours obligé des grandes caravanes chamelières transsahariennes, agressives et armées. Puis, en 1822, les Turcs ottomans sont venus l’occuper pendant soixante années, après avoir conquis la vallée du Nil tout entière.

Le Darfour a toujours été un « pays de nulle part », dans lequel des populations aux multiples tribus profitaient à peine des miettes que laissait sur son passage l’opulent commerce transcontinental arabe de l’époque. Des caravanes de chameaux transportaient vers l’Est des produits manufacturés, en Angleterre ou en Europe, et vers l’Ouest des épices venues des Indes par la Mer Rouge, du sel des Danakil, des produits de la cueillette comme le café d’Abyssinie, et ceux des esclaves, capturés au Sud du 10e parallèle .

Rien n’a changé. Cette région est toujours, de nos jours, le théâtre de combats entre des milices motorisées appuyées par les forces gouvernementales et les tribus, qui, préconisant une distribution plus équitable des richesses du pays, ont été traitées en rebelles.

Cette guerre est doublée d’une grave crise humanitaire, aggravée par une famine quasi endémique qui a fait des centaines de milliers de victimes, estiment les organisations internationales dépendant de l’ONU - qui avance le chiffre de 400 000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés...

« En raison de la sécheresse, près de sept millions de personnes, selon la FAO, sont menacées d’insécurité alimentaire d’ici à dix-huit mois. Un million d’enfants de moins de cinq ans souffrent ou souffriront de malnutrition aiguë ». À ces besoins alimentaires s’ajoutent les besoins en matériel médical, matériel de traitement de l’eau... « Si l’agence ne reçoit pas un peu plus de contributions d’ici au mois de juin, les programmes sur l’eau et l’assainissement seront coupés », prévoit l’UNICEF dans un bulletin du 8 avril dernier.

La situation a atteint un tel paroxysme que les plus hautes autorités du monde ne peuvent plus se taire comme elles l’ont fait pendant tellement longtemps.

Dans son homélie du jour de Pâques, le Pape Benoît XVI, devant 200 000 fidèles, a lancé un cri d’alarme en faveur des populations du Darfour, au Soudan, de la région des Grands Lacs, « où de nombreuses plaies ne sont pas encore cicatrisées » et « qui s’enfoncent dans une dramatique situation humanitaire qui n’est plus tolérable... »

Déjà en célébrant la fête de Noël, le souverain pontife avait condamné « les luttes fratricides », et souhaité « que se consolident les transitions politiques actuelles encore fragiles et que soient sauvegardés les droits les plus élémentaires de ceux qui se trouvent dans de tragiques situations humanitaires, comme au Darfour et en d’autres régions de l’Afrique centrale. »

 

Le président Georges W. Bush a franchi un seuil décisif, semble-t-il, en déclarant le 30 mars, qu’il devait être mis fin au “génocide” dans le Soudan occidental, c’est-à-dire au Darfour, et que « l’OTAN devrait lancer un message sans équivoque exprimant clairement les intentions des nations occidentales à ce sujet ».

 

« Et quand je parle de génocide de cette façon, avait-il ajouté, cela veut dire assurément qu’il faute mettre fin à ce génocide. »

 

De son côté, Condoleezza Rice, secrétaire d’Etat américain, a déclaré devant le Congrès qu’il fallait envoyer des Casques bleus des Nations unies au Darfour parce qu’elle pensait que les populations de cette région n’étaient pas à l’abri d’un génocide.

 

Le conseiller spécial de l’ONU pour la prévention des génocides, Juan Mendez , a dénoncé en mars dernier la dégradation de la situation dans cette province soudanaise dont 2,2 millions d’habitants ont fui leur maison et leur village incendié et dont 3,5 millions de personnes sont vulnérables aux violations des droits de l’Homme, "sont encore plus vulnérables qu’elles ne l’étaient il y a un an", a-t-il ajouté, soulignant que la situation s’était "dégradée" ces six derniers mois.

 

"Non seulement nous sommes dans une situation de statu quo intolérable, mais en fait nous revenons en arrière, et nous revenons à une situation qui est très fragile", a estimé le conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

L’Union africaine y déploie depuis 2004 une mission de maintien de la paix forte de 7000 hommes. Pourtant, constatant son impuissance en face du chaos qui règne au Darfour, elle a donné, le 10 mars dernier, un accord de principe pour le transfert à l’ONU de cette force prolongée jusqu’au mois de septembre prochain.

Du côté américain, dont on connaît l’étendue des investissements dans le domaine pétrolier en Afrique centrale, et notamment au Tchad, on a beaucoup insisté récemment sur la nécessité de porter secours aux populations frappées par le chaos qui s’est abattu sur cette région.

Une aide de 863 millions de dollars a été prévue par le Sénat, avec une rallonge de 512 millions de dollars pour les exercices de 2005 à 2007.

Relativement peu de chose, en vérité, entre 20 milliards de dollars, prix de la guerre en Irak, et les 6,8 milliards que coûte la chasse aux taliban et à Oussema bin Laden et el Queida.

© Bertrand C. Bellaigue - avril 2006


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8 réactions à cet article    


  • Dominique L (---.---.189.14) 19 avril 2006 21:30

    Votre article est extrêmement intéressant et bien documenté. Il contraste avec le silence de nos médias nationaux. Combien de journalistes français sont allés au Darfour ? Combien de reportages dans les journaux et sur les chaînes de télévision ? Les millions de morts des guerres d’Afrique n’intéressent personne : cela a été le cas pour le Libéria et la Sierra Leone et aujourd’hui pour l’Ouganda et le Congo. Les images continues venant d’Irak et de Palestine servent d’écran à toutes les autres guerres. Il est vrai qu’elles sont moins manichéennes : les bourreaux sont souvent noirs ou arabes. L’esclavage n’est-il pas exclusivement du aux Occidentaux, les génocides aussi ? Quand à nos politiciens qui les a entendu prendre position ? Chirac et le gouvernement français sont complices du gouvernement de Khartoum comme de nombreuses dictatures sanglantes d’Afrique . Quant à la gauche elle ne trouve pas le créneau porteur.D’ailleurs la Françafrique fait l’unanimité à droite comme à gauche : de Focart à Mitterrand Fils, les réseaux d’influence ont fermé les yeux sur les pires exactions. Et malheur au journaliste qui essaye d’y voir clair cf : Kieffer. Je constate d’ailleurs ,tristement, que cet article n’a encore suscité aucune réaction.


    • Quelqu’un qui voudrait en savoir plus (---.---.16.125) 19 avril 2006 23:21

      Merci pour cet article très intéressant qui donne un éclairage sur une situation complexe et dramatique. Je regrette sincèrement le peu d’intérêts manifesté par les politiques et les médias à ce sujet.

      Merci encore, je vais pour ma part, essayer de trouver de plus amples informations notamment sur la façon d’apporter un soutien à ces populations.


      • Humain (---.---.188.11) 20 avril 2006 10:35

        Pour aider les gens du Darfour : http://www.csi-suisse.ch


      • Mahamat Seid Abazène Seid (---.---.98.68) 20 avril 2006 11:03

        Des larmes de feu

        Je ne cesserais d’être étonné des réactions de certains frères d’occident. Quand ils déplorent des situations alarmantes, comme celles du Darfur qui est la même partout en Afrique, ils ne manquent jamais d’attiser le feu. Le conflit du Darfur n’est et n’a jamais été un conflit entre arabes et africains. D’abord parce qu’il n’est qu’africain. Tous les belligérants, arabes ou autres, sont des africains. Ensuite, en parlant de ces fameux janjawids, on refuse sciemment de dire en quoi ils sont moins africains que les autres et, chose encore plus curieuse, dans une guerre, on se demanderait bien si un des belligérants utilise des armes à eau. Expliquons-nous une peu : ceux qu’on appelle les janjawids, combattent-ils des gens avec lesquels ils n’ont rien que de vouloir les exterminer parce qu’ils sont africains ? La même question peut être soulevée pour tout conflit armé en Afrique. Les hutus et tutsis modérés ont-ils les paumes des mains blanches comme la neige ? Les Tutsis et les hutus modérés ont-ils été massacrés parce qu’ils sont seulement hutus et tutsis ou à cause d’une situation politique qui en a donné l’occasion ?

        Situation politique, j’ai dit. Quelle est la part de l’extérieur dans ces conflits et particulièrement les puissances occidentales ? Une guerre comme celle de l’Angola ou du sud soudan aurait-elle perduré sans l’appui américain aux rebelles et sans l’appui russe (cas de l’Angola) au gouvernement ? Une guerre andémique comme celle de mon pays le Tchad aurait-elle pu se maintenir sans l’aide (française, américaine) apporté aux tchadiens (de tout bord, gouvernement et rebelles) pour se massacrer ? Pourquoi pleure-t-on alors nos morts ? Laissez-nous les enterrer et les pleurer nous-mêmes même si nous n’entendons pas monopoliser le chagrin.Ce que je déplore du fond de ma maison, incapable de le changer, c’est la raideur de notre nuque. Pourquoi c’est un autre qui doit nous dire : « ne tuez pas vos frères » ?

        Les Janjawids et les rebelles du darfur sont des frères qui, manipulés, se sont crus des ennemis un peu comme les palestiniens et les israéliens, qui auraient pu se réunir un jour et s’interroger pourquoi ils se massacrent. De même le gouvernement tchadien et ses rebelles. Quand Idriss Deby estime que Mahamat Nour et Ibni Oumar sont les mêmes sauf que le premier cherche à le liquider physiquement et le second politiquement, il lance un message que je comprends très bien et j’interprète aisément :« nous sommes des frères qui cherchons à nous détruire ».


        • Bertrand C. Bellaigue Bertrand C. Bellaigue 20 avril 2006 11:43

          (...) « en parlant de ces fameux janjawids, on refuse sciemment de dire, - affirmez vous Si Mahamat - en quoi ils sont moins africains que les autres et, chose encore plus curieuse, dans une guerre, on se demanderait bien si un des belligérants utilise des armes à eau » (..)

          Vous avez tout a fait raison Si Mahamat, les « janjawid » ne sont pas moins africains que les autres, ils sont meme tout à fait africains, et comme vous le dites vous mêmes, ils n’utilisent pas des « armes a eau », cela n’empeche pas que les Nations Unins les considèrent responsables de de dizaines de milliers de morts parmi leurs frères musulmans du Darfour. Connaieiez vous un moyen de mettre fin àleurs activites ? Car on affirme même, c’est le gouverenment tchadien qui l’affire, qu’ils sont même venus, affirme-t-on, jusqu’à N’Djamena. Il est vrai que la frontière n’est pas peinte sur le sol du désert et qu’on a pu prendre pour des « janjawid » d’honnêtes afriains qui s’en allaient à la chasse à la gazelle le long du fleuve Bahr el Ghazal, et puis qu’ils se sont trompésde piste.

          BCB


          • Mahamat Seid Abazène Seid (---.---.98.68) 21 avril 2006 16:47

            Je n’ai jamais pu croire un instant que les janjawids, comme on les appelle, n’aient pas commis quelques atrocités. Ce qui ne veut pas dire que les autres n’en commettent pas. C’est ce qui a été toujours omis. Qui sont les janjawids ? Qui sont les rebelles du dar fur ? Mes propres parents vous répondrais-je avec l’aisance la plus totale.

            Les janjawids ne sont pas exclusivement des arabes. Et je crois que vous commencez à le comprendre en qualifiant les hommes du FUC d’arabes tamas. C’est ce qui est totalement faux, les tamas n’étant pas des arabes. Or, ces arabes qui sont sensés être les janjawids sont des tribus bien connues du Tchad et donc, sur ce point là nous sommes tout à fait d’accord, africains. Et c’est là que réside mon étonnement quand on parle d’arabes (les janjawids) s’attaquant à des africains. C’est à ce niveau du raisonnement que je déplorait votre reflexion.

            Pour autant, s’il faudrait en revenir à la réalité du darfur, vous conviendrez avec moi que le sous-développement de cette région concerne l’ensemble de sa population dont les arabes qui ne sont pas mieux lotis que les autres. La rebellion du darfur aurait pu être celle de l’ensemble de sa population, auriez vous parlé des janjawids arabes qui massacrent (quoi alors je ne saurais l’imaginer) des populations soudanaises ? J’aurais préféré, permettez-le moi, que votre reflexion se détache des considérations idéologiques tendant à profiter du malheur des populations du darfur et du Tchad pour un règlement des comptes avec le gouvernement soudanais.

            Les Janjawids sont arrivés jusqu’aux portes de N’djaména, dites-vous ? C’est-à-dire un peu que le FUC et les janjawids font la même chose et que, partant, les janjawids sont tchadiens ? Je ne cherche pas à démentir cette analyse si bien vous la soutenez. Cela aurait pu expliquer mon avis que les janjawids et les rebelles du darfur sont des frères parce que, comme je vous le disais au début de cette réponse, les rebelles du darfur et leurs janjawids sont mes propres parents. Aidez moi à les reconcilier.


          • Yves (---.---.67.223) 21 avril 2006 13:50

            Bonjour ,

            - En complément de cet excellent article , je me permets de citer quelques éléments piochés dans un témoignage de l’archevêque de Khartoum - Gabriel Zubeir Wako - :
            - 5 millions de chrétiens au Soudan , dont 3,5 millions de catholiques ; L’archidiocèse de Khartoum abritant 2,5 millions de personnes « déplacées » , dont 1 million de catholiques . L’Archevêque témoigne que , contrairement aux textes et belles déclarations de principe ( selon lesquels il n’est aucune discrimination et persécution ) le Gouvernement actuel aurait fait de l’Islam son « programme principal » ... , en rappelant notamment : > qu’il n’y a eu aucune autorisation de construire des églises depuis 1960 ... , qu’il est interdit d’enregistrer les terrains au nom de l’Eglise et que ces derniers sont enregistrés à son nom ... , qu’enfin , il y a une utilisation constante de l’armée ( soldats et « hommes de sécurité » pour harceler l’Eglise ) > que le général Abboud demandait déjà un Soudan , une langue ( l’arabe ) et une religion ( l’Islam ) , > que le maréchal Nimeiri imposait la charia à tout le Pays , > et que , dans les faits , l’actuel Gouvernement applique systématiquement l’Islam à tous les aspects de la structure de l’Etat , politique , judiciaire , exécutif , législatif , économique et social .
            - Selon son analyse , le problème ne vient pas seulement de la religion mais aussi et surtout , d’un système de gouvernement qui supprime les droits élémentaires de l’homme et utilise des méthodes répressives basées sur l’emprisonnement au secret et sans jugement , la torture , les éxécutions sommaires et , le « système de sécurité et d’intimidation » ... organisé pour agir en dehors des lois ... ( notamment les fameux cavaliers du diable ) L’archevêque rappelle aussi , qu’au travers de la défense de leur religion , les chrétiens africains défendent leur propre culture , leur langue et ... leur territoire devenu champ de bataille !


            • Khobet (---.---.69.140) 23 avril 2006 19:28

              Je trouve cet article objectif. Il s’inscrit dans la realite des faits. Souvent la determination de la responsabilité, dans un cercle vicieux de la violence, est fonction du rapport des forces, mais aussi de l’origine du conflit, à savoir qui a commencé et fait quoi. Dans le cas du Sud soudan, les témoignages et les images parlent d’eux-memes surtout pour ce qui concerne la degradations des relations entre les tribus dites « arabes » du Nord et les populations du sud. Cette situation est deplorable et dure depuis belle lurette, à en croire l’article. elle aurait pu trouver une solution depuis fort longtemps également. Mais que penser de l’attitude du gouvernement, qui « fait de l’islam son programme principal » alors que le pays reflète une autre réalité ? ou encore que pensez de tous ces artifices utilisés par des hommes d’Etat (le général Abboud et le maréchal el Nimeiri)notés dans le commentaire laissé par Yves ? il ne faut pas se voiler la verité lorsqu’on entreprend de trouver une solution à un problème aussi traumatissant et deshumainisant que celui dont souffre les soudanais. Il faut s’inspirer du courage de ceux qui ont institué la Comiisssion verité et justice en Afrique du Sud. Merci d’avoir proposé cet article, qui doit prendre aux trippes les soudanais, mais qui par ailleurs nous éclaire, non seulement sur la situation au Soudan, mais aussi au Tchad voisin où se dresse en chien de faïence deux regions.

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