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Le défi de la francophonie économique

Aujourd’hui, on estime à 200 millions les locuteurs francophones dans le monde, et les 68 États et gouvernements membres de l’OIF représentent 12 % du PIB mondial, 19 % des échanges commerciaux internationaux et 26 % des IDE (investissements directs étrangers) mondiaux. C’est dire que la Francophonie économique existe aussi, et qu’elle recèle un immense gisement de co-développement durable et partageable entre le Nord et le Sud ! Encore faudrait-il que nos présidentiables la prennent plus largement en compte...

Plusieurs observateurs ont déjà fait remarquer que quelques thèmes d’importance sont malheureusement absents, ou trop faiblement évoqués, dans les débats de l’actuelle campagne présidentielle française. C’est le cas notamment de la culture, mais aussi de la Francophonie, comme l’a souligné récemment M. Abdou Diouf, Secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 20 mars, « La francophonie, une réalité oubliée ».
Dès l’introduction de son propos, M. Abdou Diouf note justement que « A la tête de l’organisation de la francophonie depuis quatre ans, je ne parviens toujours pas à m’expliquer, ni à expliquer aux francophones militants qui vivent sur d’autres rivages, le désamour des Français pour la francophonie. »

Mais, si ce désamour, ou ce désintérêt, peuvent trouver leur source dans la méconnaissance qu’ont la plupart des Français de la réalité francophone, est-il imaginable que les prétendants à la Présidence de la République s’en trouvent tout aussi ignorants ?

Comment ne sauraient-ils pas, par exemple, que l’OIF, et en son sein le Québec et la France tout particulièrement, ont joué un rôle novateur et déterminant dans l’avènement de la Convention sur la diversité culturelle adoptée par l’Unesco en octobre 2005, et entrée effectivement en vigueur le 18 mars 2007 ?

Cette Convention, en affirmant la liberté des États à déployer une politique culturelle autonome, établit une légitimité internationale nouvelle, et qui fait désormais concurrence au libre-échangisme échevelé de l’OMC. Certes, l’avancée reste fragile, car les deux légitimités entreront en conflit, et cela d’autant plus que les États dominants n’hésitent pas à faire pression sur les plus pauvres pour leur faire accepter leurs diktats, par le biais de traités bilatéraux spoliateurs. Mais, pour fragile qu’elle soit, cette avancée ouvre un nouvel espace de droit international, et cela dans la plus grande tradition française, et partiellement francophone, héritée de Rome, selon laquelle c’est la loi qui fonde le droit, et non pas la coutume, comme il est d’usage dans les pays anglo-saxons.

Donc, pourquoi serait-il irréaliste d’imaginer qu’après avoir réussi à accoucher de la diversité culturelle, la Francophonie pourrait être porteuse du même concept humaniste de la diversité, appliqué cette fois à l’espace économique mondial ?

Plusieurs éléments nous autorisent à le croire. D’abord, les conséquences de la Convention culturelle seront aussi éminemment économiques, puisque, à ce jour, la production mondiale des « biens culturels » est estimée autour de quelque 400 milliards d’euros annuels.

D’autre part, depuis plusieurs années déjà, la direction de la Coopération économique de l’OIF a formé pour bien des pays en voie de développement des cadres négociateurs (400, pour la seule année 2004) capables de tenir la dragée haute à ceux des pays riches, et cette capacité des pays pauvres à mieux défendre leurs intérêts est une des raisons de l’actuel blocage des négociations de l’OMC du cycle de Doha, et la raison essentielle de l’échec de la 5e Conférence interministérielle de l’OMC à Cancun, en septembre 2003 : en première ligne des pays « protestataires », on trouvait le Mali, le Tchad, le Bénin et le Burkina Faso, autant de pays francophones qui manifestèrent fermement leur position en lançant « l’initiative coton », par laquelle ils exigeaient notamment l’interdiction totale des subventions cotonnières des pays du Nord, et particulièrement celles fournies par les États-Unis à leurs producteurs.

Ce fut là, véritablement, la première expression collective et mondialement médiatisée du travail accompli à la suite des décisions de la Conférence des ministres de l’Économie et des Finances de la Francophonie de Monaco (1999), dont l’un des axes stratégiques visait, justement, à l’intégration des pays de la francophonie à l’économie mondiale.

Enfin, on observera que malgré ses moyens plus que modestes - quelque 90 millions d’euros annuels pour toutes ses actions de coopération multilatérale - l’OIF a aussi amorcé des expériences de micro-économie en plusieurs pays, en promouvant des projets visant à optimiser les capacités locales : par exemple, la mise en place d’une filière de récupération et de transformation de déchets d’aluminium au Sénégal, ou encore la valorisation d’une filière d’artisanat utilitaire et d’artisanat d’art au Burkina Faso.

Ainsi, particulièrement au cours de ces dernières années, la Francophonie a commencé à capitaliser une somme de savoir-faire qui lui confère une expertise réelle en matière de coopération et de co-développement nord-sud.
Par ailleurs, certains États membres de l’OIF ont quant à eux développé des savoir-faire particuliers : c’est le cas par exemple du Québec, expert en matière d’économie mutualiste, ou encore de la Tunisie, dont le Fonds national de solidarité, créé en 1996, a inspiré la création du Fonds mondial de solidarité, composante du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), adopté à l’unanimité en décembre 2000 ; en France, à Lyon, l’institut IFRAMOND développe le premier enseignement universitaire doctorant sur la géopolitique et la géoéconomie de la francophonie et la mondialisation.

C’est pourquoi l’on ne peut que s’étonner des si rares références faites à la francophonie de la part des présidentiables qui dissertent sur des thèmes liés de fait à celle-ci.

C’est le cas lorsque l’un d’eux évoque à plusieurs reprises son souhait de relancer une politique forte de partenariat en Méditerranée, où pourtant le Maghreb représente un point d’ancrage puissant, tant de la francophonie que des échanges économiques de la France ; c’est le cas aussi de tel autre qui souligne la nécessité de s’engager plus conséquemment dans le co-développement de l’Afrique, laquelle est pourtant le continent le plus francophone du monde.

Par ailleurs, tandis que tous les présidentiables disent se préoccuper de la croissance et de l’emploi, aucun d’eux n’aura jusqu’ici relevé dans cette campagne que l’espace économique francophone n’est pas insignifiant au regard du nécessaire déploiement international de nos entreprises, de nos produits et de nos savoir-faire. Aujourd’hui en effet, on estime à 200 millions les locuteurs francophones dans le monde, et les 68 États et gouvernements membres de l’OIF représentent 12 % du PIB mondial, 19 % des échanges commerciaux internationaux et 26 % des IDE (investissements directs étrangers) mondiaux.

À considérer la place et le rôle de la France dans le monde, il nous paraît pertinent d’affirmer que les Français ne s’apprêtent pas à élire un Président de la République pour eux seuls. Ils portent aussi au pouvoir le représentant de l’un des pays-phares de la Francophonie, rôle que la France assume désormais en partage avec le continent africain, le Canada, et le Québec tout particulièrement.

Autant dire que l’espace économique francophone, enfin reconnu pour son potentiel, pourrait s’avérer un formidable tremplin, , tant pour vivifier les économies du nord plus ou moins essoufflées, que pour propulser - enfin ! - l’accélération de l’indispensable développement économique des pays du sud.

Madame et Messieurs les Présidentiables, au-delà de la France, ce sont les peuples de quelque soixante pays membres de la Francophonie qui attendent, eux aussi, que vous soyez à leur écoute, et que vous nous parliez de notre avenir partagé, l’avenir de la France et du « grand large » de la francosphère ! Un ensemble capable de peser sur l’avenir du monde, à la seule condition, certes, que des volontés politiques fortes et pérennes s’expriment et agissent en ce sens. C’est aussi ce défi qu’il vous revient de relever.

Gilles de SARS, Albert SALON, Alfred MIGNOT


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4 réactions à cet article    


  • philippe delcroix (---.---.117.74) 11 avril 2007 16:02

    Désolé de n’avoir pas encore lu votre article, ma réaction est épidermique, comment pouvez-vous parler de francophonie et d’économie alors que la France vient encore d’afficher un déficit record de sa balance commerciale ? Nos exportations sont en panne faute de présence sur des marchés qui nécessitent des vendeurs s’exprimant non seulement en Anglais (minimum indispensable) mais aussi, si possible, dans la langue du pays cible.Il est plus que jamais impératif que nos étudiants apprennent au minimum deux langues en plus de leur langue maternelle. Ce n’est plus une question de bon-sens, c’est une question de survie !


    • Alfred Mignot (---.---.243.192) 11 avril 2007 16:46

      Bonjour,

      comment voulez-vous que votre commentaire soit pris aus érieux, puisque vous dites d’emblée « Désolé de n’avoir pas encore lu votre article, ma réaction est épidermique » ?

      Si vous aviez lu l’article, vous auriez observé que l’on ne dit nulle par qu’il ne faut pas apprendre les langues étrangères !

      Et l’on ne parle pas ici des performances de la France - qui est tout de même la 5e ou 6e puissance économique mondiale - mais du potentiel de l’espace économique francophone. Lisez- l’article, si vous avez le temps, et on en reparle après...


    • vitamineb (---.---.201.179) 11 avril 2007 17:51

      C’est sûr qu’on ne parle pas assez de la francophonie, qui est non seulement l’une des expressions du rayonnement international de la France, mais aussi un vecteur pour faire avancer un partenariat nord-sud plus équitable, et une approche plus participative des problèmes qu’il faudra bien résoudre ensemble, à commencer par celui des flux migratoires et d’un partage intercontinental des richesses.

      La survie de tous, c’est de s’écouter, de se comprendre et de construire ensemble l’avenir. La francophonie institutionnelle agit en ce sens. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est la modestie de ses moyens, et sûrement pas d’exister et d’agir !


      • Asp Explorer Asp Explorer 12 avril 2007 07:48

        A la tête de l’organisation de la francophonie depuis quatre ans, je ne parviens toujours pas à m’expliquer, ni à expliquer aux francophones militants qui vivent sur d’autres rivages, le désamour des Français pour la francophonie.

        Sans doute monsieur Diouf serait-il moins étonné de ce désamour s’il voulait bien considérer que ce machin qu’on appelle la Francophonie consiste en une floppée de pays du tiers-monde soutirant des subsides à quelques pays développés sous prétexte culture. C’est sans doute ce genre de considération qui pousse à se déclarer francophones des pays tels que les fort lusophones Iles du Cap Vert, la Grèce (qui n’a même pas l’excuse d’être un pays du tiers-monde), l’Ukraine, l’Albanie, la Serbie, la Macédoine, le Cambodge, le Laos...

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